Espagne

« Les résultats ont finalement fait mentir ces prévisions, et la mobilisation des Espagnols pour faire barrage à l’extrême droite a été accueillie avec soulagement à Bruxelles, à moins d’un an des élections européennes. Vox a perdu trois points (12 % des voix) et dix-neuf des cinquante-deux sièges qu’il avait obtenus au Parlement, en 2019. Le PP et Vox n’ont pas obtenu suffisamment de députés pour former une majorité et gouverner. Quant au chef du gouvernement, Pedro Sanchez, il a montré une nouvelle fois sa capacité de résistance. » ( Le Monde – 25/07/2023)

Ma contribution :

La résistance espagnole à la pathologie qui produit l’idéologie d’extrême-droite a sans doute à voir plus avec la guerre civile qu’avec la dictature franquiste elle-même, éteinte en 1975 : d’où la différence avec l’Italie. La guerre civile est une expérimentation à la fois réelle et symbolique de la mort « de soi » encore vivace dans la mémoire collective sollicitée par la campagne électorale de la gauche.  Le relatif recul de Vox et le rejet apparent de l’alliance avec le PPE sont un leurre de victoire. Ce qui est en jeu à l’issue de ces élections, est moins une paralysie politique que l’accroissement de l’incertitude de type existentiel – comme sur l’ensemble de la planète – à l’origine du développement des peurs, de l’angoisse et de l’idéologie d’extrême-droite qui en est l’expression passionnelle électorale.

Festival d’Avignon

« Nouveau triomphe à Avignon : (…) la metteuse en scène et performeuse Rébecca Chaillon (…) a mis toute la salle debout, jeudi 20 juillet au soir. Le public a semblé ne plus jamais vouloir s’arrêter d’applaudir, à l’issue de la première avignonnaise de Carte noire nommée désir. Cet accueil est venu saluer un spectacle impressionnant, et qui fera date, dans sa manière d’inscrire la pensée décoloniale dans une histoire du théâtre et de la performance, avec une intelligence magistrale, un humour dévastateur et un engagement du corps phénoménal. » (Le Monde du 22/07/2023)

Quelques contributions :

« Personnellement, j’ai assisté au spectacle et j’ai été assez choqué dès le début : une annonce propose à des femmes noires de s’asseoir sur des canapés de l’autre côté de la scène. Ces personnes ont ensuite le droit à une hôtesse qui passe leur servir des boissons pendant le spectacle. Alors qu’il fait une chaleur torride dans cette salle, je me suis demandé pourquoi cette différence de traitement. Est-ce seulement légal ?Je comprends le message général du spectacle, mais j’ai beaucoup plus de mal avec la culpabilisation des spectateurs (qui peuvent eux aussi d’ailleurs être issus d’autres minorités). »

« Le Monde dans sa splendeur actuelle, c’est-à-dire sa simpliste lecture du monde en dominants/dominés, inclus/exclus, bourreaux/victimes… C’est encore plus bête que le marxisme léninisme qui au moins avait une théorie explicative alors qu’aujourd’hui on a juste des dénonciations et la satisfaction grégaire de certains d’être du bon côté, celui des dénonciateurs. Le théâtre comme le cinéma saisis par le ressentiment, l’identitarisme et la victimisation ça donne une lecture stéréotypée du réel et un rabâchage à partir de ces stéréotypes. Quelle est la plus-value intellectuelle et esthétique ? »

« Pauvre Jean Vilar ! lui qui avait créé le festival d’Avignon pour donner le goût du théâtre aux classes populaires. Quand on voit ce qu’est devenu ce festival « in » : un « attrape bobos », je pense qu’il ne serait pas fier de ses successeurs. »

Ma contribution :

Ce qui est décrit de la réception du spectacle par le public ressemble fort à un exutoire et par certains contributeurs à un déni. On se soulage comme on peut.

et ma réponse à l’invocation de Jean Vilar :

Est-ce que la réception du message de J. Vilar par les classes populaires a correspondu à ce qu’il souhaitait ? Qui se rendait, et qui se rend au théâtre ? Molière, Racine, Shakespeare, même sous une toile (cf. Jean Dasté) ne sont pas d’un abord évident sans des références culturelles et une maitrise de la langue qui n’est pas spontanée. Son discours participait d’une utopie globale positive qui mobilisa beaucoup de monde et d’énergie. Le public d’alors – celui d’aujourd’hui vient des mêmes catégories sociales – avait le sentiment de participer aux prémices des lendemains qui chantent, utopie maintenant disparue. Les metteurs en scène contemporains à succès (théâtre, opéra) modifient les pièces et les livrets avec le concours des institutions (cf. Tartuffe, « revu », sinon trahi, par Ivo van Hove avec l’accord de la Comédie Française qui l’interprète). Le public traditionnel les applaudit en tant que signes désormais de désarroi.

Les « nouveaux » médicaments

Sous le titre « La moitié des nouveaux médicaments mis sur le marché n’ont pas de valeur thérapeutique ajoutée » Le Monde (21/07/202) publie un article sur cette question dont cet extrait : « Une étude publiée le 5 juillet dans le British Medical Journal révèle que moins de la moitié des médicaments approuvés par les autorités européenne et américaine entre 2011 et 2020 ont une valeur ajoutée substantielle pour leur première indication thérapeutique – maladie ou symptômes pour lesquels ils sont développés – par rapport aux produits déjà existants. » 

Quelques contributions :

« La valeur ajoutée est surtout au niveau des bénéfices financiers (il faut dorloter les actionnaires) ! »

« Médicaments n’ayant pas de valeurs ajoutées thérapeutiques mais ayant probablement de fortes valeurs ajoutées financières, ou alors big pharma n’est plus ce qu’il était ! »

« Puisque c’est le secteur privé qui fabrique les médicaments il faut bien qu’il vive et ces nouveaux médicaments permettent de satisfaire les actionnaires en attendant mieux.
Par ailleurs ces nouveaux anti-cancéreux sont un espoir pour les malades et l’espoir est essentiel dans ce type de maladie.On peut aussi se poser la question d’une industrie publique européenne du médicament… Ça permettrait d’éviter ces dérives mais est-ce que cela changerait les choses en ce qui concerne la recherche sur le cancer ? Je suppose que les avancées sont faites dans les instituts qui fournit ensuite les informations à l’industrie soit directement sur contrat soit via la littérature scientifique
. »

Ma contribution :

« La problématique n’est pas celle du profit des laboratoires qui est cohérent avec le système – comme toute entreprise – mais celle du système lui-même. Il est aussi absurde de supposer que les chercheurs – comme les médecins – ne sont intéressés que par le profit que de faire comme si le système n’avait pas d’incidence sur ce qui détermine leurs choix et leurs comportements. Ils ne sont pas différents de nous dans le rapport que nous construisons avec « l’objet » (ce qui n’est pas le sujet) dans le cadre de l’équation capitaliste de contournement : être = avoir + . Ce qui nous différencie les uns des autres est de l’ordre de l’éthique, à savoir la qualité du discours critique que nous construisons quant à ce rapport à l’objet. » 

Dungloe

C’est le nom d’une petite ville d’un millier d’habitants située dans le Donegal, un comté du nord-ouest de l’Irlande. Une des caractéristiques de la région, est que tout est indiqué en gaélique, une langue qui ne ressemble ni aux langues romanes ni à l’anglais, ni à quelque langue que ce soit sinon au gaélique. Sur le panneau d’entrée de la localité est inscrit An lochàn Liath (l’accent sur le a est aigu mais mon clavier qui ignore le gaélique ne veut rien savoir). D’après mes recherches, l’expression pourrait signifier « la pierre grise », ce que confirmerait le dun anglais de Dungloe qui indique une couleur gris-brun, gloe étant, peut-être, le nom d’un château dont je vous laisse deviner la couleur des pierres.

