Le pape et l’ayatollah

Le pape François et l’ayatollah Ali Al-Sistani, le plus haut dignitaire de l’islam chiite se sont rencontrés en Irak.

D’un côté le représentant d’une religion dont le discours n’est plus très audible au moins en Europe (les églises sont désertées, le recrutement des prêtres est très faible, la pédocriminalité révèle un problème majeur, seule une toute petite minorité croit à l’essentiel de la foi qu’est la résurrection), de l’autre celui d’une religion encore associée (pour combien de temps encore ?) au pouvoir et qui depuis 30 ans (Al Qaïda, fin des années 80) sert de vecteur à l’expression d’un désespoir (ce qu’on appelle « terrorisme »).

Ces deux hommes sont les porte-parole du « croire » en l’au-delà, quelle qu’en soit la forme, qui rencontre de moins en moins d’adhésion.

C’est à mon sens ce qui, bien en-deçà des raisons invoquées et des arrière-plans politiques, explique cette rencontre de deux expressions d’une conception de la vie et de l’existence humaine frappée d’obsolescence. Un rapprochement de deux mondes anciens sur le point de devenir archaïques et qui ont besoin de croire et de se dire qu’ils sont toujours puissants.  

Les gamines à la dérive de Barbès

« Elles s’appellent Hana, Soraya ou Célia et font partie de ces dizaines d’adolescents – jeunes migrants isolés ou filles souvent mineures en rupture familiale – qui zonent depuis 2016 dans les rues de ce quartier parisien, survivant dans la violence et la débrouille sans rien attendre du lendemain.» (A la Une du Monde – 06.03.2021)

L’article (signé Zineb Dryef) est en tous points  remarquable.

Ma contribution :

On ne peut pas s’en sortir en-dehors de la problématique de la responsabilité. Qu’il s’agisse de ces jeunes-ci ou des « oubliés » du passé proche ou lointain, leur situation est le résultat collatéral de choix politiques et économiques. On se cogne la tête à vouloir trouver des réponses individuelles ou collectives de colmatage qui, la plupart du temps ne fonctionnent pas et nourrissent le terreau des partisans de solutions extrêmes. Il ne s’agit pas de s’apitoyer, de se repentir, de se culpabiliser, mais d’expliquer ce qui, dans nos relations avec les pays d’émigration, conduit à ces catastrophes. Ce qui implique la reconnaissance, par exemple du « fait colonial » et de son analyse. De ce discours adulte peuvent naître des solutions insoupçonnées.

Cancel culture

« Le retrait de livres du Dr. Seuss, monstre sacré de la littérature enfantine, déchaîne les passions aux Etats-Unis. La société qui gère le patrimoine de l’auteur est accusée de sacrifier à la « cancel culture » depuis qu’elle a annoncé le retrait de six ouvrages contenant des stéréotypes raciaux. » (A la Une du Monde – 05.03.2021)

Ma contribution.

Est-ce que Lucky Luke donne envie de rouler une cigarette, Maigret de bourrer une  pipe, Magritte de fumer pas une pipe ? Hergé de surtout pas se marier ?

Les millions de ceux qui ont lu, lisent et aiment ces livres sans fumer ni être misogynes devraient inciter à penser qu’il existe un invariant humain intelligent qui aide à se distancier. Cet invariant pourrait être appelé à la rescousse pour se distancier du manque de distance que l’on constate actuellement quant à l’étrange objet appelé cancel culture. S’il faut bien sûr laisser sa cigarette à LL, sa pipe à M et la Castafiore à H, sous peine de perdre le goût et l’odorat,  il pourrait être utile, après avoir émis une salutaire et véhémente protestation, de chercher à comprendre d’où vient ce besoin d’une telle asepsie stérilisante.

