L’étoile jaune

Un article à la Une du Monde (19.08.2021) revient sur la « banalisation de l’antisémitisme ».

Un des contributeurs relativise le fait en écrivant ceci :

« L’heure est à la confusion et à l’instrumentalisation politique. Confusion : Est aujourd’hui désigné comme antisémite une personne qui emploie les mots gazer, rafles, qui fait référence à l’étoile jaune pour dénoncer son exclusion de la vie sociale ou qui, sur une pancarte, associe Macron à Rotschild. (…) ». 

Ma réponse :

Le problème que vous semblez ne pas voir, c’est que l’exclusion momentanée pour défaut de vaccination n’a rien à voir avec l’exclusion/extermination programmée des juifs. Là, se situe le point de la mauvaise foi de celui qui arbore l’étoile jaune dont il sait évidemment quel est son sens historique : l’arborer pour défaut de vaccination revient à dire que l’exclusion des juifs, autrement dit leur assassinat en masse, est du même niveau que l’exclusion liée à la pandémie, de surcroît non à cause de ce que l’on est, mais à cause de ce que l’on a décidé de ne pas faire.  Bref, une banalisation qui ne dit pas son nom, implicite et sournoise. Une exclusion sociale provisoire qui engage sa propre responsabilité est radicalement différente d’une exclusion définitive de la vie pour motif racial. Est-ce si difficile à reconnaître ?

Film anti-avortement

« La chaîne C8 provoque la polémique en diffusant un film contre le droit à l’avortement en prime time. « Unplanned », une fiction américaine de 2019, relate le revirement d’une ancienne cadre du planning familial devenue militante anti-avortement et contient une scène d’avortement trompeuse. » (A la Une du Monde – 16.08.2021)

Ma contribution

S’il est vrai que le film présente sur le fœtus des informations prétendument scientifiques et qui sont fausses, il pourrait être utile, compte tenu de la dimension passionnelle actuelle du problème, de le préciser pour les téléspectateurs qui choisissent de le regarder. Quant à demander son interdiction pour ce motif qui renvoie à la problématique de la croyance… Aux USA (et ailleurs) un pourcentage non négligeable croit que la terre est plate (selon une étude de Forbes) et il est enseigné dans certaines écoles que l’univers est une création divine ; chez nous (et ailleurs), certains emploient très fréquemment, pour des questions essentielles, le verbe croire. Savoir n’est donc pas toujours privilégié par l’adulte, mais il n’est pas indispensable pour autant de favoriser, ne serait-ce que par omission d’information, des entreprises qui alimentent, de près ou de loin, l’obscurantisme et la peur.

Afghanistan

L’intervention étrangère dans un pays en crise politique, quels que soient les troubles et leur importance, ne sert jamais qu’à les accentuer et/ou à provoquer le chaos. La liste des exemples qui en témoignent est bien connue et depuis longtemps. Les troubles politiques sont, in fine, le produit du pays lui-même qu’il est le seul à pouvoir régler. Le « devoir d’ingérence » (je ne parle pas de l’aide humanitaire, ponctuelle) n’est qu’un slogan moral qui – outre la bonne conscience – ne sert qu’à couvrir d’autres intérêts.

La question du suicide

Le Reportage de la rédaction (France Culture) concernait (12.08.2021) la prévention du suicide et annonçait la mise en place prochaine d’un numéro national de prévention fonctionnant 7 jours sur 7 et 24 h sur 24.

L’objectif est donc d’intervenir avant l’acte, quand il est pressenti par un tiers.

Pourquoi intervenir ?

La question n’est posée ni par la journaliste ni par le responsable interviewé parce que la réponse est considérée aussi évidente que celle qui conduit à la notion d’assistance à personne en danger.

Seulement, le danger de ce « en danger » est généralement considéré comme venant d’une cause extérieure, même si certains risques encourus (sports dits « extrêmes », par exemple) peuvent laisser dubitatifs.

La prévention du suicide signifie que cet acte est considéré comme un événement du même ordre, à savoir qu’il ne procède pas du choix de l’individu : autrement dit, celui qui décide de mettre fin à ses jours – j’entends quand il ne s’agit pas d’une « simple » tentative/appel au secours –  ne le fait pas librement.

La question concerne donc le rapport de l’autre (individu et collectif) avec l’individu qui se suicide : de quel droit intervenir pour empêcher quelqu’un de mette fin à ses jours ou, ce qui revient au même, pour tenter de le ranimer ?

L’argument souvent utilisé concerne le fait que, souvent, la personne « sauvée » continue à vivre. On y voit la  preuve de l’absence de choix, de liberté.

Certaines statistiques indiquent une proportion non négligeable de récidive (près de 40%),  mais peu importe.

Au fond, ce que révèle l’argument est la méconnaissance de ce qu’est le choix, ou, dit autrement, l’oubli de l’importance du moment qui lui est inhérent.

Choisir entre deux objets, c’est, dans un temps donné, irréversible, à la fois prendre l’un et rejeter l’autre. Ce qui implique que, dans un autre temps donné, le choix peut ne pas être le même, sans pour autant indiquer une hiérarchie. En d’autres termes, celui qui décide de se suicider tel jour ne prendra peut-être pas la même décision le lendemain, ce qui ne signifie pas qu’il a raison tel jour et tort tel autre.

Qu’en sera-t-il le surlendemain ? Et ainsi de suite.  

Pour que l’argument soit recevable, il faudrait à tout le moins proposer au suicidé « sauvé » une aide à mourir si son choix ne change pas.

Cette question est un élément de la problématique de l’euthanasie.

Mauvaise foi

« Une enquête ouverte après qu’une manifestante anti-passe sanitaire a brandi une pancarte antisémite à Metz. Une photo diffusée sur les réseaux sociaux montre une jeune femme brandissant une pancarte sur laquelle sont inscrits les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels, dont certains sont de confession juive. » (A la Une du Monde – 09.08.2021)

Un  certain nombre de contributeurs contestent l’antisémitisme affiché.

Par exemple : « Parce qu’il y figure les noms de personnes juives, c’est antisémite ? »

Ma contribution :

La mauvaise foi, dans le sens où elle conduit à s’identifier à une fonction, un état, autrement dit à ce qui n’est pas soi, et qui conduit au déni de sa responsabilité (celle de l’engagement), consiste à ergoter sur la périphérie des problèmes. L’identification, ici, concerne une prétendue rigueur intellectuelle qui veut être « absolument certaine » que ce qui est suggéré est vraiment dit. C’est le comportement, par exemple, des négationnistes : est-on bien certain, mais vraiment certain, que le gaz servait à autre chose qu’à tuer les poux ? Est-il vraiment certain qu’écrire des noms de personnes connues pour leur identité juive * et le qualificatif « traîtres » sur une pancarte est signifiant d’une arrière-pensée ? La réplique classique – du genre : on ne peut pas affirmer sans preuves etc. – fait partie de la panoplie de la mauvaise foi. Voyez Tartuffe, qui choisit la foi comme objet d’identification de mauvaise foi : pris sur le fait, il tente de nier le réel. Même si cette femme reconnaissait son antisémitisme, la mauvaise foi exprimerait un doute.

*J’avais d’abord compris que juif figurait sur la pancarte, ce qui m’a valu ce commentaire :

« Ridicule : je vois traîtres sur la photo et non « juifs  » ou alors le Monde ne nous fournit pas la totalité du décor. On peut vous répondre aisément que l’époque étant irritable, vindicative de façon ultra-véloce, le fait de requérir des preuves assurées est a contrario une manière d’aller à contre-courant et de ne pas se laisser engloutir dans les aboiements bien configurés. »

J’ai donc apporté ce correctif non adressé au commentateur dont la critique est (« à l’insu de son plein gré » ?) une bonne illustration de ce que j’explique dans la contribution :

Correctif (périphérique ) après vérification sur un autre site qui montre la photo : « Juif » n’est pas sur la pancarte, seulement des noms de personnes très connues pour leur confession  juive, entourant « Macron », avec le qualificatif « traîtres » et la question « Mais Qui ? ». Ah, vous voyez bien,  dirait Tartuffe, le mot juif  n’a pas été écrit ! Alors, comme  E. Macron n’est pas de confession juive, n’est-il n’est pas un peu hâtif de parler d’antisémitisme ? Et que cette dame ait été membre du FN/RN, n’est-il pas un peu précipité d’y voir une relation ?

Covid-19 : vaccins et perturbation des règles

Tel est le titre d’un article de la Une du Monde (08.08.2021) qui continue ainsi :

« Des signaux et beaucoup d’incertitudes. De nombreuses femmes font état de troubles transitoires du cycle menstruel à la suite de la vaccination contre le Covid-19. L’Agence nationale de sécurité du médicament entend mettre ce « signal potentiel » en discussion au niveau européen, mais les travaux manquent pour conclure. »

Quelques réactions :

« Ah oui, moi aussi, plus de règles depuis ma 1ere injection en mai. 47 ans, plutôt ravie ! Mais je n’avais pas fait le lien… zut elles vont donc revenir !
Ceci dit, j’aurais 25 ans, je m’inquièterais un peu, mais a priori les choses rentrent dans l’ordre après qq temps. Sujet complexe car les cycles hormonaux sont extrêmement sensibles à de multiples causes, et différents d’une femme à l’autre… »

