Fascisme, la peur du mot

Ce matin  (11 janvier 2021) G. Erner recevait dans Les Matins de France-Culture Marc Lazar, professeur en histoire et sociologie politique  à Sciences Po et Marie-Cécile Naves, directrice à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) pour parler de l’épisode insurrectionnel du Capitole et du rôle joué par D. Trump.

Le journaliste pose la question : «  Est-ce que ce n’est pas une forme de résurgence du fascisme ? » La forme interronégative et le ton employé indiquaient quelle était sa réponse personnelle.   

M-C Naves (intervenant à distance) explique qu’une des premières pierres du fascisme est le non-respect de la réalité des faits, dont le refus des résultats électoraux ; elle y ajoute le refus du conflit d’opinion, le rejet du corps électoral, et, pour les  blancs chrétiens d’origine européenne (les soutiens extrémistes de D. Trump) celui de voir d’autres populations qu’eux. Ce qui s’est passé et le comportement de D. Trump ressortissent donc au fascisme.

M. Lazar ( il est présent dans le studio et le journaliste indique que l’analyse de M-C Naves le fait tiquer) explique, lui,  que le fascisme a disparu et s’est reconverti dans une forme de populisme, que l’épisode du Capitole est différent de la marche sur Rome… et de la prise du Palais d’hiver par les bolcheviques, que l’événement n’a pas été organisé autour d’un parti, qu’il n’y a pas d’idéologie comme dans le cas de Hitler et, à partir de 1938, de Mussolini, donc qu’on est là dans ce qu’il appelle des « frontières poreuses ».

J’invite ceux que le problème intéresse à écouter l’émission.

Ils constateront comment M. Lazar se différencie de M-C Naves par une logorrhée que je comprends comme l’expression de la peur d’être conduit à prononcer le mot « fascisme ».

Au prix de comparaisons douteuses :

–  la marche sur Rome [qui ne fut possible que grâce au laisser faire de dernière minute du roi  alors que l’ordre avait été donné par le gouvernement d’arrêter les responsables fascistes (Mussolini était resté à Milan pour pouvoir plus facilement passer en Suisse dans le cas d’un échec et il se rendit à Rome en train)] n’a effectivement rien à voir avec la situation américaine, ne serait-ce que parce que l’initiateur est celui qui détient le pouvoir. *

– quant à la prise du Palais d’hiver (25 octobre 1917) [elle se situe dans le cadre de la révolution commencée en février et elle est dirigée contre le gouvernement de Kerenski partisan de continuer la guerre (aux effets désastreux) entreprise avec l’accord de tous les partis, sauf précisément les bolcheviques] elle n’a pas plus de rapport avec la situation politique italienne de 1922 que celle, états-unienne, de 2021.

Enfin, s’agissant d’un professeur d’histoire, il paraît curieux de refuser la qualification de « fasciste » à l’événement américain (plus généralement au comportement de D. Trump) au motif qu’il n’y a pas la dimension idéologique raciste, antisémite, du fascisme italien alors qu’il prend soin de préciser dans le même temps, sans peut-être se rendre compte de la contradiction, qu’elle n’exista qu’à partir de 1938  : la création du parti fasciste par Mussolini au lendemain de la guerre n’ayant en effet pas de support raciste et antisémite,  si on suit la logique de M. Lazar, ce que représente D. Trump et ses partisans extrémistes, néonazis, suprématistes, antisémites, a donc plus à voir avec le nazisme.

Si, depuis la fin de la guerre, « fascisme » et « nazisme » ont pu être employés, et à tort, de manière émotionnelle et métaphorique, il me semble quand même que ce qui vient de se dérouler à Washington devrait permettre à un professeur d’histoire de se débarrasser d’interdits manifestement dictés par une peur qui ne peut que servir ce qui la suscite.

Si sa forme et son nom sont datés, le fascisme désigne un invariant humain dont « populisme » ne rend pas exactement compte. Comme, à un degré autre, le nazisme. L’un et l’autre renvoient à des images qu’il importe de ne pas perdre de vue et de ne jamais renoncer à nommer quand elles réapparaissent, surtout dans des lieux inattendus.

* M l’enfant du siècle d’Antonio Scurati raconte à la manière d’un roman, documents à l’appui, la montée du fascisme italien dans le premier des trois tomes consacrés à Mussolini.

