« Terrorisme »

L’attaque du 7 octobre menée par le Hamas contre Israël est systématiquement qualifiée de terroriste.

J’ai souvent expliqué ici en quoi terrorisme/terroriste était une étiquette qui exclut l’analyse : elle colle sur des actes et des personnes une signification qui n’est pas revendiquée comme telle par les acteurs, mais qui est celle projetée par les colleurs d’étiquette.

En d’autres termes, j’appelle terrorisme un acte qui me terrorise en ce sens que je serais terrorisé d’être celui qui l’accomplit. De là, le qualificatif « inhumain » appliqué à un acte criminel, bien que, de toutes les espèces vivantes, l’homme soit le seul capable de l’accomplir, et « crime contre l’humanité » pour désigner un acte qui est en réalité le crime le plus emblématique « de » l’humanité.

Répandre la terreur, tel est l’objectif prêté à celui qui commet un acte dit terroriste… et qu’il ne répand pas : s’il provoque, entre autres, la sidération, il ne conduit pas à vivre dans la terreur : le moment passé, la vie reprend et continue comme avant.

Il en va tout autrement de la terreur d’Etat institutionnalisée par un pouvoir dictatorial, totalitaire, qui a pour but et pour effet d’être terrorisante, donc de contraindre à vivre dans la peur quotidienne de l’arrestation, de l’incarcération, de la torture, de la mort. 

Et pourtant, un Etat qui institutionnaliste la terreur n’est pas appelé terroriste. Autrement dit, terrorisme est utilisé pour des actes de groupes ou d’individus qui ne répandent pas la terreur, et non utilisé pour la terreur d’Etat qui, elle, la répand. Ainsi, ceux qui luttaient contre le nazisme et l’occupant étaient appelés terroristes par les nazis et le gouvernement de Vichy, mais pas par la France Libre installée à Londres qui les reconnaissait comme résistants, s’employait à les organiser et leur envoyait des armes.

L’action du Hamas peut-elle être qualifiée de résistance comme le dit une députée de la France Insoumise qui refuse de qualifier de terroriste ce mouvement ?

Résistance suppose une situation d’occupation, d’oppression. Avant le 7 octobre, s’il y a un territoire palestinien occupé par Israël, c’est celui de la Cisjordanie dont l’administration palestinienne est assurée non par le Hamas mais par l’Autorité Palestinienne… en conflit avec le Hamas qui administre la bande de Gaza, non occupée mais soumise à un blocus.

Par-delà le conflit entre l’ Autorité Palestinienne et le Hamas, et par-delà les frontières locales et internationales, les Palestiniens – dont le Hezbollah implanté dans le sud Liban près de la frontière nord d’Israël – sont partagés entre l’une et l’autre.

A l’origine de cet imbroglio, les paramètres de violence qui ont été ceux de la création de l’Etat d’Israël et l’enchaînement consécutif des actions/réactions qui se suivent et se nourrissent depuis quatre-vingts ans.

Créé en 1987, le Hamas qui se définit comme un mouvement de résistance islamiste (c’est le sens du mot Hamas) est reconnu comme tel par les Palestiniens qui le soutiennent. Il se réclame d’une charte (publiée en 1988) islamiste radicale, théocratique, totalitaire, antisémite et qui a pour objectif la suppression d’Israël (même si les ajouts de 2017 apportent des nuances par ailleurs très discutées).

Est-ce que reconnaître le statut qu’il revendique (la résistance) revient à approuver sa charte ?

Autrement dit, est-ce que la résistance est définie par les objectifs de la lutte ou par la situation objective ?

Les objectifs des résistants français des années 40 n’étaient pas les mêmes selon qu’ils étaient de droite, d’extrême-droite, de gauche, d’extrême-gauche, anarchistes, athées, croyants, voire antisémites.

Ce qui les constituait en tant que résistants n’était donc pas les objectifs, mais la situation objective, à savoir l’occupation du territoire qu’ils étaient d’accord pour libérer.

