Vaccin privé, vaccin public

 « Les vaccins anti-Covid19  doivent devenir des biens publics mondiaux. Et leur production doit être libre. C’est l’appel que viennent de lancer Richard Benarous, ex-Directeur du département Maladies Infectieuses de l’Institut Cochin et le   Professeur Alfred Spira, membre de l’Académie de médecine. Les deux initiateurs commencent à recueillir de premières signatures par courriels. Parmi les premières, on note celles d’André Grimaldi, Isabelle Lorand, Etienne Decroly, Bruno Canard, Danielle Levy, Pierre Jouanet, Nicolette Farman, Olivier Coux, Anne Weber. » (La Une du Monde du 5.02.2021)

Une telle initiative concerne la propriété intellectuelle, en l’occurrence le brevet.

Autrement dit, quel argument faire valoir pour qu’un brevet ne soit plus une propriété privée mais publique ?

L’argument central de l’appel est le suivant : « L’élément essentiel de tous les vaccins, c’est la séquence du virus SARS-Cov-2. Or les chercheurs chinois et associés qui ont élucidé cette séquence en quelques jours après le début observé  de la pandémie, ont choisi, et c’est à leur honneur, de ne pas la breveter.  Cette séquence sans laquelle il n’y a pas de vaccin possible, est devenue un bien commun mondial. Rien ne justifie que les vaccins qui en sont issus ne le soient pas, d’autant plus que la recherche et les financements publics ont largement contribué à leur fabrication.

Bon. Mais à supposer que les difficultés juridiques aient été résolues, demeurent celles de la production démultipliée. De l’avis général des spécialistes, les complexités techniques la rendent impossible, du moins dans le laps de temps qui justifie la demande de levée des brevets.

Quand la chaine (conception, construction, production)  a été celle du privé, difficile de faire comme si le commun avait été la préoccupation première de l’entreprise. Dilemme constitutif de la problématique rurale de la priorité dans l’articulation de la charrue et des bœufs et, pour une part, de la philosophie des Lumières : «  Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne ! » (Rousseau – Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes – 1755)

Si je quitte le champ de l’agriculture  pour entrer dans celui de la métaphore, que faut-il supposer pour que la découverte du vaccin soit les fruits et les cerveaux qui l’ont créé soient la terre ?

Oh, c’est  très simple : que les critères ne soient plus ceux du capitalisme.

« Dès la fin du printemps 2020, alors qu’aucun sérum n’avait encore fait ses preuves, Emmanuel Macron plaidait lui aussi pour que les vaccins anti-Covid soient « un bien public mondial ». Lors du Sommet mondial de la vaccination, le chef de l’Etat s’engageait à ce que la France « augmente de 100 millions d’euros sa contribution lorsqu’un vaccin […] sera disponible, afin d’en assurer la diffusion à un prix abordable ». (cf. 20 minutes.fr > santé)

Mais non, le Président n’est pas le membre d’une internationale cryptocommuniste. Comme tous les individus, il est confronté à la problématique du commun dont ce blog traite parfois… Ah ?… Souvent ?… Très souvent ?… En permanence ?…  Ah bon…  Bref, il y a l’individu E. Macron et le Président E. Macron. Il peut arriver que le premier se substitue (ou joue à se substituer ?) au second qui  a très bien appris à gérer le système, au théâtre et dans la banque. C’est une affaire entre l’un et l’autre, une affaire privée.

Le vaccin est un objet produit selon les mêmes critères que tous les autres.  Compte tenu du contexte et de la cible visée, son marché vient heurter ce que certains appelleront des « valeurs », un mot de connotation morale que le capitalisme aime beaucoup et qu’il revendique hautement, dans un sens disons, différent.

Par exemple : Sanofi annonce la suppression de 600 postes. Le groupe qui commercialise le Doliprane (+320% cette année) et le vaccin anti-grippe (+20%) – le vaccin anti-covid ne semble pas avoir fait partie de ses priorité (erreur ou calcul ?) « a été dans le trio de tête des plus gros payeurs de dividendes du CAC 40, avec 3,9 milliards d’euros versés aux actionnaires, malgré la crise. Le groupe, qui a enregistré 7,5 milliards d’euros de résultats nets en 2020, est aussi l’un des premiers bénéficiaires des aides de l’État sous forme de crédits d’impôts. » (cf. force-ouvrière.fr)

La manière opaque (oui, c’est un euphémisme), autrement dit cohérente, dont la Commission européenne a traité avec les groupes pharmaceutiques pour les vaccins (cf. Le Monde du 04.02. 2021) relativiserait beaucoup mon « Oh, c’est très simple » qui, tous comptes faits, si j’ose ce pluriel,  pourrait sembler assez hasardeux pour qui l’aurait compris au premier degré.

Atteler l’humour et la gravité à la même charrue peut aider à réduire le tragique du chant commun.

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