Journal – 8 (21/01/2024)

Ce matin le ciel était presque bas et lourd comme un couvercle – Baudelaire, qui n’est pas principalement connu pour un sens développé de l’humour, me fait quand même un clin d’œil – jusqu’à la cantate BWV 111 et, surtout,  la Grande fantaisie et fugue pour orgue en sol mineur BWV 542 de Bach, diffusées dans l’émission dominicale Le Bach du dimanche, dont j’ai déjà parlé. Je vous invite à y jeter une oreille (site France Musique – Le Bach du dimanche). Même les deux. L’orgue peut parfois donner l’impression de fouillis quand les différents claviers ne sont pas bien joués. Ce n’est pas le cas ici : le jeu est clair, les claviers sont distinctement audibles.

Corinne Schneider qui présente l’émission oppose le caractère « désespéré » du prélude/fantaisie à la fugue « lumineuse et jubilatoire ». Je vois plutôt dans l’une les différentes phases d’une gestation et dans la seconde – d’accord avec les deux qualificatifs – celles d’ un accouchement. Une métaphore qui donne une unité à l’ensemble.

Le livret de la cantate, explique Corinne, vise à persuader que Dieu décide de toute chose, même de la mort, et il s’agit de convaincre les chrétiens de s’en remettre à sa volonté. Une fois cette soumission réalisée, le réconfort apporté par Dieu sera alors inestimable, même au moment de la mort.

Bon. Comme je ne connais pas l’allemand je n’ai rien compris aux paroles et je n’ai donc pas été convaincu des bienfaits de la soumission.

En revanche, la musique m’a permis de soulever le couvercle.

De là à imaginer que la musique de Bach n’a pas à voir avec le discours des textes…

Jetez une autre oreille.

Vous entendrez.

Notamment, dans l’accompagnement au basson du premier air chanté par la basse, les trois notes dont parle le Breton hivernal. Le duo de l’alto (interprété par une voix d’homme) et du ténor ne me donne pas du tout envie de me soumettre, plutôt de danser. Et la danse et la soumission…

Le chœur qui termine la cantate par un accord (mineur) de profondeur chante, dans l’arrêt du mouvement, l’harmonie du corps et de l’esprit.

Je lève un œil en direction de ma lucarne.

Le ciel est bleu.

Le fait de l’autocrate-prestidigitateur

Lors de sa conférence de presse du 16 janvier, « Emmanuel Macron a déclaré souhaiter « que le théâtre devienne un passage obligé au collège dès la rentrée prochaine parce que cela donne confiance ». « Cela apprend l’oralité, le contact aux grands textes », a-t-il poursuivi. « L’histoire de l’art retrouvera sa place à la rentrée prochaine au collège et au lycée », a-t-il ajouté. » (Le Monde – 21/01/2024)

Il siège, là, derrière sa table et il sort du chapeau le théâtre pour tous, hop ! puis l’histoire de l’art pour tous, hop !

Les budgets pour la rentrée prochaine sont déjà établis, mais ça n’a aucune importance : hop !

Il existe des organisations syndicales des professeurs et des chefs d’établissement, qui auraient peut-être quelque chose à dire, mais ils n’ont aucune importance : hop !

Avant d’accéder au trône, il avait sorti du chapeau la formule magique, « en même temps ! » dont certains expliquent qu’elle est le lapsus de « on m’aime tant ! ».

Tous les autocrates n’ont pas eu une fin heureuse. Narcisse non plus.

Journal – 7 (18/01/2024)

Hier, en fin d’après-midi – autrement dit nettement avant mon lever de ce matin dont je ne préciserai pas l’heure puisque, comme je l’ai déjà signalé,  le récit   du genre  « la marquise sortit à 5 h 00 »  n’est pas ma tasse de thé, bien qu’en l’occurrence, une marquise ne sortant jamais à une heure aussi matinale, il s’agisse du five o’clock tea time avec un nuage de lait –  est arrivé dans ma boîte-mail un message de la responsable du « service idées » de l’Obs, le petit-fils du Nouvel Observateur auquel j’ai été abonné parce que j’aimais bien nouvellement observer.

Cette responsable m’annonçait la publication à venir de mon article « Emma Bovary est une pute ».

