La violence de Gérald Darmanin

« Quand j’entends le mot violences policières, personnellement, je m’étouffe » (Gérald Darmanin – 28 juillet 2020)

La signification politicienne de cette déclaration obscène et provocante (« étouffer ») est claire : se réconcilier avec la police dont la majorité vote pour le FN/RN.

Politiquement : la référence à Max Weber, économiste et sociologue allemand (1864 – 1920) est – au-delà de la malhonnêteté intellectuelle –  plus intéressante.

Elle concerne la question de la violence.

La violence est un degré de la force : les forces – et non les violences – de l’ordre.

Deux domaines : physique et idéologique.

–  la nécessité de la force physique (pour interpeller des délinquants) sert d’explication (surtout par ceux qui nient le « racisme endémique de la police » –  ce qu’affirme, ce 30 juillet sur France Culture, un commandant de police) à ce qui est appelé par le ministre « violence légitime ».

On est là dans la tautologie : la police légitime utilise la force physique parce que la force physique est constitutive de la police légitime.

– cette tautologie est une des armes de l’idéologie dont le rôle est de justifier un type de rapport de forces et de violences.

On  le sait depuis longtemps, le système  qui régit les sociétés (aujourd’hui, le capitalisme)  fonctionne dans des rapports de forces économiques et sociaux. La violence fait partie du quotidien que connaissent très bien par exemple, ceux qui apprennent qu’ils vont être licenciés, que leur entreprise va fermer, que leurs cadences de travail vont changer, que leurs salaires n’augmenteront pas, que des lits d’hôpitaux seront supprimés, etc.  

La police est conçue, d’abord, pour maintenir cet « ordre » et elle devient donc « légitime » (= instituée par la loi, donc relative, et non comme veut le faire entendre le ministre voulue par le bon sens évident, donc absolue). C’est ce qu’explique, entre autres, Max Weber.

Quand cet ordre ne va plus de soi, c’est-à-dire quand ce qui le constitue – les « valeurs » de référence : égalité, emploi, sécurité… – ne permet pas ou plus de rendre la vie « possible » (conditions matérielles/pensée), émergent alors des forces sociales qui le contestent et par des mots et par des actes.

Cette violence est dans un premier temps historique illégitime – la police, voire l’armée,  tirent sur les grévistes et les manifestants, arrêtent les penseurs de la révolte – avant que ne soient définis des degrés « légitimes » de contestation (droit de grève et de manifestation) sous certaines conditions.

Vus sous cet angle, les propos du ministre sont de l’ordre de la régression.

Un des signes de la peur ambiante.

2 commentaires sur « La violence de Gérald Darmanin »

  1. “Quand j’entends le mot ‘violences policières’, personnellement, je m’étouffe”…
    « J’étouffe », c’est précisément l’expression qu’a répétée le livreur Cédric Chouviat avant de mourir après son interpellation musclée par la police.
    Traduction en anglais : “I can’t breathe!“

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :