Journal de vacance (10 et11 juillet 2022)

Hier soir, j’ai regardé les filles. Pas dans la rue, non, sur mon écran de télé,  les filles de l’équipe de France qui jouaient contre celles de l’équipe d’Italie. On dit les filles, comme on ne dit pas les garçons quand il s’agit des mecs, « les hommes de Didier Deschamps » comme les appellent les journalistes… Ça fait pas un peu guerre ?

Entre les deux – les filles et les garçons jouant au football – c’est à peu près comme le jour (les filles) et la nuit (les autres). Quand les garçons marquent un but – si, si,  ça arrive – ils ont des comportement d’hystériques (je dis ça pour être sûr d’être compris), se sautent dessus, se mettent en tas, n’en finissent pas de faire les intéressants, comme s’ils venaient d’accomplir un exploit.

Les filles, elles, sont tout en retenue, calmes, souriantes, comme si elles jouaient. Ah, oui, parce que le foot, il faut le rappeler, c’est un jeu. Quand on les voit, eux, on a tendance à l’oublier, ou plutôt à croire qu’il s’agit d’un jeu dans le jeu ; c’est à celui qui réussit la plus belle imitation de la douleur la plus grande. Pour ça, rien à dire, ils sont parfaits ! Les filles, elles, tombent et, sauf cas vraiment grave, se relèvent. Eux, se roulent par terre avec des mimiques qui vous donnent envie d’aller étranger celui qui a osé s’en prendre à la France, ou alors de jeter votre poste par la fenêtre, et quand ils ont fini de se rouler, de se relever en boitillant un peu parce que quand même, ils passent leur temps à essayer de tricher, à contester les décisions de l’arbitre quand elles sont prises contre eux.

Elles, jamais. Elles jouent.

Elles ont gagné 5 buts à 1. Le Monde de ce matin titre « La France écrase l’Italie ». J’ai aussitôt jeté un coup d’œil sur Google Map : l’Italie d’aujourd’hui est comme celle d’hier, ni plus grande ni plus petite, ni plus haute ni plus basse, pas du tout écrasée. Le journaliste précise plus loin que les Italiennes « ont eu le mérite de sauver l’honneur » en marquant un but. Il ne précise pas le lien entre honneur et jeu.

J’ai l’air de plaisanter, mais le fait est que je me suis surpris – enfin, pas vraiment – à ne pas être « neutre » mais à sentir vibrer une fibre (nationale ? patriotique ?… non, mais c’est pas vrai !) de manière jouissive « positive » alors qu’elle l’aurait été peut-être de manière « négative » (genre maso, si vous voyez ce que je veux dire) si c’est la France qui avait été écrasée comme une pomme de terre.

Non, mais, qu’est-ce que vous voulez que je dise après un tel constat déprimant de bêtise ?

Allez les bleues ? Mais il y en a qui sont toutes noires ! Alors que les Italiennes, elles, sont toutes blanches comme le blanc de leur maillot qui est blanc comme un macaroni !

Allez les noires, les blanches, les métisses et les pas métisses !

Allez, les filles, continuez à jouer comme ça !

Agrandissez même le plus possible les terrains de jeu. A vous  voir, on déteste un peu plus encore la guerre des mecs.

Journal de vacance (09.07.2022)

J’ai trouvé un départ de vacance ! De vide, oui. Je vous assure qu’il ne s’agit pas d’un gag, ni d’une plaisanterie. Non, c’est très sérieux. L’extrait ci-dessous est tiré d’une longue interview de Gérald Darmanin publiée dans Le Monde de ce samedi 9 juillet. Je vous assure que c’est vrai.

