Tommy – The Who

Tommy, produit et interprété par The Who (groupe rock anglais des années 60 fondé par Roger Daltrey – chanteur, musicien – et surtout Pete Townshend, auteur, compositeur, chanteur, musicien), est considéré comme le premier opéra-rock.

Opéra : il s’agit d’une histoire racontée par le chant accompagné d’une musique orchestrale.

Rock : les voix des chanteurs (en particulier les timbres), sont différentes de celles des chanteurs classiques en ce sens que le travail sur les cordes vocales est moins élaboré. Les instruments (guitares électriques, synthétiseur, batterie…) et les rythmes sont eux aussi spécifiques de cette musique.

L’histoire est celle d’un petit garçon (Tommy) traumatisé par le meurtre, auquel il assiste, de son père, à son retour de la guerre de 1914, commis par l’amant de sa mère (dans la première version – dans une version ultérieure, c’est le père qui tue l’amant). Il perd la vue, l’ouïe et la parole, s’isole, reste insensible à toutes les tentatives de thérapies et est victime d’agression sexuelle commise par un oncle pervers. C’est le jeu du flipper (pinball) dont il devient un champion qui lui permettra de trouver la voie d’une guérison par une thérapie « interne ». Il fait des émules et acquiert un statut de gourou avant d’être rejeté par ses adeptes.

Deux versions : celle du groupe seul (1969) et celle du groupe avec le London Symphony Orchestra (1972).

Je les ai écoutées et réécoutées, et encore écoutées et réécoutées, surtout la version avec le LSO, au moment de leur parution… et je les ai mises entre parenthèses avant de les redécouvrir, tout récemment, à l’occasion d’un abonnement à un fournisseur de musique numérique. Quand je pense aux trente-trois tours, aux crissements de la pointe de lecture de l’électrophone sur le vinyle… Là, vous tapez un titre et… Ce merveilleux en vaut bien un autre.

Ma préférence pour la version orchestrale n’a pas changé  :The Who, avec le LSO,  le Chamber Choir, les chanteurs invités (Richie Havens, Merry Clayton, Maggie Bell, Rod Stewart, entre autres…), l’orchestration, la prise de son…  Je parlais de merveilleux.

L’introduction lancée par les trompettes, m’évoque celle de l’Orfeo de Monteverdi. Le premier opéra. Est-il considéré comme rock, en son temps ?

Sous le bitume de la manifestation du 19 janvier 2023

Le Monde du 20/01/2023 rend compte de réunions auxquelles ont participé ces derniers jours, certains membres du gouvernement, par exemple à Nogent-sur-Marne, Juvisy, des communes qui ont majoritairement voté pour la majorité, aux présidentielles et aux législatives.

Quelques extraits du dialogue entre des participants, Gabriel Attal (ministre délégué au budget) et Olivier Dussopt (ministre du travail) :

« Une quinquagénaire apprend qu’elle va devoir travailler un an de plus. Elle a commencé sa carrière en alternance à 16 ans. « Vous êtes génération 65, donc votre âge légal de départ passe à 63 ans et 3 mois… je suis désolé » assène M. Attal. Exclamation dépitée de l’intéressée « Ah oui, quand même ! j’aurai 46 ans de cotisation… » (…) Bernard G., buraliste : « J’ai treize trimestres manquants en ayant travaillé depuis mes 18 ans. Je vais finir à 67 ans alors que certaines années, j’ai travaillé comme un chien ! » Explication : les buralistes dépendent d’un régime autonome. « Ah, oui, pas de chance… » lâche M. Dussopt visiblement embêté. (…) Comme le résume ce responsable associatif de Juvisy : « On ne peut pas parler des retraites si l’on ne s’interroge pas sur le sens du travail, qui n’est plus celui que nos parents ont pu connaître. Et puis, ça fait quand même beaucoup, 172 trimestres… »

Les « je suis désolé » et « pas de chance » des deux ministres révèlent moins une incapacité – théoriquement compréhensible – de répondre à tous les cas particuliers – encore que les deux exemples n’en soient pas vraiment – qu’ils ne trahissent la misère d’une philosophie politique ou plutôt la misère politique que trahit l’absence d’une philosophie dans le discours du pouvoir dont il faut se rappeler qu’il est dit exécutif.

Qui, chez les « intellectuels » qui le soutiennent – il doit quand même en exister quelques-uns – défend la réforme proposée au nom de la « justice et du progrès social » comme le disent et le répètent le président et la première ministre ?

Sauf à imaginer stupides tous les syndicats… s’il n’y en avait qu’un ou deux, bon… mais tous…  qui appelaient à la manifestation – en principe ils sont eux aussi préoccupés par « la justice et le progrès social »  –  et les très nombreux manifestants – entre un et deux millions –  qui les ont écoutés et suivis, il faut s’interroger sur les raisons qui créent une telle unanimité contestatrice contre ce projet et une telle raideur pour son maintien.

