Le non-dit du discours d’E. Philippe

La complexité des problèmes posés par la pandémie et le sérieux de l’homme incitent à la sympathie. Et puis, ce n’est pas lui qui prend les décisions majeures, il se trouve plutôt entre le marteau et l’enclume.

Alors ?

Rien à dire sur le principe de la nécessité de protéger, tester, isoler, sur les précautions à prendre pour le déconfinement.

Alors ?

La dramatisation du « risque d’écroulement » ? Employé comme ça, sans précision (écroulement de quoi ? général ?), il évoque une « fin du monde » qui ne paraît pas tout à fait à l’ordre du jour. Et il est appuyé sur un critère tout relatif « Je n’emploie pas ce terme au hasard. On me reproche plus souvent la litote que l’exagération » qui évoque sinon la suffisance du moins une information que sa gravité interdit de communiquer aux enfants que nous serions. (cf. les questions jamais ou si peu abordées des conditions d’utilisation du masque, du dépistage massif…)

Ce qui est nommé en premier, dans l’énumération de ce qui a été arrêté depuis le début du confinement et qu’il faut remettre en route, est : la production.

Produire.

Le questionnement suscité par le changement climatique et la pandémie touche au rapport production/consommation et, dans le même temps, le refrain le plus entendu dit que « rien ne pourra être comme avant ».

Dire qu’il faut relancer la production, sans évoquer le moindre questionnement, c’est forcément renvoyer à «  l’avant ».

On doit vivre avec le virus, dit-il, ce qui implique une relativité des conditions de vie qui seront donc différentes, mais il faut relancer la production présentée ainsi comme un absolu.

S’y ajoute cet « impensable » : outre le caractère facultatif inouï de la rentrée scolaire du 11 mai, une prise en charge des élèves les plus jeunes, notamment de maternelle, considérés comme prioritaires, qui relève de la quadrature du cercle.

S’ils le sont, c’est bien sûr pour que les parents puissent reprendre leur emploi.

Ce qui ramène à la production.

Qu’il soit nécessaire de faire redémarrer « la machine » n’est contesté par personne.

La question que posent à la fois les dangers du changement climatique et la soudaineté de la menace de mort du virus est celle, positive, du pour quoi ? Si elle n’est pas abordée, elle risque fort d’être remplacée par celle, désespérée, de l’à quoi bon ?

Elle n’est pas toujours explicite, pas toujours consciente, mais elle n’en est pas moins prégnante.

Et le premier ministre parle comme si elle n’existait pas.

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