Limites du dialogue

Le Monde informe dans son édition du  09/02/2023 de l’exécution au Texas d’un Afro-Américain, avec ce sous-titre :

« L’avocat de John Balentine, 54 ans, a tenté tous les recours pour éviter la Le Monde peine capitale à son client, coupable du meurtre de trois adolescents en 1998. En vain. »

Quelques réactions parmi celles qui approuvent l’exécution.

« Un type qui tue trois personnes, dont 2 qui ne lui avaient strictement rien fait, pour être sur de tuer une troisième personne qui lui avait « mal parlé », franchement comme héraut du combat contre le racisme on s’en passe assez bien. Certaines personnes sont des monstres, celui la m’en semble faire partie. Il aurait été blanc qu’il aurait condamné de la même façon. »

« Je ne vois toujours pas ce qui justifie de garder en vie des éléments dangereux pour la société, hormis le risque d’erreur judiciaire, seul argument convaincant. »

« Il tue trois blancs dans leur sommeil : c’est vrai qu’il y a un biais raciste. Quant au procès l’individu s’étant lui-même reconnu coupable on peut chipoter sur les miettes du systémique certes mais ce sont des miettes. »

Mon commentaire :

Un monstre…Pourquoi garder en vie un tel meurtrier… etc. Que signifie cet invariant argumentaire qui s’apparente à la « loi du talion » qu’applique la société quand elle ne dispose pas des moyens de comprendre ? Comprendre quoi ? Pourquoi un homme a décidé de tuer. De toutes les espèces, il n’y a que l’homme qui soit capable de commettre un crime. Le médecin des camps nazis est un homme. Pas un monstre, un homme. Comme n’importe quel meurtrier, comme J. Balentine. De même que couper la main du voleur, tuer le meurtrier – même s’il demande à l’être (cf. Buffet) – est, par un mimétisme légal, le signe d’un renoncement. Valeur dissuasive nulle, on le sait. Quant à l’argument de l’inhumanité de l’enfermement à vie, il participe de la même misère qui réduit la question à deux démesures, signe du refus d’aborder la problématique de notre spécificité pour tenter de réduire les risques de dysfonctionnements.  

Réponse d’un lecteur :

« Pourquoi comprendre ? En comprenant ou pourrait prévenir des crimes similaires ? Les faits suffisent. Cet homme a tué ces enfants pour un motif futile, ce qu’il reconnaît lui-même. La réparation du préjudice est impossible. La société n’a que faire de tels individus. La tolérance au parasite et autre sociopathe a des limites, pour des raisons pratiques qu’on repeint de moral(in)e. Elles sont clairement franchies ici. L’exclusion définitive, soit la mort en prison, est une solution tout à fait pragmatique, même si certains en font des noeuds dans leur supériorité morale. Ceux-ci semblent aussi oublier que le droit est une pratique et n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une philosophie. Et c’est heureux. »

Ma réponse, en deux temps (limite de 1000 signes pour chaque commentaire)

1 – Comprendre est un composant essentiel de l’humanité. C’est du moins ce dont témoignent tous ceux qui nous servent de référence, des Présocratiques à Einstein, et qui constituent le socle de référence de l’école où l’on enseigne son importance. C’est aussi ce qui explique la création du tribunal. Appliqué au criminel ? L’exécuter ou le laisser mourir en prison n’apporte aucune connaissance et n’élimine qu’une contingence qui se reproduit sans fin. Le refus de la peine de mort et de la prison à vie comme solutions n’est pas d’ordre moral ; c’est la mise en route d’un processus qui « oblige » à comprendre pourquoi non seulement tel individu a pu devenir un meurtrier – c’est ce que permet le tribunal – mais aussi en quoi c’est une spécificité de notre espèce. Cette démarche peut permettre de trouver d’autres solutions pour traiter le cas particulier et une réponse globale que les solutions actuelles empêchent de chercher. Démarche utile aussi, pour la guerre

2 – « Le droit est une pratique et n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une philosophie. » Sur quoi est-il fondé par ceux qui en décident, si ce n’est sur une philosophie de l’homme et de la société ? Décider la peine de mort n’a pas à voir avec le pragmatisme mais avec, au choix, la loi du talion, la dissuasion, la vengeance, les unes et les autres étant le produit d’une pensée, le plus souvent une idéologie qui ne cède que très difficilement face au réel (l’argument de la dissuasion, par ex). « La société n’a que faire de tels individus » : est-ce que cette phrase censée justifier votre définition du droit n’est pas le produit d’une pensée ? Quel est le critère qui permet de déterminer l’acte qui range son auteur dans la catégorie « tels individus » ? « Les faits suffisent » revient à supprimer le tribunal. Comprendre n’a rien à voir avec tolérer ou accepter ; c’est au contraire tenter de trouver des moyens d’évitement.

—–

Le lecteur avait atteint son quota.

Limites du dialogue est à comprendre aussi dans ce sens-là.