Sous le bitume de la manifestation du 19 janvier 2023, il n’y a plus la plage que recouvraient les pavés de mai 1968 jetés, moins contre un système que contre une morale sclérosée, aux cris, nouveaux, jouissifs, de « Soyez réalistes, demandez l’impossible ! », « Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner ! », « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! », « Il est interdit d’interdire ! », et, donc, « Sous les pavés, la plage ! »

L’union syndicale et, peut-être surtout, l’unité politique à gauche (relative, si l’on considère, au moins, le résultat des élections internes du PS) expliquent peut-être pourquoi les gilets jaunes restent, pour le moment, dans les voitures.

Le temps n’est pas si loin où la retraite en soi ne constituait pas une problématique : elle soulevait des questions, posait des problèmes d’ordre social, économique, psychologique, mais elle n’était qu’une composante d’une problématique plus vaste, celle de la vie individuelle dans son rapport avec la vie commune,  dans le cadre d’un système dont les insatisfactions que créaient ses dysfonctionnements étaient tolérées, plus ou moins supportées et dénoncées, selon les deux discours de contournement (religieux ou révolutionnaire) souvent évoqués ici, et qui constituaient le socle des croyances, des pensées, des philosophies, des projets politiques.

Mon père était ouvrier. Comme tous les autres, il se levait à 5 h 30, travaillait neuf heures et demie par jour, cinq jours par semaine, certains samedis matin, au total quarante-neuf heures par semaine. Deux semaines de vacances jusqu’en 1956, puis trois, puis quatre, puis cinq à partir de 1982 – à cette date il était en retraite dont l’âge légal de départ était 65 ans, passé à 60 ans en 1983. Lui, allait à la messe et n’était pas syndiqué, d’autres « bouffaient du curé », avaient une carte syndicale, politique. 

L’ensemble fonctionnait avec des schémas de pensée qui permettaient de concilier plus ou moins – questions alors fortement débattues de l’inné et de l’acquis – les inégalités, les différences.

Une chose était certaine :  quel que soit son niveau, le diplôme ouvrait une carrière professionnelle pour toute la vie. On la terminait en plus ou moins bon état, les différences d’espérance de vie s’expliquaient plus ou moins de la même façon que les autres inégalités et les autres différences. Le « je suis désolé » de M. Attal passait.

Il ne passe plus aujourd’hui parce que l’édifice commun ne tient plus qu’avec des bouts de ficelle.

D’où, sans doute, l’incapacité gouvernementale à construire un discours du commun qui soit crédible,  la fixation crispée sur le nombre 64 qui renvoie chacun à sa propre histoire, et le projet de loi qui est de l’avis de beaucoup, sinon de tous, selon l’expression consacrée, une usine à gaz.

Ce n’est pas seulement « le sens du travail » qui est en jeu, comme le dit le responsable associatif, mais le sens du travail dans le rapport de la vie individuelle avec la vie commune.

Autrement dit, l’absence de désir d’aller « au travail » n’est plus considéré comme un problème d’ordre personnel et la société ressemble de plus en plus à une juxtaposition de personnes dont le point commun est le désarroi.

La problématique de la retraite

Une interview enregistrée d’Alice, une aide-soignante de 52 ans, était diffusée dans le journal de 12 h 30 de France Culture (18/01/2023).

Présentation du journaliste ; « Elle travaille de nuit comme aide-soignante auprès de patients blessés et de malades atteints de cancer en phase terminale. Et chaque jour elle tourne, soulève, lave des corps. Un métier physiquement éprouvant et qu’elle n’imagine pas pouvoir poursuivre jusqu’à 64 ans. »

En voici le verbatim :

«  J’essaie de me protéger d’avoir de bonnes postures mais il est clair que je finirai avec des gros problèmes de dos, ou d’épaules, de poignets, de coudes. »

– Question de la journaliste qui l’a enregistrée : « Quand à 52 ans on porte des corps de gens qui ne peuvent pas se tourner, à la fin d’une journée ou d’une nuit puisque vous êtes de nuit, on est comment ? »

« Moi, au bout la nuit, je suis épuisée, c’est clair, j’ai qu’une envie, c’est de retrouver mon lit. Je vais entamer ma douzième année de nuit, et avant j’ai travaillé en Ehpad. Evidemment à 30 ou 35 ans on peut faire des choses. Là, maintenant, c’est plus possible, il faut récupérer de sa nuit de boulot et derrière ma nuit, je fais rien, je suis claquée. »

– Question : « Vous vous projetez à 64 ans. Vous vous voyez faire ça jusqu’à 64 ans ? »