« J’ai toujours dit que l’on devait avoir, comme E. Macron nous l’a demandé, davantage de pâte humaine et de contact dans notre politique. On s’était, à l’époque, moqué de moi lorsque j’avais dit :  « Il faut plus de bistrots et moins de visio. » (…) N’être que dans l’émotion, c’est démagogique. Mais n’être que dans la rationalité, c’est parfois être éloigné de ce qui fait le principal de la politique, c’est-à-dire les gens. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen parlent aux tripes. Dans la majorité, nous devons aussi parler aux tripes des Fronçais, mais différemment.(…) Nous devons être dans l’émotion positive, l’empathie, l’écoute… C’est ça la politique. »

Le premier problème posé est donc celui du rapport entre le bistrot et la tripe. A Caen ou dans les bouchons lyonnais (ah, le tablier de sapeur !), oui, bon, d’accord, c’est évident, mais ailleurs ?

Et pourquoi cette opposition entre bistrot et visio ? Une question de rime ? G. Darmanin taquinerait-il la Muse de la poésie ? Entre nous, ce serait plutôt une rime pauvre, sinon misérable.

Ensuite, on entre dans le gras du sujet (encore que la bonne tripe ne soit pas grasse, mais c’est une autre question) : « ce qui fait le principal de la politique, c’est-à-dire les gens ». Et si j’ai bien suivi, le principal des gens étant leurs tripes, le principal de la politique, c’est donc la tripe. Plus précisément, la tripe française ! Oui, Mossieu, la tripe française ! Elle n’est pas tricolore, d’accord, mais elle est de par cheux nous, vingt dieux ! , rien à voir avec la panse de brebis farcie écossaise, autrement dit haggis, qu’on mange en kilt en serrant les genoux (en kilt, je vous demande un peu !) au son de la cornemuse, alors que la tripe française, Mossieu, se mange dans les bistrots sans visio, accompagnée d’un kil de rouge (à Lyon on dit un pot de Côtes ou de Beaujolais) et d’une baguette qu’on sauce dans la sauce, et hop !

Je vais quand même relire la République de Platon pour voir s’il parle des tripes des Athéniens et de l’émotion positive que c’est ça la politique.

Journal de vacance (7 et 8 juillet 2022) 

A la recherche estivale de la vacance, trois rencontres radiodiffusées sur France Culture.

Hier, celle de deux mathématiciens lauréats de la médaille Fields : Hugo Duminil-Copin qui vient de la recevoir, et Cédric Vilani, médaillé y a douze ans,  dont le dialogue donne envie d’aimer mathématiques. Oui, on peut aimer à tout âge, mais quand on vous a dit et répété que vous étiez nul en amour de maths, difficile de larguer les amarres.  Donc, un vrai bonheur d’écouter ces deux hommes révéler la capacité humaine de construire des ponts entre le réel et l’abstraction. Par exemple, entre l’eau qui passe sur le café (ça, c’est le réel) et les équations de la porosité (ça, c’est l’abstraction). Il me semble que je me représente assez bien la problématique, ce qui est déjà beaucoup pour un handicapé du cœur mathématique. Ne m’en demandez pas plus.

Les deux autres rencontres sont nettement moins réjouissantes.

D’abord, l’historique de QAnon (Mécanique du complotisme – 19 h 00). En novembre 2016, au cours de la campagne Donald Trump <> Hillary Clinton, furent publiés des courriels censés prouver l’existence d’un réseau de pédérastie impliquant H. Clinton et les démocrates (le comportement de Bill Clinton, proche de J. Epstein, facilita la diffusion de rumeur). A l’origine, un membre de l’équipe d’H. Clinton, chargé de récolter des fonds pour la campagne électorale et des messages qu’il envoya à la pizzeria  « Cheese pizza »,  interprétée par les complotistes comme « Child Pornography » : la pizzeria était censée être un lieu où étaient séquestrés des enfants avant d’être livrés à des réseaux de prostitution et de trafic, s’ils n’étaient pas sacrifiés dans des cérémonies sataniques.  Un homme, convaincu par la rumeur,  vint, armé, dans la pizzeria, pour libérer les enfants. Il ne trouva rien… et QAnon annonça que c’était bien la preuve de la puissance de l’organisation pédocriminelle !

