ABBA et J-S Bach

« ABBA annonce un nouvel album, après une pause de quarante ans. Le groupe de pop suédois, séparé depuis 1982, a annoncé, jeudi, sa reformation et la sortie d’un nouvel album en novembre. « Voyage » sera entièrement composé de chansons originales. » (Ala Une du Monde – 03.09.2021)

Quelques réactions :

« Sont-ils à ce point en manque d’argent ? »

« Ce qui différencie la pop de cette époque, avec la soupe actuelle, c’est la compétence et les moyens. Composition, arrangements, orchestrations, musiciens, tout au long de la production, il y a du monde formé, compétent. Et ça s’entend. Reste les thématiques des chansons, ce n’est pas du Shakespeare, ça n’en avait pas la prétention. Mais 40 ans après, c’est toujours sur les ondes. Ce n’est pas un hasard. »

« Chouette, on aura de nouvelles chansons pour faire la ronde en maison de retraite ! »

« La vieillesse est un naufrage ! »

« Ça me donne pas envie. Me semble qu’un seul titre des Pistols, des Clash ou de RATM en dit plus long, avec plus d’humour, d’utilité et de musicalité, que l’intégralité de la pop nunuche. »

« A part les vieux pervers lubriques qui écoute encore ABBA aujourd’hui ? »

« Que de commentaires agressifs, désagréables et méchants. S’ils ont envie de chanter ensemble et de produire un album, ils n’ont pas le droit ? Et qu’est-ce que ça peut faire qu’ails soient septuagénaires ? On n’a plus le droit de ne rien faire quand on dépasse un certain âge ? Ce racisme anti-vieux devient extrêmement désagréable, surtout à l’égard d’un groupe qu’on entend beaucoup dans les soirées, et qui est apprécié des jeunes. Encore aujourd’hui. Mais peut-être que ces commentaires viennent de vieux jaloux ? »

Ma contribution :

La musique concerne à la fois et en même temps le corps et l’esprit. Tout dépend de la position du curseur. Bach et ABBA ne le placent pas au même endroit. Ce n’est pas une raison pour ne pas aimer Bach.

La Cour suprême et le Texas

« Aux Etats-Unis, le droit à l’avortement mis à mal par la Cour suprême. La plus haute juridiction du pays a refusé de censurer une loi texane signée en mai, qui interdit le recours à l’IVG au-delà de six semaines de grossesse. Joe Biden évoque une « insulte à l’Etat de droit »*. (A la Une du Monde – 03.09.2021)

*Cettte déclaration du Président concernant l’institution par excellence chargée de dire le droit a le mérite de poser la question de la nature du fondement réel de l’Etat.

Une réaction :

« L’avortement a toujours été pris sous un angle caricatural. Droit à la vie (du bébé) vs droit des femmes à disposer de leur corps. Le plus dur à trancher étant de savoir à partir de quand un fœtus peut être considéré comme un petit être humain. »

Ma réponse en guise de contribution :

Pensez-vous qu’il y ait un moment précis où le fœtus devient « un être humain » ? Qu’était-il avant ? Il n’a pas la conscience d’exister, oui, mais pas plus que l’enfant qui vient de naître. La différence entre les deux, majeure, c’est que le second est devenu un être social. En-dehors de cette réalité, il n’y a d’autre vérité que celle que nous, la société, décidons. Ce qui est également sûr, c’est que l’avortement est le produit négatif de carences – au moins d’information – dont les causes profondes se trouvent dans le discours confus des idéologies de  « nature », de « la vie », de  » Dieu »… bref un discours de transcendance qui assigne à la sexualité des « valeurs » aliénantes. L’absence de décision de la Cour Suprême en est une illustration.

Autre réaction :

« (…) La loi texane est une victoire spectaculaire du juridisme américain qui a toujours fait du slalom entre la liberté individuelle et la morale chrétienne. Le mensonge, par exemple, est un cas aggravant dans la justice américaine. Alors que, franchement, tout le monde ment. Bref, nous assistons à une vraie révolution anti-avortement. »

Ma réponse :

« Révolution » si vous pensez que le problème était résolu. Sinon, seulement un moment de la dialectique.

Afghanistan : une débâcle ?

