Hésiode : Théogonie – Les Travaux et les Jours : premier bilan (5)

Avant d’aborder Les Travaux et les Jours.

Hésiode propose avec sa Théogonie un récit qu’il montre comme on montre un objet – distinct du sujet (= lui, l’auditeur) –,  en ce sens qu’il commence par ne pas situer l’origine du monde (hommes et dieux) dans le champ de la transcendance religieuse [Khaos, d’où viennent Érèbe (ténèbres) et Nux (nuit) n’est pas un dieu] et qu’il termine avec le signe de la main qu’on adresse à celui ou celle qui part ou dont on s’éloigne, un « Salut, portez-vous bien ! » adressé à « ceux qui ont des demeures* olympiennes (*dôma indique aussi la famille), ainsi mis sur le même plan que les éléments géographiques dont ils sont donc distincts, alors que les divinités du panthéon grec les constituent ou en sont les figures.

Il y a là quelque chose de problématique en ce sens que, la société à laquelle Hésiode chante son récit étant tout entière enveloppée par la religion, il n’existe pas d’espace de distanciation équivalent à ce que nous appelons « laïque ».  Il dit en quelque sorte : je vous présente une généalogie des dieux à l’intérieur d’un espace en-dehors duquel ils n’existent pas. Ce qui revient à poser la question de la nature du monde existant en-dehors de la sphère du récit Théogonie, autrement dit la nature de Khaos.

Ceux qui écoutent le poète-chanteur ne sont pas des ectoplasmes ni des êtres  en gestation, mais des êtres vivants qui se lèvent, travaillent, cuisinent, mangent, copulent, ont des enfants, des êtres qui savent qu’ils mourront, qui participent aux rituels et aux fêtes d’une religion qui enveloppe tout, et qui perçoivent donc derrière le récit un discours qui a la forme d’un questionnement : si  les dieux ne sont pas au début, s’ils s’en vont quand s’achève le conte, s’ils sont là-haut dans leurs maisons de l’Olympe, si la terre, les îles (cf. la géographie de la Grèce) et les fleuves ont leur existence propre, alors, le monde, la vie, c’est quoi ?

La réponse se trouve dans Les Travaux et les Jours.

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