Crépol

Thomas, un garçon de 16 ans, a été poignardé à Crépol le 19 novembre.

« Des notes du renseignement territorial, auxquelles « Le Monde » a eu accès, détaillent les violents affrontements qui ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des membres de l’ultradroite, puis le lynchage d’un militant par des jeunes habitants du quartier de la Monnaie, samedi 25 novembre. » (Le Monde – 29/11/2023)

 Ma contribution

Ce qui est en jeu dépasse l’événement de Crépol en ce sens que l’escouade de militants armés d’extrême-droite a une dimension nationale et qu’elle est une des expressions de ce qu’exploite le RN et qui le nourrit : la résolution de la difficulté par l’élimination de l’autre, celui qui est désigné comme « la » cause. Cette difficulté est d’ordre existentiel et « on est chez nous », « musulmans hors d’Europe » sont les équivalents des slogans anti-juifs de l’époque nazie : la civilisation est en danger de mort et il faut « éliminer ». Si les modes d’expression et de réalisation de cette élimination ne sont/seront pas ceux des années 30, la perception du danger est la même comme la violence des réactions qu’elle suscite. Si les verrous de l’analyse sautent, dont ceux du droit, le langage puis les actes passeront outre les interdits/barrières qui permettent de vivre ensemble.

Une réponse de « âne au nems »

Il y a de cela mais vous vous trompez beaucoup. La civilisation européenne survivra si elle est capable de contrôler pleinement sont territoire. Hors ces ilôts innombrables de séparatisme ethno-religieux extra-européen qui entend bien défendre son acquis territorial, sont déjà perdus pour l’Europe. la menace de disparition est réelle, et contrairement aux juifs d’alors en Allemagne, une partie significative de ces minorités ethno-religieuses extra-européennes entend nuire au pays d’accueil. Vous aurez remarquez qu’il n’y pas de « vivre ensemble » avec ces minorités ethno-religieuses, pour l’autre il n’y a que le vivre ailleurs. Enfin, le projet de « l’élimination  » est bien plus avancé dans une des parties, et ce n’est pas celle des de souches.

Une réponse de « travailleur du 93 » à « âne aux nems »

@âne aux nems: si ce que vous dites était vrai, je devrais logiquement être assassiné ou brutalisé quotidiennement: prof « de souche », exerçant dans une ville de banlieue, utilisant les transports de banlieue de gare du nord (et étant fréquemment le seul « blanc » du wagon) , ayant des élèves très majoritairement « mixtes » et adeptes d’une religion extra-européenne (ils ne s’en cachent guère) , ayant comme travail de leur parler de la laïcité, de la Shoah, de la guerre d’Algérie, du conflit israélo-palestinien (à ce titre, Daech m’a collé une cible comme tous mes collègues), je devrais être la cible numéro un de vos dangereux « conquérants ». Mais , en 20 ans, il ne m’est rien arrivé. Aucun propos anti-blanc, aucune agression, aucune remise en cause de mes cours (pourtant , je suis les programmes et ne fait aucune censure). Je suis loin d’être un cas isolé. Cela n’enlève rien aux délits et crimes qui vont dans votre sens, mais ils sont moins nombreux que les cas comme le mien.

Ma réponse à « âne aux nems »

 « Chez nous » renvoie à un immuable de nature transcendante qui n’existe que dans les fantasmes nationalistes. Le séparatisme que vous évoquez est-il dans le réel ou dans ces fantasmes ? Les nazis étaient persuadés d’un complot mondial juif comme ceux que hante la peur d’un changement de civilisation. Les « quartiers » ne sont pas une création de leurs habitants, mais l’effet de dénis et de choix politiques successifs. En tant que civilisation occidentale chrétienne, nous sommes coresponsables de ce que nous vivons ici et maintenant, comme le furent ceux qui confièrent le pouvoir aux nazis, dans le pays de Kant, Hegel, Goethe, Beethoven, Wagner (oui !). Au-delà des divergences, il importe de ne jamais oublier que, quelles que soient la réalité et la gravité des problèmes de vie collective qu’il faut évidemment regarder en face, l’idéologie d’extrême-droite est l’expression d’une pathologie collective qui ne peut produire que la mort.

« Une instagrameuse jugée pour apologie du terrorisme »

Tel est le titre d’un article du Monde (23/11/2023) relatant l’audience du procès intenté à une femme de 37 ans qui publie via Instagram (d’où le beau néologisme « instragrameuse ») des vidéos.

« Dans la vie, Warda A., 37 ans, est mère de deux enfants et vit séparée de leur père. Elle a grandi à Djibouti, est arrivée en France à 13 ans, a arrêté tôt l’école, a travaillé un temps comme hôtesse « dans l’événementiel » avant d’ouvrir un site de revente de vêtements en ligne. Toujours très apprêtée, elle se met régulièrement en scène dans des « stories » sur son compte Instagram, pour raconter sa vie, ses recettes de cuisine et donner son avis sur « les sujets de société » à ses 9 840 followers. »

La « storie » qui lui est reprochée : « Moi, il y a quelque chose qui me turlupine. Je vais vous donner le fond de ma pensée. A chaque fois que je tombe sur l’histoire du bébé qui a été mis dans le four [lors des attentats du Hamas le 7 octobre en Israël], je me pose la question s’ils ont mis du sel, du poivre (…), du thym ? S’ils l’ont fait revenir à quoi ? »

L’article fait état d’une autre vidéo où « elle tient à partager son émotion après avoir vu sur les réseaux sociaux les images de l’enlèvement d’une jeune Israélienne par le Hamas. « Quand je vois un être humain souffrir, ça me détruit. Restez dans le juste. Il y a des bons et des mauvais partout. Ne rentrez pas dans la haine. »

Le procureur a requis dix mois d’emprisonnement avec sursis.