« Promis par le nouveau président à son arrivée à la Maison Blanche, le retrait des Etats-Unis d’Afghanistan s’est conclu, lundi 30 août, dans une atmosphère de débâcle et de fébrilité. » (A la Une du Monde – 31.08.2021)

Quelques réactions :

« L’échec ce n’est pas celui des américains qui ont payé ce si lourd tribut humain en morts et blessés et cet énorme tribut financier. L’échec c’est celui des afghans complètement incapables de s’autogérer malgré 20 ans d’effort des forces américaines pour les soutenir. »

« Bravo, monsieur le Président Biden pour cette décision hyper pragmatique ! »

« Merci M. Biden d’avoir fait le boulot du retrait que personne d’autre n’était capable de faire à part les yaka fokon médiatiques et les oppositions de toujours. »

« Il y a vingt ans, nous avons assisté à la chute du communisme, aujourd’hui nous assistons aux prémices de la chute de l’empire américain. Car cette débâcle sur le théâtre extérieur se déroule en parallèle avec la fragmentation et une fragilisation sans précédent de la société américaine. Les universités US sont en ébullition, le mouvement Woke fracture très profondément jusqu’aux fondements de la société américaine. La moitié au moins des citoyens américains doit certainement se réjouir de cette défaite et de cette humiliation. Car, pour eux, les E-U sont non seulement le temple de l’oppression et du racisme systémique, mais c’est aussi le nouvel empire du mal absolu. C’est très ironique, je trouve. L’effondrement soudain de l’édifice bâti par les Américains en Afghanistan, et leur fuite éperdue donne au désastre un côté presque ridicule. Les ricaneurs ricanent. Et ils ont de quoi. Quand David tue Goliath, c’est le bien qui terrasse le mal. Les Américains connaissent la Bible.»

« Joe Biden est très décevant sur ce point. Il fait du Trump : gesticulations, impréparation, indifférence…etc… »

Ma contribution (suivie de deux réactions)

Débâcle qui évoque un échec militaire n’est pas appropriée. Le départ forcé des intervenants étrangers n’est rien d’autre que l’aboutissement normal d’une erreur initiale, à savoir l’intervention étrangère dans les affaires intérieures d’un pays. Le problème n’a jamais été essentiellement militaire : si les talibans ont repris le pouvoir et Kaboul sans opposition ce n’est pas parce qu’ils sont plus « forts » que les Américains et leurs alliés mais parce qu’ils sont afghans et qu’ils apparaissent comme la solution la moins mauvaise pour la population dont ils sont l’émanation et l’expression, excepté pour les occidentalisés notamment de Kaboul. Pourquoi, et pour la énième fois, cette erreur a-t-elle été commise, pourquoi l’islam sert-il de vecteur pour une contestation du monde occidental par des actes dits de terrorisme… Telles sont quelques unes des questions que pose l’Afghanistan, entre autres.

Première réaction :

« Tout-à-fait d’accord. J’ajouterai une autre question à vos interrogations finales : l’Afrique sahélienne ? »

Ma réponse :

C’est en effet le même type de problème, avec cependant la différence d’une dimension internationale qui complique le paramètre d’autonomie, pour autant que cela ait un sens dans un tel chaos politique, pour une bonne part la conséquence de la colonisation et du soutien aux politiciens corrompus avec lesquels elle a été poursuivie sous un autre mode.

2ème réaction :

« Il y toujours un vecteur, au Vietnam c’était le communisme, en 1789 l’inéquation du droit divin, en Russie la féodalité du régime tsariste avec des inégalités monstres. Bref à un moment les peuples se révoltent contre la misère et donc contre ceux en qui ils voient les profiteurs.. Ce qui n’est pas faux. Alors si en plus ce sont des gringos. »

Ma réponse :

 Pour la question que je pose, je ne suis pas certain que ce soit une révolte des peuples qui puisse expliquer l’utilisation de l’islam en tant que vecteur de ce qu’on appelle terrorisme. Les « printemps arabes » qui sont indéniablement des révoltes populaires n’ont pas à voir avec cela.  Une différence significative : la révolte populaire vise un changement, une amélioration de la vie individuelle et collective, alors que l’acte terroriste n’a d’autre visée, au moins pour celui qui le commet,  que la mort du plus grand nombre et la sienne propre.

