IVG…

« Un nouveau manifeste des 343 réclame l’allongement des délais de recours à l’IVG.A la veille du cinquantième anniversaire du texte qui a marqué l’histoire du droit à l’avortement, les signataires « exigent » une extension des délais légaux au-delà de douze semaines. » (A la Une du Monde – 04.04.2021)

Ma contribution :

Personne ne dit que l’IVG est un moyen contraceptif. Elle est un pis-aller et  il n’est pas sans difficultés pour celles qui y ont recours.

Sauf motif thérapeutique ou viol, elle résulte d’une contraception manquée pour des raisons qui ne sont pas seulement matérielles mais idéologiques (cf. le discours religieux millénaire et encore actuel, dépréciatif, culpabilisant, sur le corps et la sexualité). Ce « ratage » est celui d’un couple.

L’embryon/fœtus supprimé est vivant, comme sont vivants, les millions de spermatozoïdes, dont un seul pénètre l’ovule, et qui meurent. Comme est vivant l’ovule qui n’est pas fécondé et qui meurt.

La définition du seuil à partir duquel l’embryon/fœtus, vivant, est un être humain social appartient à la société humaine et à elle seule.

Au contraire de l’exploitation des hommes, de l’esclavage, du racisme, de la colonisation, de la guerre, l’IVG n’est pas un mépris. Elle est une souffrance liée à notre longue histoire de transcendance aliénante où La Vie primait, et prime encore souvent, sur les vivants.

Mort de George Floyd : le témoignage accablant des secours à la barre

« Le premier ambulancier arrivé pour secourir l’Afro-Américain a dit à la barre l’avoir trouvé mort, avec plusieurs policiers « sur lui ». (A la Une du Monde – 03.04.2021)

La  page du débat contient quelques contributions qui m’ont conduit à publier celle-ci :

« Remarquable (sens premier) est le regard du policier, serein, impassible. Il est en train de tuer une personne, il le sait, il a entendu l’homme sur le cou duquel il pèse pendant plus de 9 minutes. C’est long,  9 minutes. Il se trouve qu’il est blanc, que l’homme à terre est noir. Il se trouve qu’il est policier et qu’il a appris des techniques d’immobilisation qu’il applique, ici, de manière mécanique et froide. Il se trouve que des collègues l’entourent et ne bougent pas. La supplication d’au moins un témoin est sans effet. Le policier continue à peser, en fixant calmement la caméra. On pourrait croire à un trophée de chasse. Ce qui est en cause, ici, c’est la « mauvaise foi » ; la sienne : il se persuade qu’il « est » un policier, alors qu’il est un homme qui exerce la profession de policier ; et  celle de ceux qui veulent le réduire à sa profession. La mauvaise foi est la négation de la responsabilité. Sartre les qualifie d’un nom très précis(*). (cf. son analyse du garçon de café). »

Je n’ai pas publié ce (*) pour ne pas être censuré : celui qui refuse d’exercer sa responsabilité d’être humain en se réfugiant dans une structure censée définir son «être », celui qui refuse de choisir, est, pour Sartre, le salaud. Ceux des contributeurs que je vise doivent le savoir. « Qui sent morveux qu’il se mouche ! » (Molière – L’Avare)

L’église et les abus sexuels… suite

« Agressions sexuelles : C’est bien toute l’Eglise qui porte une responsabilité collégiale. Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, appelle à une indispensable éthique de responsabilité de l’Eglise, dans une tribune au « Monde ». (A la Une du Monde – 01.04.2021)

Extrait :

« (…) De qui sommes-nous aujourd’hui responsables ? Sinon justement de toutes les victimes, connues ou non, de leurs proches, affectés ô combien ; du visage du Christ doux et humble, ami et défenseur des plus petits. Visage trahi, humilié par ceux-là mêmes ayant un jour publiquement signifié qu’ils lui vouaient leur vie. (…) Dans l’Eglise catholique, des femmes et des hommes – enfants, adultes – ont été meurtris jusqu’au tréfonds de la chair comme de l’esprit, de l’âme, de l’intime. LaParole de Dieu a été tordue pour servir les intentions les plus viles. La Tradition détournée par des théologies hallucinantes. Des manipulateurs ont usé de l’autorité que Dieu leur conférait – disaient-ils – pour fracasser des enfances, des consciences, des confiances. Cette responsabilité spirituelle est immense. Elle nous met devant Dieu qui nous convoque à être devant tous et reconnaître ce qui a été corrompu de la foi au Dieu fait chair, engagé en faveur des plus fragiles. »