Si vous vous arrêtez dans un pub villageois où se trouvent des Irlandais, je veux dire des hommes irlandais, accoudés au bar, qui boivent une pinte de bière brune par personne en parlant fort, c’est très simple, vous ne comprenez rien, ce qui est bien dommage parce qu’ils rient aussi, et très fort. Comme ils vous ont salué quand vous êtes entré et avec des regards sympathiques, vous en déduisez que leur rire concerne autre chose que vous ne saurez jamais.

Vous vous arrêtez un instant sur le bas-côté d’une toute petite route pour consulter la carte et repérer son numéro, une voiture vient stopper à côté de la vôtre dont la plaque d’immatriculation indique que vous êtes français, vous voyez une dame qui vous fait signe, vous baissez la vitre et vous l’entendez vous dire – en anglais – qu’elle habite dans la région et vous demander si vous avez besoin d’aide.

Comme je ne suis pas coupé du monde d’où je viens, je lis dans mon journal numérique qu’il y fait chaud, même très chaud et qu’il y a des pénuries d’eau.

Ici, la température atteint péniblement les 17°, l’eau coule partout et en abondance, les gazons et les prairies sont verts.

Je sais bien que je ne suis pas au paradis. Je ne fais que passer et dans une toute petite partie d’un pays confronté à des problèmes spécifiques.  

Toutes choses égales, le dépaysement par le gaélique, l’exubérance de la pinte et des voix, la gentillesse des personnes, la fraîcheur et l’eau en sont peut-être un aperçu.

Les « valeurs humanistes » contre l’extrême droite ?

Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles l’académicien Erik Orsenna, les anciennes ministres Aurélie Filippetti, Elisabeth Moreno et Françoise Nyssen, l’ancien ministre Jack Lang, l’ancien ministre et ancien défenseur des droits Jacques Toubon, apportent leur soutien au ministre de l’éducation Pap N’Diaye, déplorant qu’il soit « si peu et si mal défendu » après ses déclarations au sujet de CNews. [« Face à la culture de haine que diffuse l’extrême droite, il faut défendre avec énergie les valeurs humanistes et démocratiques. »]

« (…)  L’enjeu dépasse la situation d’un ministre si peu et si mal défendu face à ce genre d’attaque. En premier lieu, il faut rappeler que l’existence d’une presse indépendante (en interdisant la concentration des pouvoirs entre les mains de quelques financiers et en garantissant l’indépendance des rédactions), est un des piliers nécessaires d’une société démocratique.

Au-delà, ce qui se joue, c’est la bataille culturelle conduite depuis quelque temps déjà par une extrême droite qui diffuse une culture de haine. C’est contre cela qu’il faut défendre avec énergie les valeurs humanistes et démocratiques, comme l’a fait Pap N’Diaye, auquel nous apportons tout notre soutien. » (Le Monde – 18/07/2023)

Ma contribution : (publiée après quatre tentatives, pour cause de censure sans doute algorithmique)

Un « faux débat » en ce sens que la lutte contre l’idéologie d’extrême-droite ne passe pas par la défense de « valeurs » mais vise ce qui lui permet de se développer, à savoir les peurs et l’angoisse existentielle. Ceux qui, il y a moins d’un siècle, assassinaient les juifs s’étaient laissé persuader, parce qu’ils en avaient besoin (cf. le chaos de l’époque), qu’ils « se » (eux, leur pays, leur civilisation) défendaient contre une menace mortelle. Aucun argument ne peut convaincre ceux qui sont convaincus d’une cause externe à ce qui est d’abord un problème interne (individuel et collectif) et ils trouveront toujours des faits et des personnes – réels – pour justifier ce qu’ils ne veulent ou ne peuvent pas regarder en face. « Ils sont partout » est toujours d’actualité, « Ils » étant une variable d’ajustement.

« Dépoussiérer » Cosi Fan Tutte ?

Annonçant les sujets qui seront développés dans le journal (Arte – 06/06/2023 – 19 h 45) la journaliste termine par la représentation au festival d’Aix-en-Provence de l’opéra de Mozart Cosi fan tutte dont elle précise qu’il est « dépoussiéré » par le metteur en scène Dmitri Tcherniakov.

J’ai solidement empoigné les accoudoirs de mon fauteuil et pris le temps de contrôler ma respiration avant de me demander si le dépoussiérage dont la mise en scène rendait compte, concernait la partition et/ou le livret.

De quoi s’agit-il ?  

Le récit (le « livret » de Da Ponte) met en scène six personnages : deux jeunes couples fiancés  (Guglielmo – Fiordiligi / Ferrando –  Donabella), une soubrette (Despina) et un homme plus âgé, célibataire (Don Alfonso).

Le discours : chacun des deux jeunes hommes assure à Don Alfonso que sa fiancée est un modèle de vertu et de fidélité, et Don Alfonso rétorque qu’elles sont comme toutes les femmes, à savoir légères et inconstantes : « Cosi fan tutte » (ainsi font-elles toutes).

L’intrigue : pour les convaincre, Don Alfonso imagine, avec leur accord, un jeu qui prouvera qu’il a raison et qu’ils ont tort : ils vont faire croire à leurs fiancées qu’ils doivent partir pour la guerre, feront semblant de s’embarquer, reviendront travestis en « Albanais » et tenteront de les séduire. Sans lui révéler que les deux Albanais sont les deux jeunes fiancés déguisés, Don Alfonso obtient l’aide de Despina qui convainc les deux jeunes filles de les recevoir.

Résultat : les deux jeunes filles finissent par se laisser séduire par les deux « Albanais », chacune par le fiancé de l’autre, Fiordiligi par Ferrando et Dorabella par Gugielmo. La supercherie dévoilée, les hommes pardonneront et les couples se reformeront.

Je continue à me demander où est la poussière.

La conclusion de la journaliste qui réalise le reportage diffusé à la fin du journal ne m’aide pas : « Débarrassée de sa bouffonnerie et de ses clichés ce cosi fan tutte met ses personnages à égalité et dresse un constat cruel des relations humaines. »

Bouffonnerie ? Da Ponte a choisi le mode de la comédie et Mozart a composé une musique en accord avec cette tonalité.

Clichés ? La question de la fidélité ? Du désir ? De la séduction ?

Les personnages à égalité ? A égalité de quoi ? En quoi sont-ils inégaux ? J’essaie de trouver. Je ne trouve pas.

Quant au « constat cruel des relations humaines », c’est un cliché applicable à toutes les créations, y compris les plus bouffonnes.

L’interview du metteur en scène ne m’aide pas davantage :

« Le monde de l’opéra n’est pas perçu comme le monde de la réalité. Nous explorons trois couples dans toutes leurs problématiques et beaucoup de gens assis dans la salle pourront se reconnaître quelque part dans ces trois couples. J’ose espérer que cela pourra affecter certains spectateurs de manière radicale. » (Extrait de son interview à Arte)

Non seulement il ne m’aide pas, mais il accentue ma perplexité.

