L’objet particulier de la campagne électorale (1)

Une campagne électorale – on ne dit pas campagne « politique » –  est un affront consenti à l’intelligence et à la raison.

Non parce qu’elle se sert d’affects (ceux que visent à provoquer l’enveloppe lyrique et le contenu exacerbé des critiques et des promesses), mais parce que le candidat et l’électeur jouent, de connivence, à faire semblant de croire que ces affects sont une rationalité.

Les enregistrements des campagnes antérieures révèlent, durement parfois, les procédés de ce jeu devenu, avec le temps, burlesque, sinon affligeant.

Ce qui la rend possible et audible dans le temps où elle se déroule, est l’insatisfaction chronique de notre condition ramenée ici à son expression infantile et traitée comme telle.

A la demande Je veux tout et tout de suite et je veux entendre que c’est possible répondent entre autres, Yes we can (B. Obama), Ensemble tout est possible (N. Sarkozy) Le changement c’est maintenant (F. Hollande),  La France doit être une chance pour tous (E. Macron).

Tel est le dialogue de type  enfant / parent, sous la forme caricaturale, entre ceux qui veulent plus d’ « objets » et celui qui veut plus de pouvoir, les uns et les autres déterminés par l’équation capitaliste commune.

Cette parenthèse de quelques semaines du « tout est possible » pour une métamorphose magique du réel, autrement dit ce moment de régression infantile nécessaire à ce qu’on appelle « expression démocratique du suffrage universel » repose sur la même  confusion entre population (lieu des affections) et peuple (lieu de la pensée politique). Le pouvoir héréditaire et la dictature en diffèrent en ce sens qu’ils veulent asseoir cette régression dans la durée sinon l’immortalité.

Les meetings (les plus remarquables sont ceux des E.U.) réunissent les partisans/croyants pour un moment de transcendance de pacotille. En  2017, E. Macron avait endommagé ses cordes vocales en hurlant d’absurdes « en même temps » qui avaient soulevé un enthousiasme (littéralement = être sous l’emprise d’un dieu) qui confinait au délire collectif. Avait-il fini par se convaincre  lui-même qu’il était, sinon un dieu, du moins un héros (état intermédiaire entre les hommes et les dieux, comme Héraclès / Hercule) capable de réaliser un treizième « travail » ?   

L’inéluctable déception post-électorale n’est pas due comme on le dit à la confrontation de l’exercice du pouvoir au réel, mais à cette confusion initiale ainsi jouée.

L’élection passée, l’élu et son adversaire battu jouent alors le jeu de l’apparence de la dialectique : le premier utilise le registre de l’adulte raisonnable raisonnant pour un possible d’où est exclu le tout et présenté désormais comme le seul réel aménageable à la marge, l’autre celui de la contestation de ce possible dans lequel il va tenter de réintroduire progressivement le tout qui sera repris par tous les candidats, chacun selon ses talents, cinq ans plus tard.

Tel est, en gros, le scénario de la campagne électorale qui, en période « normale », met en jeu les acteurs des partis politiques.

Il en va tout autrement en période de dépression.

Ce qui est le cas aujourd’hui.

Depuis une cinquantaine d’années, le FN/RN est en France l’expression, non de l’insatisfaction chronique évoquée, mais ce qui la sous-tend, à savoir la peur infantile, que régule et canalise, habituellement, le temps mesuré de la campagne électorale.

Son discours est inaudible en période « normale » (J-M LP obtint moins de 1% en 1974), autrement dit quand l’ « avoir plus » apporte une réponse acceptable en ce sens qu’elle est perçue dans le contingent : l’« avoir plus » peut apparaître comme un leurre existentiel, mais il est recevable dans la mesure où l’alternative (socialiste/communiste) ou l’idée même de cette alternative lui est substituable, même si elle est objet de rejet.

Il devient plus audible lorsque cette alternative s’estompe ou a disparu (depuis la fin des années 80) parce que l’individu et la société se retrouvent confrontés sans filtre ni outils de substitution à l’angoisse (physique) et à la peur (psychique) propres à la spécificité humaine. La disparition du contingent (= le capitalisme pour toujours) ouvre l’immensité effrayante d’un absolu horizontal amputé de la verticalité des transcendances historiques.

Si la prestation de Marine Le Pen lors du débat de 2017 ne l’a pas éliminée du champ électoral – tous les sondages disent qu’elle sera présente au deuxième tour en 2022, certains annoncent même qu’elle remportera le premier – c’est parce que ce qu’elle représente n’est pas de l’ordre du jeu de confusion joué pendant le temps de la campagne,  mais qu’il est l’expression  de l’invariant humain permanent de la peur et de l’angoisse.

Elle peut/doit donc reprendre les mêmes thèmes (incompétence, insécurité, immigration, identité) susceptibles de le focaliser en tentant de ne pas le pervertir par des assertions perçues comme des aggravations de la dépression : elle ne proposera donc plus de rétablir le franc ni, directement, de quitter l’Europe, mais elle mettra en évidence la faiblesse de la solidarité européenne pour relancer l’idée que, nous, les Français serions bien mieux « entre nous et chez nous » avec des frontières fermées pour nous protéger des virus biologiques et migratoires.

L’écologie servira – non sans les difficultés liées à la récupération d’un problème absent du discours fondamental –  à capter la part d’angoisse et de peur liée à la mutation climatique dont elle dénoncera l’insuffisance des réponses.

Dire, comme certains commentateurs, qu’elle s’est lancée trop tôt dans la campagne des présidentielles, c’est ne pas voir que le FN/RN est, par définition, en-dehors du champ de ce jeu.

Son seul obstacle est elle-même, à savoir ne pas apparaître, dans le jeu de la campagne qui est étranger à ce qu’elle représente plus ou moins consciemment, comme une aggravation de la peur et de l’angoisse. Ce qu’elle n’a pas réussi en 2017.

(à suivre)

Accord, contrainte : la question du choix

1° Samedi 27.03.2021, Chloé Cambreling recevait dans son émission Les matins du samedi (France Culture) le dessinateur Plantu. Un des objets de la discussion fut la censure opérée par Canal+ dans le film de Marie Portolano (journaliste de la chaîne) sur le sexisme dont sont victimes les journalistes dans le milieu du sport, en particulier sur cette chaîne. Le passage censuré concerne le journaliste Pierre Ménès (voir ci-dessous*).

