Conte de Noël (3)

                                            *
3 heures 30.
Le cahier noir était ouvert bien à plat, la page
vierge soigneusement lissée. La date – 25 décembre
1999 – inscrite en majuscules avait été soulignée. La
main eut un moment d’hésitation, puis la plume glissa
sur le papier.
« Genèse et Annonciation de l’Evénement »
Elle se releva, alla à la ligne, puis reprit sa course.
Le mouvement du poignet était agité.
« Troisième millénaire. La démesure de leur Absolu !
Démonstration. Clarté. L’Evénement !
Dieu dans l’autre moitié.
Lumière ! Lame du couteau levée dans le soleil !
Eux l’incohérence !  Moi la pensée !
Maintenir la vague submergeante.

Démontrer. Logique. Troisième millénaire.

Troisième suppose deuxième suppose premier.

Premier est Un. Avant Un est Zéro. Zéro est non-être !
Incas, Egyptiens pharaoniques, Chinois des
dynasties, Perses, Grecs et Romains antiques sont
donc Zéro !
Ils ne sont pas.

Donc, nous sommes l’Absolu.
L’Ab-so-lu !
L’Evénement. Dieu dans l’autre moitié.

Dieu sait ce qu’il fait. »
Il y eut un léger temps d’arrêt, puis la main reprit
sa course, un instant plus souple avant le retour des
mouvements saccadés.
« Registre le plus élevé. J’eusse préféré que
l’Evénement se déroulât aujourd’hui, jour de La
Naissance. Toute naissance est sanglante ! –
La
plume souligna la phrase de deux traits – La
symbolique eût été plus forte, les mémoires des mots
en eussent été plus profondément imprimées !
Seulement, il eût été considéré comme le simple
résidu d’une fin de millénaire, et Ma Geste n’eût pas
été comprise ! Ma Geste !
Mais le massacre ! Mais le sang de naissance
versé pour nous ! Mais les autres dans l’ignorance !
Pourquoi ? Pourquoi !!!
Repousser la vague submergeante. Dieu sait ce
qu’il fait. Dieu envoie son fils quand il veut. Laisser
Dieu dans l’autre moitié.
Moi. Ma geste. L’Evénement.
L’Evénement premier fut le septième jour après Sa Naissance.
L’Evénement second sera donc dans la nuit du 1er janvier 2000.
Démiurge, moi aussi !

 L’Evénement réunit les deux moitiés.
Toute naissance est sanglante ! – La plume
souligna à nouveau.
Rédiger l’Annonciation dans le registre le plus
élevé, l’envoyer : « A monsieur Norbert Mangeon,
rédacteur en chef du Progrès de Lyon qui écrit
chaque jour un billet d’humeur en première page ».
Ajouter : « Remettre en mains propres ».
L’encre noire fut séchée d’un tamponnement de
papier buvard rose, un bloc de papier à lettres prit la
place du cahier, deux comprimés furent avalés avec
un verre d’eau, puis la main reprit la plume et traça
sur la page blanche en lettres parfaitement régulières :
« Monsieur le Rédacteur en chef… »

                                IV
Lundi 27 décembre – 14 heures – Francheville.
– Il y a longtemps que je lui avais conseillé de voir
un psychiatre. Mais pour elle, c’étaient les autres qui
n’allaient pas bien.
– Les autres…
– Tous les autres, l’humanité en général, le monde
entier.
– Et en dehors des antidépresseurs ?
– Rien. Enfin… Depuis un peu plus d’un an, elle
voyait un prêtre qu’elle appelait son directeur de
conscience. Elle était croyante, tendance intégriste.
Vous avez vu qu’elle veut une messe en latin. Je lui
avais dit que c’était un médecin qu’il lui fallait, mais
elle ne voulait pas en entendre parler. La psychiatrie,
c’était pour les fous, et comme elle n’était pas folle,
elle n’en avait pas besoin !
– Ce prêtre, vous le connaissez ?
Il secoua la tête.
– On n’en parlait jamais. C’était tabou, comme
tout ce qui concernait la religion. Elle avait réponse à
tout et il n’y avait pas moyen de dialoguer. Moi, il y a
longtemps je ne crois plus à ces trucs-là… Ce que je
sais, c’est qu’elle le rencontrait régulièrement à Lyon.
Elle m’a peut-être dit son nom, mais je ne m’en
souviens pas.
– Vous pourriez retrouver ses coordonnées ?
Reblot soupira.
– Il faut que j’aille voir dans ses papiers… Je n’ai
pas trop envie de remuer tout ça pour le moment.
– Il n’y a pas d’urgence.
Une rafale de vent leur fit tourner la tête. La
tempête sévissait depuis deux jours du sud-ouest au
nord-est. La télévision diffusait les images de forêts
dévastées, de poteaux électriques couchés. Des
milliers de foyers étaient privés d’électricité. La
région lyonnaise, sur la périphérie de la trajectoire,
avait été relativement épargnée jusqu’à présent. Dans
la Dombes, des arbres avaient été déracinés, des
toitures avaient souffert, certaines avaient été
emportées. La maison de Walkowski avait bien
résisté. Seules, quelques tuiles avaient glissé sur
l’appentis qui servait de garage.
En arrivant, le commissaire avait trouvé Reblot en
blouse bleue, un béret noir sur la tête, en train de faire
des rangements dans le sous-sol de la villa, une
maison comme il s’en faisait un peu partout dans les
années 60, avec un sous-sol à moitié enterré et un
balcon inutile courant autour du mur à hauteur du
niveau d’habitation. Ils étaient montés par un escalier intérieur en béton jusqu’à un étroit couloir aux carreaux bicolores. Reblot l’avait fait entrer dans une salle à manger moquettée surchargée de meubles.