Pour ceux qui ne l’ont pas lu –  je ne leur ferai aucune remarque désobligeante mais je leur poserai quand même cette question épicée « A quoi ça sert que je me décarcasse ? »  : les guillemets et les caractères en italique indiquent que l’expression n’est pas de moi, mais qu’elle est citée dans une tribune publiée dans ledit Obs auquel j’avais envoyé mon article au cas où.  

Au cas où est donc le cas.

J’ai senti un gonflement au niveau des chevilles,  aussitôt appelé les membres de ma famille, mes amis, mes connaissances, mon boulanger, et écouté  anxieusement les journaux de France-Culture, France-Inter et France-Info.  

Pas un mot. Rien.

Je me suis dit que l’information était tombée trop tard dans les rédactions et que les journaux étaient déjà bouclés.

Ce matin, dès mon lever (voir plus haut) j’ai feuilleté compulsivement les pages du Monde, écouté attentivement les infos sur toutes les chaines-radio.

Rien. Toujours rien.

Si, demain, les médias persistent à dédaigner cette information culturelle majeure, j’écris à Rachida Dati.

Journal – 6 (17/01/2024)

Hier soir, je n’ai ni écouté ni regardé la conférence de presse du président de la République. Et, bien sûr, vous vous demandez anxieusement « Mais pourquoi ? » parce que vous êtes sous le coup d’un étonnement de type métaphysique. Cool, réponds-je dans un premier temps pour absorber votre inquiétude. C’est simple, ajouté-je dans un second : depuis que je sais qu’il y a un rapport entre ce qui se passe dans la tête et dans le corps, j’évite les grosses contrariétés. Comme le monde en est plein, j’ai estimé inutile d’en « remettre une couche », pour reprendre une expression qui ne dit pas de quoi est la couche et qui autorise donc toutes les imaginations.

En me levant, comme tous les matins (notez la virgule après levant, qui permet de comprendre que comme tous les matins renseigne sur la suite, même s’il est vrai que je me lève tous les matins) j’ai appuyé sur le bouton de mon poste-radio – j’écoute France Culture parce que je tiens à me cultiver – au moment où une journaliste rendait compte des réactions de la presse étrangère à cette conférence.  En versant du café dans le mug… hum… ça me rappelle quelque chose… je me suis dit à moi-même que j’avais eu raison de regarder un polar, pas terrible, mais bon ( mais bon, dans le sens de « faire avec »).

Il y a surtout une formule qui ne passe pas « Que la France reste la France ». En buvant un peu de café… hum… je me suis encore dit toujours à moi-même qu’il fallait, comme on dit chez les psy, « mettre des mots » pour éviter une trop forte réaction psychosomatique, puisque, comme je le disais plus haut (je dis beaucoup, ce matin) psyché et sôma – comme disaient (là, c’est pas moi, c’est eux) les Grecs d’avant – font la paire.

Après avoir lu le compte-rendu dans Le Monde numérique, j’ai donc rédigé et envoyé la contribution suivante – elle a été publiée :

« Que la France (sujet) reste la France (attribut)  » suppose que soit clairement défini le sujet. Sera-t-il « France de l’angle mort » ou « France du bon sens » ou « France du tracas » ? [formules employées par le président]

Plus sérieusement : entre 1940 et 1944, il y eut deux France dont chacune disait qu’elle était « la France ».

Toujours aussi sérieusement : le FN/RN qui prétend être le porte-parole de « la France », la vraie, la pure, « de souche », n’est-il pas un composant de la France ?

Le discours présidentiel qui renvoie à une supposée « France éternelle » est en contradiction avec celui de la France en mouvement, celle qui ne « reste » pas,  celle de l’universalisme des Lumières qui s’exprime par « Liberté, égalité, fraternité » et que déteste le FN/RN. »

Depuis, mes démangeaisons ont baissé d’un cran.

Journal – 5 (16/01/2024)

Mais non, je ne suis pas resté dans mon lit depuis ma dernière publication en tant que diariste.

Je renvoie le lecteur inquiet au Journal 1 où j’explique ma différence avec Jupiter, les distributeurs de billets et les stations-service d’une part, l’importance du latin d’autre part, en particulier pour connaître l’étymologie de diariste, qui – là, j’aide un peu – a à voir avec celle de la première syllabe de Jupiter – là, j’aide beaucoup.