Ceux qui leur refusaient ce qualificatif et les nommaient terroristes étaient les nazis et leurs soutiens, ceux qui le leur reconnaissaient était les ennemis des nazis et dont les objectifs pouvaient également être différents (USA/URSS).

Ce qui – outre la charte – complique la problématique « résistance » pour le Hamas est le contenu de l’attaque du 7 octobre, en particulier les crimes de tous ordres commis dans des conditions d’abomination contre des civils (dont des femmes, de enfants, des personnes âgées), et la prise d’otages – la question ne se poserait pas si les attaquants s’en étaient pris aux seuls militaires israéliens.

Ce qui ressort d’enregistrements audio-vidéo retrouvés sur les corps des Palestiniens équipés de caméras et tués pendant l’attaque, c’est la haine des juifs et le besoin compulsif d’en tuer le plus possible. Dans une tribune publiée dans Le Monde du 26/10/023, Raphaël Glucksmann (député européen – du groupe Alliance progressiste des socialistes et démocrates – qui refuse au Hamas le statut de résistants et le qualifie de terroriste), rapporte les propos d’un attaquant du Hamas téléphonant à son père « Tu serais fier de moi, j’ai tué dix juifs ! Dix ! »

Et il introduit la citation par cette réflexion : « Le résistant peut être amené à tuer, mais il le fait à contre-cœur, alors que le terroriste jouit de son crime (…) »

Compte-tenu des conditions dans lesquelles peuvent et doivent être ouverts sinon brisés les verrous d’interdiction de tuer, je ne suis pas certain que la résistance ait été et soit toujours antinomique de cette jouissance. Dans un processus analogue à l’application de « terrorisme », Raphaël Glusksmann projette dans la psychologie du résistant type ses propres critères en s’imaginant dans une situation fictive de résistance.

Je préfère de loin la tribune de Sophie Bessis – politiste et historienne – publiée dans Le Monde du 25/10/2023, dans laquelle elle souligne l’importance de comprendre que l’extrémisme – en l’occurrence le Hamas – naît et se développe quand le colonisateur refuse de négocier avec les responsables des luttes de libération et qu’il favorise directement ou non ce qu’on appellera ensuite le terrorisme.

La polémique « résistance » ou « terrorisme » pour le Hamas est vaine en ce sens qu’elle occulte l’essentiel, à savoir la coresponsabilité objective des Israéliens, des Palestiniens et de leurs soutiens respectifs, dont le déni alimente les exactions et les crimes des uns et des autres qui servent ensuite à alimenter les passions de tous ordres et ainsi de suite.

Les bombardements alliés qui ont pratiquement détruit Dresde en février 1945 en tuant des dizaines de milliers de civils – les nazis s’en servirent comme argument de propagande – et la bombe lancée sur Hiroshima en août de la même année, sont perçus comme quel type d’actes – pour m’en tenir à la seule situation physique – selon que l’on est au sol ou dans les avions ?

La proposition d’E. Macron d’élargir au Hamas la lutte contre Daesh est irresponsable : elle ne peut qu’exacerber la rancœur et la haine des Palestiniens de Cisjordanie soumis à l’occupation d’Israël qui décide unilatéralement de leur droit à travailler et à se déplacer, et qui, en violation des résolutions de l’ONU, continue à chasser les habitants palestiniens pour implanter des colonies.

Cet Etat israélien gouverné par une alliance de droite, d’extrême-droite et d’extrémistes religieux, n’est jamais qualifié de terroriste, et le « droit de se défendre » contre le terrorisme, proclamé par les chefs d’Etat occidentaux qui viennent serrer la main de B. Netanyahou dont on connaît son respect du droit et de l’indépendance de la justice, lui confère le statut de résistant.

Cette perversion des dits et des non-dits est la mèche allumée d’une bombe à retardement.

L’invraisemblable et vrai V. Poutine à Pékin

Mercredi 18/10/20233, le journal d’Arte (19 h 45) diffusa une séquence où l’on voit V. Poutine – invité par Xi Jinping avec de nombreux chefs d’Etat pour le forum des « Nouvelles routes de la soie » – exprimer gravement et tristesse sa compassion pour les habitants de Gaza victimes des bombardements et souhaiter avec de l’émotion dans la voix la fin des hostilités entre Israël et les Palestiniens.