Ma contribution :

L’analyse contient une contradiction majeure signifiée par l’antinomie entre l’image invoquée du Christ et le réel de l’église (institution), à tous les points de vue : l’argent, le pouvoir, l’intolérance, le décorum, le rejet de la sexualité hors procréation, le mépris du corps, le célibat des prêtres- hommes. Pour la résoudre, il faut mettre en perspective : le déni de la mort telle qu’elle est et la croyance (très minoritaire aujourd’hui) en la résurrection, la promesse du paradis (idem) et la vanité de la vie sur terre. Autrement dit, une entreprise de sublimation appuyée sur une structure susceptible d’accueillir des « vocations par frustration » jusqu’aux névroses. « Croire », aujourd’hui, est difficile parce que « savoir » gagne de plus en plus de terrain. Le sacré transcendantal évanoui (les « vocations » disparaissent), la couverture de crimes par l’autorité divine ne peut plus fonctionner. L’institution est désormais humaine, sans Dieu, nue.

Contribution de « Querdenker »

« Le poids de la culpabilité « collégiale » que Véronique Margron fait peser sur les épaules de l’Eglise est si écrasant qu’on finit par se demander si le souhait plus ou moins inconscient de l’éminente théologienne n’est pas de la faire disparaître. Vivre dans l’atmosphère morale qu’elle décrit doit être absolument irrespirable. Après une telle lecture, qui aura encore envie de rejoindre une institution décrite à comme à ce point compromise dans ce qu’il faut bien appeler le Mal ? »

Contribution de « C »

« Après une telle lecture, qui aura encore envie de rejoindre une institution décrite à comme à ce point compromise dans ce qu’il faut bien appeler le Mal ? » Si on fait une fixation sur les dits faits, il est certain qu’on peut douter. Maintenant, revenons à la réalité. L’Eglise, c’est bien autre chose. Ce que Mme Margron, les évêques et le Pape essaient de faire, c’est justement bien définir le mal pour, dans une deuxième phase, le circonscrire et l’exclure. Croire que, sur le sujet, la mortification restera permanente au point d’en faire disparaître l’institution, c’est vraiment mal la connaître. Il y aura des transformations et des évolutions, sans aucun doute mais il y a lieu de se poser la question : « Pourquoi et comment l’Eglise a-t-elle survécu à deux mille ans d’histoire ce qui est unique pour une institution humaine ? » Et cet article illustre bien la première phase de la méthode. »

Ma réponse à « C » :

Il y a, dans la tribune, une confusion entre la morale (le bien et le mal que vous évoquez) et l’éthique qui n’a pas à voir avec ce système binaire. La pédocriminalité, du point de vue de l’éthique, n’est pas un mal moral, elle est une réponse inadéquate à une question. L’aborder sous l’angle moral contient le risque d’évacuer le problème que pose la signification de la structure du pouvoir catholique, sans parler du rapport entre discours fondateur et acte. Supposez que le Jésus des Evangiles et des Actes des Apôtres soit introduit, les yeux bandés, dans St. Pierre de Rome lors d’un conclave, par exemple. Le bandeau ôté, dira-t-il spontanément, voyant les prélats en costume, dans ces ors et ce décorum, que c’est son église ? Conduisez-le dans les arcanes du pouvoir, de l’administration, de la banque vaticanes, montrez lui les films des guerres de religion, de l’intolérance inquisitrice… N’y-a-t-il pas là un problème majeur en rapport avec les dysfonctionnements en question ?

