Hydroxychloroquine

                                                          

Le problème que pose l’utilisation de cette molécule est parasité par la personnalité de Didier Raoult, infectiologue mondialement reconnu et dont personne ne conteste la compétence dans sa spécialité.

Ce qui est au cœur de la polémique c’est le rapport entre le thérapeute (il préconise l’utilisation de la molécule contre le coronavirus) et l’homme qui règle des comptes.

Tout le monde comprend qu’avant d’utiliser un produit à des fins autres que celles pour lesquelles il a initialement été fabriqué, il est nécessaire de procéder à une évaluation, en l’occurrence clinique. Pour le moment, il n’y en a pas qui réponde aux critères scientifiques admis. Nul ne sait si le maire de Nice, traité par D. Raoult avec l’hydroxychloroquine, a été guéri par la molécule ou par ses propres défenses immunitaires, comme  l’immense majorité des personnes infectées.

Le docteur Raoult – dont les propos sur l’épidémie n’ont pas toujours été pertinents –  règle des comptes (il n’est pas inutile de s’informer de son histoire personnelle) avec ce qui est institutionnel, académique. On lui a demandé pourquoi il avait choisi une apparence si singulière (cheveux, barbe, langage…) et il a répondu « parce que ça les fait chier » (A la une, du Monde électronique du 29 mars). Pourquoi pas ?  

Il est «récupéré » (malgré lui ?)  par les chantres du complot, par ceux du FN/RN qui récupèrent en même temps les doutes de la communauté scientifique sur la thérapie en question, pour nourrir ce qu’ils appellent leur lutte anti-système.

Le système, c’est-à-dire les institutions que détourneraient à leur profit ceux qui en ont la charge.

Ce discours, qui n’est pas nouveau, trouve des arguments dans les aléas de l’évaluation et du traitement politiques de l’épidémie. Les déclarations d’Agnès Buzyn à l’issue du premier tour des municipales (tête de liste de la REM à Paris, elle est arrivée en troisième position) ont apporté de l’eau au moulin des détracteurs.

Cette crise révèle, avec une évidence accrue qui en rend l’acceptation difficile, que le rapport entre l’Etat et la santé (hôpital, médecine libérale, recherche, pharmacie…) est fondé sur la même doctrine néolibérale (désengagement de l’Etat, loi du marché) que tout le reste.

Bien avant l’épidémie, les personnels soignants de l’hôpital public dénonçaient l’insuffisance budgétaire et le pouvoir politique ne répondait que par des mesures anecdotiques à la protestation contre, notamment, la suppression de lits dans les services hospitaliers.

L’empathie populaire générale que suscite leur engagement périlleux contient forcément une dimension de ressentiment et de colère – refoulés, pour l’instant – contre la surdité du pouvoir politique qui tente aujourd’hui de la faire oublier par des propos d’émotion et des décisions d’urgence qui révèlent en même temps les carences.

Ce que représentent les soignants en tant que figures héroïques salvatrices, c’est, jusqu’à la mise en danger de leur propre vie, le sens aigu du désintéressement, autrement dit l’importance du commun.

Est donc forcément perçue, de manière plus ou moins confuse, une forte distorsion entre le discours politique actuel de circonstance et la philosophie néolibérale qui sous-tend l’action politique ordinaire. 

L’épidémie est en effet porteuse d’une souffrance collatérale traumatisante dont la propagation du virus interdit pour le moment l’expression. Personne n’en connaît la profondeur ni la forme qu’elle prendra quand elle se manifestera au lendemain de la crise.

Parmi d’autres, la question se pose de savoir si la résurgence conjoncturelle du commun dans sa dimension tragique (la mort), deviendra une exigence pour un changement structurel des comportements individuels et sociaux, pour la vie.

Les deux confinements majeurs

Toute vie humaine comprend deux confinements majeurs.

Le premier est celui d’une fin : le moment de la naissance dont le sujet – l’enfant qui achève ses neuf mois de vie dans l’utérus – n’a pas la moindre conscience.

Le second, l’exact contraire de la naissance, est celui d’un début : celui de la mort, dont le sujet – la personne qui achève son temps de vie – a, jusqu’à un seuil inconnu et nécessairement intransmissible, la conscience de mourir.

La différence essentielle entre ces deux confinements, est que l’un prend fin – donc sans la conscience –  pour une vie individuelle et sociale pourvue de conscience, alors que l’autre commence – donc avec la conscience –  pour une forme de vie autre, dépourvue de conscience.

 « Vivant, je vis et je réagis en masse, mort, je vis et je réagis en molécules » (Diderot)

Tout le monde sait cela.

Le confinement que nous vivons actuellement s’apparente-t-il plutôt au premier ou au second ?