Il fut rappelé au cours de l’émission qu’une rumeur semblable s’était répandue en Angleterre : William, un enfant de douze ans, avait été retrouvé mort, atrocement mutilé dans une forêt près de Norwich. Les parents accusèrent les Juifs. L’affaire fut close par le shérif, mais la rumeur persista, des pèlerinages furent organisés sur la tombe de l’enfant, des miracles annoncés. Il y eut un nouveau shérif, un nouvel évêque, et quarante-cinq ans plus tard, les juifs de Londres et de Norwich furent massacrés pour venger le meurtre de William. Ces événements eurent lieu en 1144, 1189 et 1190.

Autrement dit, presque mille ans sans vacance de complotisme. Au moins.

Aujourd’hui, enfin,  la rafle du Vel-d’Hiv des 16 et17 juillet 1942 (13000 personnes arrêtées par la seule police française – avec, en guise de raffinement, la séparation des enfants, de nationalité française, de leurs parents), racontée par les invités des matins d’été, Jérôme Prieur et Laurent Joly pour leur film  Les suppliques  qui sera diffusé le lundi 11 juillet prochain sur France 3 lors d’une soirée consacrée à cet événement.  Les suppliques sont des lettres envoyées par les proches des « raflés », ces deux jours, ou en mai 1941 (les juifs avaient été convoqués dans les commissariats sous le prétexte de régularisation) notamment leurs enfants,  pour obtenir leur libération. Là, il faut s’accrocher. Entre ce que n’imaginent pas ceux qui écrivent et le réel que nous connaissons, il y a le pathétique de ces malheureux, l’immense colère contre ceux qui osèrent tuer des hommes pour ce qu’ils sont. A la lecture de la lettre de ce petit garçon de onze ans qui plaide la cause de son père malade en s’excusant de ne pas très bien s’exprimer, il faut vraiment s’accrocher. Quand je rapproche ça de la problématique QAnon et de celle des verrous qui ont sauté pour rendre audible le discours du RN, je ne sais pas très bien à quoi… Si, peut-être à ces policiers des 16 et 17 juillet qui ne voulaient pas et qui ont fait ce qu’ils ont pu pour ne pas « réussir » l’opération orchestrée par Vichy ; le nombre d’arrestations prévues était de près de quarante mille ; les deux tiers ont pu échapper à la rafle ; les autres…

 La France – c’est quoi exactement l’identité française ? –  a occulté la rafle pendant vingt ans : après la guerre et jusqu’à sa destruction en 1959, il y eut dans le Vel d’Hiv les 6 jours cyclistes (jours et nuits), des fêtes, des meetings politiques…

Cabu (assassiné le 7 janvier 2015 dans les locaux de Charlie Hebdo) raconte dans une interview diffusée dans l’émission, qu’il avait gagné un vélo à un concours de dessin. Il était allé le chercher au Vel d’Hiv, et avait assisté aux 6 jours, sans savoir à quoi avait servi le vélodrome. La commémoration nationale ne commença qu’en 1966. Entre 1944 et 1966, c’était quoi, exactement, la France ?

Demain matin, tôt, je m’accroche au guidon de mon vélo.

Journal de vacance (6 juillet 2022)

Hier, avant le journal de 19 h00 de France Inter, un billet du directeur de la rédaction, Jean-Marc Four, sur le rapatriement de Françaises parties rejoindre Daesh en Syrie, et de leurs enfants. Une analyse qui réconcilie ceux qui ont besoin de l’être avec le discours radiodiffusé – je ne regarde plus la télévision depuis des années, excepté le journal de 19 h 45 sur Arte, parfois l’émission 28’ qui suit.

J’avais déjà écouté les billets de ce journaliste et souvent constaté la même finesse et la même pertinence, confirmées ici par la réaction imbécile d’un député RN selon lequel ces rapatriements sont un « crime contre la sécurité ». Quand la bêtise le dispute avec l’ignoble. Ou alors l’inverse.