Action syndicale du 5 octobre

« Plusieurs syndicats appellent à une journée de mobilisation le 5 octobre

La CGT, FO, la FSU, Solidaires et les organisations de jeunesse FIDL, UNEF et UNL « s’opposent à ce que la situation sanitaire soit utilisée par le gouvernement et le patronat pour accélérer la remise en cause des droits et des acquis des salariés et des jeunes ». (A la Une du Monde – 31.08.2021)

Quelques réactions :

« Leur principal pouvoir de nuisance, à savoir bloquer ou entraver les transports en commun de ceux qui veulent travailler, étant largement affaibli par les possibilités accrues et habitudes prises de télétravail, le mouvement ne va pas gêner grand monde. »

« Le rituel de syndicats qui n’ont aucune capacité à trouver d’autres moyens d’exister encore un peu . Faire la grève pour faire la grève quel que soit le contexte .Pathétique »

« J’imagine que de nombreux commentateurs vont décrier la grève, le niveau des Prélèvements Obligatoires, le fait que nous ne soyons pas des nordiques rompus au dialogue. Je crains que notre société devienne de plus en plus à fleur de peau, de moins en moins syndicalisé, de plus en plus hostile à la grève. Et je ne suis pas sur que cette évolution soit souhaitable. Ni que la solution est de crier haro sur ces syndicats dits extrémistes. J’ai plutôt le sentiment que c’est la société qui est de plus en plus clivée ! J’espère me tromper. »

« Personnellement les gilets jaunes en 2018, les grèves de 2019, le Covid en 2020/2021 et là de nouveau des manifestations dans la rue : trop c’est trop, la démocratie c’est le vote , ce n’est pas la vocifération dans les rues . Et quid d’un coup fatal pour la reprise économique. »

« Au regard des acquis sociaux français gigantesques et sans équivalent au monde (cf. la part de notre PIB consacré aux dépenses sociales et notre place de numéro 1 mondial des impôts) on peut s’élever contre des syndicats de grévistes professionnels qui ne représentent plus grand monde, et pour qui la grève est l’alpha et l’oméga de toute action. Quant aux syndicats lycéens, dirigés par des « jeunes » aux discours archaïques de vieux staliniens ils se distinguent avant tout par leur sectarisme et leur déconnexion avec le monde étudiant réel (pas celui des syndicalistes professionnels qu’ils sont déjà). Le syndicalisme français vit hors sol, est prompt à justifier toute violence et est surtout tourné vers le maintien de situations de rente (cheminots etc. etc.). La preuve : les jeunes et les salariés du privé en sont à 99% absents. »

Ma contribution :

Il y a dans une partie du syndicalisme français l’écho et la permanence du discours historique  qui ne distingue pas essentiellement les revendications proprement syndicales de la lutte contre ce qui les rend nécessaires, à savoir le capitalisme. C’est ainsi que la CGT signe de nombreux accords d’entreprise, très rarement, sinon jamais, des accords nationaux qui, pour elle, signifient implicitement une acceptation du système. Etre ou non d’accord avec cette conception est une chose, porter des jugements à l’emporte-pièce en est une autre. Les syndiqués sont peu nombreux, comme les adhérents à un parti politique. En revanche, les protestataires qui contestent  ceux qui s’engagent ici ou là, sont très nombreux qui ne manquent pas d’expliquer qu’un syndicat qui se contenterait de gérer (comme en Allemagne, par exemple) serait nettement préférable. Si notre système de protection sociale est, dit-on, parmi les meilleurs, est-ce sans rapport avec le syndicalisme tel qu’il existe en France ?

La dernière présidentielle de J-L Mélenchon

« Jean-Luc Mélenchon effectue son meeting de rentrée dans la Drôme

Le leader de la France insoumise s’adresse, ce matin, aux militants, dans le cadre des Journées d’été du parti, près de Valence. (…)Dans un entretien accordé jeudi au Dauphiné Libéré, il a appelé les milieux populaires à se mobiliser.  S’ils ne vont pas voter, « nous serons écrasés ». Il a aussi affirmé que l’élection de 2022 serait sa dernière participation à une présidentielle. »

(A la Une du Monde – 29.08.2021)

Quelques réactions :

« Je ne comprendrai jamais que M. Mélenchon ait l’outrecuidance de se proclamer Insoumis alors qu’il vit depuis des décennies et plutôt bien des prébendes de l’Etat et fonctionne dans un système courtisan et assez sectaire, bien loin de ses imprécations surjouées sur l’égalité et la fraternité. Quant aux idées, il faudrait éclaircir ses positions sur la laïcité, les missions régaliennes de l’Etat et ses hésitations pour le moins inquiétantes sur la science (cf ses pitoyables efforts de récupération du mouvement anti-pass). Non vraiment voter pour Mélenchon ce n’est pas voter à gauche. On attend encore un(e) candidat (e) authentiquement et fièrement socialiste et on risque d’attendre longtemps hélas ».