Dans la mesure où nous sommes conscients du confinement, où nous pouvons en sortir – même si ce n’est que pour un instant – puis y rentrer, où nous savons qu’il prendra fin dans un terme relativement proche, il ne correspond exactement ni à l’un ni à l’autre. La perspective d’une sortie renvoie plutôt à la naissance.

Mais nous savons aussi que certains ne survivront pas. Nous peut-être. En tout cas, une minorité, parce que la puissance de vie dans une organisation constituée est dominante. Ce qui renvoie à l’acte de mourir.

Que faire de cette conscience qui accompagne l’une et l’autre réponses ?

Elle n’est pas une donnée brute, biologique, comme elle peut l’être semble-t-il, à des degrés et selon des modes divers, chez les autres êtres vivants.

Elle exige de nous, en permanence et plus particulièrement dans ce moment, la pensée, ce composant spécifique de notre espèce, qui, seule, peut nous permettre de vivre ce moment de confinement comme celui d’une renaissance.

La consolation du complot

Ce matin, vendredi 20 mars, au retour du marché, nous avons été rejoints puis dépassés – à bonne distance –  par un homme assez jeune, volubile, qui disait, en substance, que « tout ça » (l’épidémie et le confinement) était voulu par les puissants, les riches, et que l’objectif était d’éliminer les plus pauvres.

Quelques minutes auparavant, un marchand forain nous avait tenu à peu près le même discours « complotiste » pendant les quelques minutes nécessaires à la friture des pâtés végétaux que nous lui achetions.

Deux mille huit cents ans plus tôt, dans l’Iliade (récit épique de la guerre de Troie, écrit par Homère au 8ème siècle avant notre ère) le combattant grec ou troyen qui manquait sa cible expliquait que sa lance avait été détournée par une divinité.

Plus près de nous : « Caramba ! Encore une fois trop à droite ! » s’écrie dans L’oreille cassée, Ramon, le lanceur de navajas dont la maladresse est présentée comme une fatalité ou une malédiction (« Encore une fois… ! »).

Entre Homère et Tintin, les divinités n’ont pas manqué qui ont accablé l’humanité d’épidémies diverses et variées.

Les explications par la punition divine posthomérique/moderne et le complot des puissances occultes (argent, politique, franc-maçonnerie, juiverie mondiale…) rejoignent l’explication par le fatum antique en ce sens qu’elles ont pour fonction commune de (tenter de) consoler en fournissant la réponse avant le questionnement.

Avec une différence essentielle.

Dans la geste antique, le héros est de nature épique : il est la forme littéraire du rapport au monde que construit l’être humain dans les toutes premières années de sa vie. L’homme épique souffre et accepte cette souffrance comme inhérente à sa nature. Il ne se révolte pas. La divinité lui est ce qu’est le papa au tout petit enfant.

En revanche, la punition divine posthomérique/moderne et le complot des puissances occultes ne sont plus des réponses de l’homme épique, mais de l’homme philosophique qui lui succède dès l’âge de trois ou quatre ans et jusqu’à la fin de sa vie.  

L’une et l’autre ont en commun le rejet du questionnement par la régression nostalgique stérile vers l’âge épique définitivement accompli, et la recherche compensatoire du bouc-émissaire.

La guerre ?

A six reprises, le président a invoqué la guerre dans son discours du 16 mars. Le discours était lu sur un prompteur et la répétition du mot n’a pas été toujours très réussie.

Sans aucun doute voulait-il donner à la lutte contre l’épidémie la dimension dramatique qu’il jugeait indispensable pour convaincre de la nécessité des contraintes et de leur respect.

Donc, il faut rester chez soi.

En même temps, il a souligné notre manque de responsabilité, laissant entendre que nous n’avions pas bien saisi la gravité de la situation telle qu’il l’avait décrite le jeudi 12.

Cinq jours plus tôt, le 7, il assistait à une représentation théâtrale.  « La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie  » disait-il à ceux qui s’étonnaient.

Le premier tour des élections municipales était maintenu au 15 mars.

Ce qui a changé entre le 7, le 12, le 15 et le 16,  c’est le rythme de progression de contamination.

Pas le principe. Il faut nécessairement un contact humain.

Quelles que soient les précautions de langage et les intonations, le mot guerre ne décrit pas le réel : le virus n’est pas un ennemi qui nous aurait déclaré la guerre.

Pourquoi cette difficulté à ne pas se contenter de fournir les informations susceptibles de responsabiliser les individus en leur donnant la possibilité d’apporter eux-mêmes des réponses particulières adéquates dans le cadre de la loi générale de confinement ?

Peu après l’intervention présidentielle, le ministre de la santé expliquait, entre autres  choses : si vous êtes allés acheter des provisions et que vous avez été en contact (à bonne distance) avec cinq personnes, vous ne devez plus ressortir.

En quoi est-ce compréhensible ?