Ce qui reste inacceptable, pour moi, est le comportement du président et du gouvernement français qui ont procédé jusqu’ici au cas par cas et en catimini, selon des critères mystérieux, et qui laissent encore environ deux cents femmes et enfants dans des conditions de vie inacceptables.

« Elles n’avaient qu’à pas… » résonne comme l’écho de « que messieurs les assassins commencent » lancé aux abolitionnistes de la peine de mort.

Et voilà la transition avec la situation carcérale, en particulier l’accès aux soins des détenus dénoncé par l’Observatoire International des Prisons (OIP). Quand on entre dans ce monde par le biais de l’information, on peut se demander, et avec effroi pour ce qui me concerne, quelles sont les fameuses valeurs dont se réclame le pouvoir politique. Jean-Marc Four évoquait avec raison Victor Hugo dans son billet. Hugo avait construit une cohérence entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait, jusqu’à choisir l’exil. Je ne suis pas sûr que ceux qui détiennent le pouvoir soient mus par la même exigence.

Quels traumatismes affectent les enfants qui depuis des années vivent dans des camps, auxquels s’ajoute, pour ceux qui y demeurent encore, le questionnement sans réponse d’un tri incompréhensible ? En quoi les enfants sont-ils responsables des erreurs et des crimes de leurs parents ?

Ça, c’était la vacance d’hier. Ce matin, sur France Culture, un psychiatre expliquait, entre autres, le système des codes qui permet à l’administration de rentabiliser les soins, notamment en psychiatrie. Cette fois, ce n’est pas Hugo, mais Kafka, ou alors Ionesco.

Après, heureusement, il y a la bicyclette et les petites routes montagneuses des Cévennes avec les cigales et, au bout, l’épicerie-café du village qui propose un café pour 1€. Un café généreux tiré à la machine, excellent. Là, aucune vacance. D’accord, on ne voit pas les Champs-Élysées, ni l’Arc de Triomphe, seulement la montagne cévenole. C’est nettement moins plat, mais quand on redescend, je vous laisse imaginer l’air !

(à suivre)

Journal de vacance (4 et 5 juillet 2022)

Vacance au singulier, oui, dans le sens où, par exemple, un poste non occupé est dit vacant. On parle aussi de la vacance du pouvoir. Là, il s’agit d’une vacance autre que je ne parviens pas à identifier. Je sens un vide de quelque chose… mais quoi exactement ? Si vous avez une idée…

Hier (04.07.2022). j’avais commencé un article sur le mode désabusé – non, ce n’était pas l’objet de l’article, mais sa tonalité – sur ce que je venais d’entendre à la radio – voilà, ça, c’est l’objet – et puis, comme le désabusé devenait de plus en plus désabusé – après coup, je me demande si, en dépit de tout ce qui va très bien, ce désabusé n’aurait pas à voir avec la guerre en Ukraine, au Yémen, les massacres dans l’ouest africain, les fusillades de masse aux USA, la pandémie, l’effondrement d’un glacier dans les Dolomites, la sécheresse de la plaine du Pô, les inondations en Australie… mais peut-être bien que je vais chercher la petite bête  – , je me suis dit qu’il y avait peut-être une autre manière d’aborder cette époque de l’année où vacance s’emploie surtout au pluriel. C’est à cause du Front Populaire.

C’est ainsi que m’est venue l’idée d’écrire un journal. Le rapport ? Aucune idée. Si votre plume vous démange, manière de parler, le blog vous est ouvert.

Hier, donc, dans les Matins d’été de France Culture, des psychiatres dressaient, après les urgentistes, un état des lieux alarmant : manque de praticiens (départs vers le privé), fermeture de lits, longues listes d’attente… pour des patients de plus en plus nombreux et jeunes.    