Comme tous les autres jours, je me suis donc levé le 15 janvier. Hier. Je n’ai pas noté l’heure.  Comme tous les autres jours aussi, j’ai mis en route ma machine à penser, titillée par Emma Bovary dont certains disent qu’elle est une pute – voir l’article publié le 15, preuve que je me suis levé ce jour-là… J’écris sur un ordinateur de bureau qui ne peut pas être transporté dans un lit, je dis ça pour ceux qui arboreraient une moue de scepticisme – et aussi par le discours de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, invitée des Matins de France-Culture. Elle vient de publier un essai intitulé La clinique de la dignité la dignité n’est pas le nom de la clinique mais le sentiment dont elle dit notamment qu’il   « a un impact sur la santé mentale. Il provoque soit de la dépression soit la boucémissiarisiation, de la rumination, du ressentiment. »

Constatant la priorité donnée au type d’information qu’elle appelle « la voix du négatif  (…)  Je dirais que personne n’a besoin des news 24/24 pour découvrir le merveilleux », elle concluait « ça n’empêche pas que c’est vrai , à un moment donné il faut trouver le moyen de focaliser sur d’autres types d’information pour essayer de contrebalancer ou du moins de se nourrir de quelque chose qui n’est pas que mortifère. »

J’aurais aimé lui demander d’où peut venir cette appétence, à la fois cause et conséquence des choix médiatiques pour « la voix du négatif »,  quel est l’objet de ce « négatif « , quels peuvent être le moteur de son « il faut trouver le moyen » et ce moyen lui-même, enfin quel peut être ce « quelque chose qui n’est pas que mortifère ».

Au journaliste qui lui demande sur un ton gentil « Chez les philosophes, les gens heureux sont plutôt rares, qu’en pensez-vous ? » , elle répond, après le rire du refus de la question qu’elle doit estimer indiscrète :  « La question du bonheur est une question vaste en philosophie. On essaie de produire des conditions d’émergence et de pérennisation du bonheur, de protection contre le malheur. »

Botter en touche, noyer le poisson ou langue de bois. Au choix.

La question est pourtant intéressante en ce sens qu’elle concerne une conception et une pratique de la philosophie.

J’ai pensé au dialogue entre Maëlie et Adrien, le narrateur d’Un hiver en Bretagne qui…  Un instant, je jette un coup d’œil… Ah… Il vient de la raccompagner et va reprendre sa narration.

« Emma Bovary est une pute »

Grégory le Floch, professeur de lettres et écrivain,  dont  L’Obs du 9 janvier a publié une tribune intitulée  « Pour certains élèves une partie du programme est indécente voire pornographique », était un des invités de l’émission « Signes des temps » de Marc Weitzmann, sur France Culture, le dimanche 14 janvier 2024.  

Il brosse un tableau sombre des conditions de son enseignement, en particulier l’enseignement de la littérature. Il donne cet exemple : « Quand des élèves me disent que madame Bovary est une pute, je ne comprends pas, parce que pour moi c’est le discours du 19ème siècle et je ne suis pas armé pour répondre. »

Il ajoute que, pour ces élèves, Flaubert aurait dû être condamné lors du procès qui lui a été intenté pour atteinte aux bonnes mœurs. (cf. les 20 articles « Gustave Flaubert » publiés dans : le blog-de-jean-pierre.com,  à partir du 11/12/202)

Il précise qu’ils sont musulmans et il raconte aussi comment la quasi-totalité d’une classe de filles a refusé la visite du musée d’Orsay au motif qu’il expose des statues de femmes nues.

Il y a deux problèmes : 

1 – « le discours du 19ème siècle » et la qualification « pute » du personnage du roman de Flaubert.

2 – « Je ne comprends pas » et « Je ne suis pas armé pour répondre ».

Dans quelle mesure ces problèmes sont plutôt ceux des élèves ou plutôt ceux du professeur ?

1 – Le « discours du 19ème siècle » qui a conduit Flaubert au tribunal (il a été acquitté, avec un blâme) est celui de la classe dominante, la bourgeoisie, pour laquelle la femme est soit l’épouse/mère soit la putain. Cette morale est celle de la religion chrétienne qui régit alors la société depuis des siècles.

Autrement dit, l’appréciation du professeur n’est pas pertinente en ce sens que ces adolescents tiennent le discours, non « du 19ème siècle », mais de la religion. S’agissant de la femme, le discours de l’islam n’est pas essentiellement différent de celui de la religion chrétienne. S’il n’est plus dominant en France, il est encore celui de la partie conservatrice, fondamentaliste de l’église (cf.  « La manif pour tous »,  une partie du clergé – voir les déclarations relatives à la bénédiction des couples homosexuels) et d’une partie importante du pouvoir économique et médiatique (cf. V. Bolloré).

