Ronsard-Baudelaire (2)

Le rapport « compliqué » de Baudelaire avec les femmes (prostituées, demi-mondaines, artistes) s’explique essentiellement par la relation avec sa mère, perturbée (la relation) par son remariage avec Jacques Aupick, un officier supérieur qu’il détestait.

Il est habituel de classer en « cycles » les poèmes dont elles ont été les inspiratrices selon la primauté supposée de l’érotisme (Jeanne Duval), de l’art (Marie Daubrun) ou de la spiritualité (Apollonie Sabatier), même si Baudelaire ne l’a pas explicitement indiqué.  

Une charogne fait partie du cycle Jeanne Duval.  

Il est composé de 12 strophes (= quatrains constitués d’une combinaison répétée d’un alexandrin et d’un octosyllabe).

Les 9 premières sont un récit, les trois dernières un discours à la fois inspiré par le récit et qui le détermine.

Je présente le poème dans un découpage censé faciliter l’explication et la lecture. Il se trouve très facilement sur Internet.

Charogne désigne le corps d’une bête en décomposition. Le mot (du latin caro,   radical – carn = chair) est un signe explicite dans le sens où la sonorité colle à la signification. Un mot absent, à ma connaissance, des intitulés de la poésie, jusqu’à Baudelaire.

1er et 2ème strophes

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d’été si doux :

Au détour d’un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d’exhalaisons.

1ère strophe

Le début du récit (v.1-2) laisse attendre un objet (représentation d’un inanimé) en accord avec la distinction (vouvoiement, passé-simple, spiritualisation de la femme/compagne) et avec la tonalité suave du discours intime de la mémoire amoureuse et  du moment évoqué : ce beau matin d’été si doux : labiale sonore (beau) + 3 dentales : 2 sourdes (matin, été)  et 1 sonore (doux) + deux sifflantes (ce, si) atténuées par la labiale et la dentale + vocalisations  ô, a, in, é, é, i, ou = aucune distorsion entre le sens et les sons, une mélodie jouée à la flûte.

La précision (v.3-4) pervertit en même temps que la représentation, la fonction de la mémoire amoureuse : charogne est tout sauf un inanimé et, précisé par infâme (rimant avec âme), le mot suscite en même temps que le dégoût, l’éloignement du plaisir (v.1-2) dont la nature malsaine et maligne est accentuée par l’absence de ménagement : les deux vers sont construits sans effet de surprise, sans interruption marquée, comme si le rappel concernait un objet anodin. La distorsion entre la forme d’une simple dénotation (énoncé neutre) et la violence des deux mots – elle va devenir d’une autre nature en changeant d’objet – laisse deviner la problématique du récit :  après le v.3 qui pourrait être prosaïque, lit semé de cailloux fait entrer la poésie dans la chambre et la charogne devient la femme.

2ème strophe

Les jambes en l’air ne sont plus celles de l’animal (il a des pattes) et si la comparaison (comme) n’est pas identification, elle témoigne de l’érotisme morbide où se mêlent l’amour et la mort, qui obsède Baudelaire dans son rapport ambivalent, sinon pathologique, avec les femmes et la sexualité, en particulier les fluides : lubrique (du latin lubricare « rendre glissant » à lubrification) dont le sens moral moderne (luxure, débauche dans lesquelles on glisse) est rendu sensible par des évocations fortes à la mesure de l’ambivalence (brûlante, suant, exhalaisons). L’action du sujet (ouvrait … son ventre) connotée d’intentionnalité perverse (nonchalante et cynique) évacue la mort de l’objet qu’elle transfère dans le sexe de la femme (les poisons).  

Deux des Pièces condamnées (lors du procès de 1857) reprennent le thème du fluide/poison :

– la fin du Léthé :

Je sucerai, pour noyer ma rancœur,

Le népenthès et la bonne ciguë

Aux bouts charmants de cette gorge aiguë,

Qui n’a jamais emprisonné de cœur.

(le népenthès – ici au sens métonymique – est une famille de plantes carnivores qui produit un liquide pour paralyser ses proies).

– la fin de A celle qui est trop gaie :

Ainsi je voudrais, une nuit,

Quand l’heure des voluptés sonne,

Vers les trésors de ta personne,

Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse,

Pour meurtrir ton sein pardonné,

Et faire à ton flanc étonné

Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur !

A travers ces lèvres nouvelles,

Plus éclatantes et plus belles,

T’infuser mon venin, ma sœur !

(ma sœur = famille humaine et inceste fantasmé)

Il est étonnant que le procureur qui a obtenu la condamnation de Baudelaire avec entre autres les arguments « manque de pudeur » et « peintures lascives » n’ait pas inclus Une charogne dans la liste des pièces dont il demandait l’exclusion. Preuve, s’il en besoin, de la bêtise qui préside à la censure. Il y a dans Les Fleurs du mal cinq poèmes consacrés au vin,  dont Le vin de l’assassin qui se termine ainsi : « Je m’en moque [de mourir] comme de Dieu / Du Diable ou de la Sainte Table ! » Le procureur n’avait pas dû comprendre. Il s’appelait Pinard, Ernest Pinard. Ça ne s’invente pas.   