Comme si ce V. Poutine désolé et compatissant mis au premier plan par la Chine, était un V. Poutine autre que celui qui bombarde et désole l’Ukraine depuis plus d’un an et demi et qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international, émis par une Cour Pénale dont l’internationalité s’arrête aux frontières de la Russie, de la Chine… et des Etats-Unis.

Cette image du double est significative de la double dichotomie du monde actuel où s’affrontent deux types de discours antagonistes sous-tendus désormais par des forces économiques et militaires analogues.

La première oppose l’union économique de l’est (Russie, Chine) et du sud (Afrique – soutenue par l’une et l’autre) d’une part, du centre-Europe et de l’ouest (USA) d’autre part, pour des raisons essentiellement liées à l’histoire coloniale (occupations territoriales et économie).

La seconde concerne les pays du centre-Europe et de l’ouest (USA) dans lesquels le capitalisme est désormais perçu sans une solution de rechange qui puisse jouer le rôle de faire-valoir, et où le désarroi, augmenté du problème climatique et de la crise migratoire, conduit au repli et au nationalisme : même si des coalitions plus ou moins sociales-démocrates peuvent faire illusion (notamment en Pologne), les partis de droite et d’extrême-droite deviennent peu à peu des expressions électorales   majoritaires, pour l’instant relativement, (Italie, Israël, Hongrie, pays nordiques, France… et Allemagne).

La gauche  qui ne comprend pas ou ne se résout pas à admettre que le capitalisme n’est pas réductible aux formes qu’il a prises depuis la fin du 18ème siècle n’a plus de discours audible du « commun ».

Ce qu’on appelle « terrorisme islamique » – en réalité, depuis le fiasco de l’expérience soviétique, des crimes de désespérance, signes du désarroi planétaire (sociétés et individus : cf. les derniers assassinats en France et en Belgique) lié à l’absence d’alternative au système incarné par les puissances occidentales – se manifeste sous des formes militaro-politiques (Hezbollah, Hamas) dans la situation explosive du Moyen-Orient (Liban, Syrie, Iran, Israël – Autorité palestinienne/Hamas) et contribue à creuser les dichotomies.

V. Poutine entouré de cent quarante chefs d’Etat ou de leurs représentants, apparaissant comme un chef d’Etat « normal », signifie la faiblesse et l’obsolescence du discours capitaliste normatif (D. Trump en est un exemple paradoxal) orphelin du discours contradictoire du « commun ».

L’hôpital de Gaza

Près de cinq cents personnes sont mortes dans l’explosion de l’hôpital Al-Ahli de Gaza.

Israël et le Hamas s’accusent mutuellement de ce massacre.

La polémique est à la hauteur de l’horreur que suscite l’événement.

Peu importe que ce soit l’un ou l’autre, sauf à dire que l’un ou l’autre ont volontairement visé l’hôpital.

Qui dira aux deux parties qu’elles sont coresponsables de cette explosion, comme elles le sont de toutes les autres ?

De ce point de vue, la déclaration de Joe Biden, reprenant celle d’Israël, est irresponsable.

Les cailloux que nous avons jetés dans l’eau…

Ce mardi 17 octobre 2023, dans le cours des Matins de France Culture, la journaliste Marguerite Catton, recevait Anne Abeillé, linguiste, professeur à l’université de Paris, cosignataire d’une tribune publiée dans Le Monde (16/10/2023), intitulée « Pourquoi il est urgent de mettre à jour notre orthographe », selon laquelle trop de temps est employé pour apprendre aux enfants des règles ou des exceptions de règles désormais obsolètes. Elle propose donc des simplifications, comme la suppression de l’accord du participe passé conjugué avec « avoir » ou encore la généralisation du -s pour le pluriel des noms en -ou.

L’argument est le suivant : « 20% des élèves maîtrisent cet accord du participe passé quand ils arrivent en 6ème.. L’enseigner est une perte de temps. »

Dans l’esprit des signataires, l’absence de maîtrise signifie que la règle est artificielle, ou trop compliquée, ou les deux, donc qu’il faut la supprimer.