Le « zizi le plus long au monde »

(A la Une du Monde – 9.01.2021)

« S’il était question de l’aguiche d’un film porno, ça ne choquerait personne. Mais, quand il s’agit du héros d’un programme pour enfants âgés de 4 à 8 ans et diffusé par le service public au Danemark, il y a de quoi tiquer. Même dans un pays scandinave connu pour son progressisme.

John Dillermand – « John homme-zizi », pourrait-on traduire – est un programme humoristique d’animation diffusé depuis le 2 janvier 2020 sur Ramasjang, la chaîne pour enfants de l’organisme danois de radio-télévision publique, Danmarks Radio (DR), l’équivalent de France Télévisions. A l’instar de la série et des films britanniques Wallace et Gromit, John Dillermand a été réalisé en stop motion avec de la pâte à modeler. En l’espace de cinq jours, son générique totalise déjà près de 800 000 vues sur YouTube.

Les treize épisodes, de cinq minutes chacun, mettent en scène le quotidien d’un homme moustachu et maladroit, même s’il essaie de faire le bien autour de lui. A la manière d’Inspecteur Gadget et de son « go-go-gadget au bras », son sexe peut s’avérer bien pratique : il s’allonge pour allumer un barbecue, passer la tondeuse, ou se transformer en rotor d’hélicoptère afin de voler dans les airs.

Sa salopette rayée de rouge et de blanc s’adapte (bien heureusement) à sa morphologie encombrante, qui rappelle la queue du Marsupilami. Il lui arrive de se servir de ce « superpouvoir » pour réparer une de ses bêtises, faire la circulation ou encore sauver des enfants des griffes d’un lion. En gros, il n’y a « rien qu’il ne puisse pas faire » avec son pénis, peut-on même entendre dans la chanson du générique. »

L’article précise que les réactions sont très contrastées et que les critiques ont pris un tour politique, les plus virulentes venant de l’extrême droite et des féministes.

Ma contribution, publiée :

« Si « ça » fait parler autant, c’est que « ça » n’est évidemment pas anodin. Tout dépend quel discours (explicite ou implicite) sur la sexualité vient illustrer cette BD. Apparemment, il n’est pas le même pour tout le monde, au Danemark ou chez nous, et les aventures de cet organe de dimension variable en fonction de critères pas forcément connus des petits enfants et dont les réactions (celles de l’organe) ne sont maîtrisables que jusqu’à un certain seuil (là, l’expérimentation commence tôt) peuvent susciter de formes de rires qui ne sont pas plus anodins que la BD et les intentions (maîtrisées comme l’organe ?) qui la sous-tendent. Les commentaires, là-bas comme ici, sont un bon révélateur d’autre chose comme en général ce qui touche (oh!) à la sexualité. Faux-cul, tartufe, coincé, libéré(e) pour autant qu’on puisse l’être (salaud de corps !)… sans doute un peu tout à la fois avec des dominantes selon la conscience ou le calcul. »

Le luxe

« Malgré l’épidémie de covid-19, l e secteur du luxe recouvre la santé »

L’article (dans Le Monde du 8.01.2021) explique comment les grandes maisons (LVMH, Cartier, Dior, Hermès, Chanel etc.) connaissent un rebond d’activité, en particulier grâce au marché chinois.

La plupart des contributions, de tonalité ironique, sont une critique du luxe.

1 – Ma contribution :

« La question du luxe fait partie de la problématique du rapport à l’objet dans ce qu’il peut représenter de l’immortalité symbolique, par la matière précieuse ou le hors-norme dont le prix à payer est le corollaire.
Il me paraît inapproprié d’en faire une polémique socioéconomique. Le luxe s’échelonne à des degrés divers plus ou moins accessibles.
Il fait également partie de l’esthétique qui est, elle, hors commerce. »

2 – une contribution  positive (a) et une autre critique (b) suivie de ma réponse (c) :

(a)« Contrairement à d’autres, je me réjouis que le luxe, secteur important en France survive à la crise. En quoi la bonne santé de cette industrie serait une mauvaise nouvelle? Que voulons- nous, encore moins d’industries et moins d’emplois en France ?  En gros, que le livre et l’édition se portent bien est une excellente nouvelle mais pas le luxe? Est-ce parce que ces (très chers) produits ne peuvent pas être achetés  par tous les citoyens? Ah cet égalitarisme et jalousie bien de chez nous! »