( à suivre)

Ronsard – Baudelaire (1)

Deux discours où il est question d’amour, écrits par de deux hommes, adressés à deux femmes, à la fois inadéquats et pervers.

Le premier – celui de Ronsard (Quand vous serez bien vieille… – Sonnets pour Hélène –1578) – est présenté comme une tentative de convaincre une femme qui n’a pas envie d’accepter la relation amoureuse qui lui est proposée, le second – celui de Baudelaire (Une charogne – Fleurs du mal – Spleen et idéal – 1857) – s’adresse à une femme dont on ne sait rien sinon qu’elle est son « ange » et sa « passion ». [Les mêmes nombres composent les deux dates de publication… une simple curiosité]

1 – Le discours de Ronsard (1524-1585) est destiné à Hélène de Surgères, une jeune femme qui fait partie de l’entourage de Catherine de Médicis et dont le fiancé est mort à la guerre. La reine demande à Ronsard qui est un poète reconnu d’écrire des poèmes pour cette jeune femme. Il a vingt ans de plus qu’Hélène, il est amoureux d’elle, elle, ne l’est pas et refuse ses avances.

Voici ce poème, un sonnet (2 quatrains, 2 tercets) écrit en vers de 12 syllabes dits alexandrins (une version du Roman d’Alexandre fut écrite au 12ème siècle en vers de 12 syllabes et le nom fut donné à ce type de vers)

Un discours inadéquat en ce sens qu’il s’adresse explicitement à la raison pour convaincre – c’est du moins ce qu’il veut faire croire –  alors qu’il s’agit d’un problème d’affects, pervers puisque la jouissance est celle d’une esthétique de la cruauté.

Premier quatrain :

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.

 – pour elle, peinte dans le futur, l’écrasement (les 6 syllabes + bien puis, en deux touches appuyées ( 2 + 4 syllabes) le sombre (soir, chandelle), le rien ou presque (v. 2 – l’organisation rythmique 6 + 6 = régularité, répétition, monotonie).

– pour lui, hors du temps, l’élévation  (v.3 : rupture de rythme : 2 + 4 + 6, progression exaltante : direz, chantant, émerveillant) dans la permanence qui renvoie l’Hélène future dans son passé révolu (célébrait, j’étais), et nie son présent actuel par le discours syllogistique = ma célébrité me donne l’être, or vous ne voulez pas de moi, donc vous n’existez pas, comme vous le constaterez mais trop tard et avec des regrets : du temps que j’étais belle = la beauté,  critère de vie –  n’a pas été exploitée.  Ronsard–poète est hors du temps par la création de la beauté, et il est assimilé à Ronsard-homme qui devient donc sans âge. Aimer le poète, la beauté, c’est donc devoir aimer l’homme pour pouvoir exister. [L’identification l’homme à l’artiste est un problème qui traverse les siècles, ce que confirmeront les demandeurs d’autographes et les groupies]

Deuxième quatrain :

Lors, vous n’aurez servante oyant [entendant] telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Même démarche. Le recours à la servante sert à obscurcir un peu plus le tableau (à demi sommeillant) et à grandir davantage le poète-homme assimilé cette fois au Verbe/Christ (oyant, nom, réveillant, louange immortelle) ; Hélène, dédoublée par la servante, est la Vierge (cf. « Je suis la servante du Seigneur » et le Magnificat) (bénissant votre nom), mais une vierge ratée : elle n’a pas compris qu’elle a été élue.

Premier et second tercets :

Je serai sous la terre et fantôme sans os 
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

La mort physique de l’homme (v.1,2) son cadavre (sous la terre)sont escamotés  (fantôme sans os), par le poète dont le « je » est une âme bucolique (les ombres myrteux évoque plus Virgile que Dieu) en paix (repos) et en mouvement (par) = je ne vieillis pas, je ne meurs pas…moi.

L’absence de mot d’articulation avec le v.3 renforce le contraste entre « je » et « vous » encore plus écrasée (accroupie évacue l’activité que permettait assise) par l’âge et le remords ; (mon amour <> votre fier dédain = le sentiment contre  la posture ; en plus du sens, l’opposition des sonorités – mon amour <> votre fier dédain souligne la simplicité de l’homme (3 syllabes fondues) <> complication de la femme (4 syllabes heurtées).