Même question pour l’interdiction confirmée par la gendarmerie de faire du vélo (seul, sans contact avec quiconque) ou de prendre sa voiture dans son garage pour se rendre de chez soi au départ d’un chemin de randonnée solitaire où les rencontres éventuelles sont forcément à distance.

La réponse est connue : si la règle n’est pas stricte, rigide, si elle n’est pas accompagnée de sanctions,  si elle comporte une part d’appréciations personnelles, elle ne sera pas appliquée.  

C’est un cercle vicieux : le manque de confiance a priori induit  un discours de tendance infantilisante qui conduit à une déresponsabilisation utilisée ensuite pour justifier le manque de confiance et ainsi de suite.

Il y avait, en effet, dans le discours présidentiel, un reproche d’adulte adressé à des enfants : vous  n’êtes pas sérieux, donc je renforce les interdits avec des sanctions à la clef.

La crise sanitaire n’est qu’un exemple de la mise en évidence de ce mode de fonctionnement fondé sur cet a priori.

D’autres exemples de déresponsabilisation ? Le contenu des campagnes électorales, la publicité, le discours sur la vitesse, l’alcool, les problèmes dits sociétaux en général… plus globalement la substitution par les puissances politiques, idéologiques et économiques de la foule au peuple. (cf. article « populisme »)

Qu’est-ce qui empêche de briser le cercle vicieux et de remplacer l’a priori du manque de confiance par celui de la confiance ? En quoi sommes-nous différents par essence du président de la République ? Disposerait-il d’un gène qui nous ferait défaut ?

A la manière de l’avocat du diable (décidément…), adoptons son point de vue ou feignons (habilement) de l’adopter : compte tenu du fait que ce mode de fonctionnement a été et est peu ou prou celui de toutes les sociétés, se pose la question de la validité de la démocratie : est-elle un réel possible ou ne serait-elle qu’un slogan utilisé pour justifier (par l’élection, le referendum, le plébiscite…) la délégation du pouvoir et l’autorité du chef ?

En d’autres termes, cette fois plus philosophiques : comme les prisonniers porteurs de torches de la caverne de Platon, prenons-nous les ombres du réel extérieur projetées sur la paroi pour le réel lui-même, un réel qui nous échappe et sur lequel nous n’avons pas de prise ? Nos discussions sur la démocratie, la liberté,  notre appétence pour elles,  ne sont-elles que des palabres dont l’utilité ne serait que d’asseoir le modus vivendi insatisfaisant qui les suscite ?

Oui ! Et si cet a priori n’en était pas un ? Si, effectivement, la responsabilité – dans le sens précisé plus haut – n’était qu’un leurre ?… dit encore l’avocat du diable.

Pour sortir de ce qui apparaît comme un dilemme, je ne vois pas d’autre moyen concret, matériel, de vérification, que la thèse (bis –  là, c’est plus  – repetita placent) que je soutiens, à savoir l’élargissement du champ du savoir au tabou de notre mort (références en fin de l’article sur « le viol et la compétition »), parce que, tout bien considéré, c’est la seule expérimentation qui n’a pas encore été tentée par la société humaine.

Peut-être faut-il éteindre les torches et tourner la tête, pour voir enfin ce qui est, en dehors de la caverne.

Mercredi 18 mars – 14 h 50.

Le discours du président

Les médias et les partis politiques (à l’exception du FN/RN) ont généralement présenté une critique plutôt positive du discours prononcé jeudi par le président.

A notamment été soulignée l’importance donnée au « nous ».

La collectivité a été en effet au cœur du discours dont il faut noter au passage un paradoxe intéressant : le bien collectif dépend du repli individuel.

Ce « nous » a notamment été invoqué dans un registre mystique : le président a évoqué « l’âme » (?) de la France  et qualifiée l’union nécessaire de « sacrée » (en quoi une démarche sanitaire n’est-elle pas profane ?).

L’ennemi, contre lequel il faut donc s’unir en prenant de la distance physique les uns par rapport aux autres, est dépourvu de toute intentionnalité. Il n’a aucune dimension métaphysique. Il est prosaïquement une substance chimique. Il vit sa vie de virus.

C’est pourquoi il est dommage que le président n’ait pas cru bon d’expliquer, concrètement, en quoi la participation à l’élection municipale (avec les précautions annoncées) ne présentait pas un danger supérieur à celui que l’on prend (sans beaucoup de précautions) en se rendant dans un supermarché.

Plus concrètement encore : si un spécialiste es virus avait, avant, après, ou, pourquoi pas, en même temps que le président, expliqué précisément ce qu’est le virus et comment il se propage, bref, si le discours présidentiel avait été plus en rapport avec la nature chimique de l’objet, plus scientifique et moins coloré de mysticisme, peut-être les citoyens se seraient-ils déplacés en plus grand nombre pour voter.

Le casse-tête politique et sanitaire du second tour ne se poserait peut-être pas.