Plantu souligna une contradiction dans le comportement de la direction de C+ en précisant qu’elle l’étonnait  : Vincent Bolloré, le patron de la chaîne, avait accepté le tournage du documentaire dont il savait qu’il allait forcément faire apparaître des comportements contestables de certains journalistes ; la censure a donc mis en évidence des faits et des paroles qui, dit-il, seraient sans doute restés plus anecdotiques alors qu’ils font désormais la Une des médias. L’autre invitée, la journaliste Isabelle Robert ajouta que la chaîne s’était effectivement « tiré une balle dans le pied ».

L’énigme apparente de cette contradiction repose sur l’opinion que C+ a été d’accord pour le tournage du documentaire : Plantu dit que c’est bien que la chaîne ait accepté, que c’est tout à son honneur.

Que devient l’énigme si on substitue à l’accord,  la contrainte ?

Autrement dit : C+ n’a pas envie d’un tel documentaire, il n’est pas d’accord, mais il ne peut pas refuser à cause du niveau de contestation du comportement machiste. Il dit oui parce qu’il ne peut dire non (ce qui équivaudrait à  révéler qu’il veut cacher quelque chose), ce n’est donc pas de l’ordre du choix, mais de la contrainte : il a plus à perdre qu’à gagner, comme on dit. La fameuse balance bénéfices/risques. La suite est donc cohérente : faire ce dont on n’a pas envie conduit à des errements, des gestes dits « manqués », des incohérences. Autrement dit encore : C+ n’a pas résolu la contradiction première entre un comportement et le déni de la nécessité d’une éthique, ce qui produit des effets qui n’en sont que des expressions, en l’occurrence cette contradiction seconde qui ne fait que révéler l’absence de choix.

*Le passage censuré contient l’interview du journaliste dans le temps où se sont produits les comportements qui le mettent en cause (1) et son appréciation, aujourd’hui, de son discours d’alors (2)

(1) «Ce n’est pas un smack qui va te salir, il faut se calmer. Tout ça, c’est ce que je ne supporte plus aujourd’hui. Si tu ne peux plus faire un bisou sur la bouche d’une copine… Au secours! Image dévastatrice ? Là aussi il faut avoir conscience de ce qu’on dit. Elle ne m’en a jamais parlé.»

(2) «Je ne comprends pas que tu juges un truc d’il y a dix ans à l’aune de ce que te dicte la société d’aujourd’hui, je trouve ça malhonnête. Je regrette sa réaction, je suis même assez choqué.»

Le discours du journaliste rejoint celui qui a conduit la chaîne à la contrainte puis à la censure : il n’y est pas question d’éthique, donc de choix. Que les affects émanant d’une époque (rapport homme/femme) soient subis n’est pas objet de questionnement ni pour l’un ni pour l’autre, comme si le fait qu’ils soient vécus passivement (lever la jupe d’une collègue ou l’embrasser sur la bouche est induit par un indiscutable) était une nécessité qui abolit la liberté et la responsabilité.

2° Toujours sur France Culture, Manou Farine recevait dans son émission La compagnie des poètes (vendredi 26.03.2021), l’universitaire Maxime Decout pour son livre Eloge du mauvais lecteur.

Il explique notamment l’importance particulière de la lecture au 19ème siècle, en particulier le besoin d’identification du lecteur aux personnages des romans ainsi que le nombre important de suicides (cf. le bovarysme), liés notamment, selon lui, à la lecture de Les souffrances du jeune Werther de Goethe. Autrement dit, il établit un lien de causalité entre le livre et le développement de l’acte.

Se pose, là encore, la question du choix, derrière le parti pris d’analyse. Comment concevoir que quelqu’un se suicide à cause d’un livre ? Cette question en appelle une autre : pourquoi un tel besoin d’identification des lecteurs ?

Que donne le renversement du rapport de causalité, donc si je dis : les raisons qui conduisent Goethe à écrire ce livre et nombre de lecteurs à se suicider ne sont pas des causes en soi, mais, essentiellement, les expressions d’une période de désarroi : celle qui suit la longue période monarchique où le sens de l’existence est donné par le roi/Dieu pendant laquelle l’existence du « je » est liée à leur autorité et son expression sacrilège. La Révolution qui renverse le rapport essence/existence a pour effet de confronter l’individu et la société qui en émergent  à la question du rapport existence/essence avec son corollaire de déstabilisation qui peut être abyssale.

Ainsi – ce n’est pas un scoop –  le contenu du livre ne serait pas le seul produit de l’imaginaire pur de l’écrivain – ce que rappelle l’histoire littéraire –  et il ne serait donc pas une cause de suicide mais le catalyseur d’une situation. (cf. Chateaubriand et le mouvement dit romantique)

La différence entre les deux types d’analyse touche à la question de la liberté.

Il n’est pas impossible que nous vivions une situation analogue.

Dans les deux événements (pour le journaliste et la chaîne dans le premier, pour l’auteur et les lecteurs dans le second), est posée la question de l’éthique,  c’est-à-dire celle du mode de vie, donc du choix de ce que signifie, pour l’être humain, être.

Van Gogh et les enchères + complément

« Un tableau de Van Gogh vendu 13 millions d’euros après une « folle enchère » à Paris. « Scènes de rue à Montmartre », peint en 1887, était un des rares Van Gogh encore en mains privées, et n’avait même jamais été exposé au public. »

Ma contribution :

Combien de kilos de pommes de terre Van Gogh aurait-il pu donner à éplucher à ses mangeurs affamés en échange de ces 13 millions ? Un gros tas de tubercules terreux à côté du tableau pourrait être le sujet d’une composition autre… Surréaliste, dites-vous ? D’autant que si la signature était autre (ce qu’elle serait, à en croire certains incrédules), le tas serait nettement moindre. Hum… à propos de démesure, d’offre et de demande, tout ça, mais ça n’a peut-être rien à voir… encore que. Ce matin, sur F.Culture, Hervé Juvin – élu RN et proche de M. Le Pen – se présentait avec une grande conviction comme un adversaire résolu de l’hyper capitalisme. Comme le journaliste lui rappelait qu’il détenait des actions de Total, Royal Dutch, Amazon et Microsoft, il expliqua qu’il vaut mieux être dans ces monstres capitalistes qu’en-dehors, pour savoir ce qu’il s’y passe. Non, il n’a pas parlé de profit. Du prix du tableau de Van Gogh non plus. Je vous le disais, ça n’a pas de… rapport.