Les v.5 et 6 sont la conclusion dynamique (v.5 : rythme identique au v.3 + deux impératifs) du syllogisme global : je vous propose mon amour, or vous le rejetez et le regretterez, donc aimez-moi ; c’est le sens de « vivez ». L’opposition demain / aujourd’hui est une référence savante au carpe diem (cueille le jour) épicurien du poète romain Horace (1er siècle avant notre ère) – la littérature latine est redécouverte au 16ème siècle qu’on appellera Renaissance.

La métaphore du v.6 rappelle le poème Mignonne allons voir si la rose (Ode XVII, à Cassandre Salviati – voir ci-dessous, en vieux françois). La rose ou les roses métaphoriques ne produisent pas les mêmes images.

Le discours fut inefficace, si l’on considère le but affiché : Hélène a persisté à refuser de déterminer ses sentiments et son désir par le raisonnement.

Il l’a sans doute été pour libérer l’aigreur de l’homme repoussé malgré sa notoriété et qui savait que le désir amoureux n’est jamais la conclusion d’un syllogisme. C’était donc perdu d’avance et le poème a sans doute été écrit avec cette certitude de l’échec, après. La création est donc mise au service du plaisir pervers de compensation qui tente de masquer le dépit sous un détachement simulé teinté de philosophie. Le poème est une réussite – ce qui laisse supposer qu’il a été composé à froid – et il est devenu un classique des programmes scolaires.

Son explication n’est pas toujours exactement celle que je propose.

Voici une conclusion d’un commentaire professoral trouvé sur Internet : « La stratégie amoureuse de Ronsard est, comme nous l’avons vu, paradoxale et relève de la gageure. Il s’agit pour le poète de séduire une jeune femme en lui montrant un tableau de sa future vieillesse. Le poème est pourtant l’un des plus connus de Ronsard. La délicatesse de l’écriture et la maîtrise technique nous donnent à voir un art fondamentalement juste, qui se distingue par son sens de l’harmonie. Chaque phrase du poème crée une atmosphère et une mélodie originales. L’œuvre est aussi une ode au pouvoir de la poésie, qui transcende le temps. »

Sans commentaire.

Ode XVII (à Cassandre Salviati – 1545)

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
  
Las ! voyez comme en peu d’espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las las ses beautez laissé cheoir !
O vrayment marastre Nature,
Puis qu’une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

Le ministre de l’Education nationale et les « vieux démons »

« Le ministre de l’Education nationale a présenté jeudi le protocole pour la mixité sociale à l’école conclu avec le secrétariat général de l’enseignement catholique. Un plan largement édulcoré par rapport aux ambitions premières du ministère. Mais l’historien défend son bilan et assure : « Les caricatures que l’on fait de moi m’indiffèrent. » (Présentation de l’article à la Une du Monde – 8.05.2023)

Extrait : E. Macron : « « Le ministre a raison de vouloir rassembler tout le monde, mais il ne faut pas réveiller de vieux démons. » Pap Ndiaye : « Avec le chef de l’Etat, nous sommes alignés sur ce sujet. »

Ma contribution.

« Les vieux démons » disent-il en référence au projet avorté d’A. Savary d’une école unifiée, laïque et gratuite. Une étiquette de déni collée sur le rejet d’une problématique par ailleurs jamais explicitée – d’où l’échec du projet – qui permet à l’école privée de se présenter comme l’ « école libre ». Cette problématique est celle de la laïcité, de la distinction entre savoir, de l’ordre du commun, et croire, de l’ordre du privé. « Libre » dans le sens où l’apprentissage de la littérature, des maths, de l’histoire etc. sans la présence du crucifix ou de la kippa ou du tapis de prière serait une entrave à la liberté. L’existence même de l’école privée, confessionnelle, de surcroît subventionnée pas l’état, cautionne et accentue les carences de l’école publique. La demande de mixité – donc rejetée pour l’essentiel– faite par le ministre de l’Education nationale à l’école catholique revient à marcher sur la tête. Pourquoi pas (cf. N. Sarkozy au Latran) des prêtres pour enseigner la morale ?  

Art et innocence de l’enfance

L’abonnée du blog « francefougère » pose un double problème intéressant dans son commentaire sur mon article La croisade morale contre Miriam Cahn : ce qui permet de « nommer » un tableau et le respect de « l’innocence des enfants ».

Je développe un peu ce que j’ai déjà brièvement répondu.

– « nommer » un tableau, c’est-à-dire : « ceci est ou n’est pas un tableau » ou encore « ceci mérite ou ne mérite pas d’être accroché dans un musée ». On entre là dans le débat complexe qui suit le chemin que parcourt la toile depuis l’atelier où elle a été peinte jusqu’à la cimaise que vise son auteur.

Qui va décider et selon quels critères ?

En tant que spectateur, j’ai fait deux expériences récentes, l’une à Montpellier au musée Mo.Co. (Montpellier Contemporain) l’autre au musée Pompidou-Metz.