En effet – et à moins que les conditions de transmission de virus aient changé – le confinement –  personne ne sort, sauf par nécessité impérieuse – n’est que le corollaire d’un comportement inapproprié, lui-même conséquence d’une explication insuffisante.

Les Britanniques ont choisi une voix radicalement différente : l’immunité de masse. Puisqu’il n’y a pas de remède et que le degré de létalité est relativement faible (de toute façon on ne peut l’empêcher),  il est préférable que tous soient exposés de manière à acquérir une défense immunitaire. Tout fonctionne donc « normalement » au Royaume Uni.

Que sera sera.

Le lundi 11 mars. 11 h 40

Le coronavirus ou l’énergie vitale

                                        

Corona (mot latin : couronne) parce que les protéines qui l’entourent sont disposées sous cette forme et virus (mot latin : poison, entre autres significations) parce qu’il « empoisonne » la cellule dans laquelle il pénètre.

Et il a absolument besoin d’une cellule « hôte » pour se dupliquer. Pour cela il apporte avec lui tout son matériel ARN (acide ribonucléique) et transforme donc la cellule en usine de reproduction. La cellule (elle peut être de 100 à 1000 fois plus grande que lui) se défend au moyen d’une barrière immunitaire, mais il arrive que la réponse immunitaire (via une inflammation) soit disproportionnée, trop forte et produise des dommages.

Ces informations scientifiques – que j’ai tenté de reproduire correctement –  ont  été fournies, avec beaucoup d’autres, le mercredi 11 mars dans Les Matins de France Culture, par Olivier Schwartz, directeur de l’unité virus et immunologie de l’Institut Pasteur.

Une dernière précision : un spicule (ce qui constitue la protéine de surface du virus) mesure 100 nanomètres (un nanomètre = 1 milliardième de mètre). Autrement dit, il y en 10000 sur un millimètre.

En résumé, c’est une « bestiole » très, très, très petite… et très efficace.

« (…) Entre nos ennemis / Les plus à craindre sont souvent les plus petits (…) »

(Le Lion et le moucheron – La Fontaine)

Il n’est pas certain que le virus nous considère comme des ennemis. C’est même très peu probable. Non. Il entre où il peut.

Pourquoi chez nous ?

Pourquoi pas ?

Certains (je parle des  hommes, pas des virus) ne pénètrent-ils pas avec tout leur matériel dans des territoires occupés par d’autres hommes qui ne les ont pas invités ? Ne s’y installent-ils pas pour y rester et s’y reproduire au prix de la soumission voire de la destruction des autochtones ?

Hum…

Est-ce à dire que tout ce qui est vivant (dont les hommes et les virus) est animé d’une énergie vitale irrépressible qui peut conduire à la destruction de l’autre ?

En d’autres termes, être, le fait d’être, confèrerait-il d’abord, prioritairement à tout devoir, un « droit de vie » ?

La différence entre le virus et l’homme, est que le premier est une forme d’énergie brute, « une force qui va »,  alors que le second agit sous le regard d’une conscience individuelle et sociale qui oblige à des devoirs.

A regarder l’actualité, certains comportements individuels et collectifs ne semblent pas très différents de celui des virus.

Le diable, encore lui

                                                          

Diable, grec d’origine (je parle du mot), est formé à partir du verbe diaballein qui signifie « jeter à travers, répandre », par extension « répandre des bruits, calomnier »,  enfin,  et c’est le sens actuel qui nous intéresse, « désunir ».

Exemple diabolique récent de désunion : la cérémonie des Césars dont j’ai seulement lu les comptes-rendus – je n’aime pas les spectacles d’autocongratulation –   et à nouveau le cas Polanski  (cf. l’article).

Avant d’examiner si le diable est vraiment dans les détails, considérons les deux genres de désunion.

La désunion du premier genre concerne des uns et des autres.

Des uns – parmi lesquels des unes étaient les plus nombreuses que des uns – disaient que récompenser le film de Polanski revenait à exonérer l’homme des viols dont il est accusé. Pour donner plus de force à leur protestation, certaines de ces unes-là quittèrent la cérémonie après l’annonce du prix décerné (et attendu) à J’accuse. Etaient-elles venues pour partir ?

Je ne sais plus laquelle demandait, avant la cérémonie, en guise d’argument contre l’attribution d’un prix au film, si on devrait exonérer un boulanger violeur au motif qu’il fait de bonnes baguettes.

Hum…

Si ce boulanger fait des baguettes (notons que, si elles sont bonnes, les films de Polanski sont bons), n’est-ce pas parce qu’il a le droit d’en pétrir dans son fournil ? Soit qu’il ait été jugé, condamné et qu’il ait purgé sa peine, soit que, pour des raisons estimées suffisantes par la justice, il n’ait été ni l’un ni l’autre.

Des autres (uns et unes mélangés) rétorquent qu’on ne peut confondre l’œuvre avec l’homme ni, surtout,  se substituer à l’institution judiciaire.