« Pas du tout. Je me suis dit je fais 8 ans de plus et j’arrête, au grand maximum, si je réussis à tenir physiquement. .. Peut-être 60 ans, mais 64 ans c’est inenvisageable. Ça sera une évidence que je serai en invalidité. Je vois des gens plus jeunes que moi qui ont déjà des gros problèmes… Oui, c’est très violent, on nous condamne à partir cassé de partout… »

– Question : « Et votre retraite, vous l’imaginez comment ? »

« J’aimerais être en bonne santé, avoir un peu de sous pour vivre et non survivre, j’aimerais avoir un peu de temps pour moi, vu ce que j’aurai donné aux autres, puis, si possible, ne pas être trop cassée. Je n’imagine pas des grandes choses, des grands voyages et tout ça, juste être en bonne santé et faire des petites choses dans mon jardin et pas être complètement démolie. »

Il y a là l’essentiel,  dit ou non-dit.

Dit, de manière calme : la fatigue du corps, l’épuisement, le risque d’invalidité, l’inconcevable du seuil des 64 ans, le besoin du temps pour soi, d’un minimum de ressources.

Non-dit : la modestie du salaire, de la pension à venir, le manque de reconnaissance du « petit personnel » hospitalier.

Le dit définit l’être que la retraite libère du contingent, le non-dit assigne à l’avoir une place en rapport avec cette définition de l’être.

Telle est, ouverte ici par Alice, la problématique de la vie humaine – faut-il préciser : non réductible, dans son mode d’expression, à son exemple ? – dont le problème de la retraite est un composant.

Pour créer un rapport de force efficient, il faudrait que le discours d’Alice puisse être repris et théorisé par les porte-parole d’une philosophie politique opposée à celle d’E. Macron qui en est symbiose parfaite avec l’équation capitaliste.

La littérature, le bien, le mal, Job, Œdipe, la responsabilité (2)

L’article est un peu long, mais il m’a paru plus pertinent de ne pas le scinder.

L’idée générale de la thèse de Frédérique Leichter-Flack est que si la philosophie fournit des cadres d’interprétation,  dans le réel il n’y a que des cas particuliers, si bien que « les grands modèles littéraires nous aident à penser, en restant au ras du sol émotionnel, parce que les émotions, les émotions morales, c’est le filtre par lequel nous arrivent les situations, c’est le filtre par lequel entrent dans nos vies les questions difficiles. »

L’histoire d’Œdipe en est un exemple. Le journaliste ayant constaté que « tuer son père et coucher avec sa mère, c’est quand même peu courant » elle explique : « Œdipe, c’est une réflexion sur la responsabilité. Est-ce qu’on est responsable de ce qu’on n’a pas prévu, du mal qui entre dans le monde par notre action, par notre intermédiaire, mais qu’on n’a pas voulu, qu’on n’a pas conçu, qu’on n’a pas envisagé, qu’on n’imagine même pas ? Comment se délègue la responsabilité, c’est des questions dont on a besoin au quotidien. »

L’histoire est traitée par Sophocle (voir les articles des 4, 6 et 8 juin 2021) dans sa tragédie Œdipe Roi (Oidipous Turannos). Les Athéniens du 5ème siècle qui assistèrent à la représentation (donnée dans le cadre religieux des Grandes Dionysies, fêtes qui se déroulaient au printemps) connaissaient l’essentiel de l’histoire d’Œdipe (Homère – 8ème siècle – en fait déjà mention dans l’Odyssée). Ce qui importe, c’est donc la manière dont il choisit de la raconter sur la scène de son théâtre.

Rappel de l’histoire :

Laïos, roi de Thèbes et époux de Jocaste, va consulter un jour l’oracle de Delphes – le sanctuaire était dédié à Apollon, et la Pythie, une femme choisie par les prêtres du dieu, était censée exprimer une vérité, concernant l’avenir ou autre chose, dictée par la divinité et que les prêtres étaient chargés de traduire.

L’oracle annonce à Laïos que lui naîtra un fils qui le tuera et épousera sa mère. Le garçon né, Laïos lui perce les pieds pour les attacher d’une lanière et Jocaste le donne à un de ses bergers avec la mission de l’abandonner dans la forêt du Cithéron. Le berger n’obéit pas et confie l’enfant à un berger du roi de Corinthe, Polybe, qui n’a pas d’enfant. Polybe et son épouse, Mérope, l’adoptent, lui donnent le nom d’Œdipe (= pieds gonflés) et l’élèvent sans lui révéler qu’il n’est pas leur fils biologique. Devenu adulte, Œdipe entend dire à la fin d’un repas, « au moment du vin, dans l’ivresse » qu’il est « un enfant substitué ». Pour en avoir le cœur net, il se rend à Delphes, demande à l’oracle qui est son père ; l’oracle ne répond pas à sa question mais lui annonce qu’il tuera son père et épousera sa mère.  Epouvanté, Œdipe décide de ne pas rentrer à Corinthe et se dirige vers Thèbes. Sur la route, il se prend de querelle avec un groupe de cinq voyageurs dont l’un, installé sur un chariot, le frappe. Il le tue ainsi que les autres, à l’exception d’un qui parvient à s’échapper. Continuant sa route, il parvient à Thèbes – dont le roi est mort – traumatisée par la présence d’un monstre, la Sphinge, qui soumet une énigme aux passants qu’elle dévore s’ils ne parviennent pas à la résoudre. Œdipe se présente, résout l’énigme et la Sphinge se tue. Œdipe est triomphalement reçu dans la ville, devient roi et épouse la reine.