Jean-Sébastien Bach : Matthäus Passion – BWV244 – Passion selon Matthieu (4)

Avant les exemples, il n’est pas inutile de préciser que le récit évangélique pouvait poser quelques questions aux croyants, plus particulièrement la contradiction entre la nature aimante de Dieu-Père et le surprenant scénario qu’il a imaginé pour sauver les hommes-pécheurs : concevoir un fils pour qu’il soit crucifié. Sans être Dieu, il est tout à fait possible d’imaginer une solution plus conforme aux sentiments censés expliquer une telle démarche et il n’est pas invraisemblable que cette contradiction divine ne soit pas corrélative des contradictions, elles humaines, entre le fondement de la religion chrétienne (l’amour) et la pratique effective de ceux qui s’en réclament.  

Dans la préface de son Traité théologico-politique (1670) Spinoza témoigne de cette contradiction : « J’ai vu maintes fois avec étonnement des hommes fiers de professer la religion chrétienne, c’est-à-dire l’amour, la joie, la paix, la continence et la bonne foi envers tous, se combattre avec une incroyable ardeur malveillante et se donner des marques de la haine la plus âpre, si bien qu’à ces sentiments plus qu’aux précédents leur foi se faisait connaître. » (GF Flammarion – p.22)

Bach, passionné par la musique (interprétation et composition) et doté d’une grande énergie de vie – il parcourut des centaines de kilomètres à pied pour rencontrer Buxtehude (organiste et compositeur) puis se rendre chez un de ses amis – était un homme cultivé (il connaissait le latin et le grec, s’était constitué une bibliothèque) dont l’immensité et la complexité de l’œuvre dénotent la profondeur du questionnement. En témoigne, par exemple, l’exploration de la verticalité par l’appui répété sur la même note (cf. entre autres, le début de la fugue en ré mineur BWV565 évoquée dans l’article 3) ou encore l’utilisation de la dissonance : deux notes contiguës, théoriquement inassociables, jouées ensemble, insupportables à l’oreille dans la durée, mais que le mouvement fait « passer » tout en accrochant la pensée. (id.)

La mort de ses parents (il fut orphelin à 9 ans) et celle de sa première épouse Maria-Barbara – survenue alors qu’il est en voyage à Dresde et qu’il n’apprendra qu’à son retour – ne sont sans doute pas étrangères à ce questionnement récurrent dans l’œuvre.

Comme je l’ai indiqué, la Passion offre de très nombreux exemples de distorsion de tonalité entre le contenu du discours et celui de la musique.

>> entrée 4 :

– l’évangéliste raconte (récitatif) : « Alors les grands-prêtres, les scribes et les anciens du peuple s’assemblèrent dans le palais du grand-prêtre appelé Caïphe et délibérèrent pour arrêter Jésus par ruse et le tuer. » Il s’agit donc d’une délibération – entre hommes.

– Les chœurs I et II (dont les voix de femmes) accompagnés de l’orchestre interprètent leur discours : « Pas pendant la fête, pour qu’il ne se produise pas de tumulte dans le peuple » dans un chant dont la composition et le rythme n’ont strictement rien à voir avec ce qu’est une délibération de ce genre. Il s’agit tout au contraire d’un chant joyeux, dynamique, au rythme enlevé à 4 temps.

Dans cette même entrée, l’évangéliste raconte comment une femme vient répandre un parfum d’un prix élevé sur la tête de Jésus alors qu’il est à table chez un ami.

Le chœur I chante l’indignation des disciples (« A quoi bon cette perte ? On aurait pu vendre cela bien cher et le donner à nos pauvres ») dans une composition fuguée tout aussi distanciée (rythme, tonalité).

>> entrée 9 : Lorsque, au cours du repas de la Pâque, Jésus annonce à ses disciples que l’un d’eux le trahira, « ils se mirent à lui demander chacun », annonce l’évangéliste et la tonalité de la réponse « Serait-ce moi, Seigneur ? »  – celle du chœur I et non de solistes – ne correspond en rien la gravité du moment.

>> l’entrée 25 offre l’exemple d’une distorsion d’un autre ordre. La scène se passe au mont des Oliviers. Jésus constate que ses disciples à qui il a demandé de veiller avec lui se sont endormis, il s’éloigne et pour la seconde fois exprime son angoisse. Quelques instants auparavant, c’était : « Mon père, s’il est possible que cette coupe (métaphore de la crucifixion) passe loin de moi ! Cependant, je l’accepte si tu l’ordonnes » et ici   : « Mon père, si la coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »

Bach choisit alors un choral qui dit ceci : « Que la volonté de Dieu soit faite de tout temps. Sa volonté est ce qu’il y a de meilleur ; car il est prêt à aider ceux qui croient fermement en lui. Dieu nous aide à sortir de la détresse et nous châtie sans excès. Celui qui se fie à Dieu construit sur le roc et Dieu ne l’abandonnera pas. »

Rapportée à la situation, une telle affirmation peut laisser pantois, d’autant qu’est bien connu de Bach et des auditeurs auxquels il s’adresse le cri de Jésus cloué sur la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

La musique, de tonalité majeure, est enjouée, en rapport avec le texte mais, comme son contenu, en contradiction avec la situation.