Quelques réactions 

« Ça donne une meilleure idée du quotient intellectuel moyen de ceux qui soutiennent le terrorisme. »

« Si cette fille est condamnée, cela montrera bien que la France n’est plus une vraie démocratie. Il s’agit complétement de la chasse aux sorcières. (…) Elle devrait avoir le droit de dire son opinion. Franchement, c’est la base de la base de la liberté d’opinion et d’expression. Elle n’a pas soutenu le terrorisme, ni dit aucun propos antisémite dans ces mots. C’est-à-dire, elle n’a commise aucun délit. Peut-être serait moi-même envoyé en prison pour ce commentaire ? Comme ça, on aura une France unie et unanime, pro-Israël, et gouvernée par l’extrême-droite. ça sera beau non ? Un retour aux temps des croisades. »

« Il faut condamner avec la plus grande sévérité. Toucher au portefeuille avec des amendes énormes les réseaux qui publient ce genre de choses. Peut-être limiter l’accès aux réseau sociaux. »

« Discuter ( et avec quelle subtilité ) sur un bébé assassiné est donc devenu de l’humour pour les avocats de la défense ? Ou en est-on rendu ? »

Ma contribution :

L’humour (cf. Bergson) consiste à décrire le réel (surtout quand il est désolant) comme si c’était un idéal. Ex : un prof rappelle à ses élèves qu’un travail écrit doit être personnel et correctement orthographié (idéal). Les élèves rendent des copiés-collés rédigés n’importe comment (réel). Humour : c’est très bien, vous vous êtes tous consciencieusement appliqués à copier vos travaux que vous avez pris soin d’écrire de manière parfaitement illisible. Travaux pratiques : traitez sur le mode de l’humour la fausse information (c’est apparemment ce dont est convaincue celle qui est accusée) d’un bébé israélien brûlé dans un four par les attaquants du Hamas.

P.S. Pour être perçu comme tel, l’humour doit, dans un contexte déterminé, se préoccuper du public auquel il s’adresse et qui doit partager les mêmes codes. (cf. le sketch de G. Bedos : « Marrakech, ça nous a déçus, c’est plein d’Arabes ! »)

*J’ajoute que je ne vois pas très bien le bien-fondé de l’accusation d »apologie du terrorisme », et que la réquisition de dix mois de prison, même avec sursis, est pour moi non seulement l’expression d’un parti pris, mais surtout le signe d’une inquiétante aberration.

Concert « néonazi »

« Un concert « néonazi » dont les organisateurs font « la promotion de musique néonazie » a eu lieu mardi 14 novembre au soir dans un restaurant près de Lyon malgré deux arrêtés d’interdictions, a annoncé la préfecture de l’Isère dimanche. Le concert, baptisé « Rock antiwokisme » s’est déroulé à Saint-Quentin-Fallavier, à une demi-heure au sud-est de Lyon, dans le nord de l’Isère. (…) D’après Le Dauphiné Libéré, de 200 à 300 personnes ont assisté à cet événement dans un restaurant loué pour des soirées privées le week-end. Le gérant de l’établissement a assuré au journal avoir été « piégé » et a condamné « dans le contenu, la forme ou la fréquentation » le concert. » (Le Monde – 20/11/2023)

 Quelques contributions :

« Interdiction par la préfecture ? Et alors ? Cela fait longtemps que l’État n’a plus aucune autorité. Il suffit de compter le nombre de manifestations interdites et qui se déroulent malgré cela. En plus, certains élus y participent. Et ils considèrent que la France devient une dictature quand le Préfet interdit une manifestation. »

« Je suis rassurée. À la lecture du titre j’imaginais un concert avec plusieurs milliers de personnes. A ce stade, on est plutôt dans le fait divers. Je pense qu’il y a eu de tout temps des personnes qui ont nourri ce type d’idéologie. Et il y en aura toujours. »

« Qu’est-ce que de la musique néo-nazis ? Avez-vous des exemples de paroles de chansons chantées durant l’événement qui seraient négationnistes ou feraient l’apologie du nazisme ? Le qualificatif de néo-nazis ne tient t’il pas uniquement au fait que l’événement se déclare « anti-wokiste ? »Moi je n’affirme rien, en revanche je pose des questions auxquelles l’article ne répond absolument pas. »

« Il y a des musiques interdites en France ? Si je les écoutes il se passe quoi ? je commet une infraction ? »

Ma contribution :