Quelles sont « toutes les problématiques » des trois couples ?

« Se reconnaître dans ces trois couples » ?

« Affecter de manière radicale » ?

La référence à la catharsis de la tragédie grecque est claire. Mais je ne vois toujours pas.

Sauf à changer le livret et la partition, comment faire d’une comédie un drame, à plus forte raison une tragédie ?

Même si l’objet du discours du livret peut produire des drames et des tragédies dans la vie réelle, il s’agit ici de l’équivalent d’une pièce de théâtre dont l’auteur a choisi de faire une comédie.

Quant à la partition… Mozart qui sait composer pour la tragédie (Don Giovanni) a choisi lui aussi la comédie.

Le résultat ?

Les jeunes gens sont devenus des adultes avancés (les chanteurs ont entre 52 et 58 ans avec les limites de la voix inhérentes à l’âge), les deux couples sont devenus des pratiquants de l’échangisme et la relation Don Alphonso – Despina est devenue érotique.  

Réactions contrastées des spectateurs. Applaudissement et huées.

Mêmes contrastes dans la presse :

Télérama : « La fusée lancée par Dmitri Tcherniakov se crasche avant l’alunissage. Fidèle au festival, le tube de Mozart est créé à Aix pour la douzième fois, et en célèbre les 75 ans. Las ! La mise en scène s’autodétruit à force d’audace mal contrôlée. Et la partie musicale ne tient pas ses promesses. »

Non, je ne ferai pas de remarque sur le «tube de Mozart ».

Libération : « Le russe Dmitri Tcherniakov parvient à adapter l’œuvre invraisemblable de Mozart dans un réalisme franc, malgré quelques passages marqués par un manque de rythme. »

Je ne parviens pas non plus à comprendre en quoi cette œuvre de Mozart serait « invraisemblable » ni en quoi la modifier aboutit à « un réalisme franc ». Et puis, c’est quoi, exactement la différence entre un « réalisme franc » et un réalisme « pas franc » ?

Il s’agit d’une œuvre d’art dont l’essentiel n’est pas dans le décor ni dans les effets, mais, pour le livret, dans le rapport entre l’amour, le désir et les conventions morales, pour la musique, dans une composition harmonique à vous « ravir » dans tous les sens du mots.

« Dépoussiérer » ainsi Cosi fan tutte revient à accrocher La jeune fille à la perle (Vermeer)  l’envers, ou à regarder M. Le Maudit (F. Lang) en commençant par la fin. Ou à transformer Phèdre (Racine) en comédie.

Colonialisme : esquisse d’un dialogue

« L’universitaire Philippe Colin détaille, dans un entretien au « Monde », le fonctionnement propre du colonialisme, notamment autour de l’idée de « colonialité ». (Le Monde – 30/06/2023)

Ma contribution :

Il y a deux problèmes :

1° la violence spécifique du pouvoir, propre à l’homme et qui est donc commune.

2° la conquête de l’autre et sa soumission au nom d’une vérité relative présentée comme absolue, autrement dit le colonialisme appuyé sur le racisme dont l’Europe puis les USA sont les acteurs majeurs.

Ceux qui n’ont pas envie d’examiner le 2 font semblant d’ignorer cette distinction et le confondent avec le 1 pour tenter d’évacuer le problème spécifique de la colonisation… quitte à s’étonner ensuite de l’émergence d’un discours de contestation sur lequel ils collent l’étiquette dépréciative « wokisme » pour détourner l’attention.

 Réponse du contributeur  « Mena House » :

« Mais pourquoi la « colonialité » affecterait-elle les seules sociétés occidentales, qui ont rompu avec l’héritage colonial et développé un universel concret dans le monde social qui attire des migrants du monde entier, au-delà de leurs anciennes colonies ? Qu’en est-il de la colonisation propre à l’Islam qui a également généré, par le biais d’un esclavage massif de longue durée et des représentations qui lui sont associées, une question de la « race » dans les sociétés concernées ? Certains intellectuels arabophones (K Daoud, B Sansal) ou des historiens comme Tidiane N’Diaye s’en sont fait l’écho mais ces voix sont bien isolées, y compris en Occident où cette question est devenue obsessionnelle dans le débat public. Il semble que la problématique « contestatrice » que vous évoquez obéisse à une autre logique que celle de la simple reconnaissance. ».

Ma réponse :

La différence entre les colonialismes islamique et chrétien ne concerne pas le principe d’absolutisme qui les caractérise l’un et l’autre mais la dimension économique, souvent masquée, qui lui donne une dimension plus hégémonique et durable, notamment après la décolonisation politique et les indépendances (cf. les soutiens aux régimes dictatoriaux).

2ème réponse de Mona House :  

« Je ne nie pas l’existence d’1 néo-colonialisme au-delà des indépendances mais ce n’est pas ce dont il s’agit avec la « colonialité » qui fait remonter à 1492 la superposition dans les sociétés occidentales d’une domination raciale et sociale. Cette « matrice coloniale » caractérise-t-elle nos sociétés depuis 6 siècles? Non. Le sociétés européennes ne connaissaient pas l’esclavage s/leur sol en-dehors de leurs colonies d’Outre-mer. La dynamique du capitalisme y renvoie à une structure de classe. La racialisation du social par les indigénistes et décoloniaux impose une lecture falsifiée de nos sociétés qui procède par forçage en assimilant l’immigration extra-européenne, facilitée par la mondialisation néo-libérale, à l’exploitation coloniale. A partir de l’expérience des sociétés d’outre-Atlan. le wokisme a défini l’identité des individus de façon systématique et unilatérale par leur appartenance à des « communautés » basées sur des propriétés figées dont les individus ne sont pas responsables. »

Ma 2ème réponse

 « Les sociétés européennes ne connaissaient pas l’esclavage s/leur sol en-dehors de leurs colonies d’Outre-mer ». Pensez-vous que ce soit déterminant quant au racisme et aux discriminations liées à la couleur de la peau, par exemple ? (cf. « Des cannibales » des Essais de Montaigne et le « Comment peut-on être persan ? » de Montesquieu). Connaissez-vous des sociétés « noires » qui aient organisé l’esclavage de populations blanches ? Depuis des siècles, l’Histoire a inscrit dans le conscient et l’inconscient individuel et collectif des critères de hiérarchie (hors problématique de classes dans les formes du capitalisme moderne) théorisés, qui sont toujours actifs notamment parce que nous n’avons toujours pas décidé de reconnaître leur vanité en même temps que celle des présupposés qui ont conduit à l’esclavage et à la colonisation. Tant que ce travail n’aura pas été fait, il y aura des démesures dans la protestation qu’autorisent la pérennité du racisme et les dénis de responsabilités.

                                                                                                                                                                        —-

Mona House n’a pas poursuivi, peut-être parce qu’il ou elle avait utilisé son quota de réponses possibles.

Les contributeurs critiques de la problématique construite par l’article  ressassent la même rengaine,  à savoir que la question du colonialisme est réglée et qu’elle est récupérée à la fois par ce qu’ils appellent le wokisme et par les marxistes orphelins depuis la chute de l’URSS – même si ceux-ci ne sont pas d’accord avec ceux-là.  