Ils s’étaient installés sur des chaises cannées de part et
d’autre d’une table rectangulaire de bois vernis et
Walkowski avait communiqué les conclusions de
l’autopsie transmises en fin de matinée par Anselme.
Elles corroboraient le suicide.

Reblot avait écouté, les mains posées à plat, sans manifester d’émotion particulière. Il avait confié au commissaire que ses enfants l’avaient aidé à trouver de l’apaisement.

Ils étaient arrivés le matin de Noël,
et reviendraient pour les obsèques. Et puis, le docteur
Anselme lui avait fait prendre des calmants.
Il parut soudain réaliser qu’il parlait à un policier.
– Mais… dites, monsieur le commissaire, je peux
savoir pourquoi vous me posez ces questions ? Vous
soupçonnez quelque chose ?
Walkowski balança légèrement la tête.
– Je suis intrigué par la lettre de votre épouse. J’essaie de comprendre.
Reblot avait croisé les bras et s’était appuyé contre
le dossier de la chaise.
– Qu’est-ce que vous voulez comprendre au juste ?
Cette fois, la voix s’était durcie, le ton était
presque agressif. Il se défendait, comme si le
commissaire l’accusait du suicide de sa femme.
– Essayer de comprendre fait partie de mon métier,
monsieur Reblot. J’ai eu l’impression en lisant sa
lettre, que votre épouse n’était déjà plus là quand elle
l’a écrite.
Il avait choisi cette formule passe-partout pour ne
pas ajouter à la perturbation de cet homme. Il ne
servait à rien de lui laisser entendre que quelqu’un
avait pu inspirer à sa femme, sinon son suicide, du
moins sa lettre, et que les formules, les expressions,
les mots qu’elle avait écrits pourraient bien être ceux
de quelqu’un d’autre. Si toutefois son hypothèse était juste.
Reblot se détendit et reposa ses mains sur la table.
– Il y a bien longtemps qu’elle n’était plus là…
Vous avez vu qu’elle ne dit rien de sa famille, de moi,
des enfants, des petits-enfants… Rien, pas un mot…
Comme si on n’existait pas… Mes enfants me disent
qu’elle était malade et que je n’ai pas à me
culpabiliser… Moi, je suis à Lyon toute la journée…
Elle, elle se retrouvait seule, alors, si j’avais été là
plus souvent… Oui, mais comment j’aurais pu, avec
mon travail ?
– Elle n’avait jamais occupé d’emploi ?
– Avant la naissance des enfants, elle avait été
secrétaire dans une petite entreprise de métallurgie.
Elle a arrêté pour s’occuper d’eux. Après, elle a voulu
retrouver quelque chose, mais il aurait fallu qu’elle se
mette à l’informatique.
Walkowski eut une pensée fugitive pour Decarme.
– Une dernière question : comment était-elle
vendredi, quand vous êtes parti travailler ?
Reblot eut un triste sourire.
– Je ne l’ai pas vue. Je ne la voyais jamais le
matin. Nous faisions chambre à part. Je déjeunais tout
seul. – Il ferma les yeux quelques instants – C’est
avec l’accident que ça a commencé… Il y a vingt-et-un ans… L’année qui a suivi la naissance de Romain, notre dernier… Elle était enceinte… Elle a fait une
chute dans l’escalier – il désigna l’escalier en béton –
… L’enfant est mort… C’était une fille… Elle disait qu’elle l’avait tuée.

Il faisait jouer ses doigts sur la table, les yeux mis
clos.
Walkowski fixait la têtière en dentelle du fauteuil Voltaire installé sans doute pour elle dans un coin près de la porte ouvrant sur le salon, imaginant le
visage que pouvait montrer à sa famille celle qui
s’accusait d’avoir tué son enfant.
– Non, ce n’était pas facile, ajouta Reblot qui avait suivi son regard.
Walkowski attendit. Mais l’homme semblait embarqué dans un monologue intérieur.
– Bien. Je vous laisse, monsieur Reblot. – Il lui tendit sa carte – Appelez-moi si vous retrouvez le nom du prêtre.
Il recula sa chaise et se leva.
Reblot prit la carte, l’esprit ailleurs. Il la posa sur
la table, se leva à son tour et se dirigea vers l’escalier.
Walkowski descendit lentement, marche après marche.
– Elle ne s’est pas fait aider après l’accident ?
Reblot, arrivé au sous-sol, haussa les épaules.
– Elle se confessait une fois par semaine.
Ils demeurèrent un instant, en face l’un de l’autre avant de se serrer la main.