Réponse de « Querdenker »

« @Jean-Pierre Peyrard Finalement si je situe correctement (c’est-à-dire en les lisant entre les lignes) les conclusions à tirer des imprécations « savonaroliennes » de la théologienne à l’endroit de l’institution catholique « telle qu’en elle-même » et, de l’autre, la fiction dostoïevskienne que vous proposez, j’ai bien l’impression que vos deux perspectives tendent à se rejoindre. Or, tout permet de penser que Véronique Margron « croit au Ciel », alors que, de votre côté, vous êtes visiblement du côté de ceux qui n’y croient pas. La possibilité même d’une telle convergence entre vous deux a de quoi laisser songeur, vous ne trouvez pas? Que deviendrait alors le souvenir du Christ et des Evangiles si, d’aventure, l’Eglise, telle que vous deux en formez le voeu, venait à perdre tous les moyens de demeurer cette institution visible et réfractaire au sein de la société moderne? Quel serait la réponse de Régis Debray à une pareille question ? »

Ma réponse à « Querdenker » :

Non, je ne forme pas de vœu, j’essaie de comprendre pourquoi la question de la pédérastie dans l’église émerge maintenant et de cette manière ; d’autre part, ce que peut signifier l’analyse de V. Margron, apparemment très mal à l’aise (en tant que membre de l’église et, j’imagine, en tant que femme). Je fais l’hypothèse que la réponse religieuse (de mon point de vue, un contournement/déni de  la conscience spécifique que nous avons de notre finitude) ne fonctionne plus. Idem pour la réponse (socialiste/communiste, telle qu’elle a été expérimentée) du paradis sur terre, depuis l’implosion soviétique. Nous devons apporter une réponse autre  à l’équation capitaliste (être =avoir plus) dont les effets délétères (socioéconomiques, environnementaux) sont devenus insupportables. D’où la dépression planétaire.

Laïcité…

La ministre Marlène Schiappa a officialisé l’acte de décès de l’Observatoire de la laïcité, mercredi 31 mars, au Sénat. : « Il faut faire évoluer le portage de la laïcité dans l’appareil d’Etat. » (A la Une du Monde – 1.04.2021)

Ma contribution :

« Il faut faire évoluer le portage de la laïcité dans l’appareil d’Etat », dit-elle. « Evolution du portage « , quelle belle formule ! Et quelle belle mission pour la nouvelle structure envisagée ! Certains esprits superficiels auraient pu penser qu’il ne serait pas inutile d’examiner certaines contradictions entre le principe et son application (participation des présidents de la République à des cérémonies religieuses, école confessionnelle subventionnée – sans parler du principe même de l’école privée… ) avec l’hypothèse saugrenue qu’elles continuent à nourrir les débats sur la question, il est vrai essentielle, elle, du portage (!) du voile en sortie scolaire (même en cas de vent pour celles qui sortent du salon de coiffure ?), mais non, il ne sera question que du vecteur de l’objet donc bien empaqueté et ficelé. Le propos de la ministre complète-t-il le discours gouvernemental relatif à la mission étendue de la poste ?

Une réponse suivie de la mienne :

« Il n’y a de système éducatif unique (= d’Etat) que dans les régimes totalitaires. C’est même l’une de leur plus importante caractéristique. »

Quand les enseignants sont recrutés à partir de diplômes relatifs à des connaissances déterminées non par une idéologie mais par le savoir et son questionnement permanent, où est le risque de totalitarisme ? L’école publique propose aux élèves/étudiants des enseignants dont les philosophies, les croyances, les opinions sont, à l’école comme ailleurs, diverses. Le totalitarisme, comme son nom l’indique, est un système qui fournit la totalité des réponses et qui ne laisse pas d’espace au développement de l’esprit critique. C’est exactement le contraire de l’enseignement public laïc. En quoi l’enseignement privé – surtout quand il est confessionnel (la foi religieuse a, par définition, la réponse ultime qui vaut pour le « tout ») – est-il une garantie de liberté, relativement au savoir ? Vous confondez, apparemment, le contenu idéologique du système éducatif unique totalitaire avec le contenu de l’école publique laïque : le savoir.

(suite d’un dialogue commencé avec « furusato » sur l’interdiction du foulard)

« Très bien cela m’évitera d’expliquer à mes petites-filles les beautés de la pudeur qui plaît à l’idole aux 99 noms, au mari et aux tontons .Mes enfants ont fait leur scolarité dans le public sans voir jamais ce signe annonciateur d’une civilisation autre , sinistre quand il est considéré collectivement

Ma réponse

Vos enfants n’ont-ils jamais vu de femmes et d’hommes habillés différemment d’eux, avec des djellabas, des boubous, par exemple, sans craindre l’invasion d’une « civilisation autre » ? La confrontation à la différence est plutôt enrichissante, non ? Est-ce que les soutanes et les cornettes des « bonnes sœurs » ne pouvaient pas être objets plus perturbants ? Bref, est-ce que le remplacement théorisé par certains ne s’inscrirait pas dans la peur archaïque de la « fin du monde » ? Et si nous nous mobilisions notre énergie pour comprendre les causes des problèmes de l’immigration actuelle, de l’islamisme, et tenter d’agir sur les démesures qu’ils peuvent engendrer, plutôt que nous épuiser à nous faire peur avec des ombres ?  

Sa réponse :

« Je ne prêche ni vertu ni grandeur de la civilisation occidentale, mais procédons ainsi : si je juge que ma civilisation est inférieure sur de nombre plans n’est-ce pas logique que j’adopte alors une civilisation autre, en rasant les murs ou en criant ma surenchère de nouveau venu, ce sont les deux attitudes communes aux néophytes (on en a vu chez Daesh ) ? Donc même si je suis critique sur nombre d’aspects de la civilisation occidentale et combien de discussions intra-familiales là-dessus ! cette civilisation c’est la mienne : si j’avais voulu vivre en civilisation autre sur un ou des continents proches je me serais déplacé pour m’y installer. Il y a bien assez de différences en Europe pour s’y enrichir sans recourir à des comptoirs coloniaux dont nous sommes les dupes .Ceci même en Suisse ou en Belgique ( pour cette dernière sauf certaines aires où la Belgique n’est plus dans la Belgique ), territoires pourtant proches. le Nombre ! JPP ! Le Nombre jeune ! »

Ma réponse :

Nous avons fait venir des « bras » après la guerre pour travailler chez nous. Au bout des bras, il y a des hommes, nous dit notre civilisation des « Lumières » qui nous constitue depuis Rabelais et qui a essaimé, en butte à l’obscurantisme des religions. Les bras, les hommes et leurs familles, nous les avons mis dans des quartiers fermés. Ils y sont toujours à la 3ème/4ème génération « jeune ». En quoi, en dehors des extrémistes ultra-minoritaires, sont-ils, en soi, une menace ? Ils ne sont pas plus religieux que les autres issus du catholicisme, ils parlent le français (avec des créations de langage), font des études… quand ils le peuvent. Là, le problème des « quartiers ». Ici, celui de l’immigration nouvelle. Soit nous les traitons avec eux tous, c’est l’esprit de notre civilisation, soit nous les excluons, et ça c’est le contraire. Il faut choisir. La peur de l’effondrement qui produit le champ de ruines ou l’acceptation des contradictions du vivant.

Sa réponse

« Vous simplifiez à l’extrême ( si je puis dire ).D’abord le  » nous « … non pas de nous : des petits groupes de décideurs économico-politiques dont l’optique pression sur les salaires était prégnante .Ensuite non pas ce  » nous  » de « nous » les avons enfermés mais un mixte de décisions de répartition de ces populations à proximité de leur lieu de travail et de mouvement automatique des nouveaux arrivants , légaux ou illégaux, vers leurs réseaux, les compatriotes déjà installés ( dont des marchands de sommeil ) . Le mouvement est donc double, du haut administratif et du bas migratoire et il faut noter que leurs mœurs mêmes les enferment, une fois reconfigurées et prises en main par des leaders : ce à quoi nous assistons et qui se renforce par la fuite des populations locales qui le peuvent. Chaque fois que je suis devant un  » immigrationniste « , je constate ces simplifications qui ne tiennent pas qu’au peu d’espace imparti. »

Ma réponse :

« Nous », la société dans son ensemble, sommes responsables du pouvoir des « petits groupes de décideurs », de ce « mixte de décisions », des quartiers et des marchands de sommeil. L’installation du pouvoir, politique, socioéconomique, n’est pas d’ordre transcendantal. Il représente qui nous sommes à un moment donné, quelle que soit la conscience des uns et des autres. Je ne sais ce qu’est un « immigrationniste ». Je pense le deviner. Je n’en suis pas un. Je suis en face d’une situation dont j’essaie de comprendre les processus d’évolution en-dehors du système binaire de la morale qui tend à faire porter la responsabilité (réponse adéquate à une question donnée) sur les « autres ». Les fonctionnements et dysfonctionnements que vous soulignez ne sont que des effets (avec leurs responsables propres). Leur description narrative infinie peut soulager ou répondre à des besoins de justification. Ils ne sont pas des causes.

