Polémique Zemmour… 3ème épisode

[Présidentielle 2022 : dans le sud de la France, Eric Zemmour lance sa campagne sans le dire. Le polémiste et essayiste d’extrême droite a ouvert sa tournée politique ce week-end, à Toulon et à Nice, sous couvert de rencontres littéraires. (…) Citation : «  L’islam est le plus grand danger, je ne me cache pas derrière mon petit doigt. Il nous faut tout faire pour rester en vie. »] (A la Une du Monde – 19.09.2021)

Quelques exemples de contributions :

« J’ai du mal à croire que Zemmour ira jusqu’à se déclarer candidat.
Il est là pour gagner de l’argent et cette fausse candidature est un moyen exceptionnel pour multiplier les bénéfices. Et pour ses donateurs (Bolloré et consorts), il est moyen pour pousser les candidats de droite à radicaliser leurs discours. »

« Je pense que Zemour peut démonétiser MLP et jouer la partition du 3ème homme venu de nulle part et présent au second tour. Son livre bientôt vendu à 300 000 exemplaires et ses sponsors médiatiques lui assurent une présence de tous les instants et des finances bien utiles. Ne jamais sous-estimer ses adversaires ! Mefiat ! »

« Allez, le Z président, Houellebecq premier ministre, Onfray à l’Éducation et De Villiers à la Culture.
Ça, ça serait chic ! »

« Est-ce vraiment de l’information ? Quel intérêt y a-t-il à faire de la publicité à ce triste sire?
Il y a des sujets bien plus graves et intéressants Par exemple l’aide sociale à l’enfance
tous ces gamins maltraités … toutes ces femmes victimes de violences parfois jusqu’à la mort
Nombreux sont les sujets qui devraient être abordés, mais sans doute c’est moins polémique, moins intéressant…Il faut arrêter de nourrir la Bête Immonde et s’occuper enfin de l’humain. »

« Je me délecte des commentaires énervés des bobos socialo-progressistes. Votre monde est mort, et ce depuis des années. Il ne reste de votre idéologie que des artefacts dont plus personne ne veut. Quoi qu’il arrive, que nous gagnions ou que le camp d’en face gagne, vous allez subir un important retour de manivelle. »

«Quelle droitisation de la France quand même…qu’attendent donc les Insoumis, le PS et Eelv pour s’unir? »

«  Ça sent le roussi pour les progressistes.. »

«Article méprisant et à charge. Sans réel intérêt journalistique où il s’agit surtout de montrer qu’on est « contre Zemmour » (…) En attendant, il impose ses thèmes de campagne, son livre cartonne et il obsède tout le poulailler ce qui est réjouissant. (…) Bref haïssez-le, il vous salue bien. » 

 Ma contribution :

Dire que l’islam est « le plus grand danger » est un exemple du simplisme caractéristique de ce qu’on appelle le « bon sens populaire » : sauf à affirmer que l’islam est le plus grand danger en soi, la question devrait être : qu’est-ce qui a conduit à faire de l’islam le plus grand danger ? Seulement,  cette question met fin au récit et oblige au discours d’analyse… qui débouche sur une cause qui n’est pas l’islam. Elle n’est donc pas posée. Faire la liste de ce qui dysfonctionne (l’école, les « quartiers »…) et en rendre l’islam (=l’immigration) responsable revient à prendre la conséquence pour la cause. C’est un des ressorts du populisme qui répond  au besoin de certitudes, à tout prix.