Mona House a finalement répondu :

Sa 3ème et dernière réponse possible :

Vous présentez comme « toujours actifs » des « critères de hiérarchie » théorisés à l’époque de l’expansion coloniale « parce que nous n’avons toujours pas décidé de reconnaître leur vanité ». Vous niez superbement tout le travail critique effectué dans la douleur (comme toute œuvre vraie) par les sociétés occidentales sur elles-mêmes et dont témoignent, par ex, les programmes scolaire de l’Education nationale depuis 40 ans…Par ailleurs, ces « critères » existent aussi dans les sociétés arabo-musulmanes de façon très prégnante dans les mots, les mœurs et l’imaginaire collectif (comme la Tunisie de M Saied nous l’a récemment rappelé). Or, la doxa antiraciste des décoloniaux ne vise que l’Occident qui a le plus travaillé à déconstruire ses préjugés sur l’altérité, leurs conséquences criminelles, et à bâtir un universel concret. Cette fixation polémique nourrit un identarisme assignant l’individu à sa « communauté » d’appartenance, voire à un statut de victime quels que soient ses actes!

Idem, pour moi.

 Le 1° de ma contribution répond à une partie de votre critique. Le travail dont je parle concerne la société occidentale pour les raisons historiques que j’ai exposées et il n’occulte pas ce qui est entrepris, notamment dans l’EN que je connais bien. Ce qui manque (cf. la persistance du racisme, hic et nunc) est la décision politique d’un travail commun, collectif, initié par le pouvoir exécutif, sur le racisme et son exploitation par le pouvoir politique depuis des siècles, pour la justification idéologique/religieuse du colonialisme. Il ne s’agit ni de culpabilisation ni de repentance mais d’un travail qui incite à comprendre pourquoi l’homme, principalement occidental, a été capable d’exterminer des peuples pour une appropriation recouverte entre autres par le manteau de la civilisation chrétienne : tel est le réel. Il y a 1° un problème intrinsèque de l’homme, où qu’il soit, quel qu’il soit 2° de l’homme occidental en particulier. On ne se sortira pas des démesures sans cela.

Le droit de tuer

Comme l’acte policier qui a entraîné la mort de George Floyd il y a trois ans à Minneapolis, celui qui a provoqué la mort du jeune Nahel à Nanterre a été filmé.  On voit clairement le policier à hauteur de la portière avant gauche de la voiture tenant à deux mains son arme pointée sur le conducteur. On le voit tirer et se reculer en même temps que la voiture démarre.

Si l’on s’en tient à ce film, il est possible d’imaginer ce qu’on veut puisqu’on ne sait pas ce que voit le policier, ni ce que fait le conducteur.

Ce qui met fin au jeu des hypothèses est la déclaration du policier dont la vidéo révèle qu’elle est mensongère. D’où sa mise en examen pour « faux en écriture publique par un agent dépositaire de l’autorité publique » et pour « homicide volontaire ».

Cela ne suffit pas pour infléchir les réactions – elles sont nombreuses – des abonnés au Monde qui, comme ce fut le cas pour G. Floyd, cherchent plus ou moins à justifier l’acte.

En sens inverse, la déclaration du président de la République est tout aussi surprenante : « Nous avons un adolescent qui a été tué. C’est inexplicable, inexcusable. Il faut le calme pour que la justice se fasse. Rien ne justifie la mort d’un jeune.»

Est-ce que ce serait « explicable », « excusable », « justifiable » si, dans des circonstances analogues, il s’agissait d’un adulte ?

Ce qui peut être invoqué à propos de l’âge (17 ans) de ce jeune homme est son refus d’obtempérer qui, selon les médias, n’était pas le premier : on sait que la contestation de l’autorité, la tentation de l’interdit sont un des composants de l’adolescence.

Mais la distorsion entre ce refus et, avant même l’acte, la menace de l’arme prête pour tirer ?

Le journal suisse Le Temps publie (28/06/2023) une interview de Sébastien Roché, professeur à Science-Po Grenoble après cette précision :

« En 2022, le nombre record de 13 décès a été enregistré après des refus d’obtempérer lors de contrôles routiers en France. En cause, une modification de la loi en 2017 assouplissant les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre peuvent utiliser leur arme. Elles sont désormais autorisées à tirer quand les occupants d’un véhicule «sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ».

Extrait de l’interview :

« Nous avons observé 5 années avant et après la loi de 2017, et nous avons regardé comment avaient évolué les pratiques policières. Les résultats montrent qu’il y a eu une multiplication par 5 des tirs mortels entre avant et après la loi dans le cadre de véhicule en mouvement.

Question du journaliste : « L’augmentation n’est-elle pas simplement liée à l’augmentation des refus d’obtempérer ? »

Réponse : « Nous avons regardé le détail des tirs mortels. Le sujet, ce n’est pas les refus d’obtempérer, qui sont une situation, ce sont les tirs mortels, qui interviennent dans cette situation. Les syndicats de police font tout pour faire passer le message que le problème ce sont les refus d’obtempérer qui augmentent. Mais le problème ce sont les tirs mortels, dont les refus d’obtempérer peuvent être une cause parmi d’autres. Et les refus d’obtempérer graves ont augmenté mais pas autant que ce que dit le ministère. D’autant que l’augmentation des tirs mortels n’est notable que chez la Police nationale et non dans la Gendarmerie. Dans la Police nationale, en 2021, il y a eu 2675 refus d’obtempérer graves, pas 30 000 {ce qu’affirme le ministre de l’Intérieur}. Il y a une augmentation mais ce n’est pas du tout la submersion dont parlent certains. Ce n’est pas suffisant pour expliquer l’augmentation des tirs mortels. D’autant que la Police nationale est auteur de ces homicides et pas la Gendarmerie alors que les refus d’obtempérer sont également répartis entre les deux. Si le refus d’obtempérer était une cause déterminante, elle aurait les mêmes conséquences en police et en gendarmerie. »

Que devient l’« inexplicable » d’E. Macron dont le gouvernement a fait voter cette loi ?

« Savoir de la pollution et pollution du savoir » (2)

La question de la liberté que doit affronter tout individu concerne l’espace situé entre le pôle de sa naissance et celui de sa mort ; plus il s’efforce d’ignorer cet espace, plus il se persuade qu’il peut effacer le second pôle, plus il réduit l’épaisseur de sa liberté.

Je peux examiner et discuter toutes les théories imaginables, je peux vouloir être libre autant qu’il est possible de le vouloir, et cependant, jamais je ne parviendrai à rencontrer la liberté si je ne réussis pas à éprouver, à expérimenter que je suis libre, et cette expérimentation se vérifie dans ce que j’appellerai la sensation d’existence augmentée que produit l’intuition de l’unité du vivant dans la diversité de ses formes ; de ce point de vue, il n’y a pas de hiérarchie entre les actes créateurs, et confectionner une tarte aux pommes revêt la même importance qu’interpréter une fugue de Bach.

Reconnaître l’identité d’essence et de constitutiondu vivant est le facteur décisif qui permet de considérer d’un point de vue autre que moralisateur et culpabilisant – en fait stérilisant –  certains des problèmes difficiles que nous avons à résoudre aujourd’hui, qu’ils concernent les différentes pollutions, le réchauffement de la planète, le renouvellement des énergies, les disparités de développement des sociétés etc., car dire, par exemple, et c’est le discours le plus commun, que l’homme détruit la nature, c’est dire en même temps que l’homme en est distinct, qu’il y a l’homme et la nature.