Après eux, et pendant plus d’une demi-heure, l’auditeur a eu droit au constat mille fois répété depuis les élections, cette fois déroulé comme s’il s’agissait d’une nouveauté par Nicolas Baverez (éditorialiste au Figaro et au Point): tout, absolument tout sur les stratégies et tactiques possibles du gouvernement et des oppositions,  mais rien, pas un mot, sur les causes de cette situation politique atypique, dont l’abstention majoritaire n’est pas le moindre composant.  J’ai entendu le récit au premier degré d’un monde clos, étranger au monde de la vie quotidienne, peuplé d’êtres appelés « politiques », vivant entre eux, déconnectés, décrits par un éditorialiste lui-même déconnecté de la problématique des causes. De nombreux « politistes » – c’est un très beau néologisme – avaient parlé de campagne électorale faible, voire d’absence de campagne électorale, une façon de réduire l’électeur à un esquif sans gouvernail qui vogue au gré des vents, ce que certains ne manqueront pas de justifier par « Ah ! les gens, vous savez… ! »

Pourquoi N. Baverez à la radio, tout seul pendant une demi-heure ? Pourquoi pas un autre ? Et pourquoi ces questions complaisantes du journaliste sur l’écume des choses ? Tout cela fait beaucoup de déconnexions…

Même questions pour l’invitation, aujourd’hui (05.07.2022) de Martial Foucault (Professeur de sciences politiques et directeur du Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po). Une autre demi-heure de commentaires/récits du même ordre, sur les nouveaux rapports des forces dans l’Assemblée Nationale, pas le moindre discours/analyse des causes.

Deux matins de suite…

Beaucoup de commentateurs ont dit que les électeurs avaient élu, de fait,  l’assemblée dont aurait accouché une élection à la proportionnelle.

Bon. Mais est-ce que le mode de scrutin ne contribue pas à déterminer plus ou moins le vote ? Est-ce que le vote est le même s’il concerne des listes politiques ou bien des individus qui – les médias l’ont dit et répété – doivent réunir au premier tour au moins 12,5% des inscrits pour pouvoir accéder au second ? Du point de vue des intentions, le résultat d’une élection sur le mode proportionnel est-il comparable à celui d’une élection uninominale majoritaire à deux tours ? Et qu’est-ce que tout cela peut signifier ? D’autant que le résultat est une configuration inédite.

Ces problèmes sont traités dans les médias sans construction de problématiques, par énumération et constats, comme si la vie n’était que juxtaposition, et comme si la causalité se réduisait à l’immédiateté des situations : s’il est vrai que la politique comptable de l’hôpital publique aggrave la déréliction, encore faut-il se demander pourquoi elle existe. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Idem pour les résultats des élections, présidentielle et législatives.

Heureusement, il y avait, pour finir, Françoise Combes (Astrophysicienne à l’Observatoire de Paris, professeure au Collège de France et membre de l’Académie des sciences) qui nous a mis la tête dans les étoiles.

Madame Borne, première ministre, va prononcer un discours de politique générale sans demander un vote. Le porte-parole du gouvernement a justifié cela en disant avec beaucoup de conviction que la confiance ne se décrète pas. Non, ce n’est pas de la langue de bois.

(à suivre).

IVG et Constitution

L’Interruption Volontaire de Grossesse (avortement) est une décision qui résulte d’une agression (viol) ou d’un acte ressenti comme tel (grossesse non désirée, malformation du fœtus, mise en danger de la mère…) et qui conduit à un geste destructeur.

La Constitution est en revanche un acte constructeur en tant qu’il définit le cadre qui rend possible la vie en société.

Il serait donc plus pertinent d’y introduire le droit de disposer de son corps en précisant qu’il inclut celui de l’avortement.

Un tel intitulé aurait l’avantage de reconnaître en même temps le droit de disposer de sa vie, autrement dit le droit à l’euthanasie.

Bison futé en campagne électorale

Que présuppose Bison futé lorsqu’il conseille d’éviter les départs en vacances tel ou tel jour, dans telle ou telle plage horaire ?

Qu’il ne sera écouté que par une petite minorité de voyageurs ; s’il l’était par la majorité, le problème ne ferait que se déplacer, indéfiniment.