Une réponse :

« Simple comme bonjour, J-P. Je vous ai dégoté près de chez moi en moyenne/grande surface des pommes de terre Agata (modeste variété passe-partout née aux Pays-Bas, ce qui tombe bien) vendues en filets de 5 kg, le filet 5,95 €. Soit 1,19 € le kg. Disposant d’un budget 13 millions d’euros nous pouvons donc nous permettre d’acquérir 10 924 369, 747899159664 kg de ces tubercules. Soit un toutou petit peu en gros 11 000 tonnes (je dis bien onze mille). Prévoir au moins deux solides brouettes : ça nous fait tout de même 2 184 873 filets (je dis bien deux millions cent quatre-vingt-quatre mille huit cent soixante-treize »

La mienne :

Ah, quand même ! Vous êtes sûr que deux brouettes suffiront, même solides ? Votre texte lu, je suis allé voir de près le tableau, non pas celui-ci, celui des mangeurs, non pas à Amsterdam, sur Internet… Entre nous, quelles truffes il leur a faites ! Je le dis sans méchanceté, d’autant que truffe peut signifier… Enfin, bon.  Donc, les pommes de terre sont, dans une assiette/plat sur la gauche, coupées en petits morceaux. Alors, si vous avez encore votre calculette, pourriez-vous calculer, approximativement, le temps qu’il faudrait pour éplucher et  couper à la main les 11000 tonnes que vous dites – à l’époque, eh non, ! il n’y a pas de machine à débiter les p.d.t. Pourquoi cette demande, me demanderez-vous ? Eh bien, le temps étant de l’argent (curieuse, cette identité métaphysique), et ma contribution étant ce qu’elle est  – oui, toute chose est toujours ce qu’elle est, et inversement – il faut bien retomber sur ses pieds. Quand même, quelles truffes !

Sa réponse

« Bon ! 10 924,36 tonnes. Disons – ça nous arrange bien – que nous avons affaire à de belles Agatas de pile 200 grammes. Ça nous fait 54 621 845 individus (je dis bien cinquante-quatre millions six cent vingt et un mille huit cent quarante-cinq patates). Disons que le traitement (éplucher et débiter grossièrement) d’une pomme de terre prend 30 secondes – encore un heureux hasard. La gamine de dos sera donc venue à bout du truc après 27 310 922,5 minutes (je dis bien vingt-sept millions etc.) de labeur ininterrompu. Brave petite. 18 966 jours. Soit grosso modo 51,9 années. Il sera alors bien temps de songer à se mettre à table. À propos… quelle calculette ? »

Et la (dernière) mienne

 Heureusement que j’avais dit « approximativement » ! Je n’ose imaginer si j’avais dit « précisément » ! Oui, parce que les 30 secondes,  j’ai vérifié, d’accord, ce n’était pas une agata (il n’y a pas de « h » après le « t » ? Non ? Parce qu’agatha en grec, mais bon), mais une bintje, alors le grain et l’épaisseur de la peau, oui, ça peut jouer. Bref, j’en étais rendu à 32,03 secondes/patate (je dis bien trente-deux virgule zéro trois)  et multiplié par… bon, enfin. Quoi qu’il en soit, merci infiniment (je dis bien infiniment) pour ces calculs, d’autant plus qu’ils n’ont pas été effectués sur… Ah oui, une calculette : eh bien,  c’est comme un boulier, voyez, sauf qu’on appuie au lieu de pousser. Sinon c’est pareil. Approximativement. Le boulier, vous vous rappelez, c’est quand on est petit et  que…. Non quand on était petit, parce qu’aujourd’hui… Mais bon… Voilà j’arrive au bout, presque plus de caractères restants. Ah, les limitations, ça met les boules ! Oh, ce n’était pas calculé.

Procès Floyd : la question des jurés

« Affaire Floyd : un jury de citoyens ordinaires et divers face à l’enjeu d’un procès symbolique. Le processus de sélection du jury, qui siégera au procès du policier accusé du meurtre de George Floyd, s’est achevé mardi 23 mars. Il a mis en lumière la difficulté du tribunal à identifier des citoyens capables d’occulter leurs convictions personnelles dans cette affaire connue de tous (…)  Il reviendra à 9 femmes et 6 hommes – 9 Blancs, 4 Noirs, 2 métisses de tous âges – de déterminer la culpabilité ou non de l’accusé. Alors que la population de la ville est aux deux-tiers blanche, la diversité ethnique du jury n’est pas anodine dans une affaire marquée par les questions raciales dans la police et le système judiciaire. » (A la Une du Monde – 25.03.2021)

Une réaction :

« Quatre noirs dans ce jury, n’est-ce pas une très forte surreprésentation au regard des 12% d’afro-américains dans la démographie américaine ? La tyrannie des minorités conduit à réinventer de toute pièce la visibilité sociale, y compris dans cette société en miniature qu’est un jury. »

Ma réponse, qui n’est pas sans quelque provocation :

Voulez-vous dire que le vote d’un juré noir sera prioritairement déterminé par la couleur de sa peau ? Donc pour la culpabilité du policier ? Les métis aussi ? Si c’est bien cela, étendez-vous l’argument aux blancs qui voteront contre parce qu’ils sont blancs ? Ce qui revient à dire que la non culpabilité est acquise d’avance ? Ou que les non-noirs sont plus à même d’être objectifs que les gens de couleurs ? Si vous avez raison (l’appartenance à une « catégorie » primerait sur l’analyse et le jugement), cela signifie-t-il qu’il y a effectivement un problème « racial » aux USA qui expliquerait pour une part le mouvement woke ? Est-ce bien cette analyse qui sous-tend votre remarque ?

« Covid-19 : Fiasco du débat à l’Assemblée Nationale »… avec complément

« Une vingtaine d’élus seulement ont confronté, mercredi, le ministre de la santé, Olivier Véran, à une série de questions sur « la troisième voie », l’instauration d’un futur passeport sanitaire et la lenteur de la campagne de vaccination. » (A la Une – Le Monde – 25.03.2021)

Deux contributions :

« Triste à voir. Que la gestion d’une crise sanitaire ne puisse pas se faire en ergotant sans fin dans des débats stériles où le but principal est de s’opposer pour exister, admettons. Mais qu’on n’arrive pas à lever l’opacité des conseils de défense et à avoir à la sortie un retour clair sur les paramètres pris en compte et leurs poids respectifs, ça c’est insupportable. Il ne doit pas y avoir des tonnes de scénarios pour s’en sortir, si déjà on pouvait en confronter quelques-uns (tous prenant en compte tous les paramètres), ce serait pas mal. Ce qui implique de collaborer de tous bords dans un esprit constructif, mais c’est un doux rêve, manifestement. »

« La crise a mis la démocratie en piètre état. Si aucun député n’avait été présent, l’image aurait été encore plus parlante. »

La mienne

Objets possibles du débat relatif à la démocratie :
1° le fait que l’écrasante majorité des contributeurs choisissent l’anonymat – ce qui conduit à s’interroger sur la conception de la responsabilité et sur la critique adressée aux élus dont l’absence est souvent dénoncée. L’absence physique n’est-elle pas un peu comme l’absence de nom ? Hum… Que le journal l’autorise est un élément de la question.