Marguerite Catton propose alors à Anne Abeillé la phrase suivante ; « Le voisin de ma cousine que j’ai rencontré (e) » et souligne que l’accord apporte une information.  En effet, rencontré désigne le voisin, et rencontrée ma cousine.

Que répond A. Abeillé ? «  Oui, mais comment vous faites à l’oral ? »

Réponse sidérante dans la bouche d’un professeur, qui implique que la manière dont on parle doit servir de critère pour l’écriture.

M. Catton : On sait bien qu’il y a une différence entre l’écrit et l’oral, l’écrit est plus précis, l’oral est plus rapide »

A. Abeillé : « Oui, mais à l’oral on se comprend (…) et elle ajoute, à propos de l’exemple pris par M. Catton : « C’est vraiment un cas particulier qu’on rencontre jamais. »

La journaliste manque alors de répartie, ce qui peut se comprendre, vu le rythme et le degré passionnel de l’échange : quand A. Abeillé dit « C’est vraiment un cas particulier qu’on rencontre jamais », elle commet une incorrection (=> qu’on ne rencontre jamais). Une incorrection qui passe à l’oral mais qui ne passe pas à l’écrit.

Il faudrait donc lui demander si elle préconise la suppression de la négation à l’écrit pour la raison qui justifie la suppression de la règle d’accord du participe passé dont elle rappelle qu’elle a été introduite au 16ème siècle et dit qu’elle « ne fait pas appel à l’intelligence » en s’appuyant sur l’exemple : « Je les ai portés, j’en ai porté. »

Ce discours est sous-tendu par l’injonction « il faut évoluer ».

Le problème est que l’argument de l’intelligence est faux. La règle de l’accord du participe passé signifie une information :

J’ai mangé une part du gâteau : au moment où je lis « mangé », j’en ignore l’objet (le contenu)

La part du gâteau que j’ai mangée était minuscule : au moment où je lis « mangé », je le connais (part). => mangée

Cette partie du gâteau que j’ai mangé était trop sucrée : l’objet n’est pas la partie mais le gâteau (que j’ai mangé en entier) => mangé.

A l’oral, il faudra nécessairement que celui qui parle précise quel est l’objet.

Quant à « J’en ai porté » il suffit d’expliquer que « en » est un neutre, ni masculin, ni féminin, ni singulier, ni pluriel.

Prétendre, pour la supprimer, que cette règle ne fait pas appel à l’intelligence est significatif de l’esquive d’un problème.

L’objet réel visé par cette tribune est ce que j’appelle le « discours global d’enseignement » (en particulier celui de la grammaire – cf. articles « Orthographe et grammaire » 8 et 9/12/2022 – et « La grammaire française telle qu’elle est enseignée aux professeurs 28/03 => 17/04/2023) dont je pense qu’il est obsolète et inaudible, un problème que les signataires abordent par la fuite en avant.

S’il est vrai que le -x du pluriel de quelques noms est à l’origine une erreur d’écriture, il n’en reste pas moins que « bijoux, cailloux, choux, genoux, hiboux, joujoux, poux » fait partie de nos comptines d’enfance et qu’il n’est peut-être pas sans intérêt d’expliquer comment une erreur finit par ne plus être perçue comme telle, d’autant que la mémorisation des 7 noms ne demande pas un effort plus important que celle de « mais ou et donc or ni car ».

Enfin, à l’objection ironique d’A. Abeillé « S’il faut apprendre le latin pour écrire le français ! » répond la suggestion de M. Catton : « On pourrait militer pour l’enseignement du latin. ».

Enseigner les bases de la langue en rappelant qu’elle est une création de l’homme et qu’elle a, comme lui, des imperfections, des bizarreries, des exceptions à la règle générale,  est une hypothèse qui parie sur l’intelligence.

Terrorisme, radicalité.