Des années plus tard, Œdipe est toujours roi, il a eu quatre enfants de Jocaste, deux garçons et deux filles maintenant adolescents, la ville est dévastée par une épidémie qui provoque la ruine et la désolation.

C’est là que Sophocle choisit de commencer sa tragédie qui se déroule à la fois comme une enquête et une réminiscence.

Œdipe a envoyé à Delphes Créon, son beau-frère, pour savoir la cause du malheur qui frappe la cité et le moyen d(y mettre fin. Créon revient et fait part de la réponse de l’oracle : pour que cesse le fléau, il faut trouver et chasser « les coupables » de l’assassinat de Laïos.

Le pluriel est un élément-clé étant donné qu’il s’agit d’un mensonge : Apollon, la divinité consultée, sait que Laïos n’a pas été tué par des brigands – comme le prétendra le serviteur échappé – mais par un seul homme.

L’hypothèse d’une erreur, d’une maladresse, de Sophocle est irrecevable : non seulement l’enquête conduite par Œdipe est minutieuse – aucun détail n’est laissé de côté – mais l’importance du singulier ou du pluriel est soulignée à plusieurs reprises, notamment (à partir de 842) quand Œdipe répond à Jocaste (je traduis littéralement) « Que le berger [celui qui a pu s’échapper] répète le même nombre et ce n’est pas moi l’assassin ; si au contraire il évoque un seul homme voyageant, il est évident que l’affaire aboutit à moi ».

C’est un élément-clé en ce sens qu’il définit le cadre de la problématique de la responsabilité, non seulement d’Œdipe, mais de Laïos… et des Grecs en général.

Que les Grecs aient accordé de l’importance et du crédit à l’oracle de Delphes est aussi indiscutable que, pour ceux qui en sont convaincus, Lourdes.

*J’ouvre une parenthèse : s’agissant des qualités intrinsèques supposées d’Apollon ou de Dieu, cette croyance pose cependant quelques problèmes : comment accepter, là, le mensonge, ici, le choix de la guérison exceptionnelle, et de tel malade plutôt que de tel autre ?

Je la referme pour ouvrir cette problématique : d’une part, que se passe-t-il si Laïos puis Œdipe ne vont pas consulter l’oracle de Delphes, d’autre part, est-ce que les Athéniens du 5ème siècle assistant à la représentation, et en général, envisageaient une telle question ?

Autrement dit, en allant consulter l’oracle, est-ce que Laïos, Œdipe, et d’une manière générale les Athéniens, ont ou non conscience qu’ils décident de mettre en route un processus d’ordre transcendantal dont ils acceptent la dépendance ? Si je vais consulter une cartomancienne qui me prédit le pire et si je l’accomplis, pourrai-je faire valoir l’argument du « mal qu’on n’a pas voulu, qu’on n’a pas conçu, qu’on n’a pas envisagé » ou bien ma démarche de consultation sera-t-elle un élément de l’examen de ma responsabilité ? Et est-ce que cette question est plausible au 5ème siècle avant notre ère ? Comment savoir si, dans une société où n’existe pas, comme chez nous, la distinction du religieux et du non-religieux, mais où le citoyen et la Cité évoluent dans la sphère du religieux unique en ce sens qu’il ne peut exister qu’elle dans la pensée commune, comment savoir si l’individu athénien se pose ou non pour lui-même la question du choix de la transcendance, autrement dit de la possibilité de son refus ?

*J’ouvre une autre parenthèse : le questionnement des Présocratiques– ils sont les continuateurs des Babyloniens et des Egyptiens – touche à cette problématique. Si le spectateur lambda du théâtre de Sophocle ignore les uns et les autres, il partage avec eux le même statut d’être humain.

Je la referme pour constater qu’un élément de réponse se trouve dans la tragédie, à savoir le mensonge « pluriel »  précité de l’oracle qui renforce le mensonge du serviteur et nourrit le scepticisme d’Œdipe qui vient d’apprendre la mort de Polybe dont il croit encore qu’il est son père : « Désormais, je ne prendrai plus de prédictions en considération, celle-ci ou une autre plus tard » (858).