Autrement dit, cet organisme n’existe que pour ceux – minoritaires – qui sont supposés faire appel à autre chose qu’à l’irrépressible besoin du plus grand nombre de partir en vacances à la première heure et quel que soit le prix à payer, donc inaccessible à la raison, puisque, s’il l’était, soit le problème n’existerait pas, soit il serait reporté à l’infini.

Même type de problème pour les élections et ce qu’on appelle « campagne électorale » (cf. articles des 29 mars et 6 avril 2021).

J’écoutais ce matin sur France Culture un journaliste dire que le résultat du RN au second tour des législatives était d’autant plus inattendu que Marine Le Pen avait tardé à se mettre en campagne après les présidentielles.

Que présuppose cet argument ? Qu’un grand nombre d’électeurs décident de leur vote non en fonction de choix de type philosophique, politique, éthique… mais en fonction de la campagne électorale (tracts, affiches…). Les spécialistes expliquent que les transferts de voix entre le premier et le second tour ont défié tous les pronostics, ce qui est un élément d’explication du résultat surprenant du RN.

Qu’est-ce qui peut expliquer un changements de vote radical ?

Le journal de 13 h 00 de France Inter du mardi 21 juin, diffusait un reportage sur le département de l’Eure dont quatre circonscriptions sur les cinq ont basculé de la majorité présidentielle vers le RN, la cinquième ayant été gagnée par un candidat de la Nupes. Un électeur qui se présente comme « foncièrement de gauche » et dit avoir voté lors d’élections antérieures pour faire barrage au RN, explique que, cette fois, il a voté au second tour des législatives pour le candidat RN pour faire barrage au candidat d’Ensemble.

Le problème que pose cette explication est celui de la nature de la raison qui l’a conduit à ce changement radical. Autrement dit : faire barrage au RN dans des élections antérieures alors que cette formation n’avait pas disposé du pouvoir, ne pouvait se justifier que par le risque d’un danger à venir – et c’est bien ce qui constitue la formation de ce qu’on appelle, à tort, de mon point de vue (cf. article du 17.06 Pas une voix au RN ou…) le Front républicain.

Or, ce danger a disparu derrière la raison invoquée pour ce changement radical de vote : empêcher E. Macron de continuer une politique avec laquelle il était en complet désaccord l’a amené à voter, dans le cadre du duel du second tout, pour le RN contre le candidat Ensemble. A aucun moment il ne dit avoir envisager le vote blanc.

Vu les résultats, il n’est pas le seul à avoir fait ce choix.

Bison futé et la campagne électorale ont ceci en commun qu’ils présupposent un inamovible : l’homme est ainsi fait qu’il est surtout sensible à ses pulsions, à ses émotions, que ce soit pour partir en vacances ou pour voter.

Plus exactement, le départ précipité vers les bouchons routiers des vacances répond à un « ça ne m’arrivera pas à moi », « je passerai à travers », ou, au contraire, s’enrichit de l’excitation provoquée par le sentiment de participer à une aventure individuelle (chacun dans sa voiture) et collective (tous ensemble dans les ralentissements). Quant à la propagande électorale, elle apporte une réponse à un désir plus ou moins enfoui qui a besoin d’un support pour trouver sa justification.

La différence entre les deux, est que le bouchon routier est transitoire alors que le vote crée une réalité nouvelle durable.

Ses 89 députés mettent le RN dans une situation idéale : il n’a pas le pouvoir – rien ne pourra être mis à son débit – et il dispose désormais d’une caisse de résonance formidable avec, pour point de mire, la présidentielle de 2027.

Son installation dans la Chambre des députés renforce son apparence de parti politique.

Quelle que soit la stratégie du président dans l’immédiat (chercher d’hypothétiques alliances conjoncturelles) et le moyen terme (dissolution de l’assemblée en cas d’impasse), difficile d’imaginer – vu le rapport des forces à gauche – ce qui pourrait enrayer la progression du RN.