2° la stratégie de lutte anti-covid reposant sur la vaccination dont nous ne maîtrisons ni la fabrication ni l’approvisionnement, il serait peut-être souhaitable de débattre de la nécessité de développer la coopération scientifique entre les Etats, in fine du rapport privé/commun dont la prise en compte (du commun) est, sur cette question majeure, et sur d’autres, déterminée par des intérêts privés.
3° sur le fait que le 1° ne va pas susciter une approbation enthousiaste ni générale et un grand nombre d’arguments expliquant pourquoi on ne peut s’exprimer sous son nom sans danger.

Deux réponses :

« Si vous avez un nom rare voire rarissime, vous êtes plus facilement repérable que si vous vous nommez Jean-Pierre Dupont ou Michel Durand. »

 » @Jean-Pierre vos propos sont faux car mes commentaires engagent ma responsabilité. Sauf que quand envoyer un CV peut se conjuguer au futur, tenir des propos à son nom est de l’inconscience. Enfin, j’en ai un peu marre de ces retraités, fonctionnaire ou CDI qui demandent la levée de l’anonymat aux autres, telle Marie Antoinette disant de manger de la brioche au peuple qui manquait de pain.« 

Ma réponse :

J’entends bien. Une précision : je suis toujours intervenu sous mon nom, en toute connaissance des risques qu’il m’est arrivé de devoir affronter. C’est, de mon point de vue, un problème de responsabilité (= réponse adéquate à ce qu’est le débat). Ne pensez-vous pas que le problème se poserait différemment si l’anonymat était refusé ? Autrement dit, est-ce que l’anonymat ne « pervertit » pas le débat dans le sens où il autorise une forme de discours  qu’on reconsidèrerait s’il était interdit ? Je pense à certains propos violents, lapidaires. Parler à visage découvert conduirait peut-être à reconsidérer la manière dont on s’exprime et réduirait sans doute les risques que vous évoquez.

>Réaliste : mon propos n’est pas « faux », il est discutable. Ce n’est pas la même chose. Et si vous deviez vous exprimer sous votre nom, vous pèseriez peut-être davantage vos mots. Quant à la comparaison : voulez-vous dire que votre survie économique dépend de votre anonymat dans la tribune du Monde ?

Autre réponse…

« Je ne pense pas que signer vos interventions de votre nom leur donne un poids particulier. La Relativité Générale n’a pas besoin d’être signée « Einstein » pour être une théorie valide-jusqu’à-preuve-du-contraire. Quant à vos bonnes idées sur la coopération scientifique entre états, elle est une réalité depuis des lustres, même du temps du bloc socialiste. Vous enfoncez des portes ouvertes. Il faut que les labos détenteurs des vaccins utilisent les usines de ceux qui sont en capacité de les produire. Parce que, voyez vous, un vaccin, ca ne se fabrique dans une cuisine. Et là encore, ces accords ne nous ont pas attendus : Oxford et AstraZeneca; BioNTech et Pfizer. SANOFI était aussi en pourparlers. Si Spoutnik est validé, la question sera encore plus vivace : espérons que malgré les cris d’orfraie, un labo aura gardé un peu de sa capacité de production pour l’accueillir. Sinon, on pourra toujours débattre. »

… et ma réponse :

>Je préfère parler de responsabilité plutôt que de « poids ». Encore que… Comment expliquez-vous l’exigence assez répandue de la signature ? Est-ce qu’Einstein ne s’engage pas en signant sa théorie (et voyez la réaction nazie à son égard) ? Mais ce n’est pas vraiment le sujet : il est question, ici, du seul débat d’idées, et vous ne répondez pas à la question du rapport entre ce qu’on dit, la manière dont on le dit, et la signature. Quant à la coopération, j’entendais à midi des informations relatives à la répartition qui indiquent le contraire. Enfin, je n’ai pas l’impression que ma suggestion de coopération de recherche et de fabrication « enfonce une porte ouverte » si je regarde le réel. Je sais qu’il faut plus d’une « cuisine » (voyez le ton de votre réponse… sous couvert d’anonymat ?) mais en quoi une coopération ne pourrait-elle concerner les labos  et des chaînes de fabrication ? Et que vient faire ici le bloc soviétique ? Un lapsus ? Vous pourriez préciser ?

Une autre réponse…

« @Jean-Pierre: aucun doute sur le fait l’anonymat désinhibe, que ne plus le permettre aurait pour résultat de responsabiliser les contributeurs et que nous verrions alors très certainement le volume de propos inutilement agressifs largement réduits (au passage, par contre, je ne vous suis pas sur la comparaison entre l’absence des députés et l’anonymat). Le revers serait que beaucoup s’autocensureraient, et le politiquent correct, le consensuel, seraient sérieusement avantagés. Aucune de ces deux options n’est idéale. On peut déplorer l’anonymat, mais n’idéalisons pas sa suppression. »

… et la mienne :

Le « hum »indiquait une petite pique destinée aux critiques de l’absentéisme apparent. Je ne me « suis »pas non plus.  A mon tour de ne pas vous suivre sur le politiquement correct et l’autocensure. J’interviens sous mon nom, je ne m’interdis rien ni dans la critique  ni dans les idées que je propose. Je n’en fais ni une preuve décisive ni, à plus forte raison un idéal. Simplement, je suis surpris de la violence fréquente, souvent lapidaire des affections, des opinions « brutes » substituées à la pensée et à l’échange d’idées. Il me semble que la signature met un miroir devant soi et oblige à regarder ce que l’on dit non pour censurer, mais pour le dialogue.  Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas une baguette magique. Disons une aide. Et puis, avec un peu de distance, quel est le sens de ce catalogue de paroles écrites par…  personne. Il y a là , je trouve, quelque chose de triste. [C’était ma dernière cartouche. Il y aurait à dire sur cette limitation…]

« Dans le pays des libertés, on n’a pas le droit de tuer » ou… dialogue

« Plusieurs milliers de personnes dans la rue contre les violences policières. A Paris, Rennes, Bordeaux ou Lyon, des marches étaient organisées à l’initiative du Réseau d’entraide vérité & justice, qui regroupe une trentaine de familles de victimes. (A la Une du Monde – 21.03.2021)

Ma contribution, suivie d’un dialogue (prenez votre temps !) :

Longtemps, la contestation (grève, syndicat, manifestation) de l' »ordre » pour lequel l’Etat lève des « forces » a été interdite : qu’est-ce que le processus qui a conduit à sa légalisation a modifié du concept d' »ordre », pour ceux qui le garantissent et ceux qui le contestent ? La violence sans mesure de la répression (cf. éborgnement de GJ, entre autres), « signifie » l’importance de ce qui est en jeu dans la contestation actuelle, même sous les formes les plus triviales des Césars. Le mouvement des GJ (il n’est pas terminé), parti d’une question financière, est le signe d’une dépression qui touche aux fondements non de la République, mais de l’équation (qui nous constitue) du capitalisme (être=avoir plus) dont les « solutions/réponses » de contournement (paradis sur terre ou dans l’au-delà) sont obsolètes. D’où l’importance de la peur/angoisse et le développement de l’idéologie d’extrême-droite qui joue à l’ »apprenti sorcier » comme on se jette dans le vide par peur d’y tomber.