Il s’agit donc de se demander pourquoi ces adolescents ont besoin de recourir à un discours qui fut celui d’une classe dominante, alors qu’eux font plutôt partie des classes dites défavorisées. En d’autres termes, quelles lacunes vient combler le discours religieux ?

2 – Si le professeur « ne comprend pas », c’est donc qu’il fait un copié-collé schématique des formes. Ce qui le conduit à « je ne suis pas armé pour répondre ». En réalité, il est tout à fait armé : à l’affirmation « Emma Bovary est une pute »,  il peut répondre par cette question « qu’est-ce qu’une pute ? » qui permettrait de montrer, pour commencer, que le terme est inadéquat.

Il n’use pas de cette arme sans doute parce que ses réactions sont dictées par des affects d’une dramaturgie dont il n’a pas conscience et qui le conduit à croire qu’il est dans une tragédie.

C’est du moins ce que semble indiquer la suite de son propos à la fin de l’émission.

« D’où vient, demande-t-il, ce délire d’obsession de la vertu et de la pureté. Mettre les bouchées doubles sur la littérature qui permettra de résoudre je pense certains soucis ».

Pour résoudre ces « certains soucis », il explique : « Dans les cours de français on peut leur enseigner l’interprétation ; l’école de demain ce sera l’école de l’interprétation, c’est-à-dire qu’enseigner c’est donner les capacités pour interpréter. Un texte peut avoir 1 sens, 2 sens, 3 sens. Mais là, c’est extrêmement compliqué à comprendre pour ce genre d’élève. » [référence aux prêches des imams]

Cette définition du « cours de français » par « l’interprétation » rejoint en réalité le discours religieux qui n’est jamais qu’interprétation, comme en témoigne l’existence même du prêche qui vise à donner la bonne interprétation de ce qui doit déterminer un mode de vie.

La littérature n’a rien à voir avec la définition des modes de vie, et dire qu’un texte littéraire peut avoir plusieurs sens l’assimile au texte religieux et fait d’une certaine manière du professeur de littérature l’équivalent du prêtre, de l’imam.

Un écrivain écrit un texte pour un discours. Madame Bovary n’a pas « un deux ou trois sens », pas plus que Les Misérables, et, s’agissant de l’enseignement de la littérature, le discours « l’école va permettre de s’arracher à l’autorité paternelle, il suffit de prendre Manon Lescaut, on demande aux élèves est-ce qu’on est pour ou contre Manon Lescaut [le personnage] est-ce qu’on la condamne, est-ce qu’on la soutient, et les deux interprétations sont possibles, elles vont coexister, et c’est justement cet espace entre le texte et soi-même, cet espace d’interprétation qui va permettre la liberté » relève du non-sens.

Le travail du professeur de français, de littérature, n’est pas d’apprendre à « interpréter », mais à lire. Le chemin du « pour ou contre » tel ou tel personnage, rejoint, s’il ne l’est lui-même,  celui de la morale, de la religion qui n’ont rien à faire dans le cours de littérature.

Le « délire d’obsession de la vertu et de la pureté » l’installe un peu plus dans une confusion qui n’est pas seulement celle du drame et de la tragédie : il assure, comme une évidence, que l’étude de Madame Bovary et des tragiques grecs « ça va permettre la catharsis » et, pour preuve du rapport qu’il établit entre cette obsession de la pureté et le feu, il dit que pureté vient du grec « puros », le feu.  Seulement, le nom grec qui désigne le feu n’est pas « puros » qui n’existe pas, mais pur (d’où vient pyromane) et pureté vient du latin purus qui n’a aucun rapport avec le feu. 

En revanche, il a raison quand il dit qu’il faudrait enseigner le latin et le grec.

Il est symptomatique qu’une telle audience soit donnée au désarroi d’un professeur qui signifie à la fois la misère du discours politique sur l’immigration et celle du discours global d’enseignement.

Journal – 4 (14/01/2024)

Le dimanche matin, entre 7 h 00 et 9 h 00, j’écoute l’émission que France Musique affecte (j’allais écrire « consacre » !) à la musique de Jean-Sébastien Bach, présentée par Corinne Schneider, éminemment sympathique, toujours de bonne et belle humeur, et qui connaît son sujet.  