Au contraire, l’unité du vivant inclut l’homme dans la nature dont il est un composant ni plus ni moins important que n’importe lequel des autres. C’est là que les chemins divergent et qu’au-delà des malentendus peut se polluer la pensée.

Cette distinction d’essence et de valeur entre homme et nature est le présupposé du discours de l’astrophysicien Hubert Reeves dans Mal de Terre, ouvrage publié au Seuil en 2003, et qui se présente sous la forme d’une interview ; discours à la tonalité éminemment dramatique qui prévoit que, sauf à procéder rapidement à des changements radicaux et dans tous les domaines, la vie de l’homme sur la terre ne sera plus possible dans un délai relativement court.

Ce que je mets en question, ce ne sont ni les compétences scientifiques de l’auteur, ni l’exactitude de ses relevés appuyés sur des études scientifiques incontestables, ni son diagnostic, ni même son pronostic, mais l’implicite qui sous-tend son discours et qui attribue à l’homme une nature particulière ; à la question : « Vous croyez vraiment que l’homme puisse provoquer des dérèglements tels que la vie soit un jour éradiquée sur terre ? » (p.11) il répond : « Il importe ici de distinguer le sort de l’humanité de celui de la vie toute entière. »

Distinguer – en l’occurrence l’humanité de la « vie toute entière » – c’est reconnaître des spécificités irréductibles. Est-ce que parmi toutes les espèces animales et végétales, nous distinguerions telle ou telle espèce particulière qui vivrait plus ou moins longtemps, serait plus ou moins prédatrice, plus ou moins fragile, plus ou moins robuste ou qui serait dotée d’une constitution originale ? Dirions-nous qu’il y a d’un côté les diverses espèces, et, de l’autre, telle espèce radicalement différente ? Ce que nous constatons, c’est que chacune possède des particularismes et qu’il n’en est pas une qui apparaisse à ce point distincte à cause de tel ou tel caractère spécifique.

Quelle est donc cette spécificité de l’homme qui le distinguerait ainsi de « la vie toute entière » et lui conférerait un sort particulier ? H. Reeves la précise ainsi, dans le même passage : « La vie, nous le savons maintenant, est d’une robustesse extraordinaire. Elle continuera à s’adapter et à foisonner comme elle le fait depuis quatre milliards d’années sous des formes d’une variété toujours époustouflante. Mais nous les humains, sommes beaucoup, beaucoup plus fragiles (souligné par moi). »

La spécificité de l’humanité serait donc une grande fragilité. Bien, mais quelle est-elle, cette grande fragilité qui la distinguerait du reste du vivant ?  

« En réalité, nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres… » rectifie-t-il un peu plus loin (p.168) à propos de la biodiversité, avant de souligner une nouvelle particularité : « (…) Face aux disparitions dont nous sommes responsables, nous mériterions vraiment le qualificatif d’espèce nuisible à l’harmonie et à la préservation de la biodiversité. » Et, plus loin encore, examinant les causes de l’accroissement de l’extinction des espèces : « Elles sont nombreuses, mais nous ramènent toujours à la même cause ultime : l’action de l’homme sur la nature. »

L’espèce humaine ne serait donc que comme les autres espèces mais elle s’en distinguerait par une « fragilité » dont la force – si j’ose dire – serait telle qu’elle constituerait une menace considérable pour la nature en général et en particulier pour la survie d’un grand nombre de mammifères, (et non des moindres : rhinocéros, éléphants, grands félins, ours polaires, bouquetins, chimpanzés) et d’animaux aquatiques etc. (p.173).

Question : comment l’espèce humaine peut-elle être à la fois comme les autres et d’essence différente ? En effet, « l’action de l’homme sur la nature » implique qu’il n’est pas lui-même de la « nature », mais « nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres » implique qu’il l’est.

Ce n’est pas tout : « Préserver les plantes, les animaux et les hommes, est-il précisé à la page suivante, relève du même combat, de la même lutte pour la survie (…) L’éveil de la compassion (souligné par moi) passe d’abord par l’attitude envers les animaux. Il porte en lui l’espoir de voir diminuer les cruels instincts guerriers (id.) si présents tout au long de l’histoire de l’humanité. »

Aurions-nous rejoint la démarche scientifique avec cette nouvelle relation affirmée comme une évidence entre « compassion » et « diminution des cruels instincts guerriers » ? On pourrait s’attarder un instant sur l’affection que portait Hitler à son chien et sur son régime végétarien (sans doute ne supportait-il pas qu’on tue les animaux) ou rappeler l’immense compassion pour les bébés phoques d‘une actrice de cinéma qui soutint en même temps dans un ouvrage des idées dont on sait qu’elles n’aboutissent que très peu à la diminution des « cruels instincts guerriers »… On pourrait aussi s’interroger sur la valeur scientifique de ce dernier concept (qu’est-ce qu’un « instinct guerrier » ?) et se demander encore si tous les aficionados (je n’en suis pas) qui applaudissent à la mise à mort du taureau sont de cruels va-t-en-guerre ?

Plus sérieusement, s’il est incontestable que l’homme est dangereux pour les animaux, n’est-il pas également vrai que les animaux, de la termite au tigre en passant par le criquet, la sauterelle et la chenille processionnaire, peuvent aussi l’être pour l’homme ? Si j’élargis ma question : est-il sur notre planète une seule espèce qui soit en parfaite sécurité, qui ne soit pas une proie pour d’autres espèces, qui ne soit cause de violence voire de destruction pour une ou plusieurs autres ?

Je ne cherche pas à éluder la question de la violence humaine (voir le chapitre suivant), j’essaie de la comprendre autrement qu’en m’appuyant sur l’idéologie de la différence de nature.

La distinction d’essence qui établit une hiérarchie de valeursentre homme et nature n’est pas d’ordre scientifique ; elle ressortit à une métaphysique qui en soi est respectable, à la condition cependant d’être annoncée comme telle, et non dissimulée derrière l’autorité que confère une connaissance scientifique reconnue. Il y a, sous-tendant le propos d’H .Reeves, un implicite qui rejoint les diverses croyances religieuses selon lesquelles, la nature étant ce qui n’est pas l’homme, il n’est pas possible que l’homme soit de même essence qu’elle.

H. Reeves sait évidemment que la création de l’homme n’est qu’un mythe, que l’être humain est le résultat d’une évolution, et que la vie sur la terre telle que nous la connaissons a sa limite puisqu’elle sera immanquablement détruite par l’explosion du soleil dans cinq milliards d’années. Mais un tel espace de temps est à ce point hors de notre portée qu’il paraît de la science-fiction et permet à une autorité scientifique de donner sa caution à ce qui n’est que de l’idéologie.