La nature de la raison qui conduit à ce changement radical de vote s’apparente à ce qui pousse à sauter dans l’abîme.

En d’autres termes, le jeu de l’apprenti-sorcier.

Intuition (suite)

Si elle avait pressenti l’effondrement du parti présidentiel, mon intuition s’était fourvoyée sur le chemin de gauche, ignorant l’importance de celui d’extrême-droite que, me dit-elle comme pour s’excuser, n’avaient soupçonnée ni les sondages, ni les journalistes ni même ceux qui s’y étaient engagés et qui en étaient les premiers surpris.

Ce n’est pas une raison, lui répondis-je : il y avait l’abstention, (plus de la moitié des inscrits), le résultat inédit du RN au premier tour de la présidentielle – il n’allait tout de même pas s’évaporer – la surdité et l’aveuglement du président réélu qui proposait une commission en réponse aux besoins bien identifiés de l’hôpital – entre autres services publics – et qui exprimait un désarroi pathétique devant son avion en partance pour la Roumanie. A se demander quelle est sa perception du réel. Et à gauche, une union sans autre colonne vertébrale que les diatribes d’un tribun dont la plus grande satisfaction est, dit-il, la chute de la majorité présidentielle. Comme projet d’alternative, ce qui apparaît comme un règlements de comptes est un peu court, non ?

Tu ne voulais pas regarder, n’est-ce pas ?

Pas jusque-là.

Intuition

Il est 9 h 00. Nous sommes le dimanche 19 juin 2022. Les bureaux de vote pour le second tour des élections législatives sont ouverts depuis une heure.

Voici mon intuition – connaissance du troisième genre, dirait Spinoza, mon philosophe de prédilection : ce soir, la Nupes sera majoritaire.

Problème : ses promesses/engagements économiques et sociaux ne s’inscrivent pas dans un discours d’alternative au système lui-même. Autrement dit, le conflit avec le président – il sera d’ordre passionnel – s’inscrira dans la seule problématique de la gestion du système. S’il ne parvient pas à accoucher du discours d’alternative – dans leur diversité et avec la grande disparité du rapport des forces internes, les composants de la Nupes n’ont pas la même philosophie politique – il risque d’ouvrir les portes du pouvoir au RN qui brandira plus haut la bannière de l’Identité Nationale Française et dont j’ai tenté d’expliquer par ailleurs qu’il ne situe pas dans le champ du politique, mais de la pathologie collective.

Reste à savoir si cette intuition est bien de l’ordre de la connaissance du troisième genre.

Pas une voix au RN ou mettre dans l’urne le bulletin de X ou Y 

Pas une voix n’implique par forcément le vote. Mettre dans l’urne le bulletin de X ou Y avec qui l’on n’est pas d’accord est plus précis. La Une du Monde de ce 17 juin 2022 indique quelles sont les indications données par les candidats de gauche éliminés au premier tour et qui se répartissent entre ces deux expressions.

Ma contribution

Mettre le bulletin Macron dans l’urne au 2ème tour n’est pas égal à voter pour lui. Idem pour les législatives. La confusion tient au fait que la notion de Front Républicain n’est pas adéquate parce qu’elle présuppose que le RN est un parti politique antirépublicain. Le problème devient autre si l’on considère que le RN n’est pas un parti politique, mais l’expression électorale d’une pathologie collective de plus en plus aiguë. Ce qui le constitue essentiellement est le concept d’identité nationale qui ne trouve un écho électoral que parce que nous traversons (depuis une trentaine d’années) une série de crises (économique, sanitaire, climatique…) qui finissent par s’agréger en une crise existentielle. Une crise d’autant plus grave que toute solution de remplacement du capitalisme (E. Macron en est l’incarnation actuelle) a disparu. D’où cette alliance à gauche, problématique à cause de la disparité des forces et de l’absence d’une alternative au système (cf. Programme commun de la gauche en 1972).