>> J’échange parfois avec un contributeur (pseudo furusato) que le mouvement « woke » indispose beaucoup. Dans un échange précédent, je développais l’idée qu’il est un mode et qu’il faut décrypter ce dont il est le signe. Il avait compris que je l’assimilais à une mode.

Ma réponse ;

> « Mode » que j’utilise (débat précédent) est au masculin : expression d’un problème = woke (qu’on le critique ou l’approuve) est le signe à décrypter d’un problème. Comme ce nouveau débat. Problème : qu’est-ce que l’ « ordre » pour lequel l’Etat recrute des « forces » ? Pourquoi sa contestation longtemps refusée (interdiction de la grève, des syndicats, des manifestations) est peu à peu devenue légale, qu’est-ce que cette évolution a modifié du concept et quelle nouvelle contradiction a-t-elle produite (ce dont nous débattons aujourd’hui, notamment >les Gilets Jaunes). Au fond quel est l’objet de cet espace de discussion ? S’en tenir à l’expression des affections (défouloir) comme le font beaucoup, ou bien tenter de faire fonctionner sa raison en cherchant les rapports de causalité (même si on ne les trouve pas), autrement dit s’intéresser aux processus et à la dialectique qui en est souvent le moteur. Nous sommes dans une période de glissement idéologique. D’où l’importance de la raison »

Sa réponse :

« Une mode et un mode effectivement : le une dans certains esprits et c’est logique car l’infusion se fait souvent par la presse people masquant le un. De quoi ce mode est-il la tentative performative, réussie sur les campus américains et nombre de réseaux d’enseignements dont et c’est très importants des réseaux concernant de jeunes enfants ? Signe d’une manière de précéder, avec l’alibi de toute une série de problèmes réels, l’effondrement de la majorité actuelle, encore composée de populations blanches majoritaires mais pour peu de temps et de commencer à établir de nouveaux dominant. C’est en cours. Le woke a intégré /cimenté divers dispositifs élaborés/testés par d’autres mouvements : comme la politique des quota .C’est précisément sa capacité à réunir de façon cohérente des propositions tactiques dans une stratégie de réduction à la claque ou au silence les adversaires qui fait sa force . Je me borne à cela faute de place .Pour l’instant. 

 Ma réponse

> « Effondrement » témoigne à mon sens plus d’une peur que du réel. Le « souci de ma vieille patrie et ma descendance », dites-vous, pour légitime et respectable qu’il soit, ne s’appuie-t-il pas sur un « invariant » qui n’existe pas ? La patrie (voyez aussi quels errements le mot a justifiés) est une réalité en construction permanente. Je ne pense pas que les frontières et la couleur de peau soient déterminantes, ni que les particularismes culturels soient des obstacles, « en soi ». Ce qui importe ce sont les rapports construits. Or, le rapport historique de notre pays avec l’Afrique ou les Orients, c’est la conquête, la domination, l’exploitation des ressources et des hommes. Nous soutenons des régimes corrompus et continuons l’exploitation des ressources. Je pense qu’il est devenu indispensable d’exposer cette problématique pour comprendre et modifier ce qui conduit à de tels rapports. C’est cela dont le woke, ici et aux USA, est le mode, qui peut être contestable, d’expression.

Sa réponse

« C’est bien pourquoi JPP je suis pour que nous ayons le moins de rapports possibles avec le continent proche, nos élites favorisent ce qu’elles trouvent là-bas : des régimes corrompus .A ma connaissance aucun ouvrage de poids sur la corruption comme fonction d’ajustement social étendu dans des pays presque sans Etat ou avec des Etats captifs de clans ou de compromis ethniques instables de pouvoir. Ceci pour me situer. Je vois que vous partagez, peut-être inconsciemment, l’idéologie de l’homo oeconomicus ** : un consommateur est un consommateur, une source de profit potentielle incorporée est une source de profit incorporée (compte l’emploi de ce corps).Que vous étendez généreusement au futur d’une France majoritairement colorée autrement. Dans votre optique il n’y a évidemment jamais effondrement d’un société puisque les habitants initiaux auraient-ils été éradiqués par l’âge ( pour prendre une option soft ) on serait toujours dans le même cours civilisationnel un rien modifié. »

** « homo oeconomicus » : « Sujet conçu par l’analyse économique comme un être agissant de manière parfaitement rationnelle. » (Larousse)

Ma réponse :

>Sur quelle base culturelle et politique sont constituées les élites ? Et « ce qu’elles trouvent là-bas » n’est-il pas en partie inscrit dans les rapports historiques dont je parle ? Ce qui m’importe (non je ne suis pas dans « l’homo œconomicus » et ce n’est pas la générosité qui me guide mais une éthique) ce sont les constructions de rapports. Le réel dont nous parlons est ce que nous décidons d’en faire, hier comme aujourd’hui. L' »éradication d’une population » via les immigrations n’est-elle pas un fantasme – rappelez-vous le « péril jaune » ? Autrement dit, nous mettons en route, plus ou moins consciemment, des processus, principalement économiques, qui ont des impacts profonds et de longue durée. Nous en sommes responsables (= réponse donnée à une question). Ce sur quoi j’insiste c’est sur la nécessité d’en parler, autrement dit de ne pas considérer l’effet-immigration – problématique, bien sûr- comme la cause qu’il n’est pas. La dérive idéologique qui exploite la peur commence là.