Je conclurai après un ou deux nouveaux exemples dans le prochain article.

Pierre Rosanvallon et « faire sens »

P. Rosanvallon, historien, professeur au collège de France était l’invité des Matins (France Culture – le 08/02/2023) pour donner son point de vue sur le mouvement de protestation contre la réforme des retraites.

Dans un précédent article, j’ai fait le rapprochement avec le mouvement des gilets jaunes, ce qu’il fait aussi. Je partage donc son idée de la dimension existentielle de la manifestation d’opposition au projet gouvernemental. Je pense en outre que la fixation sur le 64 ans est, en tant que partie émergée, le signe – surtout relativement à la CFDT qui en a fait une « ligne rouge » – , du caractère à la fois aigu et profond de la problématique du « sens » que ne posent de manière explicite ni les syndicats ni les partis opposés à la réforme.

P. Rosanvallon et le journaliste utilisent dans leur dialogue l’expression « faire sens », comme d’autres disent « faire société ».

Cette utilisation de « faire » s’apparente pour moi à de l’idéalisme, dans le sens (!) où, en l’occurrence,  « sens » et « société » seraient de pures constructions subjectives.

Quand le journaliste lui demande si la perte du sens du travail est un phénomène nouveau, il répond que ce qui est nouveau est le nombre croissant de surdiplômés qui renoncent à la carrière lucrative à laquelle mènent habituellement le type d’étude qu’ils ont suivies, pour des « jobs qui à leur yeux font davantage sens ».  Il prend son propre exemple qui l’a conduit, lui et quelques autres – après 68 – à faire ce choix ; lui est devenu conseiller de la CFD,  d’autres parmi ses amis l’ont été de la CGT etc.

« Font sens » ou ont (objectivement) du sens, telle est, pour moi, la question.

La suite témoigne des limites d’une analyse qui conduit à des approximations, au vague :

« Avant, le travail industriel classique, c’est que ma force de travail est incorporée dans un objet, aujourd’hui le travail est celui d’un face-à-face [grand-magasin, chauffeur, hôpital…], de plus en plus le travail est un rapport à une personne et on voudrait qu’il fasse sens, qu’il puisse être optimisé et qu’il ne soit pas embrigadé dans des contraintes ou mis sur des rails trop difficiles. »

La distinction entre les deux modes de travail est pour le moins discutable – le grand magasin, le chauffeur et l’hôpital ne sont des activités récentes – et dire que la « force de travail » était « incorporée dans un objet » oublie la division des tâches, en particulier le travail à la chaine – je l’ai pratiqué dans une usine deux fois pendant un mois – dont la problématique me paraît tout autre que cette « incorporation » énoncée ici avec une connotation positive.

Quant à l’explication « embrigadé dans des contraintes ou mis sur des rails trop difficiles », le moins que je puisse en dire est qu’elle n’est ni très précise ni très rigoureuse – quel est le seuil à partir duquel « les rails », qui n’étaient que difficiles, deviennent « trop difficiles ? ».

Quant à l’explication globale : « On n’a pas simplement une carrière dans la vie, les entreprises ont été organisées pour gérer des carrières dans la vie mais n’ont pas été organisées pour gérer des moments différents de travail dans l’existence (…) Le combat syndical, c’est (…) aussi pour que l’existence en général fasse davantage sens dans le moment du travail (…) La survie n’est plus ce qui dirige nos existences, et quand on est sorti de la survie, eh bien, on veut du sens. »…

Tout est à reprendre : « les entreprises ont été organisées » non pour « gérer des carrières » mais pour exploiter les forces de travail de la manière la plus efficace et rentable, ce n’est pas un scoop ; qu’est-ce que « pour que l’existence en général fasse davantage sens » sinon une expression de l’idéalisme que j’évoquais qui consiste à dissocier ce que fait le corps de ce que pense la tête ?

Le fil rouge de l’analyse que je développe dans le blog est que nous sommes soumis à un double discours : celui, concret, biologique, de notre corps depuis le moment de la conception, celui, tout aussi concret, de notre esprit depuis l’âge de 3 ou 4 ans,  dont l’objet est la spécificité de notre espèce ; les deux, indissociables et corrélatifs, déterminent tout le reste, notamment le rapport consommation/production et les conditions dans lesquelles est organisée la production/consommation/utilisation des biens et des idées.

Jean-Sébastien Bach : Matthäus Passion – BWV244 – Passion selon Matthieu (3)

L’œuvre comprend 68 entrées (récitatifs, arias, chorals) de durée variable (de quelques secondes à 7 minutes) selon l’importance du récit et des discours intercalés.

Elle commence par une introduction symphonique suivie d’un texte chanté par les deux chœurs accompagnés de l’orchestre.

Une brève analyse de cette introduction permet de comprendre l’essentiel du rapport entre le texte et la musique dans l’ensemble de l’œuvre.

