Le handicap de l’utérus

Arte diffusait le 5 février dans l’émission « 28’ » l’extrait d’un reportage réalisé dans les plantations de canne à sucre de l’ouest de l’Inde, 2ème producteur mondial de sucre avec 30 millions de tonnes par an.

Alors que le taux d’hystérectomie est de 2/1000 en Occident, il atteint 17/1000 en Inde, et surtout jusqu’à 350/1000 dans l’Etat du Maharashtra à l’Ouest du pays, la « Sugar Belt »

Des familles,  parmi les castes les plus basses de la société indienne, y sont transportées dans des remorques de tracteurs pour les 6 mois de récolte. Ils vivent dans des huttes de branchages, sans eau courante ni hygiène.

Extrait d’interviews de femmes :

« On nous appelle les coupeuses de canne. De 6 heures du matin à 8 heures le soir, on coupe des cannes à sucre. On en fait des fagots et on les charge dans des tracteurs. Je coupe et je charge 5 à 6 tonnes par jour. Sous un soleil de plomb ou par un froid glacial. Je fais ça tous les jours. J’ai l’impression d’être une machine. (…) On est comme des animaux et ensuite on va travailler comme du bétail. On est condamné à vivre cette vie, de toute façon, peu importe si c’est horrible. On n’a pas d’autre choix que de faire ce métier. Qui va nourrir nos enfants ? C’est la seule façon de gagner de l’argent. On a trois minutes pour lier le fagot et le charger. On doit payer une amende si on ne vient pas travailler. »

La stratégie de productivité est très efficace : le mukadam (contremaître) paie 1100 euros d’avance pour les 6 mois à venir. Chaque absence, quelle qu’en soit la raison, donne lieu à une amende. Ex : 5€ pour une visite (payante) à l’hôpital.

Les femmes sont victimes de douleurs abdominales et l’hystérectomie est donc souvent pratiquée sans autre motif que « productif ». 14 000 femmes ces dix dernières années. Coût, entre 250 et 500€ selon le temps d’hospitalisation dans des établissements privés où les envoient les médecins qui empochent les sommes versées par les femmes qui doivent emprunter et prématurément retourner travailler pour rembourser.

Le mukadam, habillé de blanc, surveillant et dictant la cadence, explique sans broncher « qu’on ne peut pas les blâmer de se faire opérer ;  que les médecins ne sont pas responsables, qu’ils doivent gagner leur vie, et que s’ils ne travaillent pas ils ne gagnent pas d’argent. »

Une assistante sociale a mené une campagne d’information et de sensibilisation auprès de ces femmes dont la ménopause arrive vers 25 ans, avec les problèmes hormonaux et psychologiques faciles à imaginer.

Un médecin est interviewé. Un dossier lui est présenté : « Les bilans sont normaux » constate-t-il. « La femme dit que vous lui avez conseillé l’hystérectomie », indique le journaliste. « Vous préférez croire cette femme que le médecin ? »répond-il hautement.

Au printemps 2019, un article de presse  a ému l’opinion. Relativement. Certains partis politiques sont impliqués dans l’industrie sucrière.

Un contrôle de décisions médicales par un organisme officiel a été décidé. Le nombre des hystérectomies a baissé de plus de 30%. Mais les conditions de travail et les douleurs qu’elles occasionnent incitent toujours les femmes à se faire opérer.

Voilà.

Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma sidération et de ma colère ?

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