Le problème essentiel n’est pas l’interdiction, ni même le contenu, mais la possibilité de la convergence de 200 personnes dans ce lieu distant des grandes agglomérations pour une manifestation organisée par des promoteurs de musique néonazie, comme ils se définissent. Qu’une telle attirance – qui n’a pas à voir avec une analyse du rapport musique-nazisme – pour une telle idéologie puisse prendre, 80 ans après le massacre mondial initié par cette idéologie du culte de la mort, une dimension festive est significatif d’une pathologie collective désormais installée : la musique n’est pas ce qui convainc mais ce qui accompagne pour célébrer.  L’argument du « wokisme » – qui revendique le mot sinon ceux qui le dénoncent ? –   n’est que le prétexte invoqué pour refuser de voir ce qui en a produit l’esprit et dont les démesures ne sont que l’écho des démesures historiques qui s’appellent racisme, xénophobie, antisémitisme, sexisme, machisme et qui sont des constituants du nazisme.

Polémique, pause et manifestation contre l’antisémitisme

 « Polémique » est le mot rejeté par la première ministre E. Borne pour ne pas aborder la question de la présence du RN. Il est repris par M. Le Pen qui le complète avec « pause » pour tenter de faire taire les critiques avant le départ de la manifestation « Contre l’antisémitisme et pour la République » de ce dimanche 12/11/2023, organisée à l’initiative du président du Sénat et de la présidente de l’Assemblée nationale.

Le RN y participe, à quelque distance de l’une et de l’autre, des membres du gouvernement, de deux anciens présidents de la République et de deux anciens premiers ministres. Participe également E. Zemmour qui tente de réhabiliter Pétain et son gouvernement créateurs des lois anti-juives et organisateurs de la rafle du Vel d’Hiv.

La « pause » dans les polémiques, invoquée, séparément, par E. Borne et M. Le Pen pour justifier une union républicaine est une référence à la contingence des confrontations politiciennes.

La problématique de l’antisémitisme et du racisme, n’a rien à voir avec cette contingence, mais avec celle, essentielle, du rapport à l’autre, notamment le recours au bouc-émissaire ; elle n’est pas non plus de l’ordre de la polémique politicienne, mais de la philosophie politique.

« Pause polémique » appliquée à l’idéologie du rejet, de l’exclusion et au nationalisme qui constituent le RN est donc un non-sens qui contribue à faire de cette manifestation non seulement une grave anomalie mais un événement à proprement parler ahurissant.

Que « pause » puisse être employée – sans que personne n’y trouve à redire – par M. Le Pen en écho à « polémique » d’ E. Borne, signifie en effet un accord qui dépasse la simple conjoncture : de ce fait, le RN est considéré et reconnu non seulement comme un parti politique, mais comme un parti comme les autres.

C’est sans doute cette reconnaissance objective, de facto, qui est l’événement le plus important de ce dimanche 12 novembre 2023.

La réjouissance de Serge Klarsfeld

Journal de 18 h 00 de France Culture (09/11/2023) .

« Serge Klarsfeld se réjouit que le RN participe à la manifestation » annonce le journaliste avant de diffuser sa déclaration : « Moi j’essaie de voir l’intérêt général, j’essaie de voir l’intérêt de la communauté juive, l’extrême-droite antisémite je l’ai combattue avec mon épouse, avec les « Fils et filles de déportés juifs de France »*, on a combattu à travers l’Europe au Proche-Orient, et je vois pas dans les électeurs du Front National (sic) un danger particulier. Certes, il reste un résidu d’extrême-droite antisémite en France, mais j’espère que les choses se tasseront de ce côté-là, et par contre, malheureusement, nous avons une extrême-gauche qui a pris le parti aussi bien du Hamas que de la population de Gaza et en qui je vois plus un danger que celui d’une supposée extrême-droite antisémite. Voilà. »

* Le père de S. Klarsfeld fut déporté à Auschwitz où il mourut. Dans le cadre de son travail de recherche sur la Shoah en France et celle des responsables nazis, S. Klarsfeld a créé cette association en 1979.

Cette déclaration est remarquable par une non-pensée  :

– « je ne vois pas dans les électeurs du… FN (!) un danger particulier » – voir dans les électeurs ? alors qu’il s’agit d’une organisation et de son discours nationaliste.

–  « j’espère que les choses se tasseront de ce côté-là [l’antisémitisme]» – espérer en une baguette magique ?

–  « le parti aussi bien du Hamas que de la population de Gaza » – autant dire que ceux, ONG, chefs d’Etat,  qui sont sensibles à ce que vit la population de Gaza, prennent le parti du Hamas.

Cette non-pensée est l’expression du déni – pathétique, compte tenu de ce que sait S. Klarsfeld – qui rappelle celui d’une partie de la population juive allemande dans les années 30 :  ça ne peut pas arriver, c’est impensable. Elle, ne disposait pas de faits qui lui permettent de savoir.

L’expérience nazie a produit des anticorps dans l’esprit humain. En interdisant le discours « habituel » de l’antisémitisme historique, ils ont provoqué la création par l’idéologie d’extrême-droite organisée en forces électoralistes d’autres stratégies et tactiques qui lui permettent de faire de l’immigré le nouveau bouc-émissaire principal,  en laissant croire à ceux qui décident de fermer les yeux « parce que ça ne peut plus arriver et que l’histoire ne se répète pas » qu’il a remplacé le juif qu’elle dit soutenir.