La référence implicite à l’immortalité de l’homme est aisément repérable ; imaginant ce que pourrait être le « Scénario Geyser » (un des trois « scénarios catastrophes » décrits p.20) il écrit : « Nous retrouverions l’état de la vie terrestre telle qu’elle était vraisemblablement avant l’apparition des premiers organismes composés de plusieurs cellules (plantes et animaux). Chronologiquement, nous reculerions (souligné par moi) d’environ un milliard d’années dans l’histoire de la biologie. Dans cette hypothèse, l’agression humaine aura réussi ce qu’à notre connaissance aucune activité géologique ou astronomique n’est parvenue à réaliser : ramener (id.) la vie à sa forme bactérienne, unicellulaire. »

Quant au « Scénario Vénus », il correspondrait à un « recul (id.) de quatre milliards d’années dans le développement de la complexité cosmique sur notre planète. » (p.25)

« Reculer, ramener, recul », dénotent (même avec les précautions de la chronologie et du conditionnel) une conception idéologique de l’histoire du développement de l’homme,  et une morale cachée : ce qui est annoncé l’est en effet comme une régression connotée négativement ; l’hypothèse même d’un mouvement circulaire de la vie qui ruine la notion de recul est présentée (p.24) avec des points d’exclamation qui confortent cette appréciation négative plus explicite dans l’expression ironique « l’agression humaine aura réussi… » ; cette hypothèse (le mouvement circulaire) fragiliserait en effet la conception finaliste de la vie en général et de l’homme en particulier, conception qui n’est jamais revendiquée comme telle ; elle apparaît en filigrane dans les questions et les réponses, et toujours sous l’apparence du discours scientifique ; recul ressortit à l’idéologie, non à la science.

En revanche, si l’on abandonne la distinction essentielle entre l’homme et la nature, on abandonne en même temps la référence à l’immortalité (de l’individu et de l’espèce) pour ne plus considérer que l’éternité (infiniment probable) de la vie, quelles qu’en soient les formes, et quelle que puisse être la dureté de l’existence de chacune d’elles, toutes étant mortelles à plus ou moins long terme.

La disparition de l’humanité, comme celle des autres espèces, n’est donc pas de l’ordre d’une faute qui devrait être condamnée par la morale, mais s’inscrit dans ce qu’on pourrait appeler le principe ou la loi de la vie, et c’est de ce point de vue qu’il me paraît plus intéressant, plus pertinent et plus efficace de considérer le comportement de l’homme par rapport à son environnement.

La morale ne peut en effet que conduire à la culpabilisation et à un « mauvais désespoir » – j’y reviendrai – qui accentue les dysfonctionnements auxquels elle prétend s’intéresser pour les corriger.

Considérons par exemple la question obsédante que pose H. Reeves et avec lui bien d’autres : quel monde allons-nous laisser à nos enfants ?

A première vue, la question semble moralement fondée, comme allant de soi et susceptible de provoquer le sursaut indispensable à la survie de l’espèce : n’est-il pas scandaleux de détruire le merveilleux univers dont nous avons hérité et de compromettre ainsi gravement la vie de nos enfants ?

Quittons un instant les vieilles lunettes idéologiques, morales et religieuses et demandons-nous si l’individu le moins susceptible d’être dangereux pour lui-même, les autres et son environnement, ne sera pas celui pour qui est indiscutable l’identité entre ce qu’il est et l’univers dans lequel il naît, vit et meurt ; car s’il reconnaît en lui les mêmes composants que ceux dont est constitué l’univers, s’il admet que les différences ne sont pas des critères suffisants pour établir une hiérarchie de valeurs existentielles, il est en même temps conduit à regarder en face – pour la rejeter – la grande peur fondamentale qui le pousse à croire qu’il est d’une essence supérieure, qu’il a été créé, et créé pour une destinée exceptionnelle, donc qu’il est immortel. Quelle société pourra, comme lui, se révéler la plus pacifique pour les autres et la plus respectueuse du milieu où elle vit, sinon celle qui sera constituée de tels êtres débarrassés de croyances d’immortalité ?

Si la solution des problèmes évoqués passait par la morale du bien et du mal, les difficultés soulevées aujourd’hui par la consommation d’alcool, de tabac, des différentes drogues, par les brutalités domestiques, les excès de vitesse sur les routes, les diverses pollutions – la liste n’est pas close – tout cela serait résolu depuis longtemps puisque personne ne prétend qu’il est bien d’être violent ou dépendant. Le seul fait qu’existent et que perdurent ces problèmes est significatif de la vanité de tous les discours moraux. Le n’est-ce pas une honte ? implicite le plus souvent, est en dernière analyse l’expression de la peur et de la résignation ou de la fuite qui en résulte.

La question première, indispensable dans le sens où elle sert de garde-fou salutaire, est celle de l’origine des dysfonctionnements humains : pourquoi sommes-nous conduits à être violents, dangereux pour nous-mêmes et les autres ? Maintenir cette question et se la poser à soi-même sans prétendre trouver la réponse qui la rendrait inutile permet d’avoir toujours présent à l’esprit que ce que nous sommes et ce que nous faisons n’est de l’ordre ni du mystère ni du hasard.

La pollution sous toutes ses formes, qui s’apparente à une destruction, s’expliquerait-elle par je ne sais quel égoïsme et s’accompagnerait-elle de je ne sais quel mépris pour les générations futures ? Les guerres, qui ont l’âge de l’humanité, les guerres si dévastatrices et meurtrières, qui font des enfants des orphelins quand elles ne les tuent pas, les guerres ont toujours été colorées de préoccupations prétendument généreuses et soucieuses des générations futures : si l’on tue vos parents, vos frères, rassurez-vous, c’est pour que votre avenir soit meilleur !

Expliquer et vouloir éradiquer les causes de la détérioration de notre environnement par un discours humaniste et moralisant ne peut que conduire dans une impasse ; il suffit pour nous en convaincre, de mettre en perspective les problèmes repérés par l’auteur et les réponses qu’il apporte pour y remédier.

L’importance de ces problèmes est considérable :

« Mentionnons simplement : le réchauffement de la planète, l’amincissement de la couche d’ozone, la pollution des sols, de l’air et de l’eau, l’épuisement des ressources naturelles, la disparition des forêts et des zones humides, l’extinction accélérée des espèces vivantes, l’accumulation démentielle de déchets chimiques et nucléaires. Notre planète est bien mal en point… » (p.9 et 10)

Tout cela, cumulé en une phrase, est d’autant plus impressionnant que s’y ajoute le paramètre du temps : il faut aller vite, tout se jouera dans les prochaines décennies.

Deux cents pages sont consacrées pour l’essentiel au constat exhaustif des pollutions de toute nature, secondairement aux corrections qui ont pu être apportées – notamment l’interdiction (en 1987) de la production des chlorofluorocarbures (CFC) qui furent largement utilisés dans les aérosols et les réfrigérateurs, et qui ont contribué à la diminution de la couche d’ozone, protectrice des rayons ultraviolets.

Le constat est impitoyable : nous sommes au bord de la catastrophe.

Que faire ?

L’auteur répond dans le dernier chapitre intitulé « Agir » ; un chapitre de sept pages ; sept pages opposées aux deux cents de l’apocalypse.

Le lecteur à qui a été annoncée pour après-demain la fin de la vie sur terre et dont on peut facilement imaginer l’angoisse, attend anxieusement les réponses susceptibles de contrarier l’épouvantable scénario catastrophe ; quand il aura tourné la dernière des sept pages de ce chapitre, il lui faudra beaucoup de force pour résister au « désespoir », et la probabilité la plus grande est qu’il se hâtera d’oublier ce qu’il a lu pour éviter de sombrer ; car, compte tenu de l’extrême gravité des détériorations dans tous les domaines de la vie et de l’extrême urgence des restaurations nécessaires, il comprend très vite que les propositions qu’il vient de découvrir sont dérisoires ou illusoires.