Une réponse :

« Vous ne pouvez pas faire abstraction de causes culturelles. Des populations asiatiques se sont retrouvées également concentrées et n’ont pourtant pas débouchées sur des zones de non droit. »

Ma réponse :

Je ne fais abstraction de rien. J’essaie simplement de tenter de souligner l’importance de l’analyse.  La cause des zones de non droit est-elle « culturelle » ? Il y a des immigrés musulmans, d’Afrique du nord notamment, depuis de nombreuses décennies. Est-ce que ces zones ont toujours existé ? Est-ce que tous  ces immigrés, de même culture originelle, ont tous les mêmes comportements ? Autrement dit, quelle est la part des conditions dans lesquelles sont constituées les concentrations que vous évoquez ? Plus globalement, il serait intéressant d’examiner le rapport entre l’implosion soviétique (la fin de l’hypothèse d’une alternative – quels qu’en soient l’ambivalence et le rejet –  au  système capitaliste) et le début de ce qu’on appelle « terrorisme islamiste ». Je pense qu’il s’agit, à des niveaux et sur des modes d’expression différents, du même problème.

Une autre réponse :

« Zemmour dit que la caractéristique de l’islam est d’être politique, et il l’argumente à mon avis fort bien. Le danger provient donc de la nature même de cette religion, et ne serait donc pas un caractère acquis comme vous l’affirmez. Je note au passage que vous accréditez l’idée que l’islam est un danger quand vous écrivez « qu’est-ce qui a conduit à faire de l’islam le plus grand danger ? » »

Ma réponse :

Notez, au passage, « La question devrait être » du point de vue d’E. Z. Que la religion musulmane ait une dimension missionnaire, donc politique, comme la religion chrétienne, n’est pas une idée nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est la dimension qu’elle a prise ces dernières décennies au niveau international. (cf. ma réponse précédente)

Polémique Zemmour… suite

Ci-dessous une contribution…

« Il y en a assez des mantras actuels. « La peine de mort c’est barbare ». Non, des pays la pratiquent et ne sont pas des pays barbares. Admettre que la société a le droit de tuer pour se défendre me paraît assez sain. « Le nationalisme c’est la guerre » : bah non, la guerre c’est l’impérialisme. « l’immigration est une richesse »: bah non, financièrement l’immigration actuelle est un gouffre, culturellement souvent un recul. « il ne faut pas discriminer ». Ben si, embaucher quelqu’un c’est choisir donc discriminer. « vivre ensemble » : ben non, je n’ai pas envie d’avoir pour voisins des gens qui penseront que ma fille est une proie parce qu’elle porte une jupe. « Le grand remplacement est un mensonge » mais il faut quand même faire plus de place aux « minorités » dans les entreprises ou à la télé…etc. »

A laquelle j’ai ainsi répondu…

« Le droit de tuer pour se défendre » : le crime a été commis, la peine de mort n’a aucun effet dissuasif, et la récidive présuppose que rien ni personne n’évoluent, que tout est figé. Alors, se défendre contre qui ou quoi ?  Est-ce qu’impérialisme et nationalisme ne sont pas des corollaires l’un de l’autre ? Existe-t-il une histoire nationale sans immigration ? Est-ce que la richesse n’est que d’ordre comptable ? Vous faites comme si discriminer n’était pas historiquement connoté et comme s’il était synonyme de choisir. Vivre ensemble = vivre avec des obscurantistes ? Grand remplacement = faire de la place aux minorités ? Ne manquerait-il pas quelque rigueur intellectuelle à vos raisonnements ?

…et à laquelle un tiers a ajouté :

« « Ne manquerait-il pas quelque rigueur intellectuelle à vos raisonnements ? »: merci, j’ai ri. »

Je trouve réconfortant de rencontrer un écho  à l’humour… comment dire…  litotique. L’auteur de la contribution n’a pas réagi. Mais lui était dans un autre registre.

L’affaire des sous-marins australiens

  • Le gouvernement australien a décidé d’annuler sa commande de sous-marins français.

Nous sommes confrontés à des problèmes d’ordre planétaire qui semblent quand même assez graves, certains disent même que la vie humaine pourrait bien être compromise sur la Terre dont l’eau, il est vrai, occupe une grande partie, ce qui peut expliquer pourquoi certains ont de gros besoins de s’immerger pour des fins qui ne sont pas prioritairement l’exploration des fonds marins. Peut-être devraient-ils s’immerger aussi dans  Gargantua pour toucher le fond de la bêtise picrocholine ou alors dans le tréfonds d’ Ubu roi, où le rôle d’une caricature du père Ubu serait tenu par l’Australie et celui, cette fois sans caricature, de la mère Ubu par les USA. Il nous reste avant les larmes le rire de Beaumarchais qui, dans un temps où l’on ne naviguait qu’en surface et où une partie des affaires se traitaient en sous-main, soutint les Insurgents.

La polémique Zemmour

« Après l’avoir ménagé, la droite critique les propos d’Eric Zemmour. S’ils s’étaient jusque-là gardés de l’attaquer frontalement, de peur de s’aliéner une partie de l’électorat sensible à ses thèses, plusieurs membres du parti Les Républicains ont pris franchement leurs distances avec le polémiste. »  (A la Une du Monde – 17.09.2021)

« Étonnant : tant que Zemmour banalise les idées de l’extrême droite, il est génial car son discours très populiste et obscurantiste trouve un écho désinhibant, enivrant, auprès de certains. Mais, dès qu’il se présente, il est moins sympa pour la droite dure et l’extrême droite. Et ils ont probablement raison : Trump a démontré qu’une fois qu’il avait hystérisé les foules, l’appareil conservateur a du bien malgré lui du l’intégrer dans son champ d’action. Il n’est pas encore trop tard pour s’éloigner de ce danger pour la vie en société. »

« Je me souviens d’une étude au début des années 2010 qui montrait qu’environ 8% des français n’étaient pas convaincus que le terre soit ronde, soit qu’ils pensaient vraiment qu’elle était plate soit – plus souvent – qu’ils pensaient que c’était possible. Aujourd’hui certains sondages citent à peu près le même taux d’intention de vote pour M. Zemmour. Coïncidence ? »

Ma contribution :

Aimer la France, Français et fier de l’être, patriote, le nom, le prénom…  Il y a derrière ces questions le problème du temps et du mouvement : ces revendications d’origine sont dictées par le fantasme supposé rassurant de la fixité, de la « bonne fois pour toutes », d’un monde clos et cloisonné où l’on est « chez soi, entre soi et pour toujours ». Il n’y a pas de dialogue possible avec la peur et ses produits toxiques. Il suffit de rappeler ceci : il y eut entre 1940 et 1944 deux France dont l’une et l’autre se disaient être la « vraie France » ; les deux discours, celui de la liberté et celui, toujours vivace, qui produisit le nazisme, étaient et sont toujours radicalement opposés et inconciliables. Nous avons tous, en nous, ces deux discours parce que ce dont ils sont l’expression est la spécificité de notre espèce. Il faut choisir ente l’asservissement aux passions tristes mortifères et le risque de la liberté créatrice. Il n’y a pas de moyen terme.

Une réponse :

Oui, ces deux tendances existent en chacun… mais justement, la vie politique est un arbitrage constant entre elles et il n’y a donc que des « moyens termes » pour précisément éviter les extrêmes ! Nommer ces tendances « liberté créatrice » et  » passions tristes mortifères » est caricatural et ne ferme surement pas le débat. Eric « Tullius » Zemmour (le personnage de La zizanie d’Astérix ! mais son nom de famille ne passe pas la « modération ») est justement dans cette caricature et il faut le combattre, mais le débat subsiste et la démocratie est notre (seul) outil pour le mener et trouver une voie pour avancer ensemble. Abandonner notre pays à la « liberté créatrice » sans contrôle ne m’emballe pas plus que de revenir au régime de Vichy. C’est de plus à côté de la plaque en ce qui concerne les enjeux réels du pays : réchauffement climatique, sortie du « monde pétrole », construction européenne (seule alternative politique nouvelle depuis des lustres)… Qui vont demander beaucoup de compromis !