(b) « Quelle surprise ! Savoir que le luxe se porte bien ! Les petits restent en difficulté ! 2 mondes qui s’ignorent, l’un champagne, l’autre eau. Voilà les injustices de la vie ! »

(c)« Si on le considère comme l’expression de ce qui n’est pas strictement utilitaire,  le luxe est-il vraiment  une injustice ou la cause d’une injustice ? Je le verrais plutôt comme le révélateur du rapport à l' »objet », c’est-à-dire ce qui n’est pas nous, et dans quoi nous investissons (pas seulement d’un point de vue financier) une part de nous-même. Si, par hypothèse d’école, vous décidez de supprimer le luxe, quel sera le seuil à partir duquel un objet sera considéré comme luxueux ? Et, si vous parvenez à résoudre cette difficulté et à supprimer le luxe, aurez-vous supprimé quelque chose des injustices ou seulement ce qui les révèle ? »

L’invasion du Capitole et la double victoire électorale en Géorgie

Le Monde du 6.01.202 publie une analyse de Musa-Al Gharbi, sociologue, chercheur à l’université Columbia de New-York.  

« Trump ne s’est pas rallié les Blancs avec sa rhétorique et sa politique racistes, il se les mis à dos. Et si le style a repoussé bon  nombre de sympathisants républicains blancs, il semble au contraire avoir séduit de nombreuses minorités. Cela ressort clairement des sondages de sortie des urnes et des résultats de votes des quatre dernières années. »

Il commente ainsi ce que J. Biden disait aux Africains-Américains hésitants [« Si vous avez un problème pour savoir si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas noir. »] : « Ainsi, il semblerait que pour une grande partie de l’élite,  on n’est une personne de couleur que si l’on sait voter « convenablement ».

Et il conclut : « Au lieu d’essayer d’analyser ce qui ne va pas dans le message ou le programme du parti – et de les ajuster en conséquence -, on cherche par tous les moyens à expliquer ce qui ne va pas chez les gens – dont un nombre croissant ne votent pas comme ils « devraient ».

La double victoire sénatoriale en Géorgie donne aux démocrates la possibilité de gouverner sans obstruction majeure. Ce qui permettra de voir plus clairement ce qui dans le malaise de la société états-unienne ressortit au commun politique (message ou programme) comme le pense le sociologue, et/ou au commun humain dont la question de la « race » n’est qu’un des symptômes.

Ce qui domine dans le discours des républicains extrémistes – expression aiguë du parti – ce sont des revendications de l’individu, seul, incarné par Trump, en résumé « plus fort que la mort ».

Ce n’est pas, à mon sens,  la défense d’un programme politique opposé à celui des démocrates qui a conduit une centaine de militants à envahir le Capitole, mais la peur d’un commun humain auquel D. Trump substitue le fantasme d’un commun communiste encore utilisé quelques jours plus tôt par la candidate républicaine de Géorgie.  

Que les électeurs de Géorgie aient rejeté, par une courte majorité, cette aberration,  ne signifie pas une conscience de l’enjeu existentiel dont je pense qu’il n’est pas d’abord d’ordre « programmatique » mais « messager ».  C’est en quoi « message ou programme » me semble contestable.

Le 20 janvier 1961,  dans son discours d’investiture, J.F. Kennedy posa la question restée fameuse : « Et donc vous, mes compatriotes américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Mes concitoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis feront pour vous, mais plutôt ce, qu’ensemble, nous pouvons faire pour la liberté de l’Homme. »

La suite a montré qu’elle ne s’inscrivait pas dans une problématique philosophique (ce qu’elle pouvait laisser supposer) mais qu’elle s’adressait plutôt à une conscience morale et religieuse.

Rien, dans les propos de J. Biden ou K. Harris, ne laisse penser que quelque chose ait changé dans la manière de poser les problèmes. Même si cela ne signifie pas que tout est cadenassé, il n’est pas inutile de rappeler que la séance au Capitole s’est conclue, dans la nuit, par une prière dite par l’aumônier des assemblées et que J. Biden qui, comme D. Trump, termine ses discours par « God bless America  » prêtera serment la main sur la Bible…

L’objet réel de l’envahissement n’est pas le pouvoir, celui de l’individu/président et matérialisé par  la Maison Blanche  (D. Trump aurait pu l’ouvrir aux militants qu’il excitait implicitement à un « coup de force »), mais  le lieu de la parole commune, incarnée par le Capitole.