Le Monde publie ce 14/10/2023 un article sur l’assassinat du professeur Dominique Bernard, poignardé devant son lycée, à Arras, par un jeune Tchétchène aux cris de « Allah Akbar ! »

Ma contribution :

« Terroriste » « Radicalisé » des mots-étiquettes pour dire quoi ? Pour nous, l’horreur, l’inacceptable, le fanatisme. Mais pour eux ? Si nous remontons l’enchainement des raisons-prétextes, qu’y-a-t-il tout au bout qui conduise à tuer des personnes-symboles en criant la puissance de Dieu ? Quoi, derrière la pathologie individuelle, sinon un plus ou moins confus « plus rien à gagner et/ou à perdre» ? Et quoi encore, derrière ce cri de la misère humaine qui a besoin du paradis de compensation devenu de moins en moins crédible ? L’impasse d’un monde devenu depuis la fin des années 80 sans alternative, sans espérance, sans l’utopie illusoire des lendemains qui chantent. Des individus et des entités sociales fragiles, sans perspective d’Histoire, sont incités à se jeter dans l’abîme en entraînant avec eux tous les autres possibles, au nom d’un djihad sans visée de conversion, avec pour seul message ce « rien » de désespérance. La conscience de l’impasse, telle est la question, pour nous.

Israël, Palestine… dialogue

A la suite de l’interview de François Ruffin (10/10/2023) – député de LFI – dont le contenu est de la même veine que celle de l’article de Karim Kattan (cf. article précédent) –,  j’ai envoyé au Monde la contribution suivante qui a donné lieu à un dialogue que je reproduis.

** Je vous invite à écouter (en replay) sur France Culture, dans l’émission d’Emmanuel Laurentin « le temps du débat » (après le journal de 18 h 00), les interventions de Rony Brauman.

Contribution :

Rappel : le Hamas a obtenu la majorité des voix des Palestiniens aux législatives de 2006 (le maintien du Fatah aux commandes de l’Autorité palestinienne est le résultat de combines politiciennes nationales et internationales), comme, en Israël, la coalition droite/extrême-droite. Autrement dit, les uns et les autres sont l’expression politique majoritaire des deux peuples. La protestation occidentale contre l’attaque du Hamas est aphone quand il s’agit de la politique de colonisation israélienne qui dépossède violemment les Palestiniens de leur territoire, violant ainsi les résolutions des Nations Unies et les principes démocratiques. Idem pour le blocus de Gaza depuis des années. Si les massacres perpétrés par le Hamas sont inacceptables, il importe de compléter la condamnation par l’analyse du processus qui conduit depuis des décennies à cet enchaînement de violences considérées, selon les points de vue, comme des causes ou des conséquences.

Dialogue :

Berel : C’est le réflexe de bon aloi à chaque conflit israelo-palestinien. Gagnez du temps, évoquez directement 1948 et la volonté de « rejeter les juifs à la mer ». Dans le cas présent, le Hamas se proposait de « libérer l’espace entre le fleuve (le Jourdain) et la mer de toute présence juve ». Voilà au moins de la constance dans les objectifs.

Serge Bénard : Je suis de gauche. j’ai même été militant communiste actif quand j’étais jeune durant une dizaine d’années. Pour autant le mot « terroriste » ne me convient pas et je l’emploierai pas. Il s’agit pour moi de résistance à l’occupant israëlien.

Dan 78 @jean pierre : c’est sûr qu’une élection tenue dans un territoire en conflit permanent et qui donne gagnant une organisation terroriste qui tue des civils par centaine, on peut appeler ça une bonne leçon de démocratie, et le Hamas le représentant légitime d’un peuple.

Renato Briones : La responsabilité de la politique israélienne est connue, analysée, commentée, condamnée de toutes part depuis des années. Mais le problème aujourd’hui, c’est de savoir si l’on peut être de Gauche et ne pas condamner clairement les massacres commis par ce groupe terroriste, et se servir de ce prétexte pour ne pas le faire, en renvoyant dos à dos l’assassin et la victime. Le Hamas. , élu en 2006…

Tubal : Le Hamas a obtenu une majorité relative en 2006 (élections supervisées par l’ONU), et a fait un coup d’état en 2008 pour continuer à régenter Gaza alors qu’il devenait impopulaire, a expulsé les membres du Fatah, interdit toute expression démocratique et laïque, et emprisonne, torture ou liquide tous ses opposants. Il n’y a jamais d’élections sous le régime Hamas, bien entendu. C’est ça sa légitimité ?