Le texte commence par un appel « Venez, ô filles, [dans le sens mes enfants]  aidez-moi dans mes lamentations ! » et il exprime l’essentiel du discours de la Passion : Jésus a souffert et est mort à cause de nos péchés. Il se termine par « Aie pitié de nous Jésus ! ». Il contient quatre questions posées par les filles soumises à l’injonction « Regardez ! »  : « Qui ? » (réponse : le fiancé), « Comment ? [le regarder] »  (comme un agneau),  « Quoi ? »  (sa patience), enfin « Où ? » (dans la direction de notre faute).

Cette introduction, de tonalité mineure*, est caractérisée par un rythme ternaire et son accord final est de tonalité majeure*.

[ *Je reproduis une analyse écrite dans le 3ème article du 23 juin 2021 consacré à la fugue BWV 578 :  « La tonalité mineure est connotée de tristesse parce qu’elle est envisagée dans un discours non d’unité de l’être, mais de dissociation du corps et de l’esprit. La tristesse n’est pas dans le mineur mais dans la dissociation. Autrement dit, la tristesse de la tonalité mineure n’existe que lorsqu’elle est orpheline, en manque de l’autre. Parfois même dans la recherche et l’entretien de sa propre complaisance. Elle disparaît quand les deux sont dans un rapport dialectique comme le sont notre corps et notre esprit dont les discours respectifs parlent à la fois de vie et de mort dans une dialectique permanente. »]

J’ajouterai l’exemple de la très célèbre toccata et fugue en ré mineur BWV565– pour orgue – à laquelle la tonalité ne confère aucune tristesse mais de la profondeur. (Je reviendrai sur cet exemple dans la conclusion de l’article).

L’organisation musicale du chœur de cette introduction (7minutes) est la suivante : pour commencer, une fugue orchestrale (superposition de deux lignes mélodiques – horizontalité) dont le rythme n’est pas très marqué, suivie d’une fugue chantée.

L’accentuation devient plus forte avec les deux premières questions [« wen ? » (qui ?), « wie ? » (comment ?) ) : elle est de construction harmonique (verticalité), puis la fugue reprend, avant les deux autres questions de même construction harmonique [ « was ? » (quoi ?), « wohin ? » (où ?) et la conclusion par un accord long de tonalité majeure.

L’orchestre prend le relai pour des transitions – le rythme est marqué par des traits appuyés de violons – tandis que les deux chœurs reprennent le choral fugué, jusqu’à la fin.

Cette introduction contient les caractéristiques majeures de la composition d’ensemble :  une alternance/combinaison de l’harmonie et du contrepoint (la fugue) avec le paramètre remarquable de la répétition qui a pour effet d’accentuer la distanciation du texte de l’objet même de l’œuvre et crée ainsi une œuvre dans l’œuvre, un concert dans le concert.

Nous verrons dans le prochain article les exemples les plus significatifs de cette distanciation.  

L’éducation sexuelle et l’école

Sous le titre L’éducation à la sexualité, priorité d’un collège de l’Hérault : « Le porno, c’est du spectacle, ce n’est pas la réalité » Le Monde ( 07/02/2023) publie un reportage qu’il présente ainsi :

« Le collège Emmanuel-Maffre-Baugé à Paulhan a construit un programme de prévention qui va de la 6ᵉ à la 3ᵉ et évoque tour à tour l’intimité, le consentement, la contraception, les effets de la pornographie… Une dynamique qui établit une confiance entre enseignants et élèves, et contribue à libérer la parole. »

Quelques réactions – la grande majorité applaudit l’expérience :

« Le porno, c’est du spectacle, ce n’est pas la réalité » Voire… Il n’y a que dans le porno où on voit de manière très claire un pénis rentrer dans une vulve et y faire des va-et-vient, ce qui est quand même la base d’une relation sexuelle et de la reproduction. Et le plaisir sexuel montré dans son aspect le plus physique, le plus brut, indépendamment de la nature des liens qui unissent les protagonistes, si ce n’est leur désir du moment. »

« Très bonne initiative des enseignants de ce collège. Une remarque cependant. Lorsqu’un élève pose une question sur le caractère moral ou non de l’IVG, la prof donne une réponse sèche, qui dénoter avec le ton généralement bienveillant et compréhensif des réponses à toutes les autres questions: « Si tu veux du débat, cela ne manque pas sur le sujet, mais, en France, c’est la loi… » A ce compte on pourrait dire de toutes les questions sur la sexualité abordées dans ce programme: « si vous voulez des informations sur ces sujets, cela ne manque pas…. ». Pourquoi accepter d’aborder franchement toutes les questions sauf celle-là? N’est-ce pas une occasion de discuter avec les élèves de la question essentielle de la liberté des femmes à disposer de leur corps, sans se réfugier de façon raide et défensive derrière la loi ? »