L’agression contre le bâtiment,  signe aussi désespéré qu’infantile de fuite du commun humain sous le prétexte de la menace réactivée du commun politique, me semble faire partie de la problématique du lynchage.

« L’inceste, phénomène tabou à l’ampleur inconnue »

Tel est un des titres de la Une du Monde du 6.01.2021) à propos de l’affaire qui met en cause une personnalité (politique et médiatique), donc largement diffusée et objet de nombreux commentaires.

Court toujours dans l’opinion le mythe qu’une personnalité est (devrait être) différente du commun des mortels.

Ce qui a un effet catalyseur pour (re)lancer le débat sur la sexualité. Le contexte passionnel n’est peut-être pas celui qui convient le mieux, idéalement, mais l’importance accordée au fait divers est sans doute proportionnelle à celle du déni. Pour cette question comme pour d’autres.

Inceste vient du latin [in (valeur négative) castus (pur) = impur] et désigne, en droit, des « Relations sexuelles entre un homme et une femme liés par un degré de parenté entraînant la prohibition du mariage ; relations sexuelles entre parents très proches » (Larousse)

En France, la loi du 14 mars 2016 dénomme inceste uniquement les actes sexuels commis sur un mineur, dans le cadre familial. Ce qui implique l’autorisation de pratiques « incestueuses » entre personnes majeures (cf. le site The Conversation  « La loi qui interdit et légitime l’inceste en même temps »)

Si, d’une manière générale, la loi a bien pour objet  d’améliorer les conditions de la vie en société, où est la limite entre le privé (individus) et le social (collectivité) pour ce qui concerne les relations amoureuses/sexuelles ?

Dans la mythologie grecque, Phèdre, [« La fille de Minos et de Pasiphaé », rappelle Racine dans sa tragédie éponyme – le plus beau vers de cet auteur, disent certains…] est amoureuse de son beau-fils, Hippolyte, fils majeur de son époux Thésée. Cet amour est jugé incestueux (dans le sens étymologique) par la société antique et celle du 17ème siècle.  Qu’il ne le soit pas dans le droit français contemporain signifie sans doute qu’il ne l’est pas dans l’opinion.

Pourquoi, en effet, celle qu’on appelle une « belle-mère » n’aurait-elle pas le « droit » à une relation amoureuse avec celui qu’on appelle un « beau-fils » ? Ou l’inverse. A noter que le qualificatif « beau, belle », apparemment hérité du Moyen-Age courtois,  indique un choix affectif sans relation avec l’aspect physique.

Autrement dit, c’est une affaire privée qui concerne les trois personnes. Pas de quoi en faire un drame public. Encore moins une tragédie. A moins qu’il ne s’agisse plus simplement d’un opéra irreprésentable dont le livret serait le simple support d’une partition musicale au rythme particulier que permettent douze notes…

Ici, il s’agit d’un viol sur mineur (fellation, a dit celui qui est mis en cause) dans le cadre d’une relation familiale avec les effets sidérants que l’on sait.

Un crime, donc.

Deux pages du Monde (06.01.2021) décrivent le contexte des années 70 et la liberté, entre autre de mœurs, expérimentée dans la société post-68, en particulier dans un milieu qui sait comment fonctionne le langage.  

A  ce propos, un exemple dont il n’est pas impossible que je l’aie déjà cité dans un des articles. Bis repetita…

Pédophilie est un terme impropre (de création récente) pour désigner un rapport sexuel avec un enfant alors que nous disposons de pédérastie (ancien) qui est, lui, adéquat, mais dont la définition est curieusement erronée (« attirance sexuelle d’un homme pour les jeunes garçons », dit le dictionnaire) puisque « ped » désigne l’enfant, qu’il soit garçon ou fille. Ainsi, d’après les définitions, une femme pédophile (garçon et fille) ne peut pas être pédéraste (garçon) !

Est-il anodin que pédophilie ait été substitué à pédérastie et qu’aient été mis dans le même champ sémantique pédérastie et homosexualité ? Que « pédé » (=enfant) désigne de manière injurieuse l’homosexuel qui, lui, est attiré par une personne du même sexe que le sien, et pas plus par les enfants qu’un hétérosexuel ?