Voilà pour le premier genre. J’y reviens un peu plus loin.

La désunion  du second genre concerne l’un – il enveloppe un et une. Donc l’un tout seul.

Exemples diaboliques de cette désunion de l’un tout seul : le capitaine Haddock et le chien Milou, en proie à des tiraillements (boire ou ne pas boire d’alcool/ préférer ou ne pas préférer l’os trouvé à la mission) qu’Hergé représente sous la forme d’anges et de diables s’affrontant par des discours. Notons que lorsque la rhétorique du diable l’emporte sur celle de l’ange, ce n’est que très provisoirement. Les Aventures de Tintin se terminent toujours bien. Hum… Serait-ce parce que leur auteur a oublié d’y mettre des personnages féminins autres que caricaturaux et que les héros sont célibataires ?

Bref.

Qu’elle soit du premier ou du second genre, la désunion suppose une union préalable.

– pour celle du premier genre : l’accord pour l’attribution de prix récompensant l’activité cinématographique au cours d’une cérémonie d’autocongratulation.

– pour celle du second genre : je suis d’accord avec moi-même pour dire que boire de l’alcool (surtout du rhum ou du whisky) est mal et qu’être altruiste est bien.

Alors, d’où vient le diable ?

Serait-ce, comme on le dit peut-être un peu vite, à cause des détails ?

Oui. Comment un détail pourrait-il compromettre une union qui est en principe constituée par un essentiel ?

Ne serait-ce donc pas plutôt parce que l’union préalable n’avait rien d’essentiel et qu’elle était une union de façade ?

Pour ce qui concerne l’union des uns et des autres.

On remarquera que l’union pour une cérémonie autocongratulante de Césars (ou d’Oscars) se pare de toilettes sophistiquées et se nourrit de propos émus de remerciements convenus. Et quand il est contestataire le discours en habits d’apparat sonne faux.

Mais aussi, comme le rappellent les fables de La Fontaine qui sont tout sauf des fables, la justice n’est pas toujours juste de la même façon pour tous. Ce que confirmera G. Orwell : « Tous les hommes sont égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres. »

Pour ce qui concerne l’union de l’un tout seul, autrement dit de soi avec soi.

On remarquera qu’il existe de très bons rhums et whiskies et qu’un os inattendu à une saveur qui mérite considération. Autrement dit, il ne faut pas confondre le discours de la morale générale avec une éthique. Ni refuser le plaisir en prétextant la démesure.

Nettement plus grave.

Il arrive parfois qu’un processus historique fasse émerger chez l’un une désunion  pathologique enfouie, de type schizophrénique, dont il fait alors un objet de déni en accusant l’autre d’en être la cause.

Et si l’autre se trouve dans une situation analogue, s’il réagit de la même manière, alors, l’un et l’autre vont tenter de résoudre par un interminable conflit nécessairement stérile ce qu’ils croient être une désunion du premier genre.*

Je pense aux Israéliens (qui viennent de donner une forte majorité relative à B. Netanyahou, hostile à la constitution d’un Etat palestinien, favorable à l’extension des colonies, et dont le procès pour corruption, malversation et abus de confiance doit s’ouvrir dans quinze jours à Jérusalem)  et aux Palestiniens divisés entre Autorité Palestinienne et Hamas, les uns et les autres en guerre depuis plus de soixante-dix ans.

*Amos Oz, un écrivain israélien favorable à la reconnaissance d’un Etat palestinien, a écrit en 2004 un ouvrage intitulé « Aidez-nous à divorcer ! », comme si l’un et l’autre peuples avaient jamais été unis.

La probabilité du diable

                                                        

D’abord, le décor.

Imaginez, dans une assez grande cuisine, un ilot central comprenant un évier et un lave-vaisselle encastré sous un plan de travail.

Imaginez encore, parallèle à cet ilot, une table/desserte de même longueur séparée de lui par un intervalle de quatre-vingts centimètres.

Vous y êtes ?

Imaginez toujours, posés au bout de cette table/desserte, à peu près en face du lave-vaisselle, une planche, une corbeille à pain et un couteau à lame dentelée d’une longueur d’environ 30 cm, dont le manche a une épaisseur de 2,5cm. Vous verrez que ces précisions sont importantes.

Vous suivez toujours ?

Maintenant, imaginez le passage à l’acte.

Vous vous trouvez dans cet espace, entre l’ilot et la table/desserte, vous vous apprêtez à couper du pain, et, par inadvertance, vous laissez choir le couteau. Par inadvertance, oui, parce que sinon… Ou alors… Mais bon… Vous allez voir.

Donc, le couteau choit.