> avec cette réponse d’un lecteur « Parce que ce n’est pas un cours de philosophie mais d’éducation sexuelle. Et le sujet est si clivant que le reste du cours s’embourberait la dedans, une perte de temps et d’efforts. La prof a tout à fait raison de dire que c’est hors sujet. On leur apprend les faits, la réalité physique, la loi. »

« Merci pour cet article de qualité et à l’exemplarité de l’équipe enseignante de ce collège. Aux lecteurs et lectrices qui s’offusquent du sujet abordé si tôt (dès la 6ème…), la question de la sexualité se pose bien plus tôt chez les enfants, à commencer par le primaire (et pas qu’en ville…) dans les cours de récréation ! Et lorsque vos bambins rentrent de l’école et vous lancent sur le sujet, être à leur écoute en les laissant raconter ce qu’ils ont pu entendre génère un débat plutôt riche ! »

« Sommes-nous tombés si bas en France, qu’il y ait besoin de l’école pour apprendre ? Mais bon, je date du temps où on avait des frères et sœurs (plusieurs) et où les enfants jouaient dans la rue. Depuis, il y a eu le progrès. »

« Education sexuelle en 6ème…. Ou comment traumatiser 80% des élèves pour en éduquer 20% qui de toute façon sont des irrécupérables. »

« Et la tendresse b…l ? Les relations sexuelles limitées à un exercice et son mode d’emploi. Pas un mot pour les sentiments, l’amour ? »

« Quand l’EN s’empare d’un dossier en général elle le pourrit. »

Ma contribution :

Est-ce que la sexualité est du domaine du savoir, donc de l’enseignement, ou non ? En regard de tous les problèmes de dysfonctionnement qu’elle pose dans la vie individuelle et collective, et compte tenu de l’absence historique et actuelle de son enseignement (l’expérience relatée est l’exception), il y a quelques raisons de penser qu’il serait préférable de ne pas la laisser dans le champ de l’ignorance et de l’expérimentation hasardeuse. Quant à l’argument du risque prétendu d’appauvrissement de l’amour lié à cet enseignement, il se heurte notamment au non-sens de l’expression banale, non questionnée  « faire l’amour », signe, parmi d’autres, de notre misère quand nous avons à aborder cette question. Cet enseignement devrait commencer dès la maternelle, comme celui du premier objet de questionnement de l’enfant, le seul qui soit absent des programmes, dont personne ne parle et qui n’est pas étranger à la sexualité, à savoir la mort. L’élargissement, pour la communauté, du champ du « savoir », augmente celui de la liberté en réduisant celui du « croire » de la sphère privée. Tel est le principe de laïcité qui distingue l’un de l’autre.

Jean-Sébastien Bach : Matthäus Passion – BWV244 – Passion selon Matthieu (2)

Bach a vécu dans un monde théocratique, chrétien,  précisément luthérien.  Si l’institution religieuse qui lui procura des emplois (organiste à Arnstadt, maître de chapelle à Köthen, cantor à Leipzig) détermina donc un grand nombre de ses compositions (la plupart des cantates conservées, la messe en si, les passions…), un grand nombre d’entre elles furent profanes (clavier bien tempéré, concertos brandebourgeois, variations Golberg, suites pour orchestre, clavecin, violoncelle…).

Sa Passion selon saint-Matthieu fut donnée plusieurs fois dans l’église Saint-Thomas de Leipzig et suscita les critiques des protestants dit piétistes qui considéraient que l’essentiel de la foi se trouve dans la relation mystique personnelle avec Dieu. La musique, surtout polyphonique – celle de la passion, notamment – ne convenait pas pour cette conception de la foi… qui était celle de Bach qui signait ses partitions par la formule Soli Deo Gloria ( « A la gloire du dieu unique ») empruntée à Luther… qui aimait beaucoup la musique et qui fut à l’origine des chorals, ces airs chantés en langue allemande par l’assemblée des fidèles.

Le rapport religion/musique est intéressant en ce sens qu’il concerne le rapport corps/esprit (âme).

La musique de l’église catholique romaine est celle du plain-chant, c’est-à-dire une musique vocale à une voix, avec un accompagnement identique, dont la forme la plus emblématique est le grégorien – interprété sans accompagnement, « a cappella »,  surtout dans les monastères – qui pourrait être défini comme une musique « décorporée » – analogue à la fonction de l’uniforme religieux qui « élimine » le corps du moine, de la moniale, du pape, et jusqu’au concile Vatican II, de tous les ecclésiastiques. Les Petits chanteurs à la croix de bois en sont une autre illustration

Le christianisme considérant le corps (sexué, mortel) comme l’enveloppe à la fois impure et obligée de l’âme (immortelle), il fallait écarter le plus possible tout ce qui pouvait solliciter le plaisir des sens, donc celui de l’oreille – l’orgue et les chorales paroissiales venant apporter une compensation à cet appauvrissement musical .