Il n’y a pas si longtemps, dans certains milieux, la pédérastie n’était pas considérée comme un crime, ni par ceux qui la pratiquaient, ni par la loi.

Une explication n’étant en aucune façon une justification, ceci et cela contribuent  peut-être à expliquer cela et ceci.

La fête interdite

2500 personnes se sont réunies à Lieuron (sud de Rennes) pour une fête.

En temps ordinaire, ce serait bien.

Sauf qu’en temps ordinaire, 2500 personnes réunies pour une fête, ça n’existe pas.

Nous sommes dans un temps extraordinaire dont une des caractéristiques est de resserrer les limites du permis.

Et franchir la limite fait partie du vivant.

Le jugement d’irresponsabilité, s’il est nécessaire et justifié,  ne suffit pas.

2500 venus de toute la France et de l’étranger, telle est la question.

J’ai noté cette déclaration d’un des participants :

« Le principe est celui de la donation libre. Chacun donne comme il peut. Des gens sont venus de partout en France et même de l’étranger. Vous trouvez normal, vous, que certains se paient des chambres d’hôtel de luxe à 20 000 € alors que d’autres font la manche pour avoir 2 € pour se payer une bière ? On en a assez de tout ce système« 

Le message du discours concerne les deux derniers termes de la devise républicaine : égalité et fraternité.

Manque le premier, la liberté : la société n’est pas une juxtaposition d’individus.

Les 2500 personnes sont, sans le savoir, les porte-parole de ceux qui pensent que sans l’égalité et la fraternité, la liberté n’est qu’un mot vide.

Comme la vie, disent-ils.

Vœu

C’est un nom d’origine latine du registre religieux qui désigne une promesse solennelle faite à une divinité pour une faveur. Tu me donnes ci, je te donne ça.

[On devrait apprendre le latin]

Curieux, cette appétence des dieux pour le troc.

Le sacrifice, par exemple.

Hé, Agamemnon, tu veux du vent pour voguer vers Troie ? Tue ta fille Iphigénie !

Dis, Abraham, tu m’aimes ? Tue ton fils Isaac !

Curieux, cette tendance des dieux à faire tuer les enfants.

Je forme le vœu…

La forme dans le sens, ça n’existe pas. Le mot a dû conserver quelque chose de l’ex-voto qu’on voit dans les églises.

Encore du troc ?

Mes meilleurs vœux…

Un pléonasme ?

Mes pires vœux ?

Ça pourrait ressembler au don grec dont il faut se méfier parce qu’il n’a rien de gratuit : « Timeo Danaos et dona ferentes » fait dire Virgile à Enée dans son Enéide « Je crains les Grecs (descendants de Danaos) même quand ils portent descadeaux ». Enée (celui qui porte son père Anchise sur ses épaules, en quatre lettres dans les mots croisés) est un Troyen qui n’a pas oublié le coup du cheval !

Tenez, par exemple, Pandore (= tous les dons) : elle a été envoyée par les dieux en « cadeau » aux hommes, après que Prométhée a volé le feu divin pour le leur donner. Elle porte avec elle une jarre qui doit rester fermée. Epiméthée, le frère du voleur de feu, l’épouse et il ne peut s’empêcher d’ouvrir la jarre qui contient tous les maux dont souffrent maintenant tous les hommes.

Curieux, cette mythologie qui fait dépendre le malheur humain d’une femme, rusée, maligne, séduisante…

Il y a quand même pas mal de choses à voir chez les Grecs.

[On devrait apprendre le grec]

2020 : bilan en demi-teinte et demi-bémol majeur

Commençons par le commencement : le bilan est une balance entre le plus et le moins. Pour un budget, le plus, c’est les recettes, le moins, les dépenses, jusque-là, c’est assez simple. Ça l’est moins pour une année dont certains événements sont un plus quand ils sont moindres et inversement. Tenez, un exemple, comme ça, au hasard, moins de contagion est un plus, et plus de malades est un moins. Seulement,  ça dépend du contenu de contagion et de malade. Parce que, autre exemple toujours pris au hasard, moins de contagion de bonne humeur (c’est quand on peut dire que tout va bien quand on sort de son lit, le matin, bien sûr) est bien un moins (et la bonne humeur est un bien plutôt rare par les temps qui courent) et plus de malades de rire (là, c’est quand on ne peut pas s’arrêter de s’esclaffer, du genre ah ! ah ! ah ! ou alors hi ! hi ! hi !  comme Nicole dans le Bourgeois Gentilhomme, mais je m’égare) est bien un plus (toujours aussi rare dans ces mêmes temps qui etc.). Vous voyez ? Sinon, reprenez depuis le début, lentement.