« Pourtant « pro-vaccination », cela m’est arrivé aussi, 2 mois d’arrêt de cycle suite au vaccin Pfizer… Plus de projets d’enfants donc sans impact, mais 1) mon cas n’est pas reporté à aucune autorité, comme si inexistant et 2) je comprends mes amies avec projet d’enfant de s’inquiéter… »

« Les commentaires sous cet article démontrent que les vaccinés sont plus vindicatifs que les antivax qui eux se contentent d’etre véhéments. »

« Le Monde, il serait peut-être plus judicieux de laisser les scientifiques de la planète plancher sur la question et ensuite de nous relayer leurs avis plutôt que de faire du micro-trottoir d’effets secondaires, qui ne font qu’ajouter à la confusion générale. Et qui n’ont que très peu d’intérêts en soi. »

Ma  contribution

Etre ou non informé de l’incertitude ? Telle est la question posée aujourd’hui de manière aiguë par Internet. Nous sommes affectés par la menace de deux objets à la fois invisibles et mal connus : le virus et l’effet des vaccins. La construction de relations de causalité est donc perturbée par les peurs et les angoisses, et ce dont il est question, ici, ce sont surtout ces perturbations. Le Monde a-t-il raison ou tort d’en faire état ? Et nous, d’en parler ? Nul n’est obligé de lire ni d’écrire. La réponse est de notre responsabilité, à savoir faire appel à notre raison pour traiter des affects qu’émettent ces deux objets et les réactions passionnelles des uns et des autres.

Marcher sur la tête

Nous sommes d’accord, ce n’est pas possible. Il faudrait une plante (de pieds) sur le sommet du crâne (et beaucoup de souplesse) ou alors une boîte (crânienne) sous ladite plante. Comme dit le poète (lui, c’est à propos d’ « une fourmi de dix-huit mètres avec un chapeau sur la tête ») ça n’existe pas. Quoique que le « Eh ! Pourquoi pas ? » final laisse entendre que quand même, peut-être… Oui. Mais uniquement dans l’imaginaire, parce que dans le réel, non.

Je pensais à cette expression et aux images qu’elle suggère en lisant dans la Une du Monde de ce matin (06.08.2021) un article, dont voici un extrait :

« Virgin Galactic remet en vente des billets pour l’espace, à 450 000 dollars par siège. La vente des billets sera, dans un premier temps, ouverte aux personnes inscrites sur liste d’attente. Le premier vol commercial d’astronautes privés doit avoir lieu « à la fin du troisième trimestre.

Il faudra au moins débourser 450 000 dollars (380 639 euros) pour embarquer vers l’espace avec la société de tourisme spatial Virgin Galactic. Elle a annoncé, jeudi 5 août, remettre en vente des billets. L’entreprise fondée par le milliardaire Richard Branson, qui a lui-même embarqué à bord d’un volt test en juillet, avait déjà vendu entre 2005 et 2014 quelque 600 billets, à l’époque pour un prix compris entre 200 000 et 250 000 dollars. Virgin Galactic avait prévenu que lorsque des billets seraient de nouveau mis en vente, ils seraient plus chers. (…) Virgin Galactic utilise un énorme avion porteur (VMS Eve), qui décolle d’une piste classique, puis largue en altitude un vaisseau (VSS Unity) ressemblant à un gros jet privé. Celui-ci allume son moteur jusqu’à dépasser les 80 km d’altitude, puis redescend en planant. Les passagers peuvent se détacher et expérimenter quelques minutes en apesanteur. »

Dans la même Une, des articles sur les centaines d’incendies, aux USA, en Grèce, en Turquie.

Hier, sur Arte, juste avant l’émission 28’ qui traitait du passe sanitaire et des manifestations hostiles qu’il suscite, un message de l’Unicef faisait intervenir des questionnements d’incompréhension émis par des enfants sur fond d’images d’autres enfants, de pays pauvres, qui ne vont pas à l’école, souffrent de la faim et ne sont pas soignés. Le don demandé était de 10€.

Peut-être, alors, que la question du poète ne concerne pas que l’imaginaire.

L’enjeu du passe sanitaire et du vaccin

Que l’obligation de la vaccination n’ait pas été retenue signifie et rappelle que les divers vaccins ne sont pas des objets suffisamment connus pour éviter un refus d’obtempérer au nom du « principe de précaution » auquel son utilisation par le pouvoir politique confère pratiquement une force de loi.

Le passe sanitaire est un compromis dicté par la reconnaissance de la responsabilité de chacun – donc de sa liberté, dans la mesure où est reconnue la pandémie –  mais qui se double d’un système de contrôle dont la charge revient en partie à ceux dont ce n’est pas la fonction.

C’est dans cette confusion que s’engouffrent ceux qui manifestent pour refuser le vaccin et/ou le passe sanitaire, au nom de la liberté.