Ceux qui lisent le blog savent non seulement que Bach est un de mes compositeurs préférés – oui, non, ce n’est pas d’une importance capitale – mais surtout que sa musique est une des illustrations de l’expression de la transcendance dans l’immanence, autrement dit sans le recours à un dieu. Une sorte de paradoxe quand on sait que Bach a beaucoup composé pour l’église luthérienne dont il était membre.

Ses cantates religieuses – sortes de mini-opéras – font intervenir des chœurs et des solistes dont les textes/dialogues sont écrits par des religieux. Le contenu est à peu de chose près toujours le même : une variation du thème que je résume grossièrement ; nous sommes là pour en baver (le luthérianisme n’est pas du genre : la vie est belle ploum ploum tralala !), mais il y a heureusement Jésus et son message qui permettent d’en baver moins. Je résume toujours grossièrement.  

Le texte de la cantate BWV 3 diffusée ce matin et composée à Leipzig pour la fête de l’épiphanie du 14 janvier 1725, nous dit donc sans surprise : « Ah, Dieu combien de tourments mon cœur affronte en ce temps présent ! ».  

Le texte est celui d’un pasteur et poète allemand de la fin du 16ème siècle selon lequel il faut suivre Jésus en toutes choses « Le Christ est venu pour la consolation du monde entier ».

Le premier air du dialogue, confié à la basse « est en fa dièse mineur, tonalité extrêmement rare pour désigner, l’angoisse et les tourments de l’enfer qui assaillent celles et ceux qui n’ont pas trouvé la foi », « celleszéceux » indiquant que c’est Corinne qui parle et résume le sens du message.

Il y a cinq siècles, le pasteur/poète n’imaginait sans doute pas que le monde du 21ème siècle ne serait pas tout à fait consolé. Ecrirait-il le même texte aujourd’hui ?

Cette question m’a incité à jeter un coup d’oreille à la messe diffusée sur France Culture en fin de matinée du dimanche.  

Le prêtre expliqua dans son homélie que la foi était une réponse d’amour et qu’il était possible d’en témoigner par son comportement, sa manière d’être.

Pourquoi ai-je pensé aux fondamentalistes de la « Manif pour tous », aux juifs extrémistes d’Israël, à l’Iran, au Hamas, et à l’église chrétienne russe qui bénit l’agression contre l’Ukraine ? Entre autres.

Au 16èmesiècle, on aurait dit, non que j’avais mauvais esprit, mais que j’étais l’expression de l’esprit mauvais, du Diable.

Aucun risque aujourd’hui.

Journal – 3 (13/01/2024)

Longtemps je me suis levé à 7 h 12. Mais, là, non, il est 7 h 15, il gèle, janvier est un mois d’hiver, c’est normal. Que janvier soit un mois d’hiver et qu’il gèle. Les deux.

Comme je le laissais entendre dans le Journal 1 à propos du latin, il faut aussi apprendre le grec. 

Parce que pornographie est composé de deux mots grecs. Porneia, prostitution, ( le nom est dérivé du verbe pernèmi, vendre – les prostituées sont d’abord des esclaves qu’on vend)  et graphè, écriture.

Pourquoi pornographie ?

Parce que Le Monde propose dans le supplément de ce samedi une double page. A gauche « Et si nous laissions nos enfants nous réenchanter ? », à droite « Ces femmes qui regardent du porno ». Curieuse mise en page qui incite à trouver un rapport…  Pardon ?… Non, non, je ne vous suivrai pas, inutile d’insister…. entre les deux. Cela dit je n’ai rien contre le réenchantement par les enfants – page de gauche.

Il y a dans la page de droite cette question de Christelle « Pourquoi je trouve ça excitant de voir une femme soumise, alors que je m’y oppose dans toutes les sphères de ma vie ? »  à laquelle répond, pardon « rebondit » (on rebondit beaucoup dans les dialogues actuels ) la sexologue Milène Leroy : « Mais le fantasme n’appartient pas au réel ! »

Est-ce que les fantasmes du sujet, s’il s’agit de cela, n’appartiennent pas à son réel ? C’est peut-être la question du passage à l’acte, de l’expérimentation qui est ainsi évoquée.

