Réécrire l’histoire ?

Dans les unes du Monde numérique du 9 août, un article : « La traite négrière, un passé occulté par les entreprises françaises ». Entre autres, Axa, Banque de France, Marie Brizard.

Les responsables actuels de ces entreprises se défendent d’être responsables du passé.

Ils ont évidemment raison.

Mais, personne ne les accusant,  pourquoi ont-ils besoin de le préciser ?

Et qu’est-ce qui justifie la pertinence d’un tel article, après plus de deux siècles ?

Comme dans l’affaire des statues (cf. l’article sur Colbert), l’argument de ceux qui invoquent l’absurdité d’une réécriture de l’histoire est une échappatoire.

L’article comme la réaction qu’il suscite sont les signes d’autre chose.

Il ne s’agit certes pas (sauf dans le cas particulier d’une découverte de documents ignorés) de réécrire des événements, des faits, ni les relations entre eux. Ce dont il s’agit, c’est non seulement de rappeler un discours historique mais encore de l’expliquer.

Et pourquoi ?

Est-ce parce qu’il a permis, justifié, un comportement, des actes, à l’époque considérés comme « normaux », aujourd’hui inappropriés, injustes, inadmissibles ?

Mais à l’époque, il y avait des voix qui s’élevaient contre ces pratiques et ces discours.

Quelles voix ?

Celles, « totales », ultra-minoritaires, des opposants à l’esclavage (Victor Schoelcher, par exemple) et celles « partielles » de ceux qui ne l’étaient pas (pour des questions économiques) mais qui éprouvaient, disons des doutes philosophiques (Montesquieu, donc).

Ces contradictions – externes et internes – signifient un invariant, disons un discours permanent, plus ou moins exprimable, plus ou moins audible. Quelque chose comme le « daïmôn » (démon) de Socrate, cette voix intérieure qui, disait-il, se manifestait en lui quand ce qu’il allait faire ou dire ne convenait pas ?

En d’autres termes, qu’est-ce qui permet d’expliquer que  les voix « totales » ultra-minoritaires sont peu à peu devenues majoritaires ?

Je dirais que ce qui a évolué, c’est la perception et la préoccupation du commun spécifique de l’espèce humaine, qui est cet invariant.

Le développement commercial et industriel, à partir du 18ème siècle, a révélé de manière nouvelle la nature du rapport entre ce commun et l’objet, en d’autres termes ce dont était capable l’être humain pour accumuler les richesses et les biens, et tenter ainsi d’exorciser, de fuir, le discours auquel l’oblige la conscience qu’il a de sa fin.

C’est la naissance de cette démesure, via l’esclavage, qui peut expliquer les voix, totales et partielles, qui s’exprimeront dans d’autres tonalités quand le capitalisme exploitera les ouvriers.

La démesure atteint aujourd’hui des degrés qui mettent en cause les conditions de vie même de l’espèce.

C’est elle, la démesure, qui peut expliquer, à l’occasion d’événements ponctuels, surtout s’ils sont récurrents (violences racistes), le réveil des voix anciennes partielles qui ne sont pas adéquates et se trompent de cible… comme elles se trompaient au 18ème  siècle.

Les démesures ne sont que les épiphénomènes propres à susciter des discours inadéquats quand ils sont considérés comme des causes en soi.

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