Ce refus revient à dire

1° que chacun fait comme il l’entend, sans restrictions de fréquentations, avec les seuls gestes barrières (et encore),

2° qu’en regard des impératifs de la vie sociale, le vaccin n’a pas d’importance,

3° soit que la pandémie n’existe pas soit que nous ne disposons d’aucun moyen de lutte contre elle, ce qui revient au même,

4° compte tenu du caractère dangereux avéré des mutations présentes et à venir du virus, et au-delà même de la question de l’efficacité des vaccins, que les cadres structurants de la société sont implicitement désormais envisagés dans une perspective d’effondrement, au premier rang desquels le pouvoir politique, supposé sans prise sur un élément vivant destructeur.

L’enjeu, ultime, essentiel, est là.

Question de choix.

Manifestations contre le passe sanitaire

« Plus de 150 000 manifestants sont attendus ce samedi dans l’Hexagone, selon les autorités. Plus de 3 000 policiers et gendarmes ont pour leur part été mobilisés afin d’encadrer les rassemblements et de sécuriser les lieux sensibles.» (A la Une du Monde – 31.07. 2021)

La protestation – orchestrée/récupérée par des mouvements d’extrême-droite – concerne de fait l’obligation vaccinale induite par l’obligation du pass-sanitaire. Une décision, une méthode qui, une nouvelle fois, posent la question de la responsabilité.

Ma contribution :

Ces manifestations sont le signe de la part irrationnelle du corps social, comme certaines de nos idées ou certains de nos actes le sont de nous. Le seul discours susceptible de la réduire est celui de l’information qui doit être donnée par l’autorité politique même qui décide des contraintes. Or cette autorité n’a pas expliqué, dans des conditions semblables à celles des annonces de contraintes, par exemple, ce qu’est l’ARN messager (le délai très bref de sa création, la question de l’ADN, entre autres), ni le champ des protections relatives des vaccins (certains vaccinés croient qu’ils sont totalement immunisés), bref n’a pas dit grand-chose des incertitudes « normales » (ce qui nourrit les suspicions en tout genre), en d’autres termes du choix/pari que rend nécessaire le virus/variant. Ce n’est pas un problème de pédagogie (tout le monde peut comprendre) mais de conception de la responsabilité : de ceux qui exercent le pouvoir pour les citoyens, et de nous, pour nous-mêmes.

Le féminisme et la gauche

« A gauche, le combat féministe balance entre espoirs et malentendus. Sans faire consensus à gauche, la question féministe fait son apparition dans les débats en vue de l’élection présidentielle et divise, au nom de l’universalisme, au risque d’occulter la réalité des luttes. » (A la Une du Monde – 30.07.2021)

Le problème est connu : faire du féminisme une cause, c’est affaiblir la lutte pour l’essentiel, à savoir le progrès de l’humanité pour une égalité entre les hommes et les femmes. Le même type de problème s’est posé pour le racisme, l’antisémitisme, l’homosexualité, la peine de mort etc.

Comme nous sommes en été, j’ai décidé de proposer une contribution un peu élargie susceptible d’éclairer le débat qui a tout de même tendance à répéter le même type d’arguments. Ah, le lien avec l’été ? Eh bien, voyez-vous, hum… hum…  j’ai pensé que proposer d’emblée, comme ça, tout à trac comme on peut le dire aussi, un rapport temporel-causal en quelque sorte saisonnier, ne pouvait que titiller la curiosité. Vous le constaterez, il n’y a en réalité aucun lien.

Voici donc cette contribution éclairante… Hum… la lumière, le soleil… finalement il y a peut-être bien un lien avec l’été. Mais c’est absolument involontaire.

Voici donc, sans plus attendre :

Là où le féminisme exagère, c’est d’exister. Les problèmes viennent de là. La preuve ? Avant le féminisme, est-ce que les femmes faisaient des réunions, est-ce qu’elles manifestaient dans les rues ? Et les LGBTQIA + (j’oublie rien ?) est-ce qu’il y en avait ? Eh non ! Tout était en ordre : la femme, à droite, c’était … au fait, vous avez vu ma nouvelle voiture ?  A gauche… bon, c’est pas tout ça les copines, mais vous faites les sandwiches pour après la manif  unitaire ?

Donc, je conclus que,  les femmes, le mieux, c’est d’en parler entre hommes pour la simple, bonne et irréfutable raison que pour qu’il y ait une discussion qui débouche, il faut un objet. Alors, comment les femmes pourraient-elles parler d’elles-mêmes ? Surtout que ce qu’elles aiment, c’est parler des mecs. En revanche, pour nous, les hommes, elles sont depuis toujours des objets. Nous sommes donc compétents. En plus, ne sommes-nous pas toute l’humanité à nous seuls ? La preuve : le masculinisme n’existe pas.