Je conseille d’écouter sur France Culture, dans l’émission « Avec philosophie » de Géraldine Muhlmann, le dialogue du mercredi 10 janvier concernant la perversion, qui, si l’on écoute ce qu’en dit Freud, n’est pas exactement ce qu’on croit. Ce qu’il en dit est très intéressant, surtout pour ceux qui se rappellent la tétée au sein de leur maman – oui, il faut remonter assez loin –  ou celles qui se rappellent leur enfant tétant leur sein (là, c’est plus accessible).

Ah… Philosophie vient de deux mots grecs, philos, ami / philè, amitié et sophia, sagesse.

Quant à psychanalyse (cf. Freud), il est lui aussi le produit de deux mots grecs ; psuchè (le souffle, l’âme, la vie – le « u » grec, appelé upsilon, a donné « y ») et analuô (délier, examiner en détails, résoudre – vous savez maintenant pourquoi le verbe a donné analyse, avec un -y).

Dans la page du réenchantement, à droite, le récit d’une journaliste de son Noël à Londres plus précisément de ce que lui a appris la représentation théâtrale de Mon voisin Totoro, adaptée du film de Myazaki, à laquelle elle a assisté avec ses enfants. Elle y a découvert le plaisir de laisser les enfants explorer le monde.  Et elle conclut « Pour cette nouvelle année, je forme ainsi le vœu que nous laissions courir nos enfants courir pieds nus dans la forêt [une séquence qui l’a émue]. En 2024, je nous souhaite à tous de goûter le monde. »  

Si j’approuve l’idée, l’article lui-même… comment dire… cette façon de parler du Noël à Londres… sa vive incitation à la formule d’échange d’appartements… Hum…. Est-ce « goûter le monde » ne serait pas inspiré par un goûter chez Harrods ?

Je me demande quand même si je n’ai pas mauvais esprit. Parfois.   

Journal – 2 (12/01/2024)

Il est 7 h 14 et il ne pleut pas. 

Dans son discours d’entrée à Matignon – hier – Gabriel Attal déclara devant l’ancienne première ministre contrainte à la démission : « Le plus jeune le président de la République de l’histoire nomme le plus jeune premier ministre de l’histoire ». Ce qu’il traduisit par : « le symbole de l’audace et du mouvement, mais surtout le symbole de la confiance accordée à la jeunesse. »

Cet homme, jeune, de 34 ans, prononça ces paroles fortes, la tête tournée vers Elisabeth Borne. Elle, a 62 ans. Il lui signifiait donc, au cas où elle aurait oublié son âge, qu’elle n’était pas un « symbole d’audace et de mouvement ». C’était très gentil. Nul doute qu’elle ait apprécié ce sens de l’amabilité et de la courtoisie.

La goujaterie est une forme obscène du contentement de soi. Un contentement exprimé sur le ton de gravité ministérielle devant les employés du ministère réunis dans la cour de Matignon et les caméras de télévision :  Voyez comme je suis bien ! Non, mais, est-ce que vous voyez comme je suis bien ? Jeune, et tout ça !

A y regarder de près, ce n’est sans doute pas seulement sa propre autosatisfaction qu’il manifesta ainsi sans pudeur.

Si le président est le plus jeune président, s’il choisit le plus jeune premier ministre, si « le plus jeune » est « le symbole de l’audace et le mouvement », c’est que le président est le « symbole de l’audace et du mouvement ». CQFD.

G. Attal précisa qu’il reprenait ce que la presse avait déjà souligné – ce qui est aussi un problème – comme s’il s’agissait de reproduire une simple donnée, comme le nom et le prénom, alors que l’interprétation qu’il en fit indiquait clairement qu’il s’agissait au contraire d’une idée reçue, aussi stupide que celle qui associe sagesse et âge avancé.

L’âge n’indique rien qu’un stade des fonctions biologiques et organiques.

Quant au reste, l’intelligence ou la délicatesse, par exemple, c’est une affaire de profondeur de pensée dont on sait qu’elle n’a pas de rapport automatique avec les années vécues.

En témoigne cette autre phrase du même discours de « ce plus jeune premier ministre de toute l’histoire » dont la profondeur évoque celle de l’abîme : « Avec le président de la République, j’aurai donc un objectif : garder le contrôle de notre destin et libérer notre potentiel français. »

Journal – 1 (11/01/2024)

Je tente cette expérience originale, nouvelle, incroyable, jamais osée depuis le linéaire B mycénien du deuxième millénaire avant notre ère, d’une publication d’un journal. Il me semble bien l’avoir déjà tentée pour des vacances, mais c’était des vacances, alors que là, non.