J’ai évoqué l’exposition consacrée à Suzanne Valadon dans un article publié il y a une semaine. Ce qui peut expliquer le fait que ses toiles ont été depuis le début et sont toujours reconnues comme « tableaux » dans le sens précisé plus haut, c’est qu’elles proposent une représentation « questionnante » du monde, notamment celles des femmes dont un académiste pourrait dire de certaines qu’elles sont mal dessinées, « inexactes ». Même type de problématique que Cézanne qui à mon sens réussit mieux à l’exprimer.  

Le Mo.Co. propose un grand nombre de tableaux d’artistes contemporains (ils ont entre 40 et 50 ans) – je ne connais aucun nom – dont le point commun est le choix du figuratif. Télérama en a fait l’éloge, une des radios que j’écoute aussi. Ce fut, pour moi, un spectacle désolant dans le sens où aucun d’eux ne m’a provoqué une émotion. Je suis resté devant certaines de celles qui dénotent une incontestable maîtrise de la peinture, du dessin, et dont la palette me plaisait : rien. En pensant l’histoire de l’art et de la peinture, je me suis posé sans ménagement la question que je reproduis telle quelle « est-ce que tu ne deviendrais pas un vieux con ? ». Nous étions quatre. Les trois autres ont eu la même appréciation désolée. Un, passe encore, mais quatre en même temps et qui n’hésitent pas à se dire des choses ! Bref, j’ai trouvé l’ensemble triste et je me suis dit qu’il est sans doute l’expression d’une société qui est dans l’impasse, sans utopie ni perspective et qui tourne en rond.  Certaines de ces toiles étaient pour moi des croûtes, mais elles ont été estimées dignes d’être accrochées par une équipe dont je n’ai aucune raison de mettre en cause les compétences et la responsabilité.

Miriam Cahn (74 ans) a choisi comme sujet de sa peinture la dénonciation de la guerre, de la violence sous toutes ses formes, notamment sexuelle, et la manière dont elle l’exprime est à la fois dérangeante par sa violence même et son esthétique : la dénonciation de la violence pose le problème de sa représentation (notamment au cinéma) dont le degré d’ambivalence est sans doute le critère le plus délicat à apprécier, et l’esthétique qu’elle choisit est, je dirais, celle du coup de poing à la fois par son côté « brut » et « enfantin » notamment par le dessin, les formes et les couleurs. De ce point de vue, elle ne laisse pas indifférent et elle n’est jamais dans la complaisance de l’exposé de la violence. Ce qu’elle fait voir, est en quelque sorte l’impact.

– dans quelle mesure l’enfant est-il « innocent » ? Le mot vient du latin nocere (nuire), –in étant la négation : est innocent celui qui ne nuit pas. Par extension, est innocent celui qui ignore le réel de ce qu’est la vie, en particulier sa dureté. L’enfant qui arrache les ailes d’une mouche peut être innocent dans le sens où il ne sait pas ce qu’il fait. Encore faudrait-il se mettre d’accord sur « savoir » et se demander si savoir passe nécessairement par la conscience réfléchie.

Question : en quoi Fuck Abstraction pourrait-il être un non-respect de l’innocence de l’enfant ? Il s’agit d’une hypothèse d’école puisque tout est fait dans l’exposition pour rendre impossible la présence d’un enfant, seul en tout cas, devant le tableau. En quoi le serait-il plus que les tableaux qui représentent les effets de la guerre, les sans-abris, l’explosion nucléaire ? Et en quoi diffère le spot d’Unicef diffusé à une heure de grande écoute à télévision et qui, pour des motifs d’appel à l’aide, montre des images d’enfants africains affamés, malades, couchés sur des lits d’hôpitaux sommaires, ou obligés de travailler dans des conditions insupportables ?

Le tableau concerne le tabou historique de la sexualité et du sexe, mais le tabou de l’adulte. Ce qui fait réagir les associations, ce n’est pas le risque pour l’enfant, mais ce que représente pour ses membres la représentation d’un acte qu’ils ne veulent pas voir : elles ne demandent pas qu’il soit d’accès protégé – ce qui ne pose un problème à personne – mais son décrochage.

Et puis, dans quelle mesure un enfant, accompagné, informé, pourrait-il ne pas voir le réel, notamment dans une expression esthétique ? Quand un parent dit à son enfant de ne pas suivre un inconnu,  sans plus de précision que cette du danger, il ouvre la porte à tous les fantasmes. En quoi sont-ils plus adaptés que l’information précise ? Et est-ce que l’enfant « n’apprend» pas souvent dans la cour de l’école une déformation préjudiciable du réel ?

Est-ce qu’un enfant est innocent, dans les deux sens définis plus haut ?

En-deçà de l’analyse théorique, une plongée dans les souvenirs de notre enfance aidera peut-être à faire la différence entre l’innocence que nous prêtons aux enfants et la réalité du savoir qu’ils ont, selon leur propre mode.

Le problème qui en découle, délicat, est celui du rapport entre le savoir et l’imaginaire créateur.

La croisade morale contre Miriam Cahn

Une des toiles de cette artiste suisse exposées au Palais de Tokyo a suscité des protestations violentes et des demandes de décrochage venant d’associations intégristes et d’extrême-droite,  mais aussi « apolitiques » (Face à l’inceste, notamment) et de la députée socialiste Isabelle Santiago investie dans la défense de l’enfance. Cette toile (on peut la voir sur Internet) intitulée Fuck Abstraction représente deux personnages aux visages flous, dont l’un, puissant, impose une fellation à l’autre, agenouillé, chétif et aux mains entravées. Le tableau a été vandalisé par un ancien élu du FN.

Miriam Cahn explique que ses toiles dénoncent les violences de la guerre dont les violences sexuelles.

Marc Weiztmann avait choisi de traiter de cette question dans son émission Signes des temps (France Culture) du 14/05/2023.

En préambule, une déclaration d’Isabelle Aubry, violée par son père à 6 ans et fondatrice de l’association Face à l’inceste, qui se dit proche d’Arlette Laguiller (Lutte ouvrière). Elle n’a pas vu l’exposition, seulement la vidéo de la députée RN Carole Parmentier qui demande la censure de l’œuvre. Elle explique que cette toile a ravivé ses souffrances et elle demande elle aussi la censure pour, dit-elle, protéger les enfants.

Les autres invités ont tous défendu le droit à l’exposition du tableau et de l’ensemble de l’œuvre dont le musée – est-il précisé – explique aux visiteurs le sens de la violence – les toiles les plus expressives sont exposées dans un espace à l’écart, protégé.

Les tableaux étant exposés dans un lieu où nul n’est obligé de se rendre, ce qui interroge est le fait qu’il soit nécessaire de débattre de cette question.

Autrement dit, cette question est le signe d’une autre question, plus vaste, globale, qui, via la liberté de création, concerne un ordre dont la morale n’est que le masque, celui d’un monde, d’une société et de l’individu dont il faudrait évacuer la problématique humaine, en particulier la violence guerrière et sexuelle dont les œuvres de Miriam Cahn sont une illustration. Cette évacuation est le corollaire du monde fantasmé lisse, homogène et pur dont le RN est aujourd’hui l’expression politicienne la plus remarquable.

Pour le moment, nous ne sommes plus au 19ème siècle, Flaubert et Baudelaire peuvent encore reposer en paix, la justice a rejeté chaque demande de censure et l’œuvre est restée accrochée.

Le jeu de dupes

« Interrogée par « Le Monde », la cheffe de file du RN prend ses distances avec Frédéric Chatillon et Axel Loustau, anciennes figures du GUD (groupe étudiant d’extrême droite violent), qui l’ont accompagnée dans son ascension politique. Et menace de couper définitivement les liens. » (A la Une du Monde – 13/05/2023)

Ma contribution :

Certains commentaires jouent à faire semblant de ne pas comprendre la stratégie et la tactique de la candidate à la présidentielle qui doit gommer ou estomper tout ce qui apparaît comme « extrême »* à des fins électoralistes. Eliminer ses anciens amis devenus gênants n’est pas nouveau. D’autres font remarquer avec l’étonnement de la bonne foi que les manifestants néonazis n’ont rien cassé, eux,  alors que les black blocs ! Comme s’il était pertinent de mettre sur le même plan une forme de nihilisme (je ne parle pas de la récupération ou de l’instrumentalisation) et la référence à un projet politique dont la stratégie et la tactique pour parvenir au pouvoir sont bien connus, ainsi que le degré de « casse légale » auquel il conduit. Plus de deux mille ans après la dénonciation par Socrate du jeu de dupes des tribuns politiques, nous n’avons pas beaucoup avancé.  

* extrait de son interview «  Les gens qui sont des prestataires ou l’ont été [cités plus haut] et qui s’exposent dans des manifestations qui portent des idées radicalement différentes de celles du Rassemblement national, doivent s’attendre à en tirer les conséquences, du moins à ce que le RN en tire. »

Cézanne

Dans La page nécrologique de Philippe Sollers, Le Monde (09/05/2023) publie un extrait de son livre Le paradis de Cézanne, qui se termine ainsi :

« J’aime de nombreux peintres (et beaucoup Picasso), mais aucun ne m’émeut autant, sans raison, que Cézanne. J’essaie chaque fois de comprendre cette émotion détachée, violente. Il me semble qu’il s’agit de l’émotion même de la pensée au-delà de toute représentation. La dévotion religieuse de Picasso et de Matisse à l’égard de Cézanne me paraît normale. « Cézanne, c’est Dieu ». Oui, mais lequel ? Pas un Dieu caché en tout cas. « Proche et difficile à saisir, le dieu » dit Hölderlin. Très proche. Infiniment proche. Et d’autant plus difficile à saisir ».