Sa réponse :

« Les paramètres actuels de la démographie d’une part du continent proche et francophone de plus indiquent que, au contraire du péril jaune, nous ne sommes nullement dans les fantasmes : ici je suis frappé par le caractère abstrait non référé aux traits d’époque de votre discours. La transformation en cours, déjà importante dans l’hexagone et que l’on va dire euphémisée autant que faire ce peu par les élites est pourtant une indication , le camouflage médiatico-politique étant un indice d’impotence à l’arrêter et de craintes dans l’entre-soi. Quant aux pratiques des dominants africains qu’on devait il y a bien longtemps ne pas approcher sans des cadeaux elles sont documentées dès les premiers contacts avec les Européens. Je vous recommande l’ouvrage ( universitaire ) excellent de Randy J Sparks paru chez Babelio .Je ne vous en fournis pas le titre il comporte un mot que le logiciel. de contamination woke du Monde considérerait comme enfreinte. »

Ma réponse

>Le péril jaune que j’évoquais avait pour les convaincus la même évidence que le « grand remplacement ». Ce que je discute c’est : proximité + surpopulation + migration (africaines) + islamisme = remplacement. Cette équation dénote une pensée linéaire sous-tendue par une intentionnalité supposée. D’une part, ceux dont nous parlons ne quittent pas leur pays par plaisir ni par esprit de conquête, d’autre part les accueillir, par défaut, dans ce contexte (dont nous avons une part de responsabilité) est inopérant. Pour résoudre la contradiction, je pense qu’il faut inclure dans la dialectique l’explication du fait colonial et de ce qui le sous-tend. Autrement dit, l’équation capitaliste. C’est en quoi le problème migratoire n’est pas un problème en soi mais un des modes d’expression de la dépression que nous vivons. Si la peur est légitime, elle n’est jamais une réponse. Autrement dit, le discours d’effondrement de civilisation est une question d’éthique.

Sa double réponse :

« J’aime bien nos sauts argumentaires .Commençons par l’essentiel : oui le problème de fond est l’évolution vers le capitalisme financier tel que nous le connaissons dans sa phase de globalisation qui continue l’exploitation du profit incorporé sous deux formes, en faisant venir et en allant exploiter sur place ( voir les ateliers asiatiques ).Cependant cette version pertinente simplifie cependant et dénie toute autonomie à ceux qui viennent pour se promouvoir économiquement chez nous et chez eux ( retourner comme big man au village ou au quartier ) et dénie le fait qu’ils ont leurs leaders dont les intentions à notre égard ne sont pas si neutres que celle du simple immigré économique. A partir d’un certain moment qui croise les idéologies woke et l’indigénisme ( c’est presqu’ un pléonasme ) on peut soutenir que l’immigration devient un processus partiellement indépendant sous la forme d’une implantation culturellement autre et corrodante : cela se déroule sous nos yeux. »

« Je vais épuiser mes cartouches* pour répondre au restant de votre argumentation .D’abord le problème du péril jaune, comme représentation fantasmée, est plus complexe que vous le supposez puisqu’il inclut non seulement l’immigration de travail + les triades sur la côte ouest US vers la fin du dix- neuvième mais l’image de la Russie de l’époque et ses hordes tatares ( ceci reparaît continûment, en particulier chez Céline après 45 ). Cette immigration chinoise est très concentrée géographiquement et ne pose de problème qu’à partir du moment où apparaissent deux facteurs/ 1 / les coolies ont eu pour fonction de déblayer le terrain avant l’arrivée des colons or ceux -ci sont des travailleurs blancs 2 / ils se sont mis à exploiter eux-mêmes les opportunités minières et là cela indispose les élites locales qui veulent conserver la plus-value qui y est liée .D’où retournement des élites, excitation des prolos blancs. Nos élites sont en phase 1 : favorables aux arrivées. »

* chaque intervenant peut envoyer une contribution et trois réponses.

Ma réponse, publiée entre les deux siennes (problème de timing)

>« Le problème de fond est l’évolution vers le capitalisme financier(…) » dites-vous. Je le considère comme un des modes (nécessaires) du capitalisme tout court. Le problème de fond est pour moi ce qui génère le capitalisme, sous toutes ses formes, socioéconomiques, industrielles, financières… et individuelles. Tous ces modes de son expression ont, en leur temps, généré  et continuent à générer des critiques qui ont vu dans tel ou tel « le » problème de fond.  C’est un discours qui tourne sur lui-même sans jamais déboucher sur une solution de rechange, comme si nous étions condamnés (par notre essence ?) à fonctionner selon l’équation capitaliste, comme si l’effort pour « persévérer dans son être » (Spinoza) se réduisait à la seule question quantitative [j’ajoute : la possession] et à colmater les brèches. Ce qui donne à l’immigration une allure d’autonomie est le résultat de cette carence.  Si on veut inventer une nouvelle réponse (elle n’existe pas encore), il faut inventer un nouveau discours.

 Sa dernière réponse :

« Je complète : éliminons d’abord le cependant en trop. Quand je dis que nos élites sont en phase 1 : favorables aux arrivées je dois indiquer plusieurs éléments : 1/ je parle d’élites qui sont transnationales et supranationales ( institutionnalisées donc comme l’ONU, l’Unesco, l’OCDE, la Commission européenne, etc ) et qui ont leurs relais chez nous 2 / l’acceptation des élites locales est maintenant liée à certaines formes d’impotence imposées par les formes internationales donc ambiguë 3 / ce processus dure bien + longuement que la phase chinoise du dix- neuvième, chez nous depuis grosso modo cinq ou six décennies . Le mouvement dont nous parlons a soutien du bas, addition de micro-décisions dans les pays de départ, du haut dans les pays d’arrivées ( ex : le travail des ONG pour ramener, des recruteurs industriels auparavant ), du haut dans les pays de départ : manne en vue .Donc le voir comme inconscient est en partie erroné, il est très organisé politiquement. »

Ma dernière réponse :

>Nous divergeons dans la philosophie de l’analyse. Je suis d’accord, pour l’essentiel, sur le descriptif des modes (un erratum dans le précédent « tous les modes » !) de fonctionnement. Avec une différence sur le degré de maîtrise des processus. Ce qui m’intéresse le plus aujourd’hui – si vous voulez plus de détails vous prenez mon prénom vous le faites précéder de, le blog de, vous mettez des tirets partout et vous ajoutez point com à la fin**– ce sont les rapports de causalité parce qu’ils sont le mieux à même d’éviter le pire, c’est-à-dire l’instrumentalisation de la peur (esprit/pensée) et des angoisses (corps > individus/collectivités). Voyez cette question de la mosquée, l’expression d’un problème de fond ( !) mal géré,  qui conduit à des violences, pour le moment verbales, parce que la cause n’est pas abordée dans le cadre de la problématique de la laïcité… qui conduit à distinguer l’usage de savoir et croire, au rapport commun/individu, à l’objet. Au système lui-même.