Question à S. Klarsfeld : Combien parmi les Allemands qui votèrent pour le parti nazi jusqu’à lui donner une majorité relative suffisante, combien parmi les militants nazis eux-mêmes, imaginaient possibles une guerre mondiale, des camps d’extermination et des corps d’armée chargés de massacrer des femmes et des enfants ?

Oui. Nous ne sommes plus dans les années 1930. Nous sommes en 2023.

Xi-Jing Ping serre la main de V. Poutine sous le coup d’un mandant d’arrêt international pour une guerre déclenchée arbitrairement, le conflit israélo-palestinien et sa phase actuelle créent des poches internationales de haine, D. Trump, mis en cause pour des délits multiples et graves apparaît comme le possible vainqueur des élections américaines de l’an prochain, tandis que les démocrates seront représentés par un homme sans charisme de 83 ans. En Allemagne le parti d’extrême-droite commence à s’implanter à l’ouest où il remporte des victoires électorales. Il est au pouvoir en Italie. En France, le RN est crédité de plus de 30% d’intentions de vote et les sondages le donnent vainqueur des élections européennes, la droite s’extrémise, le parti présidentiel en perte d’influence n’existe que par la présence politique d’E. Macron,  la gauche, en miettes, est incapable de construire un discours sur le « commun »…

Oui, ce blog est une bouteille à la mer.

La marche contre l’antisémitisme

« Alors que Yaël Braun-Pivet [présidente de l’Assemblée nationale] et Gérard Larcher [président du Sénat] ont assuré qu’ils ne défileraient pas « à côté » de l’extrême droite dans le cortège dimanche, la participation du Rassemblement national et le choix de La France insoumise de s’en tenir à l’écart nourrissent l’embarras. » (A la Une du Monde – 09-11-2023)

Ma contribution :

L’absurde (apparent) révélé par cet événement tient au fait que le FN/RN a été et est considéré comme un parti politique, alors qu’il est l’expression électorale d’une pathologie collective – absence de perspectives, impasse, angoisse – qu’il est trop perturbant de reconnaître parce qu’elle remet en cause le principe du capitalisme, confondu avec ses formes modernes, et qui apparaît désormais sans solution alternative. De même l’étiquette « terrorisme » qui donne l’illusion d’une explication et permet de ne pas regarder ce qui génère les crimes de désespérance (= aucun espoir, rien à perdre sinon, dans le plus grand fracas possible, une vie impossible), autre expression de la même pathologie. Persister dans le déni ne peut conduire qu’au développement de cette pathologie et à la multiplication, sous toutes les formes, des comportements irrationnels.

Ma réponse à la contribution suivante :

« Si j’ai bien compris il y a un soucis avec le CV du passé de certains qui heurterait la sensibilité de la gôche ! OK allons y ! Je pense que M. Faure serait dès lors inspiré de s’expliquer sur la Francisque d’un certain Mitterrand ou M. Roussel sur le bilan globalement positif du Stalinisme selon Marchais !OUPS il sont morts et enterré…Cette marche est faite par ce qui se passe AUJOURD’HUI c’est à dire une lutte contre l’antisémitisme dans nos rues c’est tout et pour cela il faut le soutien de TOUS ! Et savoir QUI est le mieux placé sur la photo n’a strictement aucune importance. »

>> L’antisémitisme n’est pas le fait d’aujourd’hui mais l’expression d’un permanent dont seuls changent l’intensité et les modes d’expression selon les circonstances. Aujourd’hui, se déroule une des phases les plus violentes d’un problème de type existentiel non résolu entre Israël et les Palestiniens, parce qu’il n’a jamais été posé comme tel par les deux parties ni par la communauté internationale. Il y a cinquante ans, le PS et le PC ont proposé ensemble une alternative au système. Elle était perçue alors comme crédible, malgré les problèmes posés par l’histoire des individus et malgré la référence à l’URSS qui était l’expression – même détestée – d’un possible qui n’existe plus. Les sociétés sont orphelines d’une réponse au « commun », une préoccupation constante de l’humanité : d’où, depuis la fin des années 80, la résurgence de l’idéologie de l’extrême-droite et l’émergence au niveau international de ce qu’on appelle « terrorisme », expressions l’une et l’autre pathologiques de la désespérance.

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Deux ajouts :

– dans ce contexte d’affrontement entre Israël et le Hamas,  la marche contre l’antisémitisme pourra difficilement être déconnectée d’un soutien plus ou moins implicite à Israël.

–  Le FN/RN a toujours eu un comportement ambigu à l’égard d’Israël et de l’antisémitisme.

« Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé, je n’ai pas pu moi-même en voir, je n’ai pas étudié spécialement la question, mais je dirais que c’est un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale. » (J-M Le Pen, – 13/09/1987 – qui sera condamné pour ces propos, le 23/05/90 par le tribunal de Nanterre)

Invité du journal de 12 h 30 de France Culture (09/11/2023), Jonathan Hayoun, réalisateur, essayiste, rappelait qu’en 1986, dans Tribune juive,  J-M Le Pen qui fondera le « Cercle national des français juifs » (une coquille vide, dit J. Hayoun) déclarait : « J’aurais beaucoup aimé participer à un congrès de parachutistes israéliens. ».