Et ma réponse :

Vous remarquerez que je ne parle pas de « tendances », mais de deux discours exclusifs à partir desquels se construisent les diverses formes de comportements individuels et collectifs, avec toutes les nuances possibles. Vous remarquerez aussi que la démocratie, « le seul outil », dites-vous, a permis le succès électoral nazi. Je ne parle pas non plus de liberté créatrice « sans contrôle » ( ?) ni d’ « abandon » ( ?). Quant aux problèmes actuels que vous citez, ils sont les résultats de choix plus ou moins assumés et ils ne ressortissent pas à l’objet de l’article qui concerne une idéologie (la pureté des origines d’une manière générale) dont un des caractères est précisément l’exclusion du compromis. Le choix est entre le combat et la compromission.

L’écoanxiété des jeunes

« D’après une étude approuvée par la revue « The Lancet Planetary Health », 45 % des jeunes sondés dans dix pays affirment même que l’écoanxiété affecte leur vie quotidienne. « J’ai grandi dans la peur de me noyer dans ma propre chambre. » Comme Mitzi Jonelle Tan, une défenseuse de l’environnement de 23 ans qui vit aux Philippines, un pays particulièrement exposé aux typhons et à l’élévation du niveau des mers, de plus en plus de jeunes sont profondément inquiets du changement climatique. Ils n’ont plus confiance en l’avenir, se sentent trahis, impuissants face à la crise environnementale et à l’inaction des gouvernements. Voilà les conclusions de la plus vaste étude jamais réalisée sur l’anxiété climatique chez les jeunes, qui montre pour la première fois que la souffrance psychologique liée au climat est plus importante lorsque les individus jugent inadéquate la réponse des gouvernements. » (A la Une du Monde -14.09.2021)

Une réaction :

« Il y a l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Il y a le commentateur qui a commenté le commentateur qui a commenté le GIEC. Je lis le GIEC, je vois des données chiffrées avec intervalles de confiance sur les estimations d’évolution du climat et de divers sujets de préoccupation. Je lis un premier commentateur, je vois un résumé du genre « la science annonce des catastrophes sans précédent ». Je lis un second commentateur, je vois un résumé du genre « apocalypse 2050, pourquoi l’humanité peut disparaître à court terme ». Un des ferments de la peur est le refus de la pensée analytique sur les problèmes et de la discussion démocratique sur la priorisation des problèmes, la diffusion d’une angoisse indistincte « c’est l’horreur » qui ne produit pas grand chose d’utile et rien d’efficace. Combien de ces jeunes ont une formation scientifique de base qui incite à toujours cadrer les phénomènes dont on peut parler avec pertinence, sans recours à une pensée symbolique généralisante ? »

Une réponse :

« Le problème dans votre raisonnement, c’est que quand on regarde les choses avec une pensée analytique, scientifique et pertinente, ça fait encore plus peur ! »

La mienne :

Plus qu’à une « formation scientifique de base », je pense plutôt à une formation philosophique depuis le tout premier âge : apprendre à penser pour définir et inclure le savoir scientifique dans la pensée de ce qui est l’essentiel : nous avons la conscience que nous allons mourir (les animaux l’ont aussi, sans doute aussi les plantes, sur un mode qui leur est propre) et – c’est ce qui constitue la spécificité humaine – la conscience de cette conscience. Nous savons que nous savons. Pourtant, il n’existe aucun enseignement à l’école de ce qu’est la mort « telle qu’elle est » (le cadavre) parce que la peur de ce savoir conduit à croire (foi, religions). Qu’est-ce qui pourrait conduire à décider cet apprentissage – indéniablement scientifique de base – sinon, et dès l’école maternelle, celui de la pensée relative à ce qui nous différencie radicalement des autres espèces ? En d’autres termes, la science peut servir de dérivatif. Il y a des savants croyants. Un oxymore significatif.