** il est interdit de donner des adresses de blog… d’où la ruse !

« Celui qui renie son créateur est un criminel »

[Telle est ] « La profession de foi rigoriste de Reda Kriket à son procès » « Au procès de la cellule d’Argenteuil, où avait été découverte une importante cache d’armes en mars 2016, le principal accusé a réfuté lundi tout projet terroriste, tout en assumant une vision très rigide de sa foi. » (A la Une du Monde – 23.03.2021)

Extraits de contributions :

« Aux oubliettes et on jette les clés. Tout le reste n’est que blabla. Ce genre d’individu ne doit jamais sortir de prison. »

« L’attitude religieuse la plus souhaitable est, à mon humble avis, l’empathie à l’égard de tous les êtres qui ne nous menacent pas (tendre l’autre joue me semble excessif) qu’il existe un créateur ou non, ce que nous ignorons. Fanatisme, intolérance, sectarisme, séidisme, ou simplement une volonté de toute puissance pour asservir les autres et cela en se revendiquant de la foi en une religion. Renier son créateur … L’espèce humaine se croit tellement au-dessus des autres espèces, que certains s’imaginent qu’ils sont les élus d’un Dieu. Ils feraient bien d’être beaucoup plus humbles et d’essayer de faire le Bien autour d’eux plutôt que d’être des agents de malheur. Malheureusement, combien pourront se dire, à la fin de leur vie, qu’elle n’a pas été inutile ou néfaste aux autres et partir fiers ? Peu, tellement sont pris dans une volonté de puissance, d’enrichissement sans borne, d’asservissement des autres ».

« Bref un délinquant multi récidiviste qui vient évoquer sa foi et Dieu, il y a comme qui dirait un oxymore…
Et hop, au gnouf tout cette petite troupe. »

Ma contribution ;

Le fond de son discours d’aliénation (alienus = qui appartient à un autre) est le même que celui des sociétés occidentales dont la loi et la morale ont été pendant des siècles déterminées par la croyance religieuse chrétienne. Dieu au-dessus du Roi qui le représente. L’islam sert aujourd’hui de vecteur à ce que j’appellerais, plutôt que « terrorisme  » (une étiquette qui n’explique rien), « crime de désespérance ». Tuer, peu importe qui, en mettant sa vie en jeu, directement ou non, sous le motif religieux a peut-être un rapport avec la disparition, fin des années 80, (implosion du système soviétique, naissance d’Al-Qaïda) de l’idée même d’une alternative au système capitaliste dont les dysfonctionnement étaient rendus supportables, du moins pour une majorité, par la promesse, le rêve d’un paradis, ici-bas ou dans l’au-delà. Ces deux réponses, politique et religieuse, sont devenues obsolètes. C’est l’équation qui fonde le capitalisme (être=avoir plus) qu’il faut désormais considérer.

« Femmes journalistes de sport, nous occupons le terrain ! »

« Dans une tribune au « Monde » cosignée par plus de 150 journalistes et étudiantes en journalisme, les six fondatrices du collectif Femmes journalistes de sport annoncent leur détermination à mettre un terme à l’infériorisation des femmes dans les rédactions sportives. » (A la Une du Monde – 22.03.2021)

Extrait : « Pas plus qu’un autre domaine, le sport n’appartient qu’aux hommes. Nous voulons être aux premières loges pour raconter, pour commenter, pour analyser, pour diriger. Nous voulons que les femmes soient mieux représentées dans les médias sportifs, plus protégées, plus valorisées. Qu’elles soient plus nombreuses aussi, parce qu’être davantage dans les rédactions permettra, en partie, d’en finir avec le sexisme. »

Quelques contributions :

« Bien vu. Prenez le rugby sur France 2 où la seule journaliste femme est cantonnée à commenter le temps qu’il fait, décrire le toss, énumérer les changements, et chasser les interviews de fin de match. De commentaire nenni, sauf lorsque ce sont les bleues qui jouent. Pourquoi ? »

« Foot, rugby et même tennis, les championnats hommes intéresseront toujours plus que les féminins. Parce qu’on a pas le temps à consacrer à tout, sans parler du manque d’intensité. Idem, la L1 fait de bien plus grosses audiences que la L2. Au tennis fort intérêt pour les hommes moins sur les femmes, hormis quelques icônes suivies parfois pour de mauvaises raisons… Forcement quand on a décrété qu’il n’y a aucune différence entre un homme et une femme, on voit ça comme une injustice. C l’homme qui confisque…. Pourquoi autant d’hommes suivent le sport à la tv, contrairement à la gente féminine ? »

 La mienne :

Le problème qui se cache derrière cette question est celui de ce que signifie la compétition. Le foot, par exemple : envoyer un petit objet dans un réceptacle et l’envoyer avec la plus grande force possible. Corollaire du but marqué : hurlements sur le stade et dans les tribunes. Des deux équipes qui sont entrées, neutres, sur le terrain, l’une, victorieuse, sera le mâle. Autrement dit, le jeu de foot est la représentation d’un autre « jeu » humain, universel et permanent. Sinon, pourquoi une telle aura planétaire ? Le seul. Les autres sports collectifs en sont des déclinaisons, avec toutes les variantes de ce « jeu ». Voyez le rugby… Nous commençons juste à accepter que le masculin ne se réduise pas au sexe. Le féminin non plus. Autrement dit, le sport est un terrain où s’exprime de manière spécifique la question du… comment dit-on ? Ah oui, le genre.     

Euthanasie, hypocrisie et mauvaise foi

La seconde partie de l’émission 28’ (Arte) du 17.03.2021 proposait un débat sur la demande de plus en plus forte d’une loi autorisant l’euthanasie et le suicide assisté. Parmi les trois invités, Anne de la Tour, médecin, président de l’SFASP (Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs).

Une des animatrices lui demanda si elle serait favorable à un référendum sur cette question. Voici sa réponse :

« Je suis toujours favorable au débat. Je trouve qu’il est toujours très intéressant d’échanger des idées autour d’un tel sujet qui fait peur à la plupart des français. Un referendum sur cette question n’est pas une bonne idée parce que ce que l’on choisit quand on est bien portant ce n’est pas forcément la même chose quand on devient malade. L’être humain est ambivalent et quand il a pris une décision il peut complètement changer et c’est ça la vraie liberté. (…) Liberté d’exprimer ses craintes, ses peurs. Une loi n’arrange rien quand il s’agit de cas particuliers.»

L’hypocrisie (grec upocritès : acteur, celui qui utilise un masque) a été représentée par Molière dans sa pièce Le Tartuffe ou l’Imposteur (1669). Elle consiste à dissimuler qui on est dans le but de tromper, en vue d’un bénéfice, matériel (enrichissement) et/ou intellectuel (pouvoir).  (cf. article « Littérature » du 01.06.2020)

En droit, la mauvaise foi est une « attitude volontaire et déloyale avec laquelle une personne agit envers une autre, afin de surprendre sa décision. » (Dictionnaire du droit privé > Wikipédia).