Un hiver en Bretagne (34)

Plus je parlais avec Maëlie, plus je la regardais, et plus s’installait l’impression de rencontrer non seulement quelqu’un, mais quelque chose.

– Qu’y-a-t-il, Adrien ? demanda-t-elle, intriguée par mon silence.

Je lui fis part de cette impression.

– Quelque chose ? reprit-elle.

– Oui, et je ne sais pas quoi.

Elle me fixait avec une perplexité souriante.

–  Qu’est-ce qui vous frappe quand vous me regardez ?

– Vos mains et votre jupe.

Elle examina ses mains ouvertes avant de jeter un coup d’œil sur ses jambes découvertes.

– Les mains, je ne vois pas.  La jupe… Direz-vous que c’est la jupe sur laquelle je ne tire pas puisque je l’ai choisie courte ?

– Oui.

– Et vous en pensez quoi ?

– Vous faites allusion à la question de la provocation ?

Elle pointa des index agités sur sa jupe.

– Plus que ça ! A l’incitation au viol ! Si une femme met une minijupe, c’est pour exciter les hommes. Donc qu’elle ne vienne pas se plaindre si elle est agressée ! Elle l’a bien cherché ! – Elle fit un geste d’apaisement – Que dites-vous de ce discours ?

– Il me rappelle deux films. D’abord, celui d’Otto Preminger Anatomy of a Murder,  Autopsie d’un meurtre : il raconte le procès d’un militaire qui a tué un homme parce qu’il a violé sa femme. L’avocat de l’accusation développe cet argumentaire de l’incitation provocante jusqu’à demander à la femme si elle portait une culotte quand elle s’est rendue dans le bar où elle a rencontré l’homme.  

– Je ne l’ai pas vu. Et l’autre ?

The Accused, Les Accusés, de Jonathan Kaplan. Une jeune femme est violée dans l’arrière-salle d’un bar par trois hommes avec les encouragements d’autres clients.

– Celui-là, je l’ai vu. La jeune fille sera accusée d’avoir été provocante parce qu’elle a une minijupe et qu’elle danse. La scène du viol est impressionnante et les réactions des hommes impliqués sidérantes. Au fond, ils n’ont rien fait que répondre à une demande. Bref, rien que de très normal. Comment l’homme que vous êtes explique ça ?

– Je dirai qu’il faut chercher du côté des présupposés d’une loi plus ou moins explicitement « naturelle » – je mets des guillemets –, la loi du prédateur et de la proie : toute femelle est par définition une proie potentielle du mâle-prédateur, c’est dans la nature des choses. Il est donc dans la nature féminine d’attirer, dans la nature masculine d’être tenté de sauter sur la femme, et, sauf à se mettre en danger, elle doit donc conformer et adapter son comportement et son vêtement à cette loi.   

– C’est l’argument de ceux qui veulent l’enfermer dans la burqa pour pouvoir être les seuls à voir ce qu’il y a dessous.

– L’équivalent de l’isolement imposé par Arnolphe à Agnès dans L’Ecole des femmes, de Molière.  

–  « Le petit chat est mort », c’est dans cette pièce ?

– Oui, c’est ce que répond Agnès à Arnolphe qui lui demande des nouvelles.

Elle rit.

– Vous croyez qu’au 17ème siècle,  la chatte avait le sens sexuel qu’il a aujourd’hui ?

– Je vais vous dire ça.

Je pris mon portable, ouvrit « dictionnaire de Furetière » et tapai « chatte » en expliquant ce que je faisais et en précisant que le dictionnaire avait été publié en 1690.

– Je ne vois rien à chatte… En revanche, pour chat, il y a ceci : « On dit, qu’une fille a laissé aller le chat au fromage, pour dire, qu’elle a succombé à quelque tentation amoureuse ». Vous pensiez à quoi ?

– Molière aurait pu laisser entendre par antiphrase « la chatte, elle, n’est pas morte ». – Elle eut un petit rire – Mais ça n’a pas l’air possible.

– Je crains que non. Pour en revenir au problème posé dans les deux films,  le problème essentiel est celui de l’expression de la différence biologique entre le mâle et la femelle.  La difficulté est dans la lecture des signes.  Que dites-vous en mettant une minijupe qui met vos jambes à nu ? Que dites-vous avec un pantalon ?

– Aujourd’hui, j’ai choisi une minijupe, demain, je peux choisir d’enfiler un pantalon. Je serai la même femme.

– Deux discours différents relativement à des situations différentes ?

Elle balança lentement la tête.

–  Je pose ma question autrement : est-ce que vous mettriez cette jupe au restaurant ?

– Non. De la même façon que je ne parle pas aux clients comme je vous parle.

– Mais vous pourriez être ici en pantalon.

– Bien sûr.

– Alors, que dites-vous, ici, en découvrant vos jambes et, là-bas, en ne les découvrant pas ?

Elle baissa son regard pour accompagner le doigt qui suivit la ligne d’une jambe jusqu’à la limite de la jupe. Elle ferma les yeux un instant.