Walkowski regagna sa voiture et manœuvra dans l’allée
gravillonnée.

Reblot qui avait remis son béret le regardait.
                                           *

                                          V
Mercredi 29 décembre – 17heures – Salle
de rédaction du journal Le Progrès.
– Tiens, lis ça, dit Mangeon en tendant la lettre à son adjoint.
Lefebvre tira une chaise et s’installa.
« Monsieur le Rédacteur en chef,
L’objet de ma lettre n’est pas l’Annonciation d’une
catastrophe fantasmatique comme l’écrasement de la
station spatiale MIR sur le département du Gers !
JE, créera l’Evénement du 1er janvier. Et
l’Evénement qu’il créera sera un acte sanglant d’une
extrême violence !
Décision prise en parfait accord avec moi. Suis en
parfaite intégralité.
L’extrême violence de cet acte sanglant sera la
réponse à la l’extrême violence de l’agression contre
moi ! Viol !
JE, s’insurge contre l’absurdement nommé
« troisième millénaire » qui me coupe en deux, moi ! Son
insurrection sera la lame dans le soleil ! Le couteau
de Salomon levé dans la lumière !

Ils veulent pervertir le relatif et l’absolu ! Ils
veulent détruire le sens de mon existence ! Ils veulent
faire de Jésus-Christ la seule référence comptable de
mon existence ! Ils insultent tous les hommes d’avant
Lui ! Ils excluent Dieu le Père ! Voyez comme ils
L’excluent de l’histoire de l’Homme et du Monde !
Jésus est en Dieu. Dieu sait ce qu’Il fait.
Mais voici que la perversion du relatif se retourne
contre l’absolu même ! La valeur absolue donnée à
ce jour-là nie le Père et le Fils ! Ils tuent mon
absolu ! Ils font de ma vie une absurde relativité !
La souffrance qu’ils m’infligent est intolérable !
Des coups de lances ! Ils ne savent pas ce qu’ils font,
mais ils ne seront pas pardonnés ! JE, retournera leur
logique contre eux-mêmes ! JE, dénoncera le premier
janvier 2000 !
L’Evénement me réconciliera ! Il sera Ma Geste !
Sa démesure égalera la leur !
Ils ont voulu que la naissance de Jésus-Christ fût
la référence absolue ? Elle le sera donc !
Ma Geste sera catharsis. Acte tragique d’Unification.
Je vous prie de croire, monsieur le Rédacteur en
chef, que JE, ne plaisante pas.
L’Evénement est et sera ma signature.
PS : Vous m’obligeriez beaucoup en intégrant
dans votre billet du jour un « bien lu » qui aura
valeur d’accusé de réception. »
Lefebvre leva des yeux ronds.
– Alors ? interrogea Mangeon.
– Alors, alors… Je dirais… Une blague ou un malade… Plutôt un malade… Je ne comprends pas tout ce qu’il raconte, mais ce qu’il dit du millénaire et du premier janvier ne me paraît pas complètement
idiot… Et puis, le style, l’écriture… Franchement, je ne sais pas.
– Ce qu’il menace de faire, ce qu’il appelle l’Evénement, comment tu le comprends ?
Lefebvre chercha le passage.
L’extrême violence de cet acte sanglant… Ça peut être tout et n’importe quoi… Il parle aussi… c’est un peu plus loin… de sa geste. Une geste, si je
me rappelle bien ce que j’ai appris à l’école, c’est un genre d’exploit, non ?
– Oui. Un exploit sanglant, apparemment.
– Tu ne penses pas qu’il s’agit d’un canular ?
Mangeon afficha une moue sceptique.
– Il consisterait en quoi ?
– Il y en a qui annoncent l’explosion d’une bombe
imaginaire pour le plaisir d’emmerder le monde.
– Ils indiquent le lieu où elle est censée exploser
pour être sûrs qu’on va parler d’eux. Lui ne précise
rien. Pas le moindre détail.
– Pour le moment.
– Peut-être parce que sa bombe n’est pas
imaginaire. S’il s’agit d’une bombe ! Ce qui
m’inquiète, c’est cette brutalité du
discours… et puis les phrases aussi… Pour moi, c’est
un malade.
Lefebvre avait toujours la lettre sous les yeux.
– Il termine par JE, ne plaisante pas… C’est
bizarre, ce JE majuscule… Comme s’il s’agissait d’un
autre… On devrait peut-être se couvrir, non ?
Mangeon posa la main sur son téléphone.
– Je vais appeler Walkowski. Je te fais signe avant
le bouclage.
Le journaliste et le commissaire entretenaient de
bonnes relations professionnelles.

Mangeon appréciait ce que les détracteurs du policier appelaient
son « humanisme ringard », et Walkowski, la distance
que prenait le journaliste avec le sensationnel et les
effets d’annonce. L’affaire Leriche-Vissoux les avait
encore rapprochés.
Le commissaire était dans son bureau.