Voici un florilège de ce qu’il aura lu à partir de la page 203 :

«  Le principal élément d’espoir est l’intérêt croissant des êtres humains pour la défense de la planète (… )  Le sommet de la Terre, à Rio, est à la fois une grande déception et une date importante (…) Le résultat le plus positif est d’avoir introduit grâce à la télévision, dans le vocabulaire mondial, et ce, à tous les niveaux sociaux, le mot écologie (…)  La démocratie a le grave défaut d’être assignée à penser à court terme (…) La forêt est entièrement sous le contrôle des compagnies forestières qui achèvent le plus librement du monde de l’abattre (…) Les ministères de l’environnement devraient (…) L’écologie doit (…) Il faut encourager fortement tous ceux qui se sentent concernés par la sauvegarde de la planète à les (les ONG) rejoindre (…)  La réalisation la plus positive pour l’avenir est justement cette prise de conscience… Nous avons déjà évoqué l’interdiction des CFC (…) »

Vient ensuite une énumération de ce qui a été réalisé pour contrarier le scénario de fin du monde : construction de jardins sur les toits, résolution partielle des problèmes posés par les voitures dans trois villes du monde, restrictions d’exploitation des forêts dans certains pays, la création de sites Ramsar (zones humides) en Chine ainsi qu’un centre de protection de la nature pour secourir les oiseaux migrateurs qui souffrent de la pollution quand ils survolent les régions urbaines, sauvetage des bisons d’Europe ou des chevaux de Prejvalski ou du perroquet kakapo en Nouvelle-Zélande, écotourisme («  un des effets positifs du tourisme est la protection que les pays visités sont prêts à mettre en œuvre pour les que les sites conservent leur intérêt (…) Les excursions en pirogue sur le fleuve Niger parmi les oiseaux de toutes couleurs sont un enchantement. »), action pour un « projet anti-Manhattan (…) en espérant que des moyens monétaires aussi considérables et des esprits aussi puissants se mettront à l’œuvre le plus rapidement possible. Sinon... »…

Quant à l’énergie : « Il faut développer de toute urgence toutes les formes d’énergie renouvelables pour leur permettre de rencontrer les échéances de la fin du siècle. En parallèle, diminuer considérablement notre consommation d’énergie en mettant en place le ferroutage et des transports qui consomment moins d’énergie parce que les trois quarts de la production de gaz carbonique responsable du réchauffement de la planète sont produits par les voitures et les camions. Il faut cesse de déboiser inconsidérément (…) recréer des zones humides (…) obtenir une sécurité alimentaire pour les milliards d’affamés de la Terre (…) Mettre un terme aux monocultures (…) retrouver les modes ancestraux d’utilisation des sols et des nappes d’eau. Acheter « bio » et encourage le commerce équitable (…) Mais il est bien clair que toutes les mesures préconisées pour enrayer la détérioration de la planète seront sans effet sans une éradication de la misère et de la famine. » 

Confrontées à l’importance des dégradations répertoriées, et compte tenu de l’urgence,  les réponses données qui s’apparentent le plus souvent à de l’incantation apparaissent dérisoires et illusoires, de l’aveu même de l’auteur : « Même si l’on arrêtait l’émission de CO2 dans l’atmosphère, il faudrait plusieurs centaines d’années avant de retrouver l’équilibre. (…) Pour arrêter l’augmentation de CO2 dans l’atmosphère, il faudrait les réduire de plus de la moitié et revenir au niveau de 1935. » (p.43-44)

D’autant que les modifications semblent pour certaines d’entre elles sinon définitives du moins durables : il y a, au centre du livre, des photos illustrant de manière saisissante quelques changements intervenus en l’espace d’un siècle (baisse du niveau de la mer de glace, trou d’ozone, fontes des neiges du Kilimandjaro etc.) auxquels on pourrait ajouter la rupture d’une partie de la banquise survenue après la publication du livre.

Les surprenantes dernières questions posées en conclusion du chapitre et qui restent sans réponse indiquent que l’interviewer a dû sans doute lui aussi être conscient du malaise que suscitait la démarche de l’auteur : « Sommes-nous prêts à renoncer à tous les avantages de la vie moderne ? Quel parti politique serait assez courageux pour construire son programme sur une réduction massive de la circulation automobile ou de la production énergétique ? (…) Peut-on arrêter notre élan vers toujours plus de consommation d’énergie ? (…) »

Questions dont la bizarrerie du contenu a valeur de réponse : nous ne sommes évidemment pas prêts à « renoncer à tous les avantages de la vie moderne » ! Que souligne une telle interrogation absurde sinon le caractère affligeant de l’idéologie qui sous-tend le propos et dont les approximations de la pensée sont confirmées dans le contenu des trois dernières pages intitulées Epilogue ; ainsi, à la page 217 : « Au XXème siècle les existentialistes avaient défendu que l’homme est un étranger dans l’univers. Qu’il est « de trop ». Une sorte de chancre. Depuis ce temps, les nouvelles connaissances scientifiques (…) ont réfuté cette vision du monde. »

Que dire d’un tel contresens ? N’importe quel élève moyen de classe terminale sait que la philosophie existentialiste ne pose pas la question du sens de l’existence biologique de l’humanité sur la terre, mais s’interroge sur le sens que l’individu peut donner à sa propre existence (qu’il peut estimer « de trop »), sur la conscience qu’il en a, et que l’angoisse ressentie par Roquentin devant la racine d’arbre (La Nausée – J.P.Sartre) ou le sentiment éprouvé par Meursault d’être un « étranger » (L’étranger – Camus) ne sont pas les conséquence d’une connaissance scientifique insuffisante. Une telle énormité publiée telle quelle laisse pantois.

L’ouvrage présente un mélange ahurissant de connaissances et d’opinions, plus exactement des relevés mis en perspective pour servir la cause d’une idéologie qui ne dit jamais son nom.

Si l’homme est incapable de résoudre les gaves problèmes auxquels il est confronté aujourd’hui, à quoi bon parler d’ « agir » surtout quand les conditions de réussite sont présentées comme irréalisables ? Comment, pour ne reprendre que cet exemple, imaginer qu’on pourrait, par la réduction des émissions de gaz carbonique, revenir rapidement au taux de 1935 ? A quoi bon, sinon pour satisfaire sa propre désespérance dissimulée derrière le sourire jaune d’un humanisme qui instrumentalise la science ?

S’il est difficile pour un individu de changer son mode de vie, que dire de la collectivité, notamment quand elle est confrontée à ces graves problèmes de pollutions diverses et massives ? Que dire et que faire ? Adopter le point de vue d’Hubert Reeves, c’est se condamner au pessimisme et au fatalisme : nous courons à la catastrophe, c’est déplorable, c’est scandaleux, il faudrait, il aurait fallu… Ah, nos enfants ! Ah, la Terre ! Mon Dieu que l’homme est faible, pusillanime, égoïste ! De là à dire que le moteur à explosion est une invention du diable et que l’homme est bien puni de son orgueil, il n’y a qu’un pas dont on sait ce qu’il coûte de le franchir.

Si l’humanité doit périr des conséquences d’une élévation de la température, ce qui n’est pas avéré, ce ne sera pas plus sa « faute » que celle des dinosaures disparus à la suite d’un cataclysme il y a soixante-cinq millions d’années. Les dinosaures n’ont pas décidé le cataclysme et les hommes n’ont pas décidé non plus de détruire la couche d’ozone ni d’augmenter le taux de gaz carbonique : ce ne sont que des effets dont il est facile de dire qu’il aurait fallu les éviter et dont nous ne savons pas si et comment nous serons ou non capables de les corriger.

Pour éviter le réchauffement de l’atmosphère, il aurait fallu que ne soit pas inventée l’automobile, que ne soit pas développée l’industrie, que ne soit pas utilisée la vapeur, que ne soit pas inventée la roue, que ne soient pas fabriqués les outils, que ne soit pas domestiqué le feu etc., bref, il aurait fallu que l’homme ne soit pas l’homme, puisque ce qu’il est se confond avec l’invention et la recherche. Il est indiscutable que, malgré les vaches et leurs ruminations, les animaux n’ont pas de responsabilité majeure dans la modification de l’atmosphère ; ils n’en ont pas davantage dans la découverte des antibiotiques, la mise au point des prothèses de hanches ou l’opération de la cataracte.

Ce qui est préoccupant, ce sont certains effets du progrès (progrès, du latin progredi : avancer) humain. Est-ce qu’ils provoqueront la disparition de l’humanité ? C’est une hypothèse possible qui n’a rien de scandaleux ni de révoltant ; nous ne sommes pas des démiurges réunis en assemblée pour décider quel pourrait être le meilleur homme possible, mais des êtres confrontés sans cesse aux problèmes que pose la vie – pas seulement la vie humaine – avec ses glaciations, ses réchauffements, ses inondations, ses sécheresses, ses séismes et ses tsunamis, ses pullulements d’animaux, ses pestes et ses choléras, ses sidas, vie qui n’est qu’une succession complexe de naissances et de morts, aussi bien pour les individus que pour les espèces, aussi bien pour les hommes que pour les dinosaures.

Je peux ne pas fumer, ne pas boire d’alcool, conduire prudemment ma voiture, me nourrir de manière équilibrée et me brosser les dents après chaque repas, je n’en mourrai pas moins ; de vieillesse paisible dans mon lit, sous les murs de ma maison renversée par un tremblement de terre ou sous les roues de la voiture d’un de mes semblables qui aura été moins prudent que moi. Je peux prendre toutes les précautions possibles et imaginables, elles ne m’empêcheront pas de mourir, simplement parce que je suis né.

Ce qui est vrai pour moi l’est pour l’humanité et sans doute aussi pour les autres constituants de l’univers. L’humanité disparaîtra au plus tard dans cinq milliards d’années, peut-être avant, entraînée dans un processus qu’elle aura été impuissante à enrayer. Elle mourra parce que, elle aussi, est née.

Si, comme H. Reeves, je trouve certains spectacles naturels merveilleux, je n’oublie pas non plus qu’ils ne le sont que parce que je les ressens comme tels et que la notion de merveille n’a pas de sens pour l’objet de ma contemplation ; si belles soient-elles à mes yeux, les étoiles ne sont que des sphères de gaz animées de réactions nucléaires.

Seule la conception de l’unité du vivant est capable de garantir l’homme d’une culpabilisation stérilisante et suicidaire : cette unité concerne ce qu’il est en tant qu’individu, ce qu’il est en tant que membre d’une communauté dont il ne peut être que solidaire, enfin ce qu’il est en tant qu’élément de l’univers dont il est un composant indissociable.

Le progrès accompli par l’homme depuis son origine est constitutif de son existence particulière ; il n’est en soi ni bon ni mauvais, pas plus que seraient bons ou mauvais un météorite, une éruption volcanique, une chute de neige ou un rayon de soleil.

Ce qui caractérise l’homme et le différencie essentiellement des autres espèces, autant que nous pouvons le savoir, c’est la conscience d’être mortel et son corollaire, la liberté, dont la pratique est le meilleur antidote à l’illusion d’être une créature merveilleuse promise à une destinée exceptionnelle ; confronté à ce qu’il est et à sa conscience du temps et de l’espace, il lui est possible de dire que si l’existence de l’espèce est limitée dans le temps, la vie dont elle participe est vraisemblablement éternelle ; c’est cette connaissance de l’unité du vivant dans l’infinie diversité de ses formes qui peut l’aider le mieux à inventer les moyens d’appréhender les problèmes pour tenter de les résoudre.

Le discours dominant est aujourd’hui celui de la morale (certains ne disent-ils pas qu’il faut moraliser le capitalisme ? Autant vouloir moraliser le tigre qui s’apprête à sauter sur sa proie) et de la catastrophe : l’homme qui est un être aveugle et égoïste ne parviendra pas à réduire de manière significative les diverses pollutions, son existence et celle de ses enfants en sera même compromise.

Il est aussi possible de dire que nous vivons une période de mutation et que nous trouverons les moyens de nous adapter aux nouvelles conditions d’existence créées notamment par l’élévation de la température globale, si c’est bien cela qui doit se produire.

Reste à dire lequel de ces deux discours est le plus apte à mobiliser les énergies pour trouver des solutions.

« Savoir de la pollution et pollution du savoir » (1)

Nous assistons à un basculement idéologique quasiment planétaire qui se traduit électoralement par les taux élevés obtenus par les partis d’extrême droite, politiquement par des alliances gouvernementales de la droite « classique » avec ces partis.

Ce réel se heurte à la conviction que le chaos initié par le fascisme et le nazisme rendait un tel retour impossible. Une conviction appuyée sur l’implicite que la mémoire suffit (d’où le « devoir de mémoire » = une illusion), elle-même appuyée sur l’hypothèse que fascisme et nazisme ont pu prospérer grâce à l’ignorance ; au « on ne savait pas, on ne s’imaginait pas », s’oppose le « maintenant on sait ». Autre illusion.

Le corollaire est l’effondrement du « commun » dont la problématique a été diversement déclinée par le communisme, le socialisme ou la social-démocratie dont les résultats sont soit une catastrophe soit le signe d’une impuissance.

Le réchauffement climatique met en évidence ce déni/refus du commun quand est franchi le seuil de tolérance repérable au fait que la contradiction entre les individus et les décisions prises ou envisagées pour tenter de le limiter devient un objet « hors discussion = dialogue de sourds », d’affrontement.  Ce fut également le cas lors de la pandémie du covid19 quand se sont développés les discours complotistes, notamment à propos des vaccins.

Si la multiplication des signes patents du réchauffement réduit le champ du complotisme, elle réduit en même temps celui du commun et agrandit celui de l’individu qui tenté par le discours pour le moment souterrain et indicible « nous n’avons plus rien à perdre », prémices du « chacun pour soi » ou du « sauve qui peut » de la panique.

A ce point de l’article, je me suis souvenu de ma critique du livre d’Hubert Reeves Mal de Terre (2003) dans l’essai écrit et publié en 2010 sous le titre La note fondamentale et les harmoniques. (Edilivre)

C’est cet article intitulé Savoir de la pollution et pollution du savoir que je vous soumets.