Et ma contribution :

Si on considère le réel commun (mutation climatique, pandémie) et si on ajoute les problèmes liés au passage à l’âge adulte, ce sondage semble probant. La différence avec les périodes de guerre évoquées par certains, est que la guerre met aux prises, pour un temps qu’on sait limité même s’il est long, des ennemis aux visages identifiables dont on sait aussi que l’un vaincra l’autre. Le changement climatique et les virus ne sont pas des ennemis que l’on peut combattre en rase campagne et ils ont pour caractéristique importante l’absence de visage et de durée. Autrement dit, c’est la totalité de l’espèce qui est en danger et, pour le moment, le seuil à partir duquel l’adulte découvre que son malaise était celui de la transition, « normal » en quelque sorte, n’existe plus.

La « question trans » dans « Répliques » 

L’intitulé de l’émission (11.09.2021) « la question trans » m’a conduit à écouter – en replay pour pouvoir arrêter et noter. Et aussi pour prendre le temps de me calmer.

Deux (Alain Finkielkraut et une première invitée, Claude Habib, professeur de littérature) contre un (Serge Efez, second invité, psychiatre et psychanalyste).

D’un côté, l’expression des choses et du monde vus dans la situation d’ « état », de ce qui est, de l’autre celle du mouvement, la première s’efforçant de faire le procès de l’autre. Je n’exagère pas. Bien sûr, les fleurets sont mouchetés, encore que Claude Habib ait souvent donné l’impression de faire effort sur elle-même pour ne pas aller jusqu’à l’invective.

J’ai admiré le calme et la clarté de la pensée de Serge Efez, surtout quand lui sont opposées des affirmations que le parti pris rend difficiles à entendre. Pour ceux que cela intéresse, écouter, à la fin, la réponse qu’il donne à A. Finkielfraut sur sa présentation schématique de l’altérité.

Un autre exemple, dans son introduction (de tonalité critique): « Les temps modernes ont décidé de définir l’homme non par la nature, la nature humaine, mais par la faculté de s’arracher à la nature, donc par la liberté. Cependant la liberté a toujours été hypothéquée par la naissance : je suis libre, je choisis, je fais ce que je veux sauf que je nais homme ou femme. »

Tout y est à reprendre : que sont et quand commencent les « temps modernes » (il ne s’agit ni du film de Chaplin ni de la revue de J-P Sartre) ? Comment et sous quelle forme décident-ils ?  Qu’est-ce que la « nature » et la « nature humaine » ?  Qui dit que « s’arracher à la nature » est la liberté ? En quoi la naissance est-elle une hypothèque de la liberté ? En quoi la liberté est-elle « je fais ce que je veux » et en quoi faire et naître sont-ils synonymes ?

Bref, à se demander, entre autres questions, si A. Finkielkraut fait la différence entre libre-arbitre et liberté, ou, plutôt et sans doute plus justement : comment la passion nostalgique pour l’ « état » peut conduire à défaire la pensée.

La mise en examen d’Agnès Buzyn

« L’ex-ministre de la santé a été mise en examen par la Cour de justice de la République pour « mise en danger de la vie d’autrui », dans le cadre de l’enquête sur la gestion de la pandémie de Covid-19. » (A la Une du Monde – 11.09.2021)

Ma contribution

De quelle « faute » politique est-il question ? Le mensonge ? Mais qu’est-ce qu’un mensonge en politique ? Ex : l’affirmation inscrite en son temps sur les banderoles  électorales de N. Sarkozy « Ensemble tout est possible ! » C’est de la propagande, dira-t-on. Oui. C’est le discours politique habituel de type infantilisant. Le problème est celui de la conception de la politique, qui ne vise pas à informer, qui ne s’adresse pas à la raison, qui ne sait pas dire « je ne sais pas », mais qui vise l’affectif et les passions. Ce n’est pas nouveau. Est-ce qu’A. Buzyn (avec d’autres) a mis en danger la vie des citoyens par des mensonges au moment de l’apparition du virus ? En comparant la situation française avec celle des autres pays dans le monde (en moyenne, ni meilleure ni pire), il est impossible de le savoir. C’est en quoi cette mise en examen n’est pas pertinente.

La statue déboulonnée de Lee

« Le symbole est fort pour espérer tourner une page sombre de l’histoire. Après plusieurs années de tensions focalisées sur le passé esclavagiste des Etats-Unis, le plus important monument dénoncé comme un symbole raciste dans le pays a été déboulonné mercredi 8 septembre en Virginie : la gigantesque statue du général Lee, l’ancien commandant des sudistes. Ayant trôné plus de cent trente ans sur son piédestal haut de douze mètres, la statue équestre a été descendue en douceur par une grue à Richmond, l’ex-capitale des sécessionnistes pendant la guerre civile de 1861 à 1865. Des centaines de personnes s’étaient massées à distance pour assister à l’événement. Certaines ont brandi le poing, lâché des quolibets ou des vivats quand l’imposante pièce de bronze, œuvre de l’artiste français Antonin Mercié, a été arrachée à son socle. » (A la Une du Monde – 09.09.2021)

Ma contribution, suivie de deux réactions et de mes réponses :

Question : pourquoi cette statue n’a-t-elle posé aucun problème (en tout cas de manière audible) pendant aussi longtemps et pourquoi en pose-t-elle un aujourd’hui au point d’être descendue de son socle ? Autrement dit, qu’est-ce qui, conscient ou pas, a changé/est en train de changer dans le regard d’une partie importante (sinon ?) du pays, et, surtout, pourquoi ? Et encore : quelles modifications, ici et ailleurs, peut induire une telle opération ? Et encore : la rue est-elle semblable au musée ?

1er intervenant : « Renseignez-vous : cette statue a toujours fait débat, dès son projet. La souscription de financement lancée en 1885 par des associations porteuses de la Lost Cause (suprémacistes donc) fut houleuse, comme l’inauguration en 1890. Cette statue a toujours représenté l’oppression et la ségrégation pour les descendants d’esclaves, et la nostalgie d’un passé radieux pour les tenants de la Lost Cause. La statue est dès l’origine un geste politique marqué, et non une commémoration. Imaginez une association proposant en 1970 l’érection d’une statue au « vainqueur de Verdun » devant le casino de Vichy : cela n’aurait-il posé aucun problème ? »

Ma réponse : Que la statue ait suscité une opposition, oui, bien sûr, je ne l’ignore pas, mais elle a quand même pu être érigée et elle est restée en place. Je repose donc ma question que vous paraissez ne pas avoir bien lue : qu’est-ce qui, plus d’un siècle plus tard, conduit à la descendre ?

Sa réponse : « Un changement dans les rapports de pouvoirs autour d’une controverse durable. »

2ème intervenant : « Un siècle plus tard, si le débat continue, il est désormais en faveur des opposants à cette statue. Par l’éducation reçue jusqu’ici, nombre de citoyens américains et nous-mêmes inconsciemment, ont fait du racisme sans le savoir comme M Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Une meilleure connaissance historique et les faits divers navrants ont révélé les non-dits et tabous de la société américaine. Quand on sait ce que pensait et écrivait le général Lee à propos de l’esclavage, il n’est pas sûr qu’il aurait été ravi que le financement de ses statues fût assurée par des supremacistes et des associations de la Lost Cause dans un but politique précis. Rendre hommage à Pétain devant l’ossuaire de Douaumont n’aurait rien de commun avec l’érection d’une statue face à l’hôtel du Parc à Vichy. »

Ma réponse :

>> au 1er contributeur : Qu’est-ce qui peut expliquer le changement des « rapports de pouvoir » (s’il s’agit bien de cela) ?

>> au second : Qu’est-ce qui, depuis par exemple l’assassinat de M.L. King, il y a cinquante ans, pourrait induire une « meilleure connaissance historique » et en quoi les faits-divers sont-ils plus insupportables que ceux qui, naguère et jadis, étaient plus nombreux et cruels ? Ce qui m’intéresse c’est de comprendre ce que signifie cet événement qui, à mon sens, n’est qu’un des signes, parmi d’autres, d’un problème plus vaste qui n’est pas limité aux USA.

