Dialogue sur les chemins de faire

Les déplacements ferroviaires étant aléatoires depuis quelque temps, autant imaginer d’autres types de voyages. D’autant que le 1er mai est un jour férié. Entrons sans nous faire remarquer, subrepticement, dans ce compartiment où sont installés deux voyageurs. Nous les appellerons L’un et L’autre. Par discrétion. Toute ressemblance avec… Voilà, c’est ça.

L’un : Comme je le disais, avant que vous ne m’interrompissiez,  il n’y a pas beaucoup de verbes dont le champ sémantique soit aussi largement ouvert que celui du verbe faire et…

L’autre : Tout de suite les grands mots ! C’est quoi un champ sémantique ? Ç’a à voir avec l’agriculture ?

L’un : Hum… Sémantique vient du verbe grec sèmaïnein qui veut dire « faire un signe, signifier ». C’est l’étude du langage du point de vue du sens et…

L’autre : Sem… Sem… Sémaphore, ça viendrait de là ?

L’un : Oui,  c’est ce qui porte un signe et…

L’autre : Phore… phore…  Doryphore ?

L’un : Ah, lui, c’est un porteur de lance et…

L’autre : C’est la bestiole qui bouffe les feuilles des pommes de terre.  Mon grand-père avait un jardin et il y en avait de temps en temps. Je n’ai jamais vu de lances sur un doryphore.

L’un : Ben…

L’autre : Il y a des poètes partout…  Et phosphore ?

L’un : Là, c’est ce qui porte la lumière, mais…

L’autre : C’est formidable !

L’un : Non, ça, c’est du latin, ça n’a rien à voir et…

L’autre : C’est bien de savoir le grec et le latin, mais savoir rire un peu de temps en temps, c’est pas mal non plus, hein ?

L’un : Hum… Oui… Bon.  Donc on « fait » beaucoup et dans tous les domaines, avec ou sans complément.

L’autre : Vous avez un exemple, sans complément, là, sous la main ?

L’un : Euh… Sous la main, au débotté, à l’improviste…. Euh…

L’autre : Moi, j’en ai un. Je suis de Lyon, alors, ne vous étonnez pas s’il y a une lyonnaiserie dedans : «  Souvent on croit de bien faire, et puis, quand on se retourne, on se rend compte qu’on a fait à côté ». C’est pas mignon ?

L’un : Ben…

L’autre : Hé ! Vous avez une idée de ce qu’on pourrait faire et après il faudrait se retourner pour voir si on n’a pas fait à côté ?

L’un : Ben… Euh…  Bon. Ecoutez, je vous propose d’examiner un exemple, cette fois avec un complément. Tenez, ce proverbe : « L’habit ne fait pas le moine ».

L’autre : Et alors ?

L’un : Eh bien, prenez quelqu’un, n’importe qui, et mettez-lui un habit de moine : est-ce qu’il devient moine pour autant ?

L’autre : Evidemment que oui !

L’un : Comment ça ?

L’autre : L’important c’est ce que croient ceux qui le voient, non ? Ils voient un habit de moine, donc celui qui est dedans est un moine. Point barre.

L’un : Attendez ! Je ne vous parle pas de l’apparence, mais de… de… de ce qui fait un moine… de…de  ce qui le constitue… intérieurement. Vous voyez ce que je veux dire ?

L’autre : Pas trop, non. Un moine, ou un évêque, ou un pape, vous leur enlevez leur habit, vous leur mettez des fringues comme vous et moi… Vous croyez qu’ils sont encore un moine ou un évêque ou un pape ?

L’un : Ben… oui !

Lui : Ah bon ? Alors pourquoi ils ont besoin de mettre un habit spécial ?

L’un : Ben…

L’autre : S’ils sont habillés comme vous et moi, vous ne croyez pas que ça va leur donner l’envie d’aller dans des endroits où ils ne pourraient pas aller avec leur costume !  Vous voulez des exemples ? Non ? Vous êtes sûr ?  Bon. Remarquez, ce n’est pas moi qui vais leur jeter la pierre ! Ils sont comme nous, non ?  Quand même, ils pourraient se demander pourquoi ils ont besoin de mettre ces robes, ces machins… Peut-être pour se planquer ? Vous ne croyez  pas qu’ils ont la trouille ?

L’un : Hum… Je ne sais pas…  Bon… Euh… Passons à « L’argent ne fait pas le bonheur ».

L’autre : C’est vite vu. C’est un attrape-couillon de riche, ça.  Parce que, vous croyez que c’est les pauvres qui auraient inventé ça pour plaindre les riches qui ne seraient pas heureux parce qu’ils ont du pognon ? Et eux, les pauvres, ils ne voudraient surtout pas en avoir pour continuer à être heureux ? C’te blague ! Hé, dites, à propos «  Faire l’amour », ça ne vous paraît pas bizarre ?

L’un : Ben…

L’autre : L’amour, c’est un sentiment, non ?

L’un : Ben… oui.

L’autre : Bon, alors, comment on peut faire un sentiment ? Faire l’amour…  J’sais pas moi… Vous, par exemple… Mais non ! Ho ! Cool !…  Non, je n’imagine rien…  Vous vous voyez faire la haine ? Faire l’amitié ?

L’un : Ben… non.

L’autre : C’est un truc de faux-cul. Enfin… Je m’entends.

L’un : Vous, vous diriez quoi ? Hum ? Attention, pas de vulgarité !

L’autre : Je vois ce que vous voulez que je ne dise pas… Alors je vais vous le dire autrement : faire l’amour, l’argent ne fait pas le bonheur, l’habit ne fait pas le moine, tous ces trucs, on veut faire croire que c’est du bon sens populaire. Eh bien,  pas du tout ! Ceux qui ont inventé ces… comment vous dites avec vos mots savants ?

L’un : Ben, en latin, proverbe, en grec, apophtegme, ou aphorisme.

L’autre : Voilà… Eh bien, ceux qui les inventent, c’est ceux qui veulent faire croire que l’amour et le sexe c’est la même chose, qui ont du pognon et qui veulent faire croire aux autres qu’ils ont tout intérêt à ne pas en avoir, et qui ont besoin d’un habit spécial pour faire croire qu’ils ne sont pas comme nous. Vous savez ce qu’ils veulent faire ?

L’un : Ben…

L’autre : Nous baiser.

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