A votre avis, quelle est la  probabilité pour qu’il aille de lui-même se loger sous le lave-vaisselle qui se trouve derrière vous (si vous avez bien suivi), dans l’espace étroit de quelques centimètres situé entre le bas de la cuve qui affleure le sol où il ne peut passer et le montant qui supporte le plan de travail ? Hum ? Quel pourcentage de chances ? Une sur… combien ?

Attendez.

J’en viens maintenant au passage à l’acte réel.

Il y a deux jours, j’étais là, entre l’ilot central et la table/desserte, tournant le dos au lave-vaisselle, m’apprêtant, comme tous les matins, à utiliser le couteau à pain pour couper du pain. Oui, il est toujours possible d’utiliser un outil pour un usage autre que celui pour lequel il a été pensé et fabriqué. Mais là, non.

C’est alors que le couteau, mû par une force intrinsèque insoupçonnée, s’échappa de mes mains… A moins que ce ne fût mes mains qui, dans un moment de faiblesse, n’eussent pas assuré la prise et eussent lâché le couteau qui n’aurait donc pas été mû par une force intrinsèque… Peut-être les deux ? Allez savoir.

Bref, le couteau chut. J’entendis le bruit composite (contact entre le métal de la lame, le bois du manche et le carrelage) qu’il fit en touchant le sol. Il était assez tôt, l’aurore aux doigts de rose n’illuminait pas encore l’appartement, seule, était allumée une applique tournée vers le plafond et dotée d’une ampoule de faible intensité, diffusant une lumière qui, si l’événement se fut déroulé le soir, eût pu faire penser à cet étrange moment que l’on nomme « entre chien et loup ». Mais, je l’ai dit,  il était environ 7 h 00 du matin. Alors… entre loup et chien ?

Bref, une sorte de pénombre.

Le couteau chu, je baissai les yeux vers mes pieds. L’objet en question – ce couteau-ci et le couteau en général, en tant que concept, si vous préférez –  n’ayant rien en lui qui lui permette de rouler, il ne pouvait tomber qu’à plat et j’allais donc le retrouver forcément à la verticale du point d’où il avait entrepris sa chute. Ou à quelques centimètres de cette verticale.

Je ne le vis pas. Il faut dire que la couleur du manche (marron tirant sur le rouge) se confondait avec celle du carrelage (rouge tirant sur le marron) et que la lame pouvait très bien ne pas briller dans la pénombre. En effet, l’applique étant, comme je l’ai précisé, tournée vers le plafond pour diffuser une lumière indirecte, elle ne pouvait envoyer aucune lumière directe vers le sol. Cela va sans dire.

Mais, me dis-je, in petto, me souvenant du cours de philosophie de terminale,  ce n’est pas parce que je ne vois pas le couteau qu’il ne s’y trouve pas.

Je me baissai illico. Rien. Me mis à genoux. Rien. J’élargis mon champ de recherche, passai même, mû par une démarche cartésienne, l’index sous le lave-vaisselle. Rien. Sinon un peu de poussière. J’allumai le plafonnier et fis le tour de la cuisine en me reprochant cette démarche qui, elle, n’avait absolument rien de cartésien. Rien. Je me replaçai à l’endroit d’où le couteau avait chu, repris ma recherche. Rien. Toujours rien. Le cartésianisme radical reprenant le dessus, je saisis une lampe torche, me mis à genoux derechef, m’aplatis et projetai en lumière rasante le faisceau de ladite torche.

Et que distinguai-je, entre les gris moutons de poussière amassée, tout là-bas, glissé sous le lave-vaisselle et hors de portée ?

Quelque chose dont la couleur (marron tirant sur le rouge) évoquait le manche du couteau  et dont la brillance relative provoquée par la forte lumière de la torche semblait me narguer.

Oui, comment saisir un objet de 2,5 cm d’épaisseur, en principe inerte, pour le retirer du fond d’un espace haut de 2,7 cm où il s’est faufilé ? Tout ce que j’entrepris gauchement avec le long manche d’une cuillère en bois n’aboutit qu’à le repousser encore plus loin dans ce qui me paraissait être les entrailles de la terre.

Tout en méditant la formule « il y a loin de la coupe aux lèvres » – quoiqu’il n’y eût à proprement parler ni coupe ni lèvres –, je me résolvais à devoir le laisser là jusqu’à la fin des temps et à en acheter une douzaine pour parer au pire, quand me vint l’idée d’enlever le  bandeau qui ceint l’ilot, de l’autre côté du lave-vaisselle.  Oh, oui, il faut parfois du temps aux idées les plus simples pour émerger tant l’impact des affects peut être fort !

Donc, m’aplatissant derechef et étirant le bras dans les gris moutons de poussière amassée, je pus, ô victoire ! me saisir du couteau qui gisait là, inerte, auquel j’adressai de pressantes questions qui restèrent sans réponse.