Il se trouve que la peinture de Paul Cézanne (1839-1906) est celle que je préfère… avec celle de Paul Klee (1879-1940).

Il y a quelques jours, je regardais l’exposition des tableaux de Suzanne Valadon (1865-1938) organisée au centre Pompidou-Metz. Une rétrospective d’autant plus intéressante qu’elle est rare et que Suzanne Valadon est souvent présentée comme « la mère d’Utrillo ». Je ne suis pas sûr qu’Utrillo ait pour définition principale « le fils de Suzanne Valadon ».

Quelques tableaux d’autres peintres enrichissaient l’exposition. Parmi eux, un Cézanne intitulé Nature morte au tiroir ouvert –  on peut le voir sur Internet.

Il y a sur la table une sorte de saladier blanchâtre dont je dirais qu’il est « mal foutu », comme le bocal en verre vide, un cadre ou un miroir posé dans une perspective que je trouve fausse – comme ce qui semble son ombre portée sur le mur – et, de près, comme pour toutes les natures mortes traitant de ce fruit, les pommes ne sont pas des pommes – si vous voulez en voir de « vraies », jetez un coup d’œil – toujours sur Internet – à celles du peintre néerlandais Ambrosius Bosschaert (1573 1621). Mêmes types de « défauts » pour La table de cuisine et Nature morte au crâne. J’ajoute qu’aucune des nappes sur lesquelles peuvent être disposées les pommes n’est imaginable étendue sur une table. Toutes ont des plis et des formes invraisemblables.

J’ai à côté de moi une reproduction du tableau Bords d’une rivière qu’il a peint à la toute fin de sa vie et pour lequel je ferai les mêmes observations.

Alors ?

« Sans raison » dit Sollers qui use donc du dernier recours : « Dieu », avec les cautions de Picasso et Matisse.

Il y a bien une raison. On peut essayer de l’approcher, en s’approchant de la toile, en prenant le pinceau de Cézanne et en tentant de comprendre ce qui conduit la main à peindre de vagues traits verticaux, comme des rainures, non sur les pommes, mais à représenter les pommes par ces espaces ainsi délimités qui n’existent pas quand il s’agit de pommes. De près, c’est tout sauf une structure de pommes, et pourtant, ce sont des pommes, mais pas des vraies, pas de celles qui incitent à les prendre pour les croquer.

Là, est pour moi, la force de la peinture de Cézanne qui donne à voir autre chose que ce qui est montré, autrement dit le réel, objectif, transcendé par l’esthétique, qui sollicite notre émotion non par du dessin mais par la touche de peinture qui est à l’objet représenté ce que la molécule et l’atome sont à la matière qui nous constitue et constitue le monde.

Il ne s’agit donc pas de l’intellectualisme du « Ceci n’est pas une pipe » de Magritte (on la fumerait, sa pipe), ni de l’abstraction représentée, figurée, pour ainsi dire dessinée (Braque,  Picasso).

Regarder un tableau de Cézanne c’est être sur le fil entre la composition et la décomposition du monde, sans que l’on sache si l’on est dans le processus de l’une ou de l’autre. Autrement dit, on est dans les deux.

Klee offre le même type de contemplation infinie sur un mode différent ; je pense surtout à Chemin principal et chemins latéraux, Chat et l’oiseau, Ad Parnassum etc.

Voilà ma raison.

Le journal Le Monde et sa censure

Le 04/05/2023, j’ai envoyé au Monde, ce commentaire à un article publié le même jour sur « les départ massifs » de l’église catholique allemande  – les lecteurs du blog n’en seront pas surpris ;

« Les deux paradis de contournement sont obsolètes : celui de l’au-delà de compensation et celui de l’ici des lendemains qui chantent. L’un et l’autre sont apparus pour ce qu’ils sont : des dénis de la spécificité de la conscience que nous avons de notre mort et le transfert du fantasme d’immortalité dans l’objet. L’équation capitaliste (être=avoir+) intrinsèque de cette conscience conduit donc à l’accumulation/collection qui entretient le fantasme « plus j’ai, plus je suis, moins je meurs ». S’agissant de la richesse, il est intéressant de noter la contradiction théoriquement majeure entre son accumulation (par l’église, les milliardaires croyants) et sa condamnation radicale par l’évangile (cf. le chameau et le trou de l’aiguille). »

Il a d’abord été censuré – la censure n’est pas annoncée par le journal, elle est repérable à l’indication que nul commentaire n’a été envoyé.