Mangeon résuma le contenu de la lettre.
– Elle est manuscrite et le style… disons qu’il n’est pas ordinaire. Je vous la faxe avec le libellé de l’enveloppe qui vaut la peine, lui aussi. On boucle à vingt heures, au cas où vous penseriez à un message du genre « l’auteur de l’Evénement annoncé pour le
1er janvier est prié d’appeler tel numéro ». J’ajoute
qu’il me demande en post-scriptum d’indiquer dans
mon billet que j’ai lu sa lettre. Je vous faxe tout ça.
– Merci, Mangeon, je vous rappelle.
                                        *
Vingt minutes plus tard, les quatre inspecteurs
étaient assis autour de la table ovale du commissaire,
chacun avec une photocopie de la lettre sous les yeux.
Walkowski observait la progression de la perplexité
sur leur visage au fur et à mesure de la lecture.
Decarme semblait le plus désorienté.
– C’est un fou, non ?
– Ou une folle, le reprit Duroc.
Decarme se pencha sur la feuille.
– Ah bon ?
– C’est juste, acquiesça Walkowski, rien ne permet de savoir.
Boustin affichait une mine grave.
– Fou ou pas fou, folle ou pas folle, moi je pense
que c’est à prendre au sérieux.
Decarme avait posé un doigt sur le papier.
– C’est quoi, la… catharsis ? C’est là, trois lignes
avant la fin.
– Un mot d’origine grecque, expliqua Walkowski.
Il signifie « purification ». C’est la fonction de la
tragédie, selon Aristote. D’après lui, la représentation
d’une tragédie sur la scène aurait pour effet de
purifier le spectateur de toutes les pulsions et passions
dangereuses pour les autres et pour lui. – Ils le
regardaient avec des yeux ébahis, et il eut un geste
des mains, comme pour s’excuser – J’avais un bon
prof de grec au lycée. C’est resté imprimé.
– Bon, c’est un type qui connaît Aristote. Mais
qu’est-ce qu’on peut en tirer ?
– On sait déjà où il ne faut pas chercher, répondit
Boustin. Dans les cages d’escalier, les caves, ce n’est
pas le nom d’Aristote qui est le plus fréquemment
tagué ! Et vu l’écriture, l’auteur n’est pas un type à la
recherche d’un CDI !
Decarme haussait les épaules.
– On n’est pas plus avancés… De toute façon, on
peut connaître Aristote, faire de belles phrases bien
écrites et avoir le cerveau dérangé, non ? Et
l’enveloppe ! « Monsieur Norbert
Mangeon, Rédacteur en chef du Progrès de Lyon qui
écrit chaque jour un billet d’humeur en première
page »
 Faut le faire !
– Une manière de dire « Ouvrez-moi, je suis très
importante », traduisit Duroc qui examinait le
tampon. La lettre a été déposée à la poste centrale – il
jeta un coup d’œil en coin à Decarme – ce qui ne nous
fait toujours pas beaucoup avancer…
– Ce qu’il ou elle dit, à propos du premier janvier
et du troisième millénaire, au fond, c’est juste, dit
Lamberet.
Decarme haussait encore les épaules.
– Troisième millénaire ou pas, quelle importance ?
– Peut-être la goutte d’eau qui fait déborder le vase, suggéra Boustin.
– Le vase de quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Que le premier janvier n’est pas la vraie raison.
Il y a autre chose.
– Autre chose…  Moi je dis que c’est un dingue !
– Un dingue qui annonce qu’il va commettre un
acte sanglant d’une extrême violence le premier
janvier.
– Tout dépend de la lecture qu’on fait de la lettre,
dit Walkowski.

– Comment vous la comprenez ?  demanda Lamberet

– Comme vous. La remarque sur le troisième
millénaire est pertinente, la maîtrise du langage et
l’écriture sont remarquables, et en même temps le
discours révèle un grand déséquilibre. Réel ou simulé,
je n’en sais rien. Par exemple : les deux parties…
Dieu et lui… l’utilisation de JE comme une troisième
personne… l’insistance avec laquelle il souligne qu’il
est en accord avec lui-même… Salomon… le couteau
dans le soleil… Il s’agit de savoir si c’est
simplement de la littérature, si l’auteur joue à nous
faire peur, ou à se faire peur, mais jouer n’est peut-
être pas le terme qui convient… ou bien s’il a décidé
d’accomplir ce qu’il annonce.
Decarme relisait à mi-voix pour lui-même.
– Ce qu’il dit de Dieu, de Jésus, franchement, ça
intéresse qui, ce genre de truc ?
– Ce qui est préoccupant, reprit Walkowski, c’est
la dimension de l’acte qu’il dit vouloir commettre, ce
qu’il appelle sa geste… Imaginez… Je ne sais pas…
Mettons, une explosion le 31 décembre, à minuit, sur
la place Bellecour, ou…
La sonnerie du téléphone l’interrompit. Pellet, de
service au standard, filtrait les appels pendant
l’absence de Lucie Marette.
– Commissaire, c’est un menuisier qui dit
travailler chez vous et qui demande à vous parler. Un
dénommé Legendre. Il insiste beaucoup. Vous le prenez ?
– Oui.
Il y eut un déclic.
– Allô ? Allô ? Monsieur Walkowski ? Vous m’entendez ?
– Oui, je vous entends, monsieur Legendre.
– Allô ? C’est Joseph Legendre ! – Il parlait fort,
criait presque, et Walkowski dut éloigner le combiné
de son oreille – Je vous téléphone pour vous dire que
mon garçon est là, ça y est, il est né !
– Quand ?
– A Noël, juste à minuit et demi ! On l’avait
calculé pour le premier janvier pour les cadeaux,
même que le docteur avait dit que c’était bon, et puis non !
– Comment s’est passé l’accouchement ?
– Eh ben, pas comme c’était prévu ! Ils ont été obligés de
faire… j’ai oublié comment ils appellent ça… enfin,
ils lui ont ouvert le ventre. – Il avait baissé la voix
comme s’il venait de réaliser qu’il parlait au
téléphone – Maintenant ça va, elle est remise, mais
elle peut pas rester toute seule, et je pourrai pas finir
la pergola comme j’avais dit. Et puis, j’ai pas fini
de racler le bleu que j’avais déjà mis… C’est
qu’Anne-Marie, en plus, elle fait des mauvais rêves.
Ils disent que ça peut arriver quand on a fait un
enfant, même il paraît que certaines s’embrouillent la
tête. Elle, non, sauf les rêves, mais je dois rester à la
maison. Alors, ils vont la garder jusqu’au 4 ou au 5…
Moi, je vais m’arrêter… peut-être jusqu’au 9… Et
après, c’est sûr, je vais abonder à tout faire, enfin si ça
se peut, vu qu’ils annoncent la neige. Et puis, on a le
petit maintenant, et ça fait du souci à Anne-Marie.
– La pergola peut attendre. Prenez soin de votre
épouse. Où a-t-elle accouché ?
– Ici, à Lyon, à l’hôpital de la Croix-Rousse.
– Ah bon ? A la Croix-Rousse ? Eh bien, dites-lui
que je passerai la voir un de ces jours.
– Elle est là, juste à côté, avec mon garçon. Je vais
lui dire de votre part… Bon… Eh ben, au revoir,
monsieur Walkowski !
– Au revoir, monsieur Legendre.
Il reposa le combiné.
– C’est un menuisier qui fait des travaux chez
nous. Il a eu un fils, le jour de Noël, mais il aurait
préféré qu’il naisse le premier janvier… C’est un
début de réponse à ceux qui se posent des questions
sur l’influence de la publicité et des médias.
– Il faut dire qu’ils ont mis le paquet ! Il paraît que
les maternités sont pleines. Il y a quand même des
gens simples ! dit Decarme.
– Il en fait partie. Il a quarante ans, mais il est
comme un gamin. Il est vrai qu’il n’a pas eu
beaucoup de bonnes fées autour de son berceau, sa
femme non plus. C’est leur premier enfant, un
garçon…
Il s’interrompit brusquement, le regard fixe. Les
inspecteurs l’avaient souvent vu ainsi, sollicité par
une relation inattendue entre deux éléments qu’il
s’efforçait d’identifier.
–Leur  premier enfant… un garçon… répéta-t-il.  –  Il haussa les épaules – Bon. Autre chose  à propos de la lettre ?

Ils se regardèrent et secouèrent la tête.

Après le départ des inspecteurs, Walkowski
composa le numéro du cabinet de Pauline et obtint
le répondeur. Il laissa un message puis se prépara un
café, cherchant en vain à élucider ce qui s’était
produit pendant sa conversation avec le menuisier. Il
posait la tasse sur le bureau quand le téléphone sonna.
La ligne privée.
– Pierre ?
– Oui, Pauline. Tu as un moment ?
– Ma dernière consultation est dans un quart d’heure.
– Mangeon m’a fait passer une lettre anonyme,
manuscrite, qu’il a reçue au journal. Son auteur
promet d’accomplir, je cite « un acte sanglant d’une
extrême violence
» le premier janvier, parce qu’il, ou
elle, on ne sait pas, ne supporte pas l’idée même du
troisième millénaire. Je te la faxe. Tu peux m’appeler
pour me dire tes premières impressions ? On en
reparlera ce soir, mais j’aimerais ton avis avant de
rentrer. Je dois rappeler Mangeon avant le bouclage
du journal.
– D’accord.
– Autre chose. Legendre vient de m’appeler de la
maternité de l’hôpital de la Croix-Rousse. Leur fils
est né le matin de Noël, à minuit et demi. Sa femme a
dû subir une césarienne. Il dit qu’elle se remet bien.
– Décidément, les complications attirent les
complications… Tu te rappelles ce titre de film : Il
pleut toujours où c’est mouillé
?
– Une autre manière de dire qu’on ne prête qu’aux
riches… Justement, Legendre est déçu parce qu’ils
l’avaient programmé pour le premier janvier ! Tu
devines pourquoi ?
– Cette histoire de concours idiot ?
– Et ils ne sont apparemment pas les seuls à avoir
fait ce calcul. Je lui ai dit que je passerais à la
maternité. Ce que je voulais te préciser, c’est que j’ai
reçu son coup de téléphone pendant qu’on discutait de
la lettre et qu’à ce moment-là s’est produit une sorte
de flash.
– Qui indiquerait un rapport entre les deux ?
– C’est ce que je me dis.
– Je vais la lire et je te rappelle.
– Je raccroche et je te l’envoie.
– Attends, Pierre…
– Oui ?
– Si tu n’as rien d’urgent, tu devrais aller à la maternité maintenant. Ça pourrait peut-être t’aider à trouver ce que tu cherches.
– Je n’ai rien d’urgent. J’y vais et je rentre. Je te
rappellerai quand je les aurai vus. Tu devrais avoir
terminé ta consultation.
                                                *