Comment on s’en sort ? Peut-être qu’on ne s’en sort pas. Non, je ne précise pas de quoi. A moins…qu’on se dise que plus et moins sont adossés (ils ne le savent pas forcément) à des critères qui ont comme dénominateur commun celui de La Vie (notez les majuscules). Ce qui l’augmente est plus, ce qui la diminue est moins. Voilà, c’est simple. Hum…  peut-être trop simple, parce que si l’on cherche à définir La Vie (notez toujours), on rencontre les paramètres de quantité et de qualité qui ne manqueront pas de vous faire remarquer que plus de (durée de) vie (notez cette fois les minuscules) peut, dans certains cas, être moins de (qualité de) vie (notez, notez toujours). Ce qui donne à penser…

Bref, comment faire le bilan d’une année ? Ou, si vous préférez, quelle idée de m’embarquer dans cette galère ! A moins de la transformer en pédalo, ce qui, d’un certain point de vue, pourrait être un plus, mais alors dans un second degré… Hum…  ?

D’où, notez-le, la bizarrerie du titre de l’article.

Après avoir commencé par le commencement, je choisis de continuer par le bilan des personnalités. Celles en moins (mortes) et celles en plus (nées).

Voyons, voyons, me dis-je (passé-simple, notez-le, on est maintenant dans le récit), en ouvrant d’un clic quand même un peu ému la page de Wikipédia.

Et là… la souris m’en tomba (toujours le récit, vous notez ?) quasiment des doigts ! Quelle ne fut pas en effet ma stupeur de constater l’incroyable disproportion entre le nombre cité des personnalités mortes (moins) et de celles qui sont nées (plus) !

Je vous fais juge (notez que là, avec le présent, je reviens au discours) : à la date du 28 décembre 2020, Wikipédia cite les noms de plus de 200 personnalités  mortes, et de… 2 seules nées ! Oui, vous avez bien lu, seulement 2 personnalités sont citées dans les naissances ! Incroyable, n’est-ce pas ? Les voici, telles qu’elles apparaissent sur la page (vous pouvez vérifier, je n’invente rien) :

le 20 janvier : Isaiah Tota, fils de M. Pokora et de Christina Milian. Il n’est rien dit concernant ces personnalités, sinon cet enfant qui semble être leur seule richesse. Sans doute des prolétaires, au sens premier du terme (latin proles = progéniture), en quelque sorte.

le 10 mai : le prince Charles Jean Philippe Joseph Marie Guillaume, naissance du fils de Guillaume de Luxembourg et Stéphanie de Lannoy. Le libellé n’est pas très clair… Je suppose que le prince doté de six prénoms est le fils de Guillaume et Stéphanie dont l’aristocratique particule « de » laisse entendre qu’eux, ont du bien, au moins des armoiries, peut-être plus… Que le père et la mère n’aient chacun qu’un seul prénom explique très certainement la débauche prénominale (oui, j’invente, notez bien) du fils : signe absolument incontestable d’un surinvestissement affectif problématique par sa démesure qui laisse présager d’autres surinvestissements tout aussi affectifs, tout aussi démesurés et tout aussi autrement plus lourds de conséquence…  Mais je m’égare et reprends tout aussitôt le chemin de mon initial propos.

J’avoue, oui, j’avoue être profondément désorienté, voire chamboulé dans mes intérieurs par cette discrimination à l’avantage des morts.

D’autant, à bien y réfléchir, que 2020 devrait  rester dans les mémoires pour avoir été, depuis quatre ans, oui, quatre ans ! la première année à avoir compté 29 jours au mois de février ! Mais qui en parle ? Hum ?