« C’est un bourgeois en quête de sensations, un homme politique flou qui cherche la lumière, un rebelle de salon éloigné du peuple qu’il prétend représenter. »

« C’est vraiment éclairant, comme toujours, de voir comment les débordements de personnalité de Mélenchon permettent à de nombreux commentateurs d’exprimer leur haine (et leur peur d’atteintes à leurs intérêts voire privilèges) des idées de gauche que défend Mélenchon par la critique du personnage ».

Ma contribution

L’annonce d’une dernière participation a deux sens possibles : soit un chantage affectif (si vous me voulez, c’est maintenant ou jamais) soit l’aveu (conscient ?) d’un impossible succès de l’individu – ce qui revient au même. L’un ou l’autre révèle l’importance de l’ego, contradictoire avec l’insoumission (affichée sans précisions) et qui, en dehors d’une dictature, renvoie plutôt  à la philosophie anarchiste. La réelle insoumission qui conduit à la liberté, vise, ici, à remettre en cause le rapport entre la politique et l’ambition personnelle – autrement dit le processus d’identification –  pour proposer un projet visant la cause  essentielle de d’aliénation.

Le CSA et CNews

« Le CSA met en garde CNews* contre « l’absence de diversité des points de vue exprimés » dans deux émissions de Pascal Praud. Ces émissions, diffusées les 26 avril et 3 mai, étaient consacrées à une tribune d’anciens militaires regrettant « le délitement » de la France et donnaient la parole uniquement aux soutiens de celle-ci. » (A la Une du Monde – 28.08.2021)

Cette mise en garde suscite de nombreux commentaires, critiques le plus souvent, qui lui opposent l’homogénéité partisane des équipes rédactionnelles des chaînes publiques.

Ex :

« Le CSA se moque du monde et se rêve en censeur. Il n’a jamais « mis en garde contre l’absence de diversité des points de vues exprimés » les médias du service public, le record du conformisme progressiste étant obtenu par France Inter, France Culture etc. Une émission comme C dans l’air n’est jamais un lieu où des opinions opposées se confrontent. Cnews, notons-le, invite des chroniqueurs de gauche, tel Laurent Joffrin. En France, un média conservateur, chose admise sans problème dans toutes les démocraties, est un objet de scandale. (…) »

« Peut-être que le CSA ne connaît pas la fréquence de France Inter, dont l’ensemble des chroniqueurs, quoi que payés par les impôts de tous les Français, ne résonne (raisonne ??) que du son d’une seule cloche, celle de la bien-pensance de gauche ??? »

« Est-ce qu’un média (écrit ou audio) est libre de sa ligne éditoriale? D’après le CSA, il ne le semble pas. Dès lors, on doit obliger Le Monde à publier des tribunes en faveur des thèses du RN, France-inter à recruter des humoristes de droite, etc… et comme ça jusqu’à l’envi. Et pour faire respecter ces obligations (il ne s’agit pas encore d’interdictions), on assignerait à chaque média un fonctionnaire chargé de contrôler le respect de la diversité des opinions et celles-ci devraient couvrir le spectre allant des blacks blocs aux identitaires puisque la diversité est contraire à la moindre restriction.(…) »

Ma contribution :

L’intervention et la formulation du CSA dénotent un désarroi. L’objet réel n’est pas le problème de la diversité de points de vue, mais la résurgence d’un type d’expression médiatique dont la nature exclut le dialogue parce que le but visé n’est pas l’information, mais la propagande d’une idéologie. C’est en cela qu’à mon sens se trompent ceux qui placent cette question dans le champ du débat contradictoire et de la tolérance. Le désarroi vient sans doute de la difficulté à rendre compte de ce qui rend possible un tel type d’expression, aujourd’hui.

*En 2016, à la suite de la reprise en main du groupe Canal+ par Vincent Bolloré et d’une grève d’un mois de la rédaction pour réclamer son indépendance, plus des trois quarts des journalistes quittent I-Télé, qui est rapidement paralysée par le manque d’effectifs. La chaîne est rebaptisée CNews le 27 février 2017. Sa nouvelle ligne éditoriale est généralement décrite comme conservatrice, voire orientée à l’extrême droite, ce qui lui vaut d’être considérée comme l’équivalent français de la chaîne américaine Fox News.  La stratégie se révèle gagnante à partir de 2019-2021, CNews augmentant significativement ses audiences au point de talonner voire dépasser la première chaîne d’information nationale, BFM TV. (source : Wikipédia)

Dilution de la laïcité

« Une campagne du gouvernement pour promouvoir la laïcité à l’école fait débat.

Syndicats ou politiques dénoncent un « dévoiement raciste » de la laïcité. Le ministre Jean-Michel Blanquer défend une campagne « faite pour unir ».

(…) « Sur une des huit affiches, qui représente un petit garçon blanc aux côtés d’une petite fille noire, tous deux dans l’eau accrochés à un rebord de piscine, on peut lire : « permettre à Sacha et Neissa d’être dans le même bain. C’est ça la laïcité ».(A la Une du Monde – 28.08.2021)

Ma contribution

Permettre aux garçons et aux filles d’aller dans le même bain, quelle que soit la couleur de leur peau, n’a à voir qu’indirectement avec le principe de laïcité (l’école publique ouverte à tous est le lieu de la transmission du savoir commun), dans le sens où c’est par le savoir qu’on combat le racisme. L’ellipse et l’omission de la distinction radicale savoir (public) / croire (privé)  ont cet avantage politicien d’évacuer par exemple la contradiction que crée l’existence de l’école privée qui, surtout quand elle est confessionnelle, associe le croire au savoir, de surcroît avec des subventions de l’état laïque. Une église peut très bien reprendre à son compte les affiches en les adossant à l’amour du prochain tel qu’il est défini et préconisé dans son catéchisme.

La logique socialiste

Extrait d’une interview d’Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, à propos de la présidentielle et de l’abandon de la primaire. (A la Une du Monde 27.08.2021)

« (…) Aujourd’hui, incontestablement, la force qui a le maillage territorial le plus conséquent, ce sont les socialistes. Les seuls qui ont réussi à faire élire et réélire des maires, des présidents de région, des présidents de département, ce sont les socialistes. Je ne vous parle pas d’un sondage qui mobilise 1 000 personnes, mais de scrutins qui ont déplacé plusieurs millions de Français. Nous sommes donc particulièrement fondés à revendiquer pour les socialistes la candidature commune à l’élection présidentielle. (…) »

Ma contribution.

Depuis l’implosion soviétique (fin des années 80) la gauche ne dispose plus des deux discours de faire-valoir réciproque (réforme/révolution) et le quinquennat de F. Hollande a montré les limites du PS privé de l’ambivalence du PC. Autrement dit, la gauche électorale n’a plus à sa disposition qu’un discours, inutile, de gestion du capitalisme. Le seul discours de gauche révolutionnaire restant, est celui de l’explication de l’équation fondatrice du capitalisme (être = avoir plus) et de sa remise en cause. Autrement dit, celle du rapport à l’objet (production/consommation) précisément en tant qu’objet de transfert d’immortalité (collections, accumulations, par exemple). Il ne s’agit plus, d’abord, de politique, mais de philosophie.

J’ajoute, ici, que l’utilisation des résultats électoraux en vue de l’élection présidentielle et l’oubli du paramètre de l’abstention témoignent à la fois de la langue de bois dont l’obsolescence échappe apparemment au responsable socialiste et des limites de ce parti.

Accueil des Afghans

Le Monde proposait à la Une  (20.08.2021) un article sur les problèmes posés par les demandes d’asile des Afghans.

Ma contribution :

Les réactions hostiles posent la question du statique. Ce qui me préoccupe, c’est la situation de fixité du monde à laquelle elles conduisent. Je ne conteste pas les difficultés, réelles, mais le fait qu’elles sont considérées comme le produit d’un immuable (parfois déploré = on aimerait que ce soit autrement) étayé par des expériences dont je mets pas en cause la réalité, mais qui ne sont que relatives : tous les étrangers venus en France, de quelque culture ou religion que ce soit ne sont pas tous des impossibles. Il y a deux réels : le réel de l’étranger et celui du pays où il vient – de gré ou pas. Une contradiction, donc, plus ou moins forte. La première difficulté est celle des représentations mutuelles, souvent ignorée ou mésestimée. Le problème n’est pas de nature morale (il ne s’agit pas d’ouvrir béatement les bras) mais objectif : il concerne au-delà des différences contingentes le commun de l’espèce. Inhérente au vivant, la contradiction se résout dans le mouvement.