Luther se révolta contre le pouvoir papal en publiant ses 95 thèses principalement dirigées contre le commerce des indulgences organisé par Léon X – on pouvait racheter ses péchés en donnant de l’argent pour la construction de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Il opposait à la hiérarchie romaine, à ses institutions et à ses dogmes,  une pratique de la foi déterminée par les seules Saintes Ecritures et c’est dans cette opposition que peut se comprendre le transfert de son engouement personnel pour la musique dans les chorals, chantés dans les offices non plus en latin mais en langue vernaculaire, en l’occurrence en allemand.

La musique polyphonique était à la fois adéquate en tant qu’elle s’opposait au plain-chant catholique et en porte-à-faux avec le piétisme qui était plutôt une démarche intériorisée, d’où les critiques contre la Passion.

C’est sous cet angle que je propose d’analyser la partition, dans ses grandes lignes, en considérant, comme je l’ai précisé, le rapport entre la tonalité du texte et celle de la musique.

Jean-Sébastien Bach : Matthäus Passion – BWV244 – Passion selon Matthieu (1)

Il s’agit d’un oratorio (du latin orare : parler, parler comme un orateur) qui se distingue de l’opéra par l’absence de mise en scène, de costumes et de décors.

Le livret est essentiellement le texte attribué à Matthieu, à savoir le premier des quatre évangiles  (du grec eu-angelia : heureux message – les anges sont des messagers), écrit dans la seconde partie du 1er siècle et qui raconte la passion (arrestation, crucifixion) de Jésus.

Bach (1685-1750) a ajouté des textes dont la nature sera précisée un peu plus loin.

Il a composé la musique de cet oratorio – pour orchestre, chœurs, solistes – entre 1720 et 1736, seize années pendant lesquelles il a retouché sa partition, jusqu’à la forme définitive que nous connaissons.

L’exécution de l’œuvre dure près de trois heures.

Ma version de référence est celle qui a été enregistrée en 1998 par Philippe Herreweghe avec le Collegium Vocale Gent (installé à Gand – Belgique) et éditée par Harmonia Mundi. Une mention spéciale pour celle de Michel Corboz (Ensemble vocal et Orchestre de chambre de Lausanne – 1983 – Erato) entendue, il y a un certain nombre d’années, au festival de la Chaise-Dieu.

La problématique que je propose est celle du rapport entre le discours du livret et celui de la partition, autrement dit, savoir si la musique est un accompagnement du texte qu’elle soutient, ou si elle dit autre chose ou aussi autre chose. Tel est l’enjeu pour cet oratorio qui, excepté le moment de sa création, n’est pas liturgique mais interprété en concert en tant qu’œuvre profane.

L’œuvre de Bach fut pratiquement ignorée de son vivant hors d’Allemagne (il y était connu plutôt en tant que virtuose), puis tomba après sa mort dans l’oubli quasiment complet ( j’y reviendrai) avant une lente redécouverte commencée au 19ème siècle, grâce à Felix Mendelssohn qui dirigea précisément cet oratorio.  

Il est devenu une des œuvres majeures du répertoire et Bach est considéré par beaucoup comme le compositeur le plus important : ainsi, il est le seul pour lequel France-Musique continue de réserver, et depuis des années, une émission hebdomadaire dans ses programmes. Une manière de signifier que l’écoute de ses compositions est inépuisable.

Le récit de cet oratorio est d’ordre dramatique et tragique : il commence au moment de l’arrestation de Jésus, trahi par l’un des siens (Judas), et se termine par la déposition de son corps dans un sépulcre après sa mort sur la croix, un supplice réclamé par les autorités religieuses juives au préfet/gouverneur romain de Judée (Pilate) pour cause de blasphème – Jésus se déclare fils de Dieu.

Le récit est constitué de récitatifs – le récitatif, entre parole dite et chant, est une déclamation qui accentue l’intonation de la phrase – confiés à l’ « évangéliste », un ténor. Les personnages qui interviennent sont : Jésus, ses disciples, Judas (qui le livre) et Pierre (qui le renie), Pilate, les responsables religieux (le grand-prêtre Caïphe, les Pharisiens – groupe religieux très attaché à la lettre de la religion), la foule des juifs, les soldats.

Entre les événements, sont intercalés des dialogues également en mode récitatif, des arias (airs) chantés par des solistes, des chorals (une création de la liturgie protestante : des textes dans la langue du pays chantés par des chœurs) interprétés ici par deux chœurs  ; les textes de ces chorals sont empruntés par Bach à divers auteurs et ils expriment, à la manière du chœur antique, les réactions de la communauté chrétienne allemande d’alors, sous la forme de déploration, d’apitoiement, de prière, de méditation,  le dénominateur commun récurrent étant la culpabilité.

Le discours de Cas Mude

Cas Mude est un politiste néerlandais, professeur d’affaires internationales à l’université de Georgie (USA) et au Centre de Recherche sur l’Extrémisme (C-REX) à l’université d’Oslo. Il répond aux questions du journaliste Marc-Olivier Bherer du Monde (02.02.2023 – pages « Idées »)

Cas Mude distingue quatre vague d’extrême-droite : celle des nazis rescapés de la guerre (échec), celle du « poujadisme » des années 50 (échec).