Autrement dit, est représenté un monde d’erreurs et d’illusions construit sur du mensonge humain et divin qui conduit le chœur, désemparé par ce à quoi il assiste, à tenir (à partir de 863) un quatrième discours chanté (stasimon) qui ne pouvait que déconcerter le public dont le chœur est précisément la figure théâtrale : une longue déploration d’abord de la démesure (hubris) qui produit une tyrannie qui ne correspond en rien à Œdipe, puis de l’orgueil, qui n’est pas non plus celui d’Œdipe et qui aboutit à cette double conclusion «  Si ce sont de telles pratiques qui sont honorées, en quoi faut-il que je sois le chœur ? » (895-896) et « Ce qui est divin s’en va. » (910)

Quand Sophocle met dans la bouche d’Œdipe cette question : « Est-ce que cela [l’oracle et ses suites] ne vient pas d’un dieu cruel ? » (829) ne met-il pas en cause le choix de la transcendance qui fait de l’immanence humaine (« Beaucoup ont déjà rêvé de coucher avec leur mère* » dit Jocaste pour le rassurer – 981) un réel mortifère ?

*J’ouvre une dernière parenthèse pour indiquer que cette remarque mise dans la bouche de Jocaste et le choix de Sophocle d’une démarche de réminiscence, essentielle dans l’enquête que mène Œdipe, invitent à examiner la problématique de l’inconscient dans cette tragédie.

Je la referme pour conclure.

« La littérature nous aide à vivre avec le scandale sans renoncer à l’exigence de dignité humaine. Exigence humaine que ce monde ait du sens et c’est aussi ce que la littérature nous permet d’élaborer. » dit Frédérique Leichter-Flack

La littérature comme mode d’expérimentation pour ainsi dire en laboratoire était l’objectif de Zola, par exemple, avec des paramètres de déterminisme qui posent la question des limites de la liberté de l’individu.

Est-ce que Sophocle pose plutôt la question de la responsabilité d’Œdipe ou plutôt celle du rapport avec l’oracle ?

Comme j’ai tenté de l’expliquer pour Antigone (cf. dans les articles précités, la signification du choix de Sophocle du suicide de l’héroïne), je dirai que l’objet central de la problématique de l’histoire de Job (cf. article précédent) et d’Œdipe –  les deux exemples pris par Frédérique Leichter-Flack pour étayer sa thèse –   est, par-delà ou peut-être même contre les émotions, le coin enfoncé dans notre pensée du questionnement de la transcendance qui, de ce point de vue, me semble contradictoire – c’est en tout cas ce que disent Job et Œdipe –  avec « l’exigence humaine que ce monde ait du sens ».

La littérature, le bien, le mal, Job, Œdipe, la responsabilité (1)

Tels sont les thèmes principaux évoqués par Frédérique Leichter-Flack (professeur de littérature à Science-po)  dan les Matins (France Culture) du 13/01/2023 et qu’elle traite dans son essai Pourquoi le mal frappe les gens bien ? (Flammarion).

Elle précisera au cours de l’entretien : « Cette question titre est complètement idiote, naïve, absurde et on le sait (…) nous sommes des êtres rationnels, nous savons que le fait d’être quelqu’un de bien ne vous protège pas de la malchance, l’injustice du sort, mais on y tient (…) »

La problématique qu’elle construit concerne le sens de la vie et de la littérature dont elle pense qu’elle a une fonction disons d’anticipation expérimentale : « La littérature est comme un premier coup pour nous préparer, pour élargir notre conception morale, comme une sorte de réserve d’expériences qu’on peut réinvestir dans notre rencontre avec l’injustice du sort. On a besoin de ces cas extrêmes pour penser des formes de vie qu’on ne rencontrera jamais nous-mêmes, mais qui nous servent à nous situer. »

En d’autres termes, une expérimentation par d’autres qui n’existent pas, qui joue un rôle comparable à celui qu’Aristote assigne à la tragédie, relativement au bien et au mal. « Qu’est-ce que ça dit de nous, des êtres humains, cette attente que, aux gens bien, il n’arrive rien de mal ? »

Elle prend deux exemples : Job et Œdipe.

1 – Job

Le Livre de Job se trouve dans les Livres poétique et sapientiaux de l’Ancien Testament de la Bible.

Le Prologue en prose présente le personnage : « Il y avait dans le pays de Hus un homme nommé Job ; cet homme était intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. Il lui naquit sept fils et trois filles. Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et un très grand nombre de serviteurs ;et cet homme était le plus grand de tous les fils de l’Orient. » avant d’exposer le problème : à Yahweh qui se réjouit du comportement de son serviteur Job, Satan – une sorte d’inspecteur de ce qui se passe dans le monde – oppose le scepticisme et le doute : « Etends la main, touche à ce qui lui appartient, et on verra s’il ne te maudit pas en face ! » Yahweh accepte le défi mais Satan ne devra pas toucher à la vie de Job.