Ma réponse :

> Renato, Dan : le Hamas avait obtenu la majorité dans l’ensemble du territoire palestinien (Gaza et Cisjordanie). Ce rappel pour souligner l’accumulation des frustrations  qui ont conduit à donner une majorité à un groupe islamiste radical. Lisez l’article publié dans Le Monde  écrit par Karim Kattan.

> S. Bénard : Le problème que pose le mot résistance, ici, ce sont les actes de violence aveugle que je comprends comme des actes de désespérance, comme ceux de ce qu’on appelle « terrorisme », une étiquette qui n’explique rien.

> Berel  : Vous abordez le problème avec une forme d’ironie que je trouve mal placée en regard des souffrances des uns et des autres, en particulier de ceux qui ont été dépossédés de leur territoire et qui continuent à l’être dans les conditions que je rappelle. 

>Tubal : Je ne dis nulle part que le Hamas est un mouvement démocratique.  Ce qui m’importe c’est de comprendre pourquoi il a pu obtenir une majorité à un moment donné. La question vaut aussi pour les Israéliens et le choix de l’extrémisme qu’ils ont fait lors des dernières élections.

Israël – Palestine, le vent, la tempête et le non-sens

Une fois encore la dichotomie que crée la confrontation entre les affects des images et la pensée du processus.  D’un côté des personnes tuées, enlevées, de l’autre, sauf à se satisfaire de simplismes équivalents à ceux des extrémistes israéliens et palestiniens,  ce qui conduit d’autres personnes à commettre de tels actes.

Dichotomie personnifiée par les deux invités des Matins de France Culture du 09/10/2023 ( 7 h 40 / 8 h 20) avec, pour la dimension affects, Alain Dieckhoff, Directeur du CERI-Sciences Po, directeur de recherche au CNRS, et, pour la dimension pensée/analyse, Laetitia Bucaille, professeure de sociologie et vice-présidente l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) chercheuse au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA).

Je ne vois, en bout d’explication, que la situation de désespérance où le « plus rien à perdre » ne se satisfait plus des mots mais exige le passage à l’acte.

En témoigne, dans cette même émission, l’interview diffusée au cours du journal de 7 h 00 de la même émission, réalisée à Gaza par un journaliste de Radio France Internationale.

Ahmed, 32 ans, vit à Gaza où il est né : « Israël a colonisé notre terre, les Israéliens ont contraint une partie de notre peuple palestinien à l’exil, une autre partie vit marginalisée, l’autre partie vit ici, à Gaza, sous blocus. On vit comme des bêtes, certains d’entre nous sont devenus des monstres et lorsque ces monstres s’attaquent à leur créateur on se demande pourquoi. Ensuite ils nous qualifient de terroristes, tueurs d’enfants et de civils. L’Etat hébreu est responsable de toutes les victimes innocentes palestiniennes, israéliennes. C’est l’occupation et l’injustice qui génèrent toutes ces violences. Ils disent que la terre n’appartient pas aux Palestiniens, que c’est la terre sacrée des enfants d’Israël, que Dieu lui-même leur a ordonné d’y vivre. Et nous alors, on est bon à jeter ? On ne pourrait pas tous vivre ensemble en paix ? Même s’ils veulent être au pouvoir, on l’accepte, on veut seulement les mêmes droits pour tous. Cette tragédie que vient de vivre Israël, c’est notre quotidien à Gaza. »

La séparation du territoire de Gaza (365 kms2) de la Cisjordanie est sur le plan géopolitique une aberration significative de l’irresponsabilité collective qui a prévalu lors de la constitution d’Israël et dont les effets, quatre-vingts ans plus tard, sont un enchevêtrement d’actions et de réactions considérées, selon les points de vue comme des causes ou des conséquences.