« La troisième démarre dans les années 80 (…) avec pour principal positionnement politique le rejet de l’immigration. »

La quatrième, actuelle, dans laquelle l’Islam a remplacé ethnies traditionnelles et qui se manifeste par une « hybridation de la droite traditionnelle, en France, en Israël, aux USA, en Autriche »

Son explication : « Après les attentats du 11 septembre, le débat en Europe s’est détourné des enjeux socio-économiques pour se concentrer sur des questions sociétales, culturelles. Ces attaques ont été interprétées comme le révélateur d’un affrontement planétaire entre l’Islam et l’Occident. Le discours sur l’autre a changé. (…) Les Turcs, les Marocains, les Algériens sont devenus les Musulmans. »

Question : Que préconisez-vous pour enrayer cette quatrième vague ?

Réponse : 

– « Il faut tout d’abord admettre que e phénomène n’est pas lié à une crise spécifique (…) La tendance est profonde »

– « Plutôt que de souligner sans cesse la montée de l’extrême-droite, on ferait mieux de s’intéresser aux ratés de la démocratie libérale »

– « Il faut rapprocher la décision politique des citoyens et ouvrir la discussion en proposant de réels clivages idéologiques. En démocratie les gens peuvent accepter de faire des sacrifices mais pour qu’ils y consentent ils doivent comprendre pourquoi. La droite doit réfléchir à ce que cela signifie d’être de droite plutôt que de suivre l’extrême-droite, tout comme la gauche doit redécouvrir la social-démocratie. Si cela se produit, l’extrême-droite ne disparaîtra pas, mais au moins elle ne sera pas la seule à proposer un récit pour expliquer vers où nous devons aller »

Une fois encore, est proposée la description d’un phénomène dont est absente la problématique de causalité.

Ainsi : pourquoi la 3ème vague démarre-t-elle dans les années 80 ? Pourquoi se contenter de parler des « attentats du 11 septembre 2001 » et esquiver la question du sens possible de ce moment où ils se sont produits ? Pourquoi sont-ils interprétés comme le signe d’un conflit Islam-Occident ?

Quant aux solutions censées être en adéquation avec « la tendance est profonde », elles ne concernent que des surfaces qui plus est très imprécises : « rapprocher la décisionouvrir la discussion en proposant de réels clivages… » sans poser la question du pourquoi de leur disparition, de leur nature et de leur contenu. Pourquoi des sacrifices ? Lesquels ? Qui sont les gens censés pouvoir les accepter ? « La droite doitla gauche doit… » selon quels impératifs ? Pourquoi « redécouvrir la social-démocratie » ? Laquelle ? Celle de Weimar ? Pourquoi l’a-t-elle perdue de vue ? N’y-a-il pas une autre conception de la gauche ? Pourquoi « commun » n’est-il jamais prononcé ? Quel est le récit, quel est le vers où, et l’impératif du nous devons ?

En d’autres termes, pourquoi la question du journaliste n’est-elle pas questionnée ? Pourquoi est-elle présentée et entendue comme une évidence ?

Les lecteurs du blog connaissent l’analyse que je propose. Je renvoie les autres aux articles intitulés « La cause première » (à partir du 21 octobre 2022) ou encore « Commun » (à partit du 12 mai 2022) ou encore « Etat des lieux – essai sur ce que nous sommes » (02.09.2020).

Le signe 64

Dans Les Matins (30/01/.2023) de France Culture, étaient invités Philippe Manière (ESSEC, Institut Montaigne…) et Thierry Puech (Ecole Normale Supérieure, La République des idées, Terra Nova…) pour débattre du projet de réforme. Le premier, disons centre-droit, le second, disons à gauche.

Débat courtois, au ton mesuré, sans intempestives interruptions de parole. Bref, un dialogue. Les deux hommes qui s’appellent par leur prénom se connaissent bien et donnent l’impression de s’apprécier.

Leur argumentaire me conforte dans l’idée que 64 ans – âge légal pour le départ en retraite prévu dans le projet du gouvernement – est essentiellement, pour les partisans de la réforme comme pour ses opposants, le signe d’une problématique dont la retraite n’est qu’un constituant et que ni l’un ni l’autre des débatteurs n’aborde, pas plus que les syndicats unis  et les partis qui rejettent le projet.

L’un et l’autre débattent dans la sphère « politique/réforme » échangeant des arguments pour (Ph. Manière) ou contre (Th. Pech).

« Beaucoup de bruit pour rien, » dit Ph. Manière évoquant la distorsion – selon lui – entre les effets de cette disposition (64 ans) et l’ampleur des réactions hostiles, en particulier la manifestation du 19 janvier et celle du 31, annoncée encore massive.