– Au restaurant, je n’ai pas envie de mobiliser l’attention pour autre chose que ce pour quoi viennent les clients.

– Vous pensez que c’est l’érotisme que vous évacuez ?

Nouveau balancement de tête.

– Si c’était le cas, cela voudrait dire que je le sollicite ici.

– Et ?

– Je ne dirai pas que je sollicite quelque chose… Je ne voudrais pas tomber dans le pathos, mais je dirais que ma jupe et ce qu’elle dévoile vous disent que je suis heureuse de pouvoir vivre en présence d’un homme ma condition de femme sans me sentir une proie. Pour être plus précise, et ça concerne la dimension biologique que vous évoquiez, ma condition de femelle, c’est essentiellement le lieu vers quoi conduisent mes jambes. Le lieu énigmatique qui reçoit. Le réceptacle et son mystère. Les jambes de l’homme, elles, conduisent vers une évidence. C’est leur musculation qui peut être intéressante. Celles de la femme, ce serait plutôt leur longueur. L’équivalent du suspense. Non ?

Son interrogation fut ponctuée d’un geste des mains, ouvertes. Je les désignai.

– Elles complètent ce que vous venez de dire.

– Comment ça ?

– Le part du masculin.

Elle les regarda comme si elle les découvrait. Des mains larges, dont les doigts aux ongles courts et brillants indiquaient une combinaison d’élégance et de force.

Elle releva les yeux.

– Vous voulez dire ?

– Le quelque chose dont je parlais tout à l’heure, vous vous rappelez ?

Elle acquiesça.

– C’est peut-être bien l’harmonie du féminin et du masculin à laquelle vous êtes parvenue, et qui est l’expression au plus haut point de… vous savez de quoi ?

Elle secoua la tête.

– De la liberté.

Elle ouvrit grand la bouche avant d’émettre un – Waouh ! qui précéda un rire lumineux.

Elle déplia ses jambes, se pencha pour poser son verre et prendre la bouteille qu’elle inspecta.

– Il ne reste pas grand-chose, constata-t-elle avec une moue mi-figue mi-raisin. Le sumposion va perdre son essence.

– J’ai apporté quelques bouteilles de chez moi.

Elle émit un petit bruit de gorge.

– Mais encore ?

– Je cherche ce qui pourrait suivre le Pontet Canet, donc de très différent… Un rouge d’Ottrott, qu’en dite-vous ?

– Ah oui ! Très bonne idée ! Vous avez ça ?

– J’ai un petit assortiment dans le garage.

Je me levai tandis que Maëlie répartissait le reste de bordeaux.

(à suivre)

IVG et Constitution

« Emmanuel Macron a annoncé vouloir inscrire la « liberté » des femmes à recourir à une interruption volontaire de grossesse dans la Constitution française d’ici au premier trimestre 2024. » (Le Monde du 01/11/2023)

Ma contribution :

Cette proposition est inadéquate et insuffisante : inadéquate, en ce sens qu’une IVG – quand elle n’est pas thérapeutique –  est la réponse à un échec (contraception) et qu’elle est une destruction, ce qui n’est pas cohérent relativement à la nature de ce qui « constitue » ; insuffisante, en ce sens qu’elle devrait s’inscrire dans « le droit de disposer de soi », ce qui implique le droit de disposer de son corps et de sa vie ainsi que de l’assistance à l’exercice de ce droit positif qui recouvre à la fois l’IVG et l’aide à mourir, entre autres. Ce qui fait obstacle à la reconnaissance de ce droit est la croyance ancienne, enfouie, plus ou moins explicite aujourd’hui,  que sa vie n’appartient pas à l’individu mais à Dieu. 

Réponse de « Irréaliste »

« Droit à disposer de soi ? En l’occurrence ici il s’agit de disposer d’une vie à venir ou déjà reconnue. Les dates autorisées d’IVG varient selon les pays. Preuve que cette notion de début de vie est encore floue. Dans beaucoup de cas, l’IVG témoigne d’un échec . Quant à la faculté des femmes de disposer de leur corps , je suis pour dans la limite du respect d’ autrui. L ‘avortement confort (on ne veut pas d’enfant immédiatement mais plus tard) existe. Il n’a pas à être gravé dans la constitution. »

Ma réponse :

Qui décide de ce qu’est une vie sociale – c’est bien de cela qu’il s’agit – sinon l’homme et de manière forcément contingente ? L’embryon et le fœtus sont vivants, comme sont vivants les spermatozoïdes et l’ovule dont la contraception vise à interdire la rencontre. Les anti-IVG invoquant les battements de cœur du fœtus utilisent donc un argument erroné, comme le serait celui qui, au même motif, refuserait une transplantation. Est-ce que j’ai le droit ou non de disposer librement (ce qui implique un savoir enseigné) de qui je suis – mon corps et mon esprit ?  Telle est la question essentielle. Le reste n’est qu’adaptations.

Hamas = Nazis ? 7 octobre = Holocauste ?