Condamnation de N. Sarkozy

Ma contribution au Monde :

« L’effet de sidération. Moins lié à la personne qu’à ce qu’elle représente. Toutes choses égales, si j’ose dire, c’est, tout au bas de l’échelle des valeurs du sacré, l’équivalent de la chute de la flèche de N-D. Même ceux qui ne croient pas pensaient dans un petit coin de leur tête « ça se peut pas ». Eh oui, ça se peut ! Même une flèche de cathédrale – et même si elle oublie qu’elle n’est pas indispensable à la vie de la structure, qu’elle a été ajoutée, qu’une autre la remplacera, même si elle « s’y croit » – peut tomber. Même… M’aime… Même pas. »

Deux réactions :

ErF « Le pastis dès le matin, ça fait peur… »

Maurice Q. « Comparaison franchement osée et inappropriée… »

Mes réponses :

> ErF : Ah, je ne savais pas. A quelle heure commencez-vous ? Et avez-vous tenté autre chose ?

> Maurice Q. : « Franchement« , oui, vous avez raison, je ne mens pas. « Inappropriée« … Vous avez aussi raison… Je suis franchement désolé pour la flèche.

La Commune de Paris

« Roger Martelli : « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer » Alors qu’au Conseil de Paris les élus de droite se sont opposés à la célébration des 150 ans de la Commune, l’historien rappelle, dans une tribune au « Monde », l’importance du « premier pouvoir » qui s’est appuyé sur des valeurs démocratiques et sociales « qui n’ont pas pris une ride. » (A la Une du Monde – 28 .02.2021)

Extraits : « Le 3 février, au Conseil de Paris, la droite parisienne a lancéun tollé contre les commémorations prévues pour les 150 ans de la Commune de Paris. Engluée dans son passé, elle persiste à dire que célébrer cet anniversaire revient à glorifier « les événements les plus violents de la Commune (…) Sans doctrine figée, sans même un programme achevé, la Commune a fait en quelques semaines ce que la République mettra bien du temps à décider. Elle a ouvert la voie à une autre conception du « vivre-ensemble », fondée sur l’égalité et la solidarité. Elle a enfin esquissé la possibilité d’une démocratie moins étroitement représentative, plus directement citoyenne. En bref, elle a voulu mettre concrètement en œuvre ce « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » dont le président américain Lincoln avait annoncé l’avènement quelques années plus tôt [le 19 novembre 1863, lors du discours prononcé à Gettysburg]. (…) Le 29 novembre 2016, l’Assemblée nationale a adopté une résolution réhabilitant enfin les victimes de la « semaine sanglante » [qui a vu la répression des communards entre le 21 et le 28 mai 1871].Elle ajoutait vouloir que « soient mieux connues et diffusées les valeurs républicaines portées par la Commune ». Elle souhaitait « que la République rende honneur et dignité à ces femmes et ces hommes qui ont combattu pour la liberté ». Le temps est venu de mettre en application cette résolution. »

 Quelques contributions :

« La commune, cet octobre 17 qui a échoué ? Si certains se plaisent a le commémorer grand bien leur fasse.A titre privé. »

« Les Versaillais plus combatifs contre les communards que contre les Prussiens sont les précurseurs des pétainistes collaborateurs de 40-44. »

« Personne à la rédaction pour préciser, à propos de Roger Martelli, qu’il est un ancien membre du comité central du Parti communiste français ?
La commune de Paris a hanté et inspire tous les totalitaires communistes parce qu’elle symbolise la prise de pouvoir d’un Peuple pour mettre en œuvre ses utopies par tous les moyens. Sauf que ce Peuple ce n’en est qu’une micro-fraction : le leur, certaines catégories de la population dans la ville capitale qui représentait à peine 2% du Peuple français et qui prétendait décider pour toute la France. A peine plus que le même Peuple que celui par lequel Mélenchon se prétend aujourd’hui investi. L’utopie était certes du côté des Communards. Mais la démocratie était du côté des Versaillais, investis par l’immense majorité du pays pour mettre une fois pour toutes fin à la prétention d’une fraction des parisiens à décider au nom du Peuple français.
 »

« Il est loin d’être scandaleux, comme le scande l’esprit « versaillais » résurgent que la France, nonobstant les excès et les dérapages de la Commune (que personne ne nie), célèbre tous ces gens de peu, ces citoyens ordinaires, ces « riens » qui ont pendant 72 jours tenter de prendre en mains leur destin sans, comme toujours, se croire obligés de le confier à des prétendues élites … Mais « le bourgeois qui pense bas » (Flaubert), partisan de « l’ordre et de la Loi », a une sainte horreur de celles et ceux qui essayent de s’émanciper d’une société verrouillée au profit de quelques uns.

« Non, elle n’est pas morte, la Commune !!! « 

Ma contribution :

L’expérience de la Commune fut et demeure un révélateur émotionnel de ce qui détermine nos choix politiques. En témoigne le recours aux attaques ad hominem. Une des figures majeures (non la seule) fut Louise Michel, une institutrice, qui demanda à être fusillée avec ses amis et fut déportée en Nouvelle Calédonie. Elle y apprit le canaque pour enseigner aux autochtones, fit des conférences en France après l’amnistie, fut arrêtée, emprisonnée, échappa à un attentat, demanda que son agresseur ne soit pas condamné. Elle correspondit avec V. Hugo (il n’aima pas la Commune mais condamna la répression) qui l’admirait. On peut lire son témoignage et aussi ses « contes et légendes ». Son éthique – son rapport à la vie, aux homme et au monde –  mérite d’être connue. Au-delà des erreurs et des démesures (voir le contexte), la Commune fut une tentative d’établir une société sur des critères autres que ceux du capitalisme. Ce qui peut expliquer certaines protestations contre une proposition qui, pourtant, ne paraît pas hagiographique.

Crime contre l’humanité

« En Allemagne, condamnation historique d’un ex-agent syrien pour « complicité de crimes contre l’humanité » Eyad Al-Gharib a été condamné à quatre ans et demi de prison dans le cadre du premier procès lié aux exactions imputées au régime de Bachar Al-Assad. » (A  La Une du Monde – 24.02.2021)

Rappel : « Un crime contre l’humanité est une incrimination créée en 1945 dans le statut du Tribunal militaire de Nuremberg, établi par la Charte de Londres (art. 6, c). Il désigne une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». La notion de crime contre l’humanité est une catégorie complexe de crimes punis au niveau international et national par un ensemble de textes qui regroupent plusieurs incriminations. » (Wikipedia)

La notion confine au paradoxe sinon au non-sens dans la mesure où « humanité » est présentée comme un « objet » contre lequel agit un « sujet » (individu ou groupe) qui serait donc d’une nature autre, autrement dit non humain (cf. articles des 6, 7 et 8 septembre), par exemple de genre animal, végétal ou extra-terrestre. Un humain commettant un crime contre l’humanité le commettrait contre lui-même, contre ce qu’il est ?

Une objection possible à ce point de vue pourrait concerner la « valeur » contenue dans l’entité « humanité », telle qu’elle est définie dans le principe rappelé plus haut, à savoir les « droits fondamentaux » violés de manière « délibérée et ignominieuse ».

A quoi il est possible d’objecter que la guerre, en soi, est un crime de cet ordre, comme l’esclavage, comme la conquête coloniale entreprise au nom de la civilisation qui établit les « valeurs » d’une humanité justifiant le massacre. Ainsi, en quoi la guerre du Vietnam qui utilisa le napalm (inventé en 1942) n’est-elle pas, de ce point de vue, un « crime contre l’humanité » ?

En réalité, le « crime contre l’humanité » est le « crime d’humanité pure, essentielle » commis contre la conscience spécifique propre à l’humanité en tant qu’elle présente la mort comme un objet de savoir dénié par des stratégies d’évitement : ce que vise  la notion « crime contre l’humanité » n’est en effet que la forme extrême que peut prendre ce déni, dans des circonstances de dépression où sautent les verrous d’interdit. Le nazisme en est l’expression ultime, indépassable dans sa référence à un prétendu « naturel » (la race et la hiérarchie raciale), et qui propose la mort comme solution à la mort. Hitler promettait un Reich de mille ans, autant dire l’immortalité.

Ce qui revient à dire que le concept de « crime contre l’humanité » est le déni

du déni historique ordinaire.

Vienne le jour où la contradiction émergera dans la conscience collective.

Islam et République (avec un ajout)

« Le ministre de l’intérieur était l’invité, mercredi, de l’émission « Zemmour & Naulleau » sur Paris Première. L’occasion de trouver des points d’accord avec le polémiste. » (A la Une du Monde – 25.02.2021)

La stratégie d’E. Macron est de plus en plus évidente : convaincre la partie des électeurs de droite et d’extrême-droite tentés par le vote RN qu’il peut les représenter sans le danger d’incompétence qu’a révélée Marine Le Pen en 2017 et dont il compte bien montrer en 2022 qu’il est toujours d’actualité.

Il est donc dans un jeu électoraliste qui n’est pas nouveau, mais qui, cette fois, révèle des convergences idéologiques, même si, tactiquement, elles ne s’expriment pas directement par sa bouche. Ce jeu est calé sur le pari que les voix de gauche se reporteront dans leur grande majorité sur lui au second tour.

Ce double jeu contient un discours subliminal de mépris dont personne ne sait si et quand il ne finira pas par produire l’effet inverse.

Au cours de ce débat, E. Zemmour a déclaré, dit le Monde,  que l’islam était incompatible avec la République.

Ma contribution :

« L’islam n’est pas compatible avec la République », dit le polémiste comme s’il y avait simultanéité entre le fait religieux musulman lui-même (la foi), la présence (ancienne) en France de musulmans pratiquants d’une part, et la question (récente) de la compatibilité soulevée par certains d’autre part.

Il oppose ainsi la soumission à la loi religieuse et le respect des principes républicains. Mais toute religion place sa doctrine au-dessus des lois, c’est inhérent à la transcendance, et produit des intégristes plus ou moins virulents selon les problèmes et les époques. Ce qui est déterminant, c’est le rapport état/religion : distinction (laïcité) ou confusion (théocratie). En soi, l’extrémisme musulman n’est pas plus l’islam que l’extrémisme catholique n’est le christianisme. Ni moins. Pour qu’il se réduise, il importe de comprendre les raisons de son émergence violente, il y a trente ans. Au-delà de la jouissance, la confusion polémique ne peut produire qu’une violence stérile.

> réponse du pseudo furusato : « Pas plus que le léninisme n’est inscrit dans le marxisme , pas plus que le stalinisme n’est inscrit dans le léninisme ? Et pourtant dans l’un et l’autre cas les raccordements sont tout à fait possibles . Donc un peu quand même JPP : l’Islam est apaisé lorsqu’il règne sur un paysage sans contradicteurs et sans fitna et c’est rarement le cas .Une foi quiétiste vous le savez est rareté, la foi veut toujours se faire voir, si pour la grande majorité des catholiques se faire voir est plutôt apaisé c’est que cette religion a reçu des coups sur le nez à de nombreuses reprises. Tel n’est pas le cas de celle qui aimerait brandir ses étendards pour se faire voir, le fait dès qu’elle le peut, et dont une part enrage de savoir que nous considérons ses rituels comme lubies pittoresques. Ah tiens j’enfreins en ces propos bonhommes ! »

Ma réponse :

Curieuse, cette diatribe. Elle ne s’oppose en rien à mon explication qui inscrit bien l’intégrisme/extrémisme dans le fait religieux. Elle ne l’y réduit pas dans son expression. Je demande seulement pourquoi l’incompatibilité serait un invariant (en l’occurrence musulman) et non lié à l’intégrisme/extrémisme plus ou moins émergent dans le temps. Est-ce que  c’est la question du moment de son émergence (Al Qaïda, fin des années 80) que vous ne voulez pas examiner ? L’analyse peut aider à comprendre comment l’islam est devenu le vecteur  d’un fait sur lequel on colle l’étiquette terrorisme, et  qui n’a pas à voir avec le prosélytisme. La  foi (croire) est le résultat d’un refus/déni de savoir. La religion qui en est la dimension sociale contient tous les composants (dont les mortifères d’exorcisme) de ce qui unit un groupe dans ce refus/déni, qu’il soit religieux ou politique.

Ajout > autre contribution :

> pseudo FDD : « Je connaissais pas E Zemmour (eh oui, c’est possible!). Je suis tombée sur son émission sur Cnews et j’ai été bluffée par son talent. Oh tout ce qu’il dit n’est pas vrai, et ses dadas sentent (très) mauvais. Mais il a parfois des analyses d’une justesse confondante. Et il est diablement habile. Je n’écarterais pas d’un revers de main l’hypothèse d’un 2° tour Zemmour Macron. Et dans ce cas… ? »

Ma réponse à ce qui ressemble à une plaisanterie quand même ambiguë. Dans ce genre de doute, je choisis de ne pas m’abstenir. On ne sait jamais.

La rhétorique, aussi vieille que l’humanité (cf. Platon et les sophistes), est comme le chant des sirènes. Elle s’apprend et fonctionne comme un jeu qui peut être séduisant, en effet. Si elle est bien maîtrisée, celui ou celle qui écoute oublie qu’il a affaire à un maître-joueur… ou chanteur. Retournez-vous un instant, et regardez certains des rhéteurs de la première moitié du 20ème siècle.

Redoutablement efficaces, n’est-ce pas ?

Affaire Gérard Depardieu

« Gérard Depardieu mis en examen pour « viols » et « agressions sexuelles » en décembre. La jeune comédienne qui dénonce plusieurs viols et agressions sexuelles en 2018 au domicile parisien de l’acteur avait obtenu, à l’été 2020, que cette enquête soit confiée à un juge d’instruction. » (A la Une du Monde – 24.02.2021)

Réactions :

Pseudo « avec le temps » : « je ne comprends pas bien pourquoi, après s’être faite violée le 7 août 2018, elle soit retournée lui rendre visite le 13 !? et pourquoi elle a attendu la fin du mois pour porter plainte. le saura t on un jour ? par ex par un jugement ? quelle suspense intolérable… d’autant que je m’en fout complètement. je regrette par contre énormément que tous les 3 jours, 2 femmes sont tuées par leur conjoint en france, et que « le monde » n’y consacre jamais qq article que ce soit. oh, je n’espère pas un article par mois, mais un par an serait me semble t il salutaire. »

> réponse : Pseudo « The Ad » : « Parfaitement d’accord avec vous. Et je suis féministe (et homme) excédé par le patriarcat. « Emprise » pour expliquer de retourner chez son agresseur 6 jours après un viol ? Une personne charismatique devrait se cacher pour ne pas provoquer de fascination ? Que ces sujets sont larges et complexes … »

Pseudo « Lachcor »  :  « Des choses m échappe sur le nature humaine des hommes et des femmes. Je suis un gentil un simple. Mais bon tu te fais violer ou agresser une fois…. et tu y retournes? Euh…. »

Trois réponses :

> S. Emond : « Ben oui. Je pense qu’il faut avoir fait l’expérience pour le comprendre. Se faire violer, ce n’est pas forcément crier « non, non » et se prendre des coups. C’est aussi ne pas vouloir, tenter de le dire, être écrasé par le pouvoir et la notoriété de l’autre. A nouveau, je ne crois pas que je pourrais le comprendre si je ne l’avais pas moi-même vécu. Et une fois que ça s’est passé, d’abord parfois il faut un peu de distance pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. Ensuite, on se sent obligé. Le viol c’est la négation de l’individu. Vous n’imaginez à quel point ça casse quelque chose dans ce que vous êtes. »

> pseudo « furusato » : « @ Edmond est intéressant mais nous qui sommes logiques avons beaucoup de mal à comprendre autre chose qu’une pulsion masochiste dans le remettez le couvert une fois. L’automaticité de la valeur d’une accusation sans preuves pose problème en ces temps mauvais de chasse au mâle blanc et lui seul. Donc je ne me prononcerai pas sur ce cas et le rapport entre l’idole enflée et sa proie réelle ou fantasmatique sauf sur ce point où je tique sur la psyché supposée de la personne violée. »

> Pseudo « Elsie » :  « @S. Emond : alors peut-être qu’au lieu de nous abreuver tous les 3 jours de récits détaillés d’accusations sordides, Le Monde ferait mieux d’essayer de nous faire comprendre ce qui se produit dans la tête de la personne violée. Parce que vous pouvez le constater vous-même : pour une grande partie des 90 contributeurs, c’est proprement incompréhensible. Ce n’est pas votre ressenti que je mets en doute, mais la manière dont LM traite ces affaires. »

Ma contribution :

Pour traiter ces problèmes, nous faisons appel à nos « logiciels » psychosociaux qui définissent quels sont, quels doivent être, les comportements des uns et des autres, selon une « logique » censée aller de soi. Elle nous dit, par exemple, qu’une femme violée ne retourne pas chez son violeur ou alors, que c’est elle qui a un problème. Je n’ai pas la réponse. Je dis seulement que cette logique doit être questionnée, autrement dit qu’elle n’est pas de nature transcendante, pas intouchable, pas nécessairement absolument vraie. J’ajoute que la démesure que représente la révélation de la plainte et de l’identité de celui qu’elle vise  est peut-être le signe objectif (non décidé) de la démesure de cette logique qui tend, sur ces questions-là, à donner les réponses avant les questions.

                                                           ***

Autre (?) problème, l’accumulation des affaires mettant en cause des célébrités et la manière dont elles sont traitées par les médias. Ainsi, l’avocate de la plaignante a demandé que l’intimité et la vie privée de sa cliente soient préservées, ce qui semble respecté. Qu’il n’en aille pas de même pour la personne accusée – malgré la protestation de son avocat –  est peut-être le contrecoup du silence si longtemps imposé par le poids de la « notoriété » non seulement publique, mais aussi familiale (inceste). Serions-nous en train de prendre un « virage » historique ? Au risque du dérapage.

L’académique pensée

« L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime un collectif de 130 universitaires. »

(A la Une du Monde – 23.02.2021)

Extrait :

« (…) Se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée. (…)»

Ma contribution

La question qui n’est pas nouvelle est celle de la reconnaissance du « fait » et de son questionnement. Pour Platon, il n’y a pas de fait/questionnement de l’esclavage. La tribune dénonce de nouveaux concepts et certains contributeurs approuvent invoquant de manière obsessionnelle et ironique le «woke »* comme si le mot valait analyse. Est-ce que l’islamisme/crime est considéré par les signataires de la tribune comme un fait/questionnement ? L’ironie visant le « tape-à-l’œil » « blanchité » laisse entendre que le problème du fait/race/racisme est résolu. Id. pour le fait/colonisation. Le confort du travail académique accompli, n’est-ce pas ? Si ces signataires étaient cohérents avec l’esprit universitaire qu’ils veulent incarner, ne devraient-ils pas considérer comme un fait/questionnement l’objet de ce qui leur fait hausser des épaules condescendantes ?

Et pour féminicide, répondent-ils avec la même ironie ?  

*Woke est un terme apparu durant les années 2010 aux États-Unis, pour décrire un état d’esprit militant et combatif pour la protection des minorités et contre le racisme. Il dérive du verbe wake, pour décrire un état d’éveil face à l’injustice. (Wikipedia)

Une réponse

Vous illustrez a votre corps défendant le faible niveau des « woke » en science et en épistémologie. La science c’est un jugement en fait et non en valeur. C’est avant tout une méthodologie, ce qui n’empêche pas de tester des hypothèses auxquelles vous tenez a condition de le faire en toute honnêteté intellectuelle. Pour prendre un exemple plus neutre personne n’en veut à Raoult d’avoir cru en HCQ, ce qu’on lui reproche c’est d’en faire la promotion sans preuve scientifique. De même Priscille Touraille pouvait tout à fait étudier l’origine des différences entre hommes et femmes. Le problème est de ne pas l’avoir fait de manière scientifique, et d’avoir en réalité écrit sa conclusion à l’avance. Enfin, le rôle d’un professeur est d’enseigner le savoir, pas de convaincre les étudiants de ses opinions.

