Nègre

Extrait d’un article du Monde publié le 25.01.2021 sous ce titre : « Nègre, ce mot lourd du racisme et des crimes qui l’ont forgé »

« Le terme « nègre » n’appartient pas au registre banal de la conversation ordinaire : il porte en lui la tragédie de l’esclavage, de la colonisation et du racisme. S’il pèse des tonnes, poursuit l’écrivaine dans Humeur noire, qui sort début février chez Actes Sud (304 pages, 21,80 euros), c’est parce qu’il conserve l’empreinte du « poids colossal des crimes qui l’ont forgé ».

Un arbitre de football roumain en a fait l’expérience, un soir de décembre 2020, sur le terrain du Parc des Princes. Pour désigner l’entraîneur adjoint de l’Istanbul Basaksehir, Sebastian Coltescu montre du doigt un homme qu’il appelle le « negru ». En roumain, le mot veut dire « noir » mais dans le stade du Paris-Saint-Germain, les violences et les humiliations associées au terme « nègre » ressurgissent. Révoltés, les joueurs des deux équipes quittent le terrain avant de réapparaître, le lendemain, vêtus de maillots portant le message « No to racism » : réunis en cercle autour du rond central, ils posent symboliquement un genou à terre et lèvent le poing.

Si, du Parc des Princes à l’Opéra de Paris, le mot « nègre » engendre tant de passions, c’est parce que, depuis la traite atlantique, il relègue les Noirs aux marges de l’humanité. »

Les commentaires sont, pour la plupart, critiques, souvent pleins d’animosité contre la journaliste accusée d’un parti pris « bien pensant ».

Exemples  :

« Le Monde se vautre dans la cancel culture afin de nourrir l’indigence de ses articles, la médiocrité de ses analyses. Cet article est mal écrit, tordu. Évidemment que le mot nègres est connoté désormais mais faut il le supprimer comme si nous étions au ministère de la Pensée ? »

« Article minable, je ne vais pas répéter les nombreux commentaires souvent très bien écris qui le soulignent. Néanmoins, au fil des articles, j’ai de plus en plus l’impression de lire libération et non le monde. Je pense que je devrais me désabonner car ce genre de réthorique nauséabonde et tortueuse m’écoeure. Peut être ce journal devrait songer à évoluer vers une ligne éditoriale, disons… moins marquée. »

« Jamais entendu ce mot en 30 ans, ni lu ailleurs que dans des livres d’histoire…article un peu hors sujet donc, qui ne fait que surfer sur la ligne décolonialiste et indigéniste du moment. »

  L’exemple du Parc des Princes est significatif de la dimension toujours passionnelle plus de deux siècles après les Lumières  « écorchée » de la couleur de la peau, surtout quand elle est noire.

Ma contribution.

Ce n’est pas le mot qui pose un problème mais celui qui l’emploie et le ton associé. Black n’est  pas nigger ni nègre. Le nègre de l’article – incomplet, oui, bon – est le signe le plus parlant du racisme qui sous-tend bon nombre de commentaires (cf. les comparaisons absurdes des produits des civilisations). Si ce mot continue à susciter autant de passion, c’est parce que l’esclavage moderne a été et est toujours un problème (religieux, moral, éthique, philosophique…), ce qu’il n’était pas dans l’antiquité : la préoccupation concernait le seul traitement. Manque encore un discours d’explication du contenu politique, idéologique des mots, race, esclavage, colonisation, plus généralement de l’exploitation de l’être humain. A un degré moindre… hum…  pour un Français,  Algérien ne désigne pas seulement un habitant de l’Algérie. Il ne s’agit ni de culpabilisation, ni de repentance, ni de déni, ni de réécriture de l’histoire, mais d’expliquer ce qui conduit l’homme à ces démesures.

3 commentaires sur « Nègre »

  1. En lisant votre texte je pense à la controverse sur le terme « Black » en France au lieu de « Noir » comme si cet anglicisme était plus « cool » et à connotation moins raciste.

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    1. Oui. Merci. En 1998, l’équipe de France de foot a été appelée « black blanc beur » (une expression récupérée), mais seulement après qu’elle eut remporté la coupe du monde. Avant, quand les résultats et la qualification étaient incertains, elle était une équipe dont certains, à droite et à l’extrême-droite, soulignaient le nombre important de joueurs qui n’étaient pas des « Français de souche ». Il y eut, dans ce moment d’euphorie de patriotisme ambigu (un pléonasme) l’illusion, très vite dissipée, que le problème du racisme et de la colonisation avait été miraculeusement résolu (sans avoir jamais été posé sur la table de la République et de l’Ecole républicaine). Black et beur étaient repris et retournés (par une imitation pavée de bonnes intentions du retournement de négritude par Césaire et Senghor) conférant paradoxalement alors à « blanc » un sens qu’il n’avait pas.

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      1. C’est très juste. Merci. En ce qui concerne l’expression « Français de souche » Michael Ferrier (écrivain) dit toujours ironiquement « bêtise de buche ».

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