Ianiv Ickzkovits est un écrivain israélien dont est publiée une tribune dans Le Monde daté du 01/11/2023. Le chapeau de l’article précise : « Il avait refusé de servir comme soldat dans les territoires occupés en 2002 et avait purgé une peine de prison militaire. Il explique que la nature des attentats du 7 octobre fait qu’il a aujourd’hui demandé à rejoindre les forces de combat. »

Quelques extraits :

« La journée du 7 octobre a changé Israël. Elle l’a changé en profondeur en lui infligeant une douleur que nous pensions ne plus jamais connaître. Une douleur dont nos grands-parents et leurs grands-parents parlaient. [Il évoque les souvenirs des pogroms et de l’Holocauste] (… ) Personne ne pensait que nous allions la revivre dans notre chair. Personne ne croyait qu’un jour notre post-traumatisme redeviendrait traumatisme. » [Il rappelle ensuite son refus de servir en 2002] (…) « Aujourd’hui, je suis toujours convaincu que l’occupation israélienne est immorale, et que les extrémistes israéliens veulent anéantir toute possibilité de réconciliation. » (…)  [Après avoir pointé les responsabilités politiques de la droite et de la gauche israéliennes,  il explique ce qui l’a décidé à rejoindre l’armée] « Eh bien, à mon avis, Ce qui s’est passé le 7 octobre,  c’est qu’une organisation terroriste qui contrôle la force de vie de millions d’habitants de la bande de Gaza, a envoyé des milliers de terroristes assassiner, massacrer, violer, brûler de civils innocents. »

Moi, qui ne peux voir les documentaires ou les films sur l’abomination nazie et ne peux penser aux pogroms ou à l’Holocauste sans l’envie de hurler, qui ne peux lire sans la plus grande émotion ce qu’il dit de la souffrance et de la douleur de ceux qui ont réchappé à l’indicible horreur,  je ne suis pas d’accord avec le point de vue qu’il propose.

Je ne suis pas d’accord avec « l’occupation israélienne est immorale » ni avec « ce qui s’est passé le 7 octobre est sans lien avec l’occupation ni même avec le conflit israélo-palestinien sur les territoires. »

Est immoral ce qui est contraire aux principes d’une morale qui définit ce qui est bien et ce qui est mal. Mais qui donne les définitions, sinon la nation et ceux qu’elle élit pour la diriger ? Et comment dire qu’une nation et ses dirigeants décident d’instaurer le mal en tant que principe de gouvernement ?

Ce qu’il dit du 7 octobre et l’analogie avec le nazisme ne résistent pas à ce simple constat : le Hamas n’est pas, par rapport à l’Etat d’Israël, dans la position de domination et de force matérielles et militaires qui était celle des nazis par rapport aux juifs arrêtés, déportés et assassinés, mais en position de faiblesse.

Les hommes envoyés pour tuer, aussi bien que ceux qui les ont envoyés, tous savaient que le massacre ne pouvait en aucune manière être une phase, une étape de la destruction d’Israël que revendique la charte du Hamas, mais qu’il aurait forcément pour conséquence, vu la dissymétrie des forces, une réponse plus dévastatrice que l’attaque elle-même.

Ce massacre sans bénéfice possible en regard des objectifs et la politique de colonisation et d’humiliation – chacun à son niveau de brutalité et de violence – sont des expressions de la problématique de l’existence que ne parviennent pas à construire de manière adéquate pour eux-mêmes et entre eux, les Israéliens et les Palestiniens.

Il n’est donc pas cohérent de dissocier ces massacres – des crimes de désespérance – du long processus d’in-cohabitation entre les uns et les autres.

La riposte israélienne, par son ampleur de destruction indifférenciée, est en train de pervertir l’empathie pour les personnes massacrées et de nourrir l’antisémitisme qui sert toujours et encore d’exutoire au désarroi planétaire,  désormais existentiel, lui aussi.

Une question pour finir : est-ce que la prise d’otages était un objectif planifié, ou bien a-t-elle été une opportunité favorisée par l’absence de défense des sites attaqués, les forces israéliennes étant positionnées en Cisjordanie pour protéger les colons ?

Dialogue

Les contributions autorisées par Le Monde offrent l’occasion du dialogue.  En voici un avec « Steinbeck » (non, pas John) à propos d’un article publié le 28/10/2023 avec ce chapeau  « Entre le consumérisme qui nous propose un monde « sur mesure » et le sentiment qu’il n’y a plus de destin politique commun, le repli sur soi est général. Est-ce « la fin de l’autre ? », s’interroge, dans un entretien au « Monde », Vincent Cocquebert . »

Ma contribution :

Pour intéressante qu’elle soit, l’analyse se limite aux symptômes et ignore la question corollaire du constat qu’il n’y a plus vraiment de « destin commun », auquel il faut ajouter la fin de la croyance au paradis de l’au-delà. Cette question, essentielle, concerne la nature du « commun » dont l’implosion soviétique (expérimentation à valeur historique du paradis d’ici-bas des lendemains qui chantent) a montré qu’elle ne se réduit pas au partage de l’objet : le capitalisme est déterminé par l’équation être = avoir + et il n’est pas réductible aux formes qu’il a prises depuis le 18ème siècle. Autrement dit, quelle est la spécificité de l’espèce humaine qui conduit à cet investissement dans l’objet et à construire ces deux paradis dont l’effondrement produit, avec le repli individuel et collectif, la désespérance exprimée par ce qu’on appelle « terrorisme », et le succès électoral du populisme et de l’idéologie d’extrême-droite ?