Alors, pour appréhender ce que je percevais confusément comme un  problème dont l’importance dépassait de beaucoup l’apparence anodine de l’événement,  je revins à l’endroit exact où il s’était produit et laissai tomber le couteau. Il chut, atterrit banalement à la verticale du point de départ et resta là, stupidement inerte. Je recommençai l’expérience,  recommençai encore, il chut et re-chut… Avec le même bruit composite et le même résultat dépourvu de tout intérêt philosophico-scientifique.

Je décidai donc de passer à l’étape supérieure.

J’attendis qu’il fût 9 h 00 et je téléphonai à l’Académie des sciences. Je racontai fébrilement et fut aussitôt mis en relation avec un mathématicien à qui je racontai à nouveau fébrilement et à qui je posai, comme à vous plus haut, la brûlante question de la probabilité.  Il fallut donner des mesures exactes, indiquer la marque du produit utilisé pour l’entretien du carrelage, la composition du couteau, ma position exacte, préciser l’absence de vent…

Il me communiqua le résultat en fin de soirée : la probabilité que le couteau ainsi lâché allât se glisser de lui-même sous le lave-vaisselle à l’endroit où je l’avais trouvé – le seul possible où il pût tenir –, était de 1 sur 26 milliards deux cent-cinquante-huit millions trois cents-soixante-deux mille sept cent-vingt-huit, virgule six, environ.

On dit que le diable se cache dans les détails.

Parfois aussi sous les lave-vaisselle.

Viol et compétition

                                                           

Le 19 février, une ancienne sportive « de haut niveau » (saut d’obstacles en équitation) expliquait dans la matinale de France Culture pourquoi elle avait attendu autant d’années pour dénoncer les viols que lui avait fait subir son entraîneur.

Les raisons du temps long qu’il faut souvent à une victime de viol pour pouvoir oser parler et porter plainte sont maintenant bien documentées, globalement comprises et admises.

Les précisions apportées au cours de l’émission sur la nature et la dimension de l’investissement personnel et social requis pour ceux qui s’adonnent au sport dit de  « haut niveau » donnent envie de poser la question : mais que diable vont-ils faire dans cette galère ? Autrement dit, un lieu clos dont les règles et les codes régissent des rapports entre enfants/adolescents et adultes à la marge, voire en-dehors du cadre de la loi commune, et dans lequel les abus/crimes sexuels ont été jusqu’ici couverts par une omerta.

L’objectif, pour l’enfant/adolescent, ses parents, le club, la fédération, la Nation et l’Etat, est de devenir ou d’avoir un « champion », d’obtenir la médaille ou le titre, pour soi, pour sa famille, pour son pays, pour monter sur la plus haute marche et faire résonner l’hymne national.

Le jour du concours est celui d’un résultat bon (pour l’infime minorité), insuffisant ou mauvais (pour la plupart), mais rien n’apparaît de ce qui l’a permis : de l’aveu même des athlètes, une somme de renoncements, d’abnégations, de sacrifices, de souffrances, de violences…

Alors, pourquoi ? et pour quoi ? ce besoin, et à un prix si chèrement payé, de compétition entre des individus, des équipes, des nations ?

« Dépasser ses limites » (étrange expression), « être le plus fort », « dominer », « triompher », « terrasser », « vaincre » étant considérés comme des critères d’épanouissement et de gloire, quelle différence essentielle entre la compétition sportive (entre autres) où s’affrontent des adversaires et la guerre où s’affrontent des ennemis ?   

Si, pour l’une et l’autre, existent des conventions nationales et internationales qui permettent d’éliminer l’autre « dans les règles », l’Histoire et les histoires du sport (et de la guerre) nous rappellent que tous les moyens, physiques, psychologiques, chimiques sont bons pour une fin dont les enjeux de domination et de suprématie touchent à des idéologies plus ou moins implicites et avouables :

– « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance »

 – « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh bien !  c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts »

Ces deux assertions (extraites de sa biographie et citées dans Wikipédia) sont du baron Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux Olympiques modernes. Même s’il faut les situer dans le contexte du début du 20ème siècle et même si Coubertin ne leur est pas réductible,  elles n’en expriment pas moins une idéologie élitiste qui est un composant majeur de la compétition, dans le sport ou les autres domaines de la vie sociale.  

Les Jeux de l’antiquité grecque, comme toutes les activités sociales et politiques, se déroulaient sous le regard des divinités de l’Olympe. Les vainqueurs (mâles) couronnés en donnaient une représentation qui permettait aux spectateurs (mâles) de les imaginer et de se croire eux-mêmes, pour un instant, de même essence.

L’arène romaine introduisit la mort dans le spectacle hystérisé du cirque à des fins politiques.

Aujourd’hui, la boxe traditionnelle, toujours pratiquée et qualifiée de « noble art » (comme si le mot pouvait faire oublier l’acte), vise à assommer l’adversaire sur une plateforme installée au centre d’une foule en quête de jouissance morbide. Je ne parle pas des variantes plus brutales de ce sport.