Il faxa la lettre puis descendit prendre sa voiture.
Le vent soufflait toujours en rafales épuisantes. Il
emprunta l’avenue Vivier Merle, traversa le quartier
des Brotteaux et s’arrêta à la chocolaterie de l’avenue Franklin Roosevelt, pour acheter une boîte de palets d’or marqués de l’initiale B.

Des feuilles, des papiers volaient dans tous les sens et des
nuages de poussière obligeaient à baisser la tête.

Il traversa le Rhône sur le pont Winston Churchill avant
d’atteindre la Croix-Rousse par la montée de la Boucle.
Il fit le tour de la place dont la croix récemment
restaurée avait donné son nom à ce quartier de Lyon
célèbre pour la révolte des Canuts et alla se garer sur
le parking de l’hôpital. Une rafale lui arracha la
porte des mains et la claqua violemment. Il remonta le
col de son imperméable et se protégea les yeux de la main.

La maternité était au second étage. Il y avait
une queue devant l’ascenseur. Il emprunta l’escalier.
Il repéra sur le tableau des entrées le nom d’Anne-Marie Legendre inscrit à côté du numéro 10. Il était à quelques mètres de la chambre quand un homme en sortit. Il était habillé en clergyman et portait un crucifix en sautoir. Il avait l’air préoccupé et s’éloigna dans la direction opposée.