Pour Sartre, la mauvaise foi consiste à emplir son être par une fonction sociale (= masque) afin de justifier une prétendue absence de liberté : je suis ma fonction sociale (Sartre prend l’exemple du garçon de café tout entier investi dans son rôle de garçon de café – l’exemple peut être élargi à toute profession), je n’ai, hélas ! pas d’autre être possible, bref, vous voyez, je ne suis pas libre.

En d’autres termes, l’homme de mauvaise foi se réfugie dans sa fonction par peur d’affronter le « néant » de son être et éviter d’avoir à lui donner un sens. Au fond de lui-même, le garçon de café sait qu’il n’est pas garçon de café.

Je dirais que la réponse d’Anne de la Tour la situe et dans l’hypocrisie et dans la mauvaise foi sartrienne.

Hypocrisie : elle masque son refus d’une consultation sur l’euthanasie, autrement dit d’un débat sur cette question inhérent au référendum, derrière l’affichage liminaire de son adhésion au « débat en général », en utilisant un argument totalement inadéquat : le référendum ne porterait évidemment pas sur l’engagement à se faire euthanasier, encore moins sur l’obligation faite à quelqu’un de ne pas changer d’avis, mais à en reconnaître le droit pour qui veut en disposer.

Cette hypocrisie, pour quel bénéfice ?

La réponse se trouve dans l’analyse sartrienne.

Ce discours d’hypocrisie (il faut voir son sourire quand elle dit qu’elle est favorable au débat –  Molière s’en serait inspiré pour diriger Du Croisy, l’interprète du personnage de Tartuffe dans la première représentation de la pièce), qui tient en l’occurrence de la malhonnêteté intellectuelle, est dictée par un motif de même nature que celui du garçon de café : le refus du droit qui élargit le champ de la liberté de l’individu pour la gestion de sa mort, s’explique par la même peur du « néant », autrement dit, la peur d’affronter l’absence de réponse a priori, de l’être. Dans l’échange qui suit, comme le garçon de café, madame de la Tour met en avant sa profession : elle est médecin, et  comme elle sait, par exemple, le rapport entre l’insuline et le diabète, elle sait, bien sûr, le rapport entre le concept-individu (qui évacue la diversité des personnes réelles dont l’évocation prétexte n’est qu’un autre masque) et la mort.

Le représentant de  l’ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité), qui a clairement exposé sa position, n’a malheureusement pas estimé utile de lui demander quel était le principe supérieur au nom duquel elle refusait de reconnaître un tel droit qui élargit le champ de la liberté.

Est-ce que je me trompe si je dis que ce principe est d’ordre religieux et que madame la Tour ne peut reconnaître ce droit parce qu’il l’obligerait à remettre en cause la croyance que notre vie appartient à Dieu, à terme à reconsidérer la réponse aliénante (au sens du mot latin alienus : qui appartient à un autre) au « néant » de son être ?

La cérémonie des Césars

« Ce qui s’est passé aux Césars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque » Symbole de rêve et de partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste, analyse dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ». (La Une du Monde – 20.03.2021)

Extrait :

« Beaucoup ont parlé de naufrage, voire de suicide collectif, après la cérémonie des Césars qui a eu lieu il y a une semaine à l’Olympia : vulgarité, nombrilisme, arrogance. Yann Barthès a résumé l’affaire dans son émission « Quotidien », sur TMC : vivement que les cinémas rouvrent pour oublier ce qu’il a vu. Soyons indulgent : la pandémie a de quoi rendre fou. Ce qui s’est passé vendredi 12 mars traduit une radicalité qui gagne le cinéma, la culture et l’époque. Une radicalité qui se vérifie dans ce basculement : de rêve et partage autour du cinéma, la cérémonie est devenue une tribune corporatiste. » (…)

 Deux contributions contradictoires :

« Je trouve cet édito et la plupart des commentaires affligeants.Les deux reproches faits aux artistes (être des enfants gâtés, participer à l’outrance de l’époque) sont eux-mêmes outrés. L’éditorial reflète le point de vue du gouvernement : les milieux culturels sont déjà gâtés et ne devraient pas demander plus. Or ce qui différencie les artistes des autres travailleurs, c’est que leur métier est leur raison de vivre, et pas seulement leur gagne-pain. Malgré sa compassion affichée et hypocrite, la ministre reste bien dans la ligne destructrice de la droite envers les milieux « gauchistes » de la culture. Voir un édito du Monde partager cette vision est étonnant. Quant à l’argument selon lequel ce serait difficile de rouvrir les lieux de culture, il fait rire : demandez à nos voisins européens comment ils ont fait.  L’outrance, quant à elle, est le résultat de cette politique d’oppression larvée et de mépris. Privez un groupe d’oxygène pendant un an, vous créerez de la violence. »

« Merci pour cet article, la France est un pays de râleurs on le sait. C’est malheureux, en cette période difficile où nous devrions être solidaires, chacun essaye de tirer la couverture à soi. Pourtant mesdames et messieurs les comédiens, c’est le virus qui décide, le gouvernement est comme vous dans la tempête. Les uns veulent faire la fête, les autres bouffer au resto et boire l’apéro au bistrot, les autres ouvrir les salles de spectacles, d’autres ne pas se faire vacciner… mais attention, s’ils tombent malades, qu’on ne peut pas les soigner ou que leurs proches meurent, ils sauront le reprocher aux politiques responsables. Mais croyez bien que toutes vos récriminations et provocations resteront vaines face à la pandémie. »

Ma contribution (contestable en ce sens qu’elle ne traite pas, à dessein, de la forme esthétique).

Depuis toujours, ce qui distingue le discours théâtral du discours « politique » n’est qu’une question de forme, esthétique, entre autres (Œdipe-Roi, de Sophocle, Tartuffe et Dom Juan de Molière). Au-delà de l’appréciation qu’on peut ou non porter aux autocongratulations* (je n’aime pas, mais ce n’est pas un argument), la cérémonie des Césars (comme celle des Oscars) est une sorte de mise en abyme d’un spectacle de théâtre, plus ou moins réussi, comme tout spectacle. Porter la critique sur le discours politique qui le sous-tend revient à rejoindre les censeurs de Molière ou la morale puritaine des Etats-Unis qui écrit jusqu’à la virgule des discours prononcés.

* Les prix décernés dans les concours de théâtre, dans l’Athènes antique, l’étaient par le public.