La corrida réunit des aficionados venus pour voir, par-delà la danse en « habit de lumière », donner la mort réelle. Celle, explicitement attendue, du taureau, ou celle, implicitement ambivalente, du toréador.

Ces « jeux de mort »  auraient-ils pour les adultes la même fonction d’exorcisme/catharsis que les jeux de guerre pour les enfants ? Mais, en tant qu’ils sont précisément la mise en scène d’actes réels d’adultes « qui ne font pas semblant », ne feraient-ils pas plutôt partie de la panoplie des stratégies du déni majeur* ?

Le sport de compétition s’y rattache par la violence multiforme qu’acceptent et subissent l’adolescent puis l’adulte devenu athlète, et par celle qu’il attise chez le spectateur en proie à des transferts de satisfaction ou de frustration : on vient principalement au stade non pour célébrer la participation (le discours officiel dit en guise de justification que l’important est de participer) mais pour soutenir le héros (individu ou équipe), l’applaudir s’il triomphe des adversaires pour un quart de seconde en moins, un centimètre, un but ou un point en plus, l’ignorer ou le siffler et le huer s’il est « battu », « vaincu », « dominé ».

Le besoin de créer des espaces clos (matériels ou symboliques) à l’intérieur des activités de compétition, ou plutôt de créer des activités de compétition qui permettent d’organiser ces espaces clos où règnent les lois d’une violence censée permettre à ceux qui y entrent de se « réaliser pleinement », autrement dit le besoin de disposer de zones de puissance et de domination en-dehors des normes communes, ce besoin deviendra peut-être un objet de questionnement quand les abus/crimes sexuels tus jusqu’ici seront reconnus non seulement comme ceux d’individus, mais comme la démesure liée à l’existence-même de ces espaces  inhérents à toute compétition.

* Ce déni est le refus de considérer la mort comme un objet de savoir et d’en faire un objet de croire sous le prétexte qu’on ignorerait ce qu’elle est. J’explicite cette thèse notamment dans l’article « L’homme la grenouille et la carotte » et dans la dixième question « l’équation non dite » de l’essai sur les gilets jaunes.

Voir aussi dans mes publications l’essai La note fondamentale et les harmoniques – essai sur la vie et la mort – Edilivre – 2010

Affaire Griveaux

L’article du journal Le Monde du 18 février qui raconte les détails de l’affaire – personnages, milieux et enjeux politiques… – pose, implicitement, la question de la responsabilité de B. Griveaux dans son processus.

Au moment – 2018 –  où il a envoyé à la femme (qui n’était pas son épouse) la vidéo récemment diffusée sur les réseaux, il était membre du gouvernement et connaissait évidemment le risque inhérent à ce mode de communication.

Comment a-t-il pu évacuer ce risque et envoyer dans un espace dont la confidentialité est loin d’être garantie – sans aller jusqu’à la diffusion publique, la destinataire de la vidéo pouvait la faire voir à d’autres personnes – des images dont il savait que l’impact serait dévastateur ?

Cette affaire concerne donc non le contenu (privé) des vidéos mais la nature du support  choisi (accessible à un certain public) qui conduit à faire de l’acteur un exhibitionniste.

Autrement dit, s’il avait accompli en privé avec cette personne – en supposant qu’elle soit consentante – les gestes qu’il a filmés puis envoyés, il n’y aurait pas d’affaire publique.

Ceux qui ont –  illégalement – diffusé la vidéo disent l’avoir fait pour des motifs de morale politique : ils ont voulu dénoncer l’hypocrisie de celui qui invoquait la valeur familiale (dont la fidélité conjugale) comme argument électoral.

Comme le contenu de la vidéo n’a rien d’illégal, pourquoi B. Griveaux a-t-il renoncé ?

Que n’a-t-il déclaré : Eh bien oui, c’est moi,  et alors ?

Alors…

Il aurait dû expliquer, non seulement à l’opinion publique mais encore chez lui,  qu’il n’y a pas d’antinomie de principe entre ce type d’aventure et la fidélité conjugale, familiale.

Mais, pour être comprise de l’opinion publique, cette explication  –  amorale, et sans contradiction avec le statut laïque de la République – supposerait qu’il n’ait pas invoqué la morale traditionnelle bourgeoise qui condamne ce type d’aventure.

Alors…

Ou bien le contenu et l’envoi de la vidéo sont en accord avec son éthique et celle de sa famille. Dans ce cas, il a renoncé parce qu’il n’a pas cru possible de résoudre par l’explication publique la contradiction entre cette éthique et la morale dont l’invocation serait clairement apparue comme un pur calcul électoraliste.  

Ou bien ils ne le sont pas, et il se trouve alors pris dans une contradiction plus grave, qui pourrait laisser penser que l’acte filmé et son envoi constituent les prémices inconscientes d’un renoncement/suicide politique.