Une réponse (de Jef 974), le 24.08.2021

JPP : Même si la question inclut aussi la fascination (y compris, surtout ?, dans l’acceptation du si fin Quignard du Truc et L’Effroi), vous mettez ici justement l’accent sur sa dimension d’affrontement, inhérente à toute migration (même brève : j’ai mémoire de mes 2 années US, enrichissantes de leurs nouveautés comme de leur exigence de critique du passé originel) : mais vous oubliez que ce dynamisme de combat ne concerne pas que les nouvelles altérités, mais aussi les anciennes familiarités, et que les unes se terrassent plus facilement que les autres, question de fermeté de la prise sur la rampe, si vous avez lu Freud). Et qu’en matière de combats, il y a ceux – dépassés dans les 3 èmes mi-temps – qui concernent les adversaires, et ceux, drapés dans le sinistre crépuscule des batailles d’autrefois, qui visent les ennemis : subtilités nosologiques gravement oubliées des temps, on sait pourquoi, qui confondent l’Al-Harb sanguinaire et les tatamis tout de respect incliné.

Ma réponse à JEF

Ce questionnement m’a été suggéré par certains contributeurs dont la réponse (fermeture) dénote plus un a priori qu’une analyse. Au fond, c’est un choix de philosophie de vie. Pour moi, il ne s’agit pas d’abord de prendre une décision relative à cet événement (ou pour tout autre), mais de déterminer sur quels critères s’appuyer pour  déterminer le « rapport à l’étranger ». C’est pour moi la  question première. Ensuite, l’événement, quel qu’il soit, conduit à une application réfléchie, critique, de cette philosophie. Ce que je lis est le plus souvent une démarche inverse avec un implicite (dont les nombreux corollaires d’identité  nationale, de patriotisme, de remplacement etc.) qui cherche des justificatifs  dans des expériences vécues ou entendues érigées comme « preuves », sans questionner les paramètres qui les ont plus ou moins déterminées. D’où mon rappel du mouvement et des contradictions propres au vivant. Si je parviens ne serait-ce qu’à faire naître un doute…

E. Zemmour candidat ?

A la Une du Monde (23.08.2021) : « L’ombre d’un outsider sur la présidentielle de 2022. A chaque élection présidentielle revient la figure du « clown », sur fond d’affaissement des partis et des idéologies et d’une perte de crédibilité de la politique, explique, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au Monde. »

Extrait : (…) « A ce stade, aucun « clown », en France, n’est jamais parvenu à troubler véritablement le jeu. Contrairement à d’autres pays, relève le directeur général délégué d’Ipsos, Brice Teinturier, l’élection suprême au suffrage universel direct ne favorise pas un tel scénario. « Les candidats qui contestent le système le font de l’intérieur, c’est d’ailleurs ce qu’a fait Macron en 2017, note le spécialiste de l’opinion, selon lequel « existe encore l’idée que la présidentielle est une élection structurante et qu’il y a une utilité à voter pour quelqu’un qui peut changer les choses, ce qui limite la possibilité de voir émerger un trublion. » Si Eric Zemmour parvient à rassembler les 500 signatures, et va jusqu’au bout d’une candidature, celle-ci arriverait en outre dans un « espace contestataire certes puissant mais fragmenté et très concurrentiel », poursuit le sondeur. Ce qui limite d’emblée sa force de frappe électorale. » (…)

Ma contribution :

Le statut du clown/bouffon implique qu’il ne franchisse pas l’interdit du rapport entre le mot et l’acte. Autrement dit, son discours doit être perçu comme déconnecté de l’action sur le réel, au risque de perdre le rire (clown) ou la vie (bouffon). Cet interdit non seulement autorise toutes les démesures mais les exige. Même s’il peut paraître lui ressembler par la forme de son discours, le candidat à l’élection présidentiel diffère radicalement en ce sens  que son statut est inverse : il doit convaincre du rapport d’efficience entre les mots qu’il prononce et le réel qu’il prétend modifier, sans entrer dans l’espace (variable, cf. Mussolini/Hitler) du clown/bouffon au risque de faire rire et perdre sa crédibilité. Lorsque le clown/bouffon apparaît comme éligible, c’est soit parce qu’il n’en a plus le statut (cf. l’élection d’anciens acteurs) soit parce que la politique apparaît déconnectée du réel et que le rapport entre les mots et l’acte n’est plus crédible (B. Grillo).

Reste à savoir si E. Zemmour est perçu comme un clown ou un bouffon.