Les commentateurs s’accordent pour dire que les soldats israéliens n’étaient pas à l’endroit où sont passés les assaillants du Hamas parce qu’ils étaient déployés en Cisjordanie (territoire théoriquement sous l’autorité palestinienne) pour protéger les nouvelles colonies installées en violation des droits des habitants palestiniens et dans une violence bien documentée qui ne donne pas lieu à de grandes protestations occidentales.

Autrement dit une politique dictée, et surtout aujourd’hui, par la loi du plus fort dont on sait qu’elle engendre nécessairement dans un processus long et souterrain des forces équivalentes de contradiction.

Les noms donnés à l’une et à l’autre forces ne sont pas anodins : Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, intitule son article publié dans Le Monde (10/10/2023) : « L’attaque du Hamas résulte de la conjonction d’une organisation islamiste fanatique et d’une politique israélienne imbécile »

Fanatisme d’un côté, imbécillité de l’autre… Est-ce que l’ « imbécillité » du gouvernement de B. Netanyahou allié avec les extrémistes religieux n’aurait pas à voir avec le fanatisme ?

Chaque entité, Israël, Palestine, est divisée, soumise à des conflits internes. Aujourd’hui, le gouvernement israéliens est dirigé par un homme mis en examen par la justice de son propre pays et qui tente de modifier la loi à son profit, allié avec un parti religieux extrémiste.

L’Autorité palestinienne du Fatah, discréditée, a perdu les élections législatives de 2006 gagnées par le Hamas et s’est maintenu au pouvoir par des manœuvres qui ont contribué à l’affaiblir et à renforcer l’extrémisme religieux et politique.

L’assassinat d’Yitshak Rabin, le 4 novembre 1995, par un extrémiste religieux israélien hostile aux accords d’Oslo (septembre 1993) – premier pas d’une voie de règlement politique – fut le signe de ce qui semble être désormais un impossible pérenne, comme si les hommes avaient besoin de conflits permanents pour se persuader de la vanité des croyances qui tentent de donner un sens à la vie.

L’agression russe et la lassitude

Le premier tour des élections en Slovaquie (01/10/2023) a placé en tête R. Fico, pro-russe, soutien de V. Poutine, qui  promet la fin de l’aide à l’Ukraine s’il est élu.

La lassitude – elle gagne du terrain aux USA – est un des paramètres de la stratégie de V. Poutine. Elle conduit en effet à l’oubli, ou si l’on préfère, au renforcement du déni, dont il faut avoir en tête que l’objet premier, essentiel, est la spécificité de la condition humaine qui produit l’équation capitaliste. En découle une multitude de dénis contingents, périphériques, plus ou moins importants, relatifs à tel ou tel événement.  Bref, « on ne veut pas /plus savoir ».

L’agression russe en est un exemple.

Même si on place le problème dans le contexte historique de la fin du Pacte de Varsovie après l’implosion soviétique, donc l’obsolescence de l’Otan et l’absence d’une discussion est/ouest qui aurait permis d’établir un nouvel équilibre, reste que les relations avec la Russie étaient normales, que V. Poutine était reçu partout et qu’en février 2022, l’existence et l’intégrité de la Russie n’étaient menacées par personne.

Autrement dit, il n’y a pas de rapport direct compréhensible entre la carence politique internationale d’il y a trente ans et l’invasion de l’Ukraine. C’est bien pourquoi V. Poutine a imaginé l’expression édulcorante « opération spéciale » pour qualifier ce qui n’est rien d’autre qu’une agression qui viole les résolutions de l’ONU et les principes fondamentaux du droit des nations.

En-dehors des raisons économiques qui peuvent expliquer certains soutiens internationaux, africains notamment, il est remarquable qu’il n’y ait pas d’unanimité pour dénoncer cet acte. Autrement dit, si V. Poutine a pu le commettre, c’est qu’il « savait » pouvoir le faire sans voir le monde se dresser contre lui.

J’y vois un signe analogue à celui qu’ont envoyé, sur le plan intérieur, les opposants, sur le plan extérieur, la France et l’Angleterre, au moment de l’arrivée d’Hitler au pouvoir : pour les « raisons » bien documentées que l’on connaît, ce n’était pas grave.