Livres brûlés au Canada

« Au Canada, des livres brûlés en raison de « l’image négative » véhiculée sur les Autochtones. La révélation récente de cet autodafé, accompli au cœur d’une école de l’Ontario en 2019, provoque un immense malaise dans un pays marqué par les assimilations forcées des peuples des Premières Nations. » (A la Une du Monde – 09.09.2021)

Quelques extraits de réactions :

« Cela me rappelle l’autodafé du Père Noël devant la cathédrale de Dijon dans années 50. »

« Celui qui veut m’interdire quelque chose parce que je suis blanc, c’est un analogue des Le Pen, il a juste choisi de tenter de nuire à une couleur différente pour en tirer du fric. »

« La logique mortifère du politiquement correct. Pathétique. »

« Gloire à Bécassine et à toutes les petites bretonnes « montées » à Paris et « placées » dans des « maisons bourgeoises » où elles ont pour bcp rencontré une vie qu’elles n’auraient pas connu dans la Bretagne pauvre du début du siècle dernier. L’interprétation rapide des Bécassines peut faire penser à une caricature de petite bretonne, mal dégrossie et frustre. Jusqu’où va-t-on aller ? »

Etc.

Ma contribution :

Les réactions (unanimes, jusqu’à cette heure) sont produites par la même passion que celle qui conduit à ces actes, à savoir l’impossibilité ou le refus de comprendre et de gérer une émotion. Avec la différence majeure que ceux qui, ici, condamnent, n’ont pas connu en tant qu’entité le déni d’existence qu’affrontent depuis des siècles ceux dont le traumatisme historique a été ignoré. Il est facile de projeter dans la tête des descendants de peuples asservis et massacrés les schémas intellectuels qui sont les nôtres pour en faire le procès. Il serait plus intéressant de se demander pourquoi c’est aujourd’hui que se développe le mouvement woke. Détruire des signes qui reproduisent les images du racisme colonisateur ne résout évidemment rien et je ne suis partisan ni de brûler les livres ni de déboulonner les statues. Mais, si vous quittiez un instant vos habits de procureur et de juge pour vous demander ce qui se passe dans le monde qui conduit à ces actes de désespérance ?

Les nouveaux chasseurs de prime

« Une nouvelle loi texane, entrée en vigueur mercredi 1er septembre aux Etats-Unis, permet à des citoyens de dénoncer, contre une récompense, ceux qui aident les femmes à avorter. « Cela semble ridicule, presque antiaméricain »,  s’est indigné le président Joe Biden, vendredi 3 septembre, y voyant un encouragement à la délation. « La chose la plus pernicieuse dans cette loi au Texas est que cela crée une sorte de système de justiciers autoproclamés, avec des gens qui perçoivent des récompenses », a-t-il déploré. » (A la Une du Monde – 06.09.2021)

Ma contribution :

Le chasseur de prime du western a pour cible un outlaw qui a causé du tort à un tiers. Cette chasse a pour motif l’enrichissement personnel et elle pose la question de la faiblesse politique/policière qui a besoin d’une telle aide intéressée. Ici, une femme qui enfreint la loi restrictive ne porte préjudice à aucun tiers sinon au fœtus dont on sait que la définition est relative (à une voix près elle eût été autre) contrairement à la propriété et à la vie de l’individu social dont le non respect s’appelle invariablement délit et crime. Quand on sait que la décision d’avortement – il est le résultat négatif d’un ensemble de carences – n’est pas prise à la légère dans le cadre légal (je ne parle pas de l’avortement clandestin dont on sait les catastrophes fréquentes) et qu’elle produit une souffrance estimée moindre (qui peut en juger sinon la femme enceinte ?), l’autorisation de délation vénale est le signe d’un malaise qui tente de se cacher derrière la référence au western.