Ma réponse

« Croire en HCQ », n’est-ce pas, vu sous l’angle scientifique, un problème ? « En toute honnêteté intellectuelle ». Il serait intéressant d’examiner les critères qui définissent cette honnêteté. Je n’ai pas d’exemple de scientifiques qui aient reconnu examiner un problème en toute malhonnêteté intellectuelle. Il n’est pas toujours facile de se distancier de ses affections pour accepter de reconnaître un fait qui signifie qu’un problème n’est pas » réglé », comme on pouvait/souhaitait le croire, un problème qui touche à des questions existentielles, individuelles et/ou collectives. Regardez le discours des prétendus « bienfaits de la colonisation » ; je ne mets pas en doute l’honnêteté intellectuelle de ceux qui le tiennent, mais en quoi est-il une prise en compte du « fait colonial » ? Montesquieu qui étudie et définit le droit en toute honnêteté intellectuelle – ce n’est pas discutable – n’était pas hostile à l’esclavage. Non sans contradictions.

Penser

Le débat sur l’islamo-gauchisme prend des proportions que n’a peut-être pas imaginées celle qui l’a ouvert. Près de deux cents contributions dans la seule page du Monde, ce lundi 22.02.2021. La plupart sont violentes. Elles témoignent de la difficulté à construire une problématique, c’est-à-dire à considérer qu’une question ne se réduit pas à elle-même, qu’elle n’est pas sa propre cause.

Ce débat a forcément un impact important sur l’opinion publique parce qu’il met en cause l’islam, un des vecteurs de la désespérance que cette religion, comme toutes les autres, conforte par l’espérance, l’une et l’autre également antinomiques de la pensée.

Une illustration par cette réponse (du même furusato) à une de mes interventions concernant le mouvement Génération Identitaire et la question de la frontière.

« En mettant symboliquement (car ils n’ont maltraité personne) le doigt sur le problème des frontières ils ont souligné l’idéologie de l’accueil inconditionnel qui soutient ou publiquement ou en propositions sous- jacentes le traitement de ce problème : à savoir qu’il n’y a plus de frontières sinon de manière fantasmatique et que nous devons nous y résigner. A savoir aussi que si l’on en parle en politique c’est comme fable nous reliant agréablement au passé. Et par là ils ont dégagé l’autre fantasme répété à longueur de colonnes : que toute immigration est bonne à prendre et ne transporte jamais le travail du négatif dans ses bagages. Je ne les connais pas et je ne me reconnaîtrais pas forcément dans toutes leurs références mais je ne vois rien dans leur action qui déborde le désir de poser une question qui ne nous a jamais été posée : voulons-nous n’avoir plus de frontière sauf comme faux-semblant ? »

Ma réponse :

Le problème que pose votre analyse est ce qui semble être le rejet de la problématique.  La frontière n’est pas une question en soi. Elle fait partie de la problématique du rapport historique aux autres, autrement dit de la frontière ouverte/fermée selon qu’on va chez eux sans leur demander leur avis (colonisation, guerre), qu’on les fait venir parce qu’on a besoin d’eux (emplois subalternes, forcés) ou qu’ils frappent à la porte parce que  notre présence chez eux ne leur a pas/plus permis de vivre dans leur pays (exploitation des ressources, corruption). Faire l’économie de ce questionnement du réel, et le réel est têtu (cf. pop vox>Arte du 21.02.*) équivaut à un renoncement de la pensée.

* Cette émission revient sur la colonisation, notamment celle du Congo par le roi belge Léopold II.

Ma nouvelle contribution au débat (sur le site du Monde) sur l’islamo-gauchisme (cf. articles précédents) :

Il y a un choix à faire : ou bien cette question (comme les autres) est un problème en soi, suffisant à chacun pour déterminer une philosophie politique radicale (cf. les diatribes),  ou bien elle fait partie d’une problématique plus générale qui concerne la dépression que nous traversons, en grande partie produite par l’absence de perspective de changement du système. Nos critiques se cognent la tête contre la sphère d’un inamovible d’autant plus traumatisant qu’il annonce la catastrophe. Oublier la construction de problématiques (cf. la manière dont est posée la question de la frontière  par Génération Identitaire et le RN) revient à renoncer à penser le réel de notre rapport aux autres (cf. Pop vox sur Arte – 21.02).