La crise qui a conduit à ce déni dans les années 1930 est comparable à celle d’aujourd’hui, en ce sens qu’elle était perçue par les Allemands comme une menace vitale (traité de Versailles, inflation, chômage…) et que les Français et les Anglais étaient dans le déni de leur coresponsabilité dans le processus.

La voie qui fut suivie alors était celle de la fuite en avant qui conduisit jusqu’à Munich et à la guerre mondiale.

La crise que nous traversons est aussi perçue comme une menace vitale, avec la différence qu’elle concerne la planète, que nous ne disposons pas des outils de correction, que nous le savons et que nous faisons comme si nous ne le savions pas :  compte tenu de l’importance des problèmes régler et à de l’urgence, nous ne pourrons pas inverser le processus du réchauffement et la seule voie exploitable est désormais celle de l’adaptation.

C’est ce que signifient la stérilité des différentes COP, les décisions particulières contradictoires relatives à l’exploitation des énergies fossiles, et l’absence de discours explicite.

Nous sommes donc dans une phase de déni du réel, donc de fuite en avant, dont l’agression russe et ses soutiens énigmatiques peuvent être considérés comme des signes, plus ou moins conscients.

« Fanatisme de l’indifférence », dit le pape François

L’expression papale dénonçant à Marseille l’indifférence générale aux milliers de migrants noyés en Méditerranée est ce qu’on appelle un oxymore : une alliance de termes contradictoires destinée à surprendre, à susciter des réactions (ex : une gentille cruauté, une belle laideur).

Le fanatisme implique une démesure absente de l’atonie qu’implique l’indifférence. Ainsi, le fanatisme suscité par l’immigration est la marque de l’extrême-droite qui est tout sauf indifférente.

Ce qui donne au pape une autorité de parole n’est pas d’ordre politique, philosophique ou moral, mais de l’ordre de la croyance religieuse dont il est le représentant : il est le successeur de Pierre chargé par le Christ, fils de Dieu, de fonder son église et de convertir.

Or, relativement à cette référence qui lui confère son statut,  l’obligation qu’il invoque « C’est un devoir d’humanité, c’est un devoir de civilisation » n’est pas adéquate, en ce sens qu’elle n’est pas la marque de la foi chrétienne – elle peut être reprise par un athée –  et qu’elle résonne de manière incongrue si on la met en regard de l’action de l’église dans le processus historique de la colonisation.

Alors, que devient la dimension catholique (=universelle) si la même foi peut, dans un temps donné,  contribuer à soumettre des peuples par la force militaire et économique au nom de Dieu, et, dans un autre temps, à les prendre en considération au nom de l’humanisme ?

Dans l’article du Monde (23/09/2023) et les comptes-rendus des chaines de radio, il n’est jamais fait mention d’une dimension chrétienne du discours.

Extrait de l’article : « D’un côté, « la fraternité, qui féconde de bonté la communauté humaine », de l’autre « l’indifférence, qui ensanglante la Méditerranée ». L’Europe, qui voit toujours plus de migrants arriver par la mer, est à un « carrefour des civilisations »,a répété le pape. Avec le choix entre « la culture de l’humanité » et celle de « l’indifférence »,a-t-il insisté. »

Autrement dit, le grand absent dans le discours du pape, c’est Dieu, ce qui autorise E. Zemmour à le récupérer « Que veut le pape ? Il veut que l’Europe chrétienne, berceau du christianisme, devienne une terre islamique ? »

On peut juger des effets par ce témoignage rapporté dans le même article du Monde :

« Michèle B. [le nom est cité], fervente catholique de 83 ans, fondait en larmes en voyant la voiture du pontife passer. Si elle comprend son engagement en faveur des migrants, elle ne souhaite pas « qu’il aille contre ce que veut faire le gouvernement ». Pour cette retraitée du domaine de la santé, « Marseille ne peut plus accueillir d’autres migrants ». « Il y en a trop déjà ! », assure-t-elle. Comme un écho à toutes les polémiques qui traversent la France en particulier, et l’Europe en général. »