Delphine Horvilleur vient de publier Sermons sous les décombres (Éditions Olivier Nora)
Madame,
Dans la page du Monde (13/10/202) vous vous interrogez sur l’intérêt de votre dialogue avec la journaliste dont vous pensez que « les gens ne vont pas le lire ».
Je ne sais pas qui sont « les gens ».
Je l’ai lu.
Le questionnement que je vous propose concerne essentiellement cette assertion « Un effondrement des mots nous menace. »
Je dirai que ce n’est pas les mots qui peuvent s’effondrer, mais les références de sens. Un exemple. « Il m’a fallu du temps pour replacer certains mots dans ma bouche, en particulier à partir du printemps 2024, de la souffrance des Palestiniens innocents. » Là, vous parlez de votre émotion. En même temps, « Je me suis toujours considérée comme sioniste », dites-vous, malgré la complexité que vous soulignez de son signifié . Là, c’est le choix assumé de l’ambiguïté.
Je ne mets pas en cause la sincérité de votre discours dont je partage certains aspects, en particulier votre qualification « bombe à déflagration » de la colonisation de la Cisjordanie.
Cependant, vos mots ne sont pas les mêmes selon que vous parlez du réel (je le distingue de « réalité ») politique d’Israël ou du réel de la Palestine.
« La réalité, c’est que l’État d’Israël existe et que son droit à l’existence est indiscutable. De la même manière, les Palestiniens ont une pleine légitimité à trouver sur cette terre une sécurité, une dignité et une autodétermination. »
La réalité, votre réalité, est que vous utilisez le mot État pour Israël, et que vous ne l’utilisez pas pour les Palestiniens.
Plus symptomatique – je préciserai juste après de quoi – ceci : « Il serait obscène de déresponsabiliser le Hamas de sa culpabilité depuis le 7 octobre et tout au long de ces années où il a fait de Gaza une rampe de lancement de missiles vers Israël. Simultanément, tant de choses sont importantes dans les choix politiques israéliens, à commencer par le fait que, trois ans après la catastrophe, ce gouvernement soit opposé à la création d’une commission d’enquête d’État. »
Symptomatique d’un discours qui substitue le phénomène (ce qui apparaît, se voit) à l’analyse de ce qui le produit, sa cause, autrement dit, pour ce dont vous parlez, le processus historique : le Hamas n’est pas tombé du ciel, il est le produit instrumentalisé d’une carence pérenne et le massacre du 7 octobre n’est pas un événement « en soi ». J’ai expliqué dans le blog (j’en donne la référence) en quoi il est, en deçà de toutes les intentions imaginables, un suicide – ce que la suite a confirmé. Le suicide d’un peuple – j’utilise le mot dans son sens politique, autrement dit je ne parle pas de la population – quand il ne lui reste pas d’autre voie possible que sa mort accompagnée du plus grand nombre possible d’autres morts, acte sur lequel est unanimement collée l’étiquette commode de « terrorisme ». Commode en ce sens qu’elle donne l’illusion d’une explication.
La question essentielle que pose ce massacre, la seule qui soit susceptible de faire bouger les lignes du discours et interroger le sens des mots, concerne ce qui l’a rendu possible, aussi bien du côté palestinien qu’israélien.
Dans le même paragraphe cité plus haut, une phrase pour la culpabilité du Hamas, une phrase sur le dysfonctionnement (militaire, technique, politique… ) israélien qui n’a pas pu empêcher le massacre, autrement dit, et malgré votre mise en cause du « campisme » en vous situant dans un camp, celui du phénomène, des effets, qui exclut celui de l’analyse de la cause, autrement dit du processus.
Je vous soumets cette question : est-ce que l’émergence du Hamas, à laquelle a contribué la politique israélienne, et, en même temps, l’inexistence politique de l’Autorité palestinienne qui y a également contribué, s’expliquent autrement que par l’absence d’un État palestinien ?
Supposez un instant que le processus enclenché par les accords d’Oslo (= tourner la page de la question du « commencement ») ait été poursuivi et qu’il ait abouti à la création d’un État palestinien. Diriez-vous qu’aurait existé l’espace politique, idéologique, religieux, fanatique qui a vu naître le Hamas, espace dans lequel se développe l’extrémisme religieux israélien ?
« Les angles morts sont partout autour de nous ». Vous avez raison.
Pour terrifiant et insupportable qu’il puisse être, le 7 octobre n’est qu’un moment du processus qui conduit deux entités à persister depuis plus de 80 ans dans un conflit – dont l’asymétrie est aussi un problème – qui pose la question de son besoin pour exister.
C’est un angle mort.
J’ai lu une interview de D. Horvilleur dans Libération. Nous sommes passés de « rien ne justifie le 7 octobre à : le 7 octobre justifie tout. Le silence de Mme Horvilleur sur Gaza m’a toujours été insupportable. Elle essaie, après 72000 morts et 21000 enfants de s’acheter maintenant une conscience. Il serait temps. Mais cela ne l’empêche pas de refuser d’utiliser le mot génocide alors que la majorité des experts internationaux du génocide voir l’historien Israélien Omer Bartov) nous ont alerté depuis 2023 et qu’Israel coche maintenant toutes les cases de la définition de la Convention de Genève 1948. Enfin elle ose accuser les courageux cinéastes d’avoir choisi le titre NAZA pour le documentaire parce qu’il rappelle, à une voyelle près, … le mot Nazi ! Elle aurait dû lire ou relire Edgar Morin qui lui a toujours fait honneur au judaïsme.
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J’ai lu une interview de D. Horvilleur dans Libération. Nous sommes passés de « rien ne justifie le 7 octobre à : le 7 octobre justifie tout. Le silence de Mme Horvilleur sur Gaza m’a toujours été insupportable. Elle essaie, après 72000 morts et 21000 enfants de s’acheter maintenant une conscience. Il serait temps. Mais cela ne l’empêche pas de refuser d’utiliser le mot génocide alors que la majorité des experts internationaux du génocide voir l’historien Israélien Omer Bartov) nous ont alerté depuis 2023 et qu’Israel coche maintenant toutes les cases de la définition de la Convention de Genève 1948. Enfin elle ose accuser les courageux cinéastes d’avoir choisi le titre NAZA pour le documentaire parce qu’il rappelle, à une voyelle près, … le mot Nazi ! Elle aurait dû lire ou relire Edgar Morin qui lui a toujours fait honneur au judaïsme.
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Merci pour ces précisions complémentaires.
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