Réponse de « Steinbeck « :

J´aime bien votre texte. Puis-je le poursuivre? Dans les sociétés traditionnelles, l´avoir n´a pas de sens puisque l´histoire n´existe pas, et que le temps est perçu de façon cyclique. Rien ne sert d´amasser puisque la vie est un éternel recommencement. Les modernes sont orientés dans l´espace temps. Deux dimensions quantifiables susceptibles d´appropriation. La promesse religieuse de l’au delà tente de faire renoncer au contingent. « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer au royaume de Dieu ». Puis le communisme a pris le relais. Mais l´Occident a abjuré sa foi en l´un et l´autre. Il ne reste que le moi, la multitude des moi. Dès lors, comment faire « commun »? A suivre…

Ma réponse :

Merci. « Faire commun » ou identifier le « commun » ? « Faire » évoque une fabrication alors qu’ « identifier » invite à l’analyse. Qu’est-ce qui singularise l’espèce humaine sinon le type de conscience qu’elle a de la mort ? Un double discours : celui, permanent, de la biologie (propre au vivant) et celui de la pensée, propre à l’homme, qui se fait entendre dès l’âge de 3 ou 4 ans. La connaissance de ce double discours est la seule qui soit exclue de l’apprentissage scolaire. On enseigne tout, plus ou moins bien, à l’école, sauf la mort telle qu’elle est (le cadavre). De là, le transfert d’immortalité dans l’objet (plus j’ai, moins je meurs), la nature du rapport production/consommation, le développement de l’angoisse et des peurs associées, et sans doute le verbe croire. Que se passerait-il si on décidait de l’inscrire dans les programmes ?

 Le dialogue continue via la réponse de « Steinbeck » à cette contribution de « Benoittttt » (sic) : « Article intéressant mais certains exemples sont caricaturaux. « les boîtes de nuit se vident » certes, mais les festivals, les warehouse sont pleines. Aucune génération n’a autant dansé que les Millenials. »

La réponse de « Steinbeck »

« Votre remarque est intéressante mais pas contradictoire avec l´article. La boîte de nuit reste un lieu de rencontre et de drague, où l´autre a encore sa place. Dans la rave party, l´individu n´existe plus il est noyé dans la masse et les pulsations. Dans un festival, tout le monde regarde dans la même direction, et fait la même chose. Peu de place pour l´autre et sa différence. Il semblerait bien qu´aujourd’hui l´altérité intrinsèque du sujet soit totalement rejetée. Et totalement se décline en « totalitaire »: je veux-j´ordonne. La bipolarité de nos relations suit des lignes de clivage irréductibles. Le « en même temps » est la tentative avortée de réconcilier les parties de nous-mêmes. En témoigne les débats à l’Assemblée nationale. Quand l´autre est reconnu, soit c’est l´indifférence soit la détestation. Il n´est jamais reconnu comme une part de nous-mêmes. C´est le drame du conflit Israélo-palestinien. L´impossibilité de se reconnaître l´un l’autre. Juste des idées matinales… »

Ma réponse à « Steinbeck » :

« Il semblerait bien qu´aujourd’hui l´altérité intrinsèque du sujet soit totalement rejetée. », dites-vous.  Pourquoi « aujourd’hui » ? Est-ce que les guerres dites de religion, le racisme, la xénophobie ne sont pas intemporels ? Le « Comment peut-on être persan ? » de Montesquieu signifie la difficulté à reconnaître l’autre dans une différence (ici apparente) perçue telle, qu’elle met en danger sa propre existence. Et pourquoi la met-elle en danger sinon parce qu’elle rappelle la contingence de l’être et de la vie individuelle, autrement dit parce qu’elle révèle, comme un miroir, la vanité de tous les discours (ceux du « croire » notamment) chargés de convaincre le sujet de son immortalité ? Ce qui est nouveau, aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus d’utopie politique ou métaphysique d’alternative au système et de son investissement dans l’objet, ce qui a pour effet de rendre plus insupportable encore ce que renvoie la figure de l’autre et de relancer la recherche du bouc-émissaire.

Et sa réponse :

« Puis je vous indiquer un texte qui ne cesse de me turlupiner ? « Le stade du miroir » de Jacques Lacan, et qui fait écho à ce que vous écrivez. Je serais bien incapable de vous le résumer tellement le texte est riche et complexe. Disons qu´il relève d’eux propriétés constitutives à la formation du moi: sa division et son aliénation originelles. Or ce que semble être le credo de notre époque, c’est la réduction de l´une et de l´autre. Le culte du moi s´accompagne d´une projection univoque sur les êtres et les choses. C’est le moi idéal. « Je me marie avec moi-même. » Voir l´article de Valérie. Ou encore le selfie. La deuxième idée que vous soulevez, est la perte du « commun » ou des utopies politiques. C´est l´Idéal du moi. Instance exaltante qui pousse vers l’autre et la réalisation du désir. Notre époque est en panne, c´est la débandade! Heureusement nous avons encore ici l´ambition de nous comprendre. Cordialement. »

Chacun ayant atteint le quota fixé par le journal, le dialogue s’arrête ici.