Job perd donc tous ses biens et ses enfants. « Alors Job se leva, il déchira son manteau et se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il adora et dit : » Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai. Yahweh a donné, Yahweh a ôté ; que le nom de Yahweh soit béni ! »

Satan demande ensuite à Yahweh d’étendre la main sur le corps de Job qui est alors frappé par la lèpre. A son épouse qui lui conseille de maudire Dieu il répond : « Tu parles comme une femme insensée. Nous recevons de Dieu le bien et nous n’en recevrions pas aussi le mal ? »

Après ce Prologue, vient le Poème en trois parties, trois cycles de discours, celui de Job qui maudit le jour de sa naissance, puis le dialogue entre Job et ses trois amis qui veulent le convaincre que ce qui lui arrive est une punition pour les fautes qu’il a commises. Job refuse cette explication en se proclamant innocent.

L’Epilogue, en prose, raconte que Dieu rétablit Job dans sa santé, lui redonne sept fils et trois filles et double sa fortune, alors qu’il reproche leur discours à ses amis qui obtiennent son pardon après avoir accompli un sacrifice.

La problématique est donc celle du sens du malheur : pour les trois amis, il s’agit de la culpabilité (consciente ou pas) de celui qui en est frappé, pour Job, le malheur est inhérent à la vie terrestre et c’est cette position qui lui vaut de retrouver son statut initial.

La distinction (vérifiée dans deux éditions de la Bible) entre Yahweh (écriture de 4 consonnes – tétragramme – à la prononciation inconnue sinon impossible qui désigne une divinité sémitique archaïque) et Dieu (juif, chrétien) peut éclairer le sens : « Dieu » concerne le rapport avec les hommes et Yahweh le rapport avec ce qui est, la vie d’une manière générale. Il y aurait donc une distinction entre la vie, telle qu’elle est, contenant le bonheur et le malheur sans rapport avec le bien et le mal – conception de Job qui est récompensé –  et la vie telle qu’elle est supposée avoir du sens en relation avec Dieu, punissant par le malheur, ce qui implique la culpabilité de l’homme qui en est frappé – une construction humaine « insensée » (incarnée par la femme de Job dont la réaction est purement émotive, sensible) et une erreur raisonnée (incarnée par ses amis,  désavoués.)

Loin de nous préparer à « élargir notre conception morale » relativement à « l’injustice du sort », ce récit-parabole indiquerait au contraire la vanité de la morale (du bien et du mal) comme outil d’explication en soulignant que l’homme contribue à son malheur en recourant à une transcendance religieuse qui le culpabilise.

( à suivre : Œdipe)

B. Macron, immigration, wokisme

Trois sujets amplement discutés dans les tribunes du Monde du 13/01/2023. Trois contributions.

1) Brigitte Macron et son expression publique:

Le problème n’est pas de contester à B. Macron le droit d’avoir des opinions comme n’importe qui, mais de reconnaître que l’écho de leur expression n’est pas dissociable du pouvoir qu’exerce E. Macron. Elle le signifie elle-même en disant, à propos du port de l’uniforme « Je l’ai bien vécu », ce qui, sous l’apparence d’une simple dénotation, est ce qu’on appelle un argument d’autorité, à savoir : si je l’ai bien vécu c’est que c’est bien. Quant au fond, l’uniforme, comme son nom l’indique, n’est qu’une forme unique, autrement dit une manière de dissimuler, pendant un temps donné, sous une apparence d’égalité formelle, les disparités dont la bonne conscience se plaît à croire et surtout à faire croire qu’elles sont abolies.

2) La question de l’importance de l’appel d’air, mise en cause par des recherches universitaires contestées par de nombreux lecteurs :

Quelles que soient les conditions d’accueil, reste une question majeure : celle du niveau des contraintes qui conduisent toutes ces personnes à quitter leur pays pour un voyage qui met leur vie en jeu. A tous ceux qui répondent par l’appel d’air : posez-vous la question pour vous-même et imaginez la puissance qu’il faut lui supposer pour que vous vous résolviez à prendre une telle décision. L’appel d’air n’est ni plus ni moins qu’un argument-prétexte pour évacuer la question des coresponsabilités.

3) le wokisme dont l’universitaire québécois Francis Dupuis-Déri met en cause les critiques dont il est l’objet [Panique à l’université – éditions Lux] et qui suscite une vive contestation  :

Ce qu’on appelle wokisme concerne spécifiquement les Etats-Unis et les sociétés occidentales qui n’ont jamais construit et analysé – hors des champs très commodes de l’idéologie religieuse, de la repentance, du passé prétendument révolu etc. –  la problématique du racisme, du colonialisme et de leur rapport avec le capitalisme, en particulier ses formes industrielles et commerciales depuis la fin du 18ème . Les démesures du wokisme ne sont que les réponses aux démesures de ces absences et de ces dénis. Les unes ne sont pas plus acceptables que les autres. La mauvaise foi consiste à oublier les secondes, bref, à faire comme si le wokisme ne se situait pas dans l’histoire.