Alors, ne conviendrait-il pas de citer les noms de « cellezéceux », comme on dit aujourd’hui pour assurer à celles qu’elles sont égales à ceux, notamment pour les choses concrètes de la vie comme les salaires (mais je m’égare dans des trivialités…), qui, du point de vue bilanesque (notez que je viens de l’inventer, lui aussi… ah ben, oui, c’est ça la création) d’anniversaire vieillissent quatre fois moins vite que tous les autres ? Oui, bon, d’accord, ça se discute.

Après les personnalités, j’en viens aux événements de cette année 2020…  Je parcours, je parcours… Pas grand-chose… Ah si : Raymond  Domenech va entraîner l’équipe de foot de Nantes… Autrement… je parcours toujours… rien… Quelques vagues, de-ci, de-là… De la bricole.

Ah ! Aussi ceci mais qui n’est pas dans Wikipédia : ce matin, chez le boulanger, étaient proposés des gâteaux de Rois Mages… Curieux, cet attelage de la royauté (pas avec la magie, non, ça, ce n’est pas surprenant) et de la pâtisserie… Est-ce que « rouler dans la farine » viendrait de là ? Ou alors « c’est pas du gâteau !» comme antiphrase appliquée à la monarchie absolue du point de vue des sujets ?  Hum…  Etaient proposés, donc, des galettes à la frangipane et des « royaumes », comme on les fabrique et on les appelle par chez nous, ici, dans le sud… Avec une fève cachée pour désigner le roi… Curieux, cet attelage du roi et du hasard… Oui, parce qu’on naît roi, on ne le devient pas… Oui, c’est un peu plus compliqué quand le roi est une femme, parce que la femme…  Et aussi ce besoin de royauté…  Et puis, accompagnant la galette ou le royaume à la fève craquant dangereusement sous une dent distraite, la couronne que ceindra le ou la… Tiens… couronne… couronne… ça me dit quelque chose. Mais quoi ? Hum… Quelque chose de vague… Hum… Encore un curieux attelage… de deux mots… étrangers, dirais-je… Hum…  Je cherche… Je cherche… J’y perds mon latin…

*A propos du mi bémol majeur (entier) : c’est la tonalité de la 8ème symphonie de Mahler, dite des Mille (interprètes) et dont le thème est la scène finale du Faust de Goethe. Diable ! Oui, comme vous dites ! C’est aussi celle de l’ouverture de la Flûte Enchantée de Mozart. Divin Mozart, dites-vous ?

La pêche et le Brexit

Brexit : comment Boris Johnson a abandonné la City.  La pêche, qui représente moins de 0,1 % du PIB britannique et 12 000 emplois, a été un point de négociation crucial entre l’UE et le Royaume Uni. La finance (7 % du PIB et 1,1 million de postes) a été ignorée.

(A la UneLe Monde du 26 .12.2020)

> Contribution publiée

La lune et le doigt qui la montre. Il y a les intérêts matériels, de tous ordres – dans la forme économique néolibérale du capitalisme, ils sont régis par un durcissement de ce qu’on appelle la loi du marché, qui est celle du RU et de l’UE – et il y a le discours, plus ou moins confus, qui a conduit au vote populaire du Brexit. La question de la pêche est essentiellement idéologique et politicienne : celle de la domination maritime historique du RU. Menacer d’envoyer des navires de guerre pour contrôler l’accès aux eaux territoriales participait, à un niveau évidemment différent, mais à forte valeur au minimum symbolique, du même discours que celui de M. Thatcher à propos des Malouines. L’inconnu, ce sont les effets (économiques et idéologiques) induits à moyen et long termes par ce repli britannique, et pour le RU lui-même et pour l’UE.

Brexit

L’accord conclu le 24 décembre concerne le marché et ses intérêts à court terme. Il vient après une séparation décidée unilatéralement pour des motifs de repli à connotation nationaliste et certains de ceux qui se réjouissent présentent la voie choisie par le RU comme un modèle à suivre, ce qui veut dire la fin de l’Union, à terme. L’inconnu réside dans ce qui en sera induit dans les opinions publiques européennes. Il est probable que l’accord va être perçu comme un succès britannique – ce qu’il semble être si l’on en juge par les réactions unanimes des partis du RU.
Pour moi, cet accord qui vient sceller un échec est une bombe à retardement dont les 1200 pages sont un signe. Les questions posées dès ce jour par les pêcheurs sur la question des quotas laissent présager une multitude de contestations à venir. Nous entrons dans une ère de nouveaux rapports de forces et pas seulement avec les Britanniques.