Walkowski le suivit machinalement du regard en ajustant le nœud
de sa cravate. Arrivant de l’autre bout du couloir, un
homme en blouse blanche, assez jeune, venait à sa
rencontre. Les deux hommes étaient sur le point de se
croiser quand celui qui portait la blouse s’arrêta
brusquement. L’autre passa en accélérant le pas. Le
premier se retourna, parut vouloir le suivre, puis reprit
sa marche, plus lentement et en tournant la tête à
plusieurs reprises.
Walkowski frappa. Il y avait du bruit dans le
couloir où un employé arrivait en poussant une
machine à balayer et il n’entendit pas de réponse. Il
frappa à nouveau un peu plus fort. Comme il
n’entendait toujours rien, il entrouvrit la porte.
Anne-Marie Legendre qui se préparait à donner le
sein au bébé avait défait son soutien-gorge. Son mari
se tenait debout à côté du lit, tenant dans ses bras
l’enfant qui criait. L’un et l’autre avaient l’air
contrarié. Il hésita.
– Entrez, monsieur Walkowski, entrez donc ! dit Legendre.
– Je peux revenir.
– Non, non, entrez ! insista Anne-Marie, rose d’émotion en recouvrant sa poitrine avec le drap.
Walkowski entra et ferma la porte. La chaleur était suffocante.
– Comment allez-vous, madame Legendre ?demanda-t-il en posant le ballotin de chocolat sur la table de nuit.
– Très bien et je suis très heureuse… Oh ! Merci ! Il fallait pas ! Vous nous gâtez !
Legendre s’était levé. Il déposa l’enfant dans les bras de sa mère avant de serrer la main du commissaire.
– Quelque chose ne va pas ? lui demanda Walkowski à mi-voix.
Legendre eut un geste en direction de la porte.
– C’est avec le curé de l’hôpital.
Anne-Marie Legendre installait son enfant contre elle. Le bébé trouva le sein et se mit à téter bruyamment. Walkowski quitta son imperméable et le posa sur le dossier du fauteuil.
– Déjà, la nuit qu’il est né, quand j’attendais dans le couloir, il disait que les prénoms qu’on voulait, ils allaient pas.
– Ah bon ? Quels prénoms ?
– Ben, Anne-Marie, c’est Léonardo, et moi, c’est
Bruce… C’est des acteurs. Lui, il dit que c’est pas des
noms chrétiens, qu’ils vont pas pour le baptême,
surtout Bruce. Et puis, le baptême, il voudrait le faire
tout de suite, ici, dans l’hôpital. Il dit que c’est mieux
au cas que le petit vient à mourir. – Il se tourna vers
sa femme dont le teint avait brusquement pâli –
C’est ce qu’il a dit, et même qu’il ira pas au
ciel s’il est pas baptisé ! Moi, je sais pas, j’y connais
rien. Aussi, il a demandé qui on voudrait comme
parrain et marraine, et nous… ben… toi, dis-le, Anne-Marie !
– Vous le savez, monsieur Walkowski, commença-t-elle d’une voix intimidée, Joseph et moi, on n’a pas de famille, personne. Alors on s’est dit que si vous et votre dame vous acceptez… Comme ça, on lui donnera vos noms… Pierre et Pauline… enfin… Paul ! L’aumônier dit que Pierre-Paul, ça irait bien…
– Surtout, ajouta précipitamment Legendre, qu’Anne-Marie, elle a toujours peur, comme je vous ai dit, même qu’elle rêve qu’elle a perdu le petit ou qu’il est mort… C’est vrai, non ? Alors, si c’est vous qui serez le parrain, ça va la rassurer, c’est sûr !
Walkowski ressentit brusquement la même impression que dans son bureau, avec la même impossibilité de la fixer.
– Ça vous oppose ? demanda-t-elle, manifestement ennuyée par l’hésitation du commissaire.
Walkowski se reprit.
– Non, pas du tout, madame Legendre, je vous
assure ! Seulement, je suis sur une affaire délicate, et
quelque chose m’est venu à l’esprit pendant que vous
me parliez… Maintenant, je dois vous dire que
Pauline et moi n’allons pas à l’église. Nous ne
sommes pas croyants. Vous devriez en parler à
l’aumônier et…
La porte s’ouvrit brusquement. Un homme assez âgé en blouse blanche avec un stéthoscope autour du coup entra dans la chambre comme s’il entrait chez lui. Il
salua d’un vague signe de tête. Il était suivi du jeune
homme que Walkowski avait aperçu un peu plus tôt
dans le couloir. Derrière eux, la surveillante du
service qui portait un dossier médical et une
infirmière qui adressa un sourire à la maman.
Walkowski et Legendre se dirigèrent vers la porte.
– Deux minutes, dit Henri Grand sans les regarder
en prenant la feuille de température accrochée au lit.
Ils firent quelques pas dans le couloir.
– C’est eux qui ont opéré Anne-Marie, indiqua
Legendre. Le vieux, c’est le chef, l’autre, le jeune,
c’est un apprenti docteur. Le vieux, il doit prendre sa
retraite, mais il veut pas. C’est une infirmière qui l’a
dit à Anne-Marie.
Les deux médecins sortaient déjà, suivis de la
surveillante. Le patron s’adressa à Legendre.
– Pas de complications, tout va bien.
Son regard effleura Walkowski. Il tourna les talons
et le trio se dirigea vers la chambre voisine.
L’enfant avait fini de téter et l’infirmière le tenait
verticalement en lui tapotant le dos.
– C’est pour son rot, expliqua Anne-Marie avec un grand sourire.
Walkowski prit congé. Il attendit d’être dans sa voiture pour appeler Pauline.
– J’ai lu la lettre, dit-elle.
– Et ?
– L’auteur, je le prends au sérieux, mais sa
menace, non. Il est au bord d’un abîme dont il est
persuadé que c’est la société qui l’a creusé pour le
faire souffrir, lui, personnellement, en confondant
relatif et absolu. Il est confronté à quelque chose
comme l’effondrement du sens. Apparemment, la
rencontre de l’absurde, et une angoisse qu’il essaie
d’évacuer par l’écriture. L’acte qu’il dit vouloir
accomplir, l’Evénement avec une majuscule, ce qu’il
appelle sa geste, je le sens comme un simple fait
d’écriture.
– Tu penses que c’est seulement de la littérature ?
– Dans le sens où écrire constitue l’acte essentiel,
oui. Une sorte d’exutoire, si tu préfères. Je ne pense
pas que ce soit l’annonce d’un passage à l’acte. Je
vois une contradiction majeure entre cette écriture,
très élaborée, savante, civilisée et l’« acte sanglant
d’une extrême violence » qui s’apparente à la
barbarie.
– La lame du couteau dans le soleil ne pourrait pas
être l’instrument d’un sacrifice purificateur ?
– Oui, mais ça ne change pas la nature du
problème. On peut écrire des horreurs sans pour
autant les accomplir.
– Les deux sont également possibles, non ?
– Bien sûr. En l’occurrence, ça ne me paraît pas être le cas.
– Tu vois un homme ou une femme ?
– Une femme.
– Tu pourrais dire pourquoi ?
Il perçut un rire au bout de la ligne.
– Une intuition… féminine !
– Hum…
– Et puis, il est fait mention de viol.
– Hum…
– Une simple intuition… Quelqu’un de très dérangé, en tout cas.
– Oui… Au fait, je sors à l’instant de la maternité. Elle se remet bien de l’opération. Ils cherchent un prénom pour le baptême, et figure-toi qu’ils ont pensé à nous comme parrain et marraine ! Ils l’appelleraient Pierre-Paul… Je leur ai dit que nous n’étions pas croyants et qu’ils devaient en parler avec l’aumônier.
– On va attendre. Dis-moi, tu as quelque chose à propos de ton flash ?
– Non, rien.
– De quoi te parlait Legendre au téléphone quand il s’est produit ?
– Du jour de la naissance de son fils, de la césarienne… Pourquoi ?
– Je remarque seulement que tu es passé sans transition de la lettre à ta visite à la maternité.
– Et ?
– J’y vois le signe qu’il y a bien un rapport entre les deux.
– Pour revenir à la lettre ; qu’est-ce qu’elle te dit d’autre sur son auteur ?
– La référence à Salomon, l’emploi du JE comme
troisième personne, l’insistance à parler de son
intégralité, tout cela semble indiquer un clivage de
personnalité, deux « moi » en opposition… L’un est
apparemment habité par Dieu qui « sait ce qu’il fait »,
ce qui peut signifier que sa croyance n’est pas remise
en cause. L’autre, il cherche à le remplir par un acte
fondateur qu’il nomme l’Evénement. Tu as remarqué
que ce n’est pas loin d’avènement, le terme religieux
employé pour désigner la venue du Messie ? Cet acte
a sans doute pour fonction de recoller les morceaux et
retrouver une unité, au moins une unité de sens… En
résumé, il a décidé de pousser à ses limites extrêmes
la perversion de l’absolu que constitue à ses yeux la
référence exclusive à Jésus. Il y a également un fond
de parano. Pour moi, je me répète, c’est l’acte
d’écriture d’un… plutôt d’une malade !
– Bon, si je te suis bien : puisque Jésus est devenu
la référence unique et absolue, il faut que… Attends !
Je pense que j’ai peut-être l’explication du flash… La
relation entre la naissance du fils Legendre le jour de
Noël
et l’acte annoncé par l’auteur de la lettre…
L’Evénement… presque l’avènement, tu as raison…
Voilà, j’y suis : l’Evénement, c’est donc la
reproduction de ce qui s’est passé lors de la naissance
de Jésus… Oui… Je pense que c’est la conclusion à
laquelle il est parvenu… Donc, quand il aura
accompli ce qu’il appelle sa geste, le relatif sera
devenu l’absolu et il aura retrouvé le sens perdu de
son existence… C’est plausible ?
– Il pense qu’il sera redevenu le un qu’il n’est plus,
oui, c’est plausible. Sans quoi il n’insisterait pas
autant sur cette unité.
– Alors, si ce qu’il annonce est la réplique de ce
qui est raconté dans la Bible à propos de la naissance
de Jésus… Tu me suis ?
– Je connais moins la Bible que toi, mais il me semble que je vois.