BrigitteTrogneux-Macron et l’uniforme

J’ai trouvé sur la page internet franceinfo  (12/01/2023) la confirmation de la surprenante information entendue à la radio :

« Brigitte Macron se prononce « pour le port de l’uniforme à l’école », dans un entretien publié mercredi 11 janvier par Le Parisien (article pour les abonnés). Interrogée par sept lecteurs du quotidien sur différents thèmes, l’épouse du président Emmanuel Macron exprime un avis tranché sur ce sujet controversé, jusqu’au sein du camp présidentiel. « J’ai porté l’uniforme comme élève: 15 ans de jupette bleu marine, pull bleu marine. Et je l’ai bien vécu. Cela gomme les différences, on gagne du temps, [car] c’est chronophage de choisir comment s’habiller le matin, et de l’argent, par rapport aux marques », dit la première dame. « Donc je suis pour le port de l’uniforme à l’école, mais avec une tenue simple et pas tristoune », ajoute-t-elle. »

Deux précisions liminaires : le RN propose – aujourd’hui à l’Assemblée Nationale – que l’uniforme soit obligatoire dans les écoles et les collèges. Le ministre de l’Education, Pap Ndiaye, a déclaré qu’il y était hostile.

Maintenant, penchons-nous attentivement sur cette problématique vestimentaire (bleu marine).

Donc, la jupette et le pull (bleu marine) pour gommer les différences sociales et évacuer l’angoisse qui étreint enfants et adolescents au moment de s’habiller.

Cette mise en évidence lumineuse du textile (bleu marine) dans le règlement des problèmes existentiels, financiers et sociaux conduit quand même à poser quelques questions.

Si l’angoisse infantile et adolescente ne concerne pas que les filles, sauf à imaginer que les garçons devraient porter une jupette, devront-ils porter une culotte courte ou un pantalon (bleu marine) ? Ne pas imposer l’une ou l’autre ne revient-il pas à déplacer l’angoisse matinale de la couleur à la forme ? Sans parler de la question : jupettes avec ou sans plis ? Et les socquettes ? A moins que ce ne soit des chaussettes : quelle couleur et quelle dimension ? Et les chaussures ? Brigitte ne précise aucun de ces concepts, ce qui laisse la porte ouverte à maintes controverses essentielles.

Ce n’est pas tout.

L’analyse expérimentale ainsi formulée par Brigitte en tant qu’épouse Macron et vécue en tant que Brigitte Trogneux concerne l’enseignement privé confessionnel où elle fit ses études, ce qui permet d’apprécier l’importance des grandes différences sociales de la population scolaire qui fréquentait ces écoles payantes et que l’uniforme réussissait si bien à gommer. Et, dans les rues, les petites filles en jupette et pull (bleu marine) qui se rendaient en même temps qu’elle à l’école privée confessionnelle apparaissaient comme des figures d’égalité républicaine et laïque, alors que les autres, celles qui se rendaient à l’école publique vêtues n’importe comment dans des couleurs qui n’étaient pas le bleu marine,  portant de surcroît sur leur visage les marques profondes de l’angoisse de la garde-robe, étaient, scandaleusement exposées aux yeux de tous, les figures obscènes de l’inégalité sociale.  Certains mauvais esprits feront remarquer que les filles en jupette et pull (bleu marine) étaient conduites à l’école en voiture, mais, comme je l’ai dit, ce sont de mauvais esprits.

On remarquera aussi que l’expérience vécue ainsi racontée est validée par l’irrécusable argument  « Je l’ai bien vécu » que justifie le titre de Première Dame. Les mêmes mauvais esprits feront remarquer qu’à l’époque, Brigitte ne l’était pas,  ce qui est vrai, mais, d’une part ce sont de mauvais esprits, et, d’autre part, n’est-il pas évident que dans ces classes animées par des religieuses elles-aussi en uniformes soufflait l’esprit de prédestination ?

Enfin, pour que sa proposition textile soit cohérente avec l’expérience en jupette et pull (bleu marine), la Première Dame devrait, en même temps, proposer que l’école publique devienne privée. Et confessionnelle.

Et aussi que le bleu marine soit désormais appelé Bleu Brigitte.