Chiffres à l’appui, Ph. Manière explique ce qu’il estime être finalement être une modification d’importance toute relative, compte-tenu des ajustements encore possibles pour les situations particulières. Son discours, très mesuré, de l’ordre de la conviction « de bon sens » appuyé sur des projections, des chiffres et des comparaisons européennes, n’est pas très éloigné de celui de la CFDT, syndicat majoritaire, dit « réformiste » pour le distinguer de la CGT, qui a appelé à manifester le 19 et qui appelle à nouveau pour le 31 parce que la « ligne rouge » des 64 ans a été franchie.

Ceux qui seront directement et sensiblement touchés sont ceux qui ont commencé à travailler très tôt et qui devront donc attendre 64 ans, au-delà même du nombre des annuités requises de cotisation. De même, ceux qui n’auront pas eu une carrière professionnelle à plein temps, dont les femmes que les maternités auront obligées à des emplois « à trous ».

Seulement, pour être pris en compte par la collectivité, ce problème doit entrer dans la problématique du commun, contenu et objet de la retraite par répartition dont le principe et les modalités furent définis à la Libération, un moment de notre histoire où « commun » était chargé d’émotion et de rêve.

Or, ce problème concerne des catégories aux connotations idéologiques dépréciatives, plus ou moins explicites : les sans-diplômes et les femmes, dont les salaires sont toujours inférieurs à ceux des hommes et les agressions toujours aussi nombreuses.

Le pari gouvernemental et celui des opposants est à mon sens déterminé par ce rapport au commun… que n’ont pas abordé les débatteurs et qui ne l’est pas non plus par ceux qui soutiennent le projet de réforme, si ce n’est par des invocations de justice et de progrès, ou ceux qui le rejettent, si ce n’est en soulignant l’aggravation des conditions de vie pour les travailleurs les plus défavorisés.

Le risque, pour le gouvernement, est de devoir utiliser le passage en force à l’Assemblée (article 49-3), pour les syndicats et les partis d’opposition, un affaiblissement des manifestations, avec comme conséquence, pour les uns et les autres, l’ouverture d’un espace incontrôlable à de nouveaux « gilets jaunes » plus radicalisés et à une jonction avec le RN, pour tout autre chose que le signe 64.    

ChatGPT et l’Intelligence artificielle (IA)

A la Une du Monde du 22.01.2023 :

« ChatGPT, le générateur de textes d’OpenAI, met en lumière le recours croissant aux IA dans de nombreux corps de métier. Si certains font avec l’émergence de ces nouveaux outils, d’autres s’opposent à leur adoption. »

Quelques réactions :

« Les moissonneurs, au début du 19 siècle, ont détruit, en Ecosse, la première moissonneuse qui, pourtant, les soulageait de bien pénibles travaux. »

« C’est souvent bluffant Chat GPT. Ca fait des calculs, des démonstration, des introductions ou des paragraphes de dissertation., Ca traduit dans toutes les langues.  Le seul truc que je ne lui ai pas encore vu faire c’est de l’humour. Je ne sais pas si, à cette heure ce genre d’I A peut inventer des blagues qui soient drôles. Mais ça ne va sûrement pas tarder. »

« Mais qu’est-ce qu’on va bien rire ! Déjà qu’avec l’intelligence normale, banale et ordinaire on va droit dans le mur de la c… absolue ; on n’ose imaginer ou va nous mener le cafouillazibule electronicoinformaticon ? »

Un lecteur lui répond « Cafouiatuble, qui est champion du monde de tous les jeux d’esprits type échecs, go, etc. Vous devriez vous informer un peu plus. Tapez ‘DeepMind’ ou ‘Hassibis’ sur Google. Bonnes lectures. »

Auquel il répond : « J’ai entrepris de relire Voltaire et Camus, c’est autrement formateur sur le plan humain que vos distractions d’ados ! »

« L’enjeu peut être résumé de la manière suivante : lorsqu’il est possible d’effectuer des tâches intellectuelles concrètes de manière rapide et peu chère grâce à l’IA, a-t-on encore besoin des abstractions qui permettaient aux travailleurs intellectuels humains d’accroître leur productivité ? Le capitalisme a-t-il besoin de la classe créative ? »

Ma contribution

C’est une machine. Créée par les hommes qui décident de la mettre en marche ou pas. Elle ne peut restituer que ce qui lui a été donné, et, mutatis mutandis, avec des capacités analogues à celles qu’a l’avion pour la vitesse.  Très pratique, donc. L’usage ? On peut utiliser une chaise pour s’asseoir ou assommer son voisin. La fabrication de la chaise n’exige pas une concertation préalable majeure : sa nécessité est d’ordre fondamental, si j’ose dire, et le risque de sa perversion est marginal. En revanche, l’IA concernant à la fois l’intelligence et l’artifice, donc la capacité infinie de nuisance dont dispose l’homme par son intelligence et ses artifices, peut-être n’est-il pas trop tard pour s’asseoir (sur des chaises) autour d’une table et construire la problématique de l’usage d’une intelligence sans mémoire ni imaginaire sensibles, dépourvue de chair, de sang de sexe, d’amour et de passions, fonctionnant machinalement, à froid, comme, parfois, les hommes.