J’ai demandé pourquoi. Il m’a été répondu le 8 : « Notre système ayant détecté un ensemble de mots-clés sensibles dans votre commentaire, l’a mis par précaution en attente d’une seconde vérification humaine. Votre commentaire étant tout à fait conforme à notre charte, nous vous confirmons qu’il a été remis en ligne. »

J’ai demandé quels pouvaient être ces « mots-clés » sensibles que j’avais du mal à repérer et j’ai précisé que j’envoyais cette explication dans l’onglet « répondre » qui permet de compléter la seule contribution autorisée. J’ai constaté qu’elle était publiée – le système n’ayant pas repéré de mots-clés sensible – avant qu’elle ne soit supprimée quelques minutes plus tard, donc par quelqu’un.

Pour illustrer l’absurdité du «système » chargé de repérer les « mots-clés sensibles », voici ce court commentaire que j’avais envoyé concernant le couronnement du roi anglais qui a suscité de nombreuses réactions.

« Sur les photos, on voit le roi, la reine, des princes et des princesses, des carrosses et des chevaux, mais on ne voit pas de bergères. Pas de citrouille non plus. Elles sont dans les histoires inventées pour les enfants parce que les enfants ne meurent jamais. »

Il avait été lui aussi censuré avant d’être publié, après ma demande d’explication.

Il y a une distorsion entre le peu d’impact des commentaires,  le « système » qui ajoute de la déshumanisation et la censure par l’homme qui, compte tenu de ce peu d’impact, est à la fois ridicule et pathétique.

S’agissant de ce journal et de ce qu’il représente, ce n’est pas sans importance.

Transgenre au Montana (USA) et ici (France)

La Une du Monde (04/05/2020) publie un article sur le rejet de Zooey Zephyr, élue démocrate, par les républicains.

« A plusieurs reprises, lors des débats, elle critique la volonté des républicains de voter une loi interdisant de délivrer aux mineurs transgenres des traitements hormonaux pour assurer leur transition. « La prochaine fois (…) que vous inclinerez votre tête pour prier, j’espère que vous verrez le sang sur vos mains », leur lance-t-elle, le 18 avril, affirmant que ce genre de lois pousse les personnes transgenres à se suicider, études à l’appui. En représailles, un groupe de vingt-et-un républicains signe une lettre réclamant la « censure » de l’élue. Dans ce document, ils se réfèrent à elle en utilisant un pronom masculin la mégenrant ostensiblement. Dans un communiqué, elle explique que le Parlement « refuse de [l]’autoriser à [s]’exprimer sur tout projet de loi jusqu’à la fin de la session législative », à moins qu’elle ne s’excuse. L’élue dénonce une « décision fondamentalement antidémocratique » des républicains, destinée à garantir « le silence alors qu’ils suppriment les droits des habitants transgenres et homosexuels du Montana ».

Quelques réactions représentant la tendance dominante des contributeurs.

« Autoriser et rendre accessible ce que l’on nomme « transition de genre » aux mineurs est un aberration majeure. Le genre ne se construit physiquement et psychologiquement qu’a partir de l’adolescence. Alors poser la question pour des enfants revient à les faire se conformer au déterminisme familial.
Pour une fois, je serais plutôt d’accord avec les élus du Montana. Mais le Wokisme ambiant va les faire passer pour des vieux réacs fascisants.
Et si c’était les autres qui sont des barbares ? La vérité n’appartient pas forcément à ceux qui font le plus de bruit
. »

« Sachant que le genre déclaré par l’individu selon sa propre volonté, et non décidé par la nature, cette volonté peut aussi évoluer, par nature aussi.
Voilà qui nous mènerait sur une voie bien peu raisonnable au sens philosophique. Mais bon, on aura tout vu.
 »

« Quelle est la différence entre une enceinte parlementaire et une parlementaire enceinte ? »

« Cet homme est assez jolie. »

« Le problème de ce genre d’article essentiellement militant (où est passée la fameuse « objectivité », dont le Monde se targuait naguère ? ), c’est qu’il s’assoit superbement sur la souffrance des (présumés) « transgenres », et, tout à son militantisme, fait comme si le bistouri et les hormones allaient la faire disparaître. Il est vrai que pour beaucoup de « transgenre' » en analyse, le mot d’ordre est souvent : RAS… débarrassez-moi de ces organes intempestifs que je ne saurais voir et tout ira bien… . Mais quand un journaliste interviewe un grand délirant (même sympathique), doit-il forcément entrer sans distance dans son délire ? »

Ma contribution

Les critiques hostiles à la démarche de cette personne mettent en avant les conséquences du changement de genre. Elles oublient seulement le nombre de ceux qui vivent mal le leur, « naturel », et dont le malheur n’est pas relié à ce qu’ils vivent comme une inadéquation parce que nous en sommes encore à confondre sexe et sexualité. Si tout était pour le mieux dans le meilleur des monde de la sexualité, de la procréation et de l’éducation dans la famille traditionnelle, l’ironie et l’humour, ici obscènes, et les grands principes de la morale traditionnelle pourraient être audibles, mais qu’ils poussent la porte des centres où se réfugie et se soigne la misère humaine pour un peu plus de retenue.