Brésil

« Des soutiens de l’ancien président d’extrême droite, opposés au retour au pouvoir de Lula, ont saccagé le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel à Brasilia, dimanche. Jair Bolsonaro a simplement évoqué des invasions qui « enfreignent » la démocratie. » (A la Une du Monde – 09/01/2023)

Quelques réactions

« Au Brésil , une amicale des brésiliens mécontents défilent dans la rue et arpentent paisiblement le sénat . La presse et les politiques s’empressent de faire un parallèle avec l’incident du capitole . En dépit d’heurts contenus et désorganisés. Une révolution ? Non une révolte somme toute banale. »

« Cela prouve la maturité de la démocratie brésilienne. Il ne suffit pas qu’un quarteron d’extrémistes investisse les lieux de pouvoir pour renverser le choix du peuple. A contrario de nombre de pays Africains. »

« Les adeptes de la « désobéissance civile » feraient ça s’ils étaient plus nombreux. Heureusement leur faible nombre les oblige à se limiter à l’invasion des musées. »

« On s’énerve pour pas grand monde, on se fait peur à peu de frais.
Rien à côté des gilets jaunes. Tout à été vite terminé
. »

« Comme le Brésil, les USA sont d’essence coloniale. La démocratie pourrait s’y développer si l’on changeait la composition ethnique du pays. Mais, dans les deux cas, la classe dominante et toujours la même qu’à l’époque de la fondation. Je reste donc très pessimiste. »

Ma contribution :

Parler de ce qui se passe au Brésil, c’est, à en lire la plupart des commentaires, parler de soi, de son rapport avec ce que représentent Trump-Bolsonaro, entre autres, et des pulsions qui incitent à renverser par la violence le discours opposé au mythe du monde lisse qui nous hante tous plus ou moins. Oui, l’existence était plus simple et heureuse quand la famille était un père une mère et leurs enfants biologiques, quand on avait le bleu ou le rose pour les bébés, quand le genre était confondu avec le sexe, quand « la vie » l’emportait sur les petites vies devenues aujourd’hui si exigeantes ! Il y avait le bien, le mal, la patrie, le chef, les hommes pour ceci, les femmes pour cela, les enfants qui se taisent à table. On allait au ciel, on ressusciterait, les pauvres de la terre seraient les riches du paradis. On croyait aussi aux lendemains qui chantent et qui sont morts. C’était bien, mais c’est fini et il fait de plus en plus chaud. Heureusement, Trump et Bolsonaro disent que non.

Une réponse :

« Ha ha ! Un peu d’humour, que diable ! Ça fait du bien. Merci JP.« 

IVG, Foot et littérature

Trois contributions au Monde relatives à trois articles (08/01/2023) : l’un traite des conséquences négatives de la restriction de la loi sur l’IVG en Pologne, l’autre des tensions entre les dirigeants de la Fédération Française de Football et la reconduction de l’entraîneur de l’équipe de France, le troisième est un éditorial à charge contre l’œuvre de M. Houellebecq dont l’auteur explique le succès plus par les polémiques qu’elle suscite que par ses qualités intrinsèques.

1° L’IVG – hors raisons médicales – est le résultat d’un échec, accidentel ou programmé, de la contraception qui est une problématique acceptée, relativement, depuis peu.  L’idéologie « l’enfant est un don de Dieu » ou « il faut laisser faire la nature » contient un fatalisme signifié par exemple par l’expression commune « tomber enceinte », prononcée comme si elle allait de soi. A la racine, le problème du corps, de la sexualité. Les réactions violentes suscitées par la distinction récente entre sexe et sexualité et la problématique du « genre » font partie du même ensemble de questions.

2° La politique du résultat, quoi qu’il en coûte du plaisir du joueur et du spectateur,  est significative de la corruption du concept de « jeu ». Par ailleurs, les hymnes nationaux et l’importance « patriotique » donnée à ce sport collectif en un temps où l’humanité est confrontée à un problème existentiel grave, sonnent comme des incongruités que soulignent les comportements agressifs sur les terrains et dans les tribunes. Si le football est le seul sport collectif dont la dimension est planétaire, c’est parce qu’il est le signe d’un enjeu symbolique qui dépasse de loin la compétition telle qu’elle est devenue, le plus souvent ennuyeuse, émaillée de trucages, de simagrées, obéissant au seul résultat. Champion par les tirs au but aléatoires…  Reste le football pratiqué par les femmes… pour le moment du moins.

3° Difficile de prédire quel écrivain résistera au temps. Quels critères ? « L’impersonnel » de Flaubert ? Le refus du conjoncturel en tant qu’objet du roman ? Mais… Balzac que n’aimait pas Flaubert, Zola qu’il appréciait – relativement -, George Sand, sa grande amie de cœur, mais pas souvent d’accord avec elle. L’idéologie ? Que reste-t-il de la littérature dictée par la peur, le repli, dont l’œuvre en question est un exemple et qui fait écho à l’angoisse ambiante dont elle se nourrit ? Céline, non pour l’idéologie, nauséabonde et mortifère, mais pour le langage en tant qu’expression révolutionnaire de la fange qui est une de nos composantes – comme, mais pour une révolution tout autre, celle qui fait lever les yeux de la fange vers les étoiles, Rimbaud qui comprend très vite la limite de son entreprise. Rien, dans cette œuvre, de révolutionnaire quant à l’expression de nos angoisses. Seule, leur instrumentalisation.