–Alors, ou bien l’écriture constitue l’acte, et on a affaire à ta malade, disons inoffensive… ou bien l’acte annoncé doit être accompli et va l’être… et là… c’est terrifiant !
– Au point d’en être totalement irréel ! Je suis
convaincue que c’est un fantasme, Pierre !
– Mais pourquoi a-t-il… ou a-t-elle envoyé la lettre au journal ?
– Pour donner l’apparence de la réalité à l’acte. Le
lecteur qu’il ou elle a choisi est le rédacteur en chef
d’un journal qui diffuse à des dizaines de milliers
d’exemplaires et représente autant de lecteurs
possibles ! Il joue le rôle du témoin indispensable.
– Ce qui explique le libellé de l’enveloppe et le
post-scriptum… Tu penses que Mangeon devrait
accepter la demande de l’accusé de réception ?
– Si on prend en compte l’apaisement de l’auteur
de la lettre, oui, ce serait bien.
– Je souhaite que tu ne te trompes pas.
– De toute façon, qu’est-ce que tu peux faire ?
– Je ne sais pas encore. J’appelle Castelin et je rentre. Et toi ?
– J’ai quelques papiers à remplir. Je serai à la
maison dans une heure. A tout à l’heure.
– A tout à l’heure.
Il coupa la communication et garda l’appareil à la
main, le regardant comme s’il allait en sortir la
confirmation de ce qu’il venait de découvrir. Il finit
par le glisser dans sa poche.
Le flash, c’était la coïncidence entre la naissance
du fils Legendre et celle de Jésus. La logique de
l’auteur de la lettre était tout simplement
hallucinante : puisque Jésus devenait la référence
absolue avec le troisième millénaire, il fallait rejouer
le scénario imaginé dans la Bible : « L’acte sanglant
d’une extrême violence
» qu’il ou elle disait vouloir
commettre le premier janvier était donc la réplique du
« massacre des saints innocents » ordonné par Hérode
pour tenter de se débarrasser de Jésus qu’il
considérait comme un danger pour son pouvoir.
L’Evénement annoncé serait donc un massacre d’enfants…
Il appela Mangeon.

Il ne lui dit rien de la conclusion à laquelle il était parvenu, seulement qu’il estimait utile de signaler qu’il avait bien reçu la lettre.

Le journaliste indiqua que la conférence de rédaction
partageait ce point de vue.
Il appela enfin le bureau du procureur.

Castelin assistait à une réunion et sa secrétaire lui demanderait
de le rappeler chez lui, plus tard dans la soirée.

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