Ce qui demande quelques précisions.

Journal vient du latin ancien diu – le jour – (devenu dies à l’époque classique, je précise pour les latinistes qui auraient été dans la lune le jour où le prof l’a expliqué et pour ceux qui croient que tout est figé une bonne fois pour toutes) qui a servi à former Jupiter  (diu- pater = le père du jour) et même l’anglais tue-s-day. Of course. C’est vous dire !

Et c’est vous dire aussi que ce dont je parlerai ne concernera pas que ce qui se passe le jour puisque la vie ne s’arrête pas la nuit. Jupiter fonctionnait non-stop,  24 heures sur 24, 7 jours sur 7, toute l’année, même le 1er mai, comme les stations-services et les distributeurs de billets. Comme je ne suis ni l’un ni les autres, je ne garantis pas que je publierai tous les jours.

Et c’est enfin vous dire que je ne vais pas me mettre raconter pour raconter, du genre : je me suis levé à 7 h 12 et il pleuvait. En réalité, c’était 7 h 13 et il ne pleuvait pas encore. Raconter pour raconter, je ne sais pas faire, raconter un peu pour accompagner,  difficilement. Si vous lisez Un hiver en Bretagne, vous avez peut-être remarqué que le texte n’est pas surchargé de descriptions ni d’événements extraordinaires. Certains en concluront hâtivement qu’il ne s’agit pas d’une fiction.

J’ai tendance, le mot est faible, à m’intéresser surtout à ce qui se passe dans la tête, du moins quand je tape sur le clavier. En revanche, quand je suis devant mon écran domestique – à part les infos d’Arte, et certains documentaires, je ne l’utilise que pour le cinéma – c’est différent en ce sens que j’aime à peu près tous les genres de films –  quand même pas trop la science-fiction – même ceux où il y a de grands espaces, des cow-boys et des  Indiens, des coups de revolvers et des sifflements de flèches (juste avant de tac ou poc, ça dépend, de son fichement, oui, c’est quand elle se fiche) et des sonneries de clairons quand arrive la cavalerie. Et même aussi et beaucoup les polars, les noirs, en noir et blanc,  si vous voyez. Et même les mélos, du côté de Douglas Sirk.

L’intérieur de la tête, pour aujourd’hui, sera celui de la tête de Richard Malka, l’avocat bien connu qui fut et est celui de Charlie-Hebdo. Je l’aime bien parce qu’il n’aime pas les religions, et moi non plus. C’est une raison qui n’est pas forcément suffisante, mais c’est quand même une raison.

Il était invité dans Les Matins de France-Culture le lundi 8 janvier. En référence à deux de ses livres (Le droit d’emmerder Dieu  (Oh ! *l’interjection, qui signifie une surprise, ici subtilement feinte, est de moi) / Traité sur l’intolérance) il dit notamment ceci : « Le problème c’est que la religion c’est quelque chose qui doit se vivre de manière intime, personnelle, spirituelle. »

Vous voyez l’intérêt du latin ? Non ? Religion, ce qui lie, indique un lien social. Alors, comment faire de ce qui est un lien social un quelque chose d’intime et personnel ?

Foi,  croyance, oui, peuvent être ce quelque chose.

Seulement, est-ce qu’une foi, une croyance peuvent exister sans la dimension sociale, religieuse ? Apparemment pas.

Alors, Richard, lui dirais-je, s’il était là, peut-être faudrait-il se demander pourquoi le besoin de croire produit le besoin de se lier à d’autres expressions de ce même besoin, une liaison qui renforce et entretient ces besoins, qui conduit à construire des églises, des temples, des synagogues, des mosquées,  à produire des institutions, des prêtres, des pasteurs, des rabbins, des imams, des dogmes et qui, toujours, engendre l’intolérance.

Même si tout le monde ne connaît pas l’étymologie de religion (on devrait apprendre le latin), ne serait-il pas utile d’en préciser non seulement le sens, mais encore ses applications dans la vie des individus (ils se disent croyants pratiquants, croyants non pratiquants, pratiquants non croyants) et des sociétés dont certaines ont encore pour loi la loi divine ?

Plus de précision dans le vocabulaire permettrait peut-être une pensée plus précise qui inciterait à choisir un vocabulaire plus précis qui inciterait à…