Le massacre de l’école publique*

A*** est une élève de première, en section abibac (préparation simultanée du baccalauréat français et de l’Abitur, son équivalent allemand. Ses résultats (une moyenne générale proche du 17/20 – félicitations unanimes) témoignent de son investissement.

Avant les vacances de printemps (15/04 >02/05) l’enseignante professeur de français de sa classe a donné comme travail, et sans présentation de l’auteur et de l’œuvre,

1 – la lecture de Les fleurs du mal de Charles Baudelaire – 133 poèmes

2 – une dissertation sur un des quatre thèmes concernant la notion de modernité, (la laideur esthétique, la femme inquiétante…) à partir de 4 poèmes que chaque élève devait choisir.

Demander à des adolescents de lire, seuls, à la suite, les 133 poèmes de l’œuvre est à peu près aussi intelligent que les envoyer visiter la totalité du Louvre en une journée.

En face d’une décision d’une telle invraisemblance qu’elle frappe de vanité toute critique – comment argumenter contre un n’importe quoi venant de quelqu’un dont le travail est censé contribuer à s’en préserver – j’hésite, après avoir écarté le moment d’égarement, entre l’irresponsabilité et la prétention niaise.

L***, la sœur d’A*** est en seconde. Son bulletin scolaire (moyenne générale proche de 16/20 – mêmes félicitations) témoigne des mêmes capacités et du même investissement.

Une seconde de 36 élèves entassés dans une salle minuscule – toutes les tables sont collées les unes aux autres – dont les murs et le plafond sont peints en vert pomme.  

Même si les professeurs ont leur part de responsabilité, les conditions matérielles ont contribué à rendre la plupart des cours sinon impossibles, du moins très difficiles.

E***, le frère d’A*** et L*** est en 5ème.  Sa moyenne générale dépasse 17/20 et lui aussi est félicité par le conseil de classe. C’est un garçon très mûr, intéressé par le questionnement – il a lu des livres de philosophie adaptés à son âge – en particulier celui de l’objet en tant que signe et il envisage d’être designer.

Il explique, calmement, qu’il n’aime pas l’école.

Ses deux sœurs non plus.

L*** est leur cousin. Il est en première dans une académie différente. Ses résultats sont au même niveau et lui aussi a reçu les félicitations du conseil de classe. Comme A***, il passera les épreuves de français du baccalauréat en juin.

Le problème auquel il est confronté n’est pas celui de sa cousine, mais tout aussi invraisemblable :  son professeur de français est absent depuis deux mois et n’a pas été/ne sera pas remplacé.

Il se trouve que ces quatre adolescents « bénéficient » d’un environnement affectif, culturel, matériel qui leur permet de ne pas être trop affectés par l’obsolescence du « discours d’enseignement » de plus en plus déconnecté du vivant (cf. les articles concernant l’enseignement de la grammaire – 28/03/2023).

Mais ceux qui n’ont pas le même « bénéfice » ?

Je n’insiste pas sur la recrudescence des dépressions, des comportements délétères, des décrochages scolaires…

Comme illustration de cette déconnexion, et en relation avec celle dont témoigne la pédagogie de l’auto-apprentissage des Fleurs du mal, l’épreuve orale de français minutée comme une recette de cuisine et qui, dans le droit fil de l’enseignement de la littérature déconnecté du vivant des écrivains et des élèves, s’adresse à tout sauf à l’intelligence et incite à trouver les trucs pour dire ce que les examinateurs ont envie d’entendre.

Et dans le même temps, dans le port du Havre, M. Le Pen, après avoir rappelé que Jeanne d’Arc « reste la sainte patronne de la France », tient un discours dont la teneur et les mots basculent dans une régression de plus en plus affirmée : « Pour « cette fête du travail et de la patrie », elle a adressé un « salut déférent à la France laborieuse et studieuse » et a enchaîné sur le déclin de cette grande et belle nation, avec l’impression « de ne plus connaître notre pays, qui était celui de l’élégance et du raffinement » et, bien sûr, « de n’être plus chez nous » (A la Une du Monde – 02/05/2023)

Ah, j’allais oublier : Emmanuel Macron n’a pas dit un mot sur Louise Michel alors qu’il était dans le collège qui porte son nom. (cf. article 19/04/2023)

* Le massacre de l’école publique : l’analyse grammaticale dira que « l’école publique » complète le sens de « le massacre » de deux manières possibles : soit le massacre dont est victime l’école (des élèves et, dans une certaine mesure, des professeurs) ou le massacre dont l’école (l’institution que définit le discours d’enseignement) est l’auteur.