Le foulard

« Au premier jour de la discussion au Sénat, en première lecture, du projet de loi confortant le respect des principes de la République – surnommé projet « séparatisme » –, l’opposition de droite a infligé un revers au ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, en votant, contre son avis, mardi 30 mars, deux amendements qui reviennent à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnateurs lors des sorties scolaires. » (A la Une du Monde – 31.03.2021)

Ma contribution

Cette question, récurrente, n’est que l’épiphénomène (accentué par l’islamisme) du problème que pose la gestion bancale de la laïcité. Ainsi  l’existence d’une école privée (que certains appellent « libre », comme si l’école publique ne l’était pas), confessionnelle ou pas.  In fine, celui du principe laïc fondamental qui n’est pas la séparation de l’église et de l’état (il n’est qu’un élément, politique, du problème) mais la distinction entre savoir (instruction publique) et croire (religion). La confusion des deux   (pourquoi les présidents de la République participent-ils en tant que tels à des cérémonies religieuses ? Pourquoi l’instruction n’est-elle pas obligatoire dans des seuls établissements publics ouverts à tous ?) conduit à ces débats sans fin et stériles qui ressemblent fort aux disputes d’exégètes ou aux querelles byzantines. Parler du port du signe religieux permet d’occulter ce qui le produit.

Une autre :

« Bravo pour ces deux amendements qui ne sont pourtant qu’une goutte d’eau par rapport au chemin à parcourir. Il faudra bien un jour interdire le voile islamique dans l’espace public, reconnaître officiellement que la France est un pays de culture et d’histoire chrétienne et demander à nos amis musulmans un peu plus de discrétion. »

La réponse (que je partage pour l’essentiel) d’un contributeur :

« La France est certes un pays de culture et d’histoire chrétiennes, mais cela ne suffit pas à justifier le combat contre le voile. Ce combat se mène aussi dans les pays de culture musulmane : Atatürk en Turquie, Bourguiba en Tunisie avaient pratiquement mis fin au port du voile, et Nasser se moquait ouvertement de la prétention des Frères musulmans à réimposer le voile qui dans les années 50 avait disparu des villes égyptiennes (malheureusement, ce sont les Frères musulmans et les autres islamistes qui sont en force en ce moment). Comme le montre l’histoire, la fracture ne se situe pas entre chrétiens et musulmans, mais entre les Lumières et le retour aux temps obscurs. »

L’Eglise catholique et les abus sexuels

« Abus sexuels : l’Eglise catholique française veut « assumer sa responsabilité » mais n’évite pas les critiques. L’assemblée plénière des évêques a adopté, vendredi, une série de résolutions pour répondre à la crise des violences sexuelles sur mineurs. Un fonds en faveur des victimes est prévu, mais l’institution refuse toujours de parler d’indemnités ou de réparations. » (A la Une du Monde – 27.03.2021)

Ma contribution :

La question qui me paraît centrale concerne ce qui conduit à l’existence d’une structure fondée sur une croyance qui conçoit le corps comme inférieur et subordonné à l’esprit, réduit la sexualité à la procréation, la proscrit quand elle est associée au plaisir qu’elle procure, et dans laquelle le pouvoir est réservé aux seuls hommes qui doivent être célibataires.

Réponse de « la fée viviane »

« Je signale que le prêtre qui a violé sa cousine de 12 ans – ma belle-sœur- en 1955, après avoir été déplacé, par sa hiérarchie , d’une paroisse où son comportement avait été dénoncé par plusieurs jeunes filles ( auxquelles on avait imposé silence » pour le bien de l’église ») n’est certainement pas compté dans le bilan qui est présenté aujourd’hui des prêtres violeurs pas plus que ma belle-sœur ne sera comptée parmi les victimes : » grâce au ciel » ils sont morts tous les deux ! et l’église du pays léonard, « cette terre des prêtres », (nord Bretagne) s’en sortira moins mal. ( un peu)« 

Une contribution de « Fraterniquoi »

« Pourquoi 99% des articles sur l’église catholique n’abordent que les abus sexuels ? Il n’y aurait aucun autre thème intéressant à aborder autour des églises. Cela donnerait presque à penser qu’il y aurait beaucoup plus d’acte(s) délictuelle(s) chez ceux qui ont fait profession de foi que chez les agnostiques. Enfin petite parenthèse : Pour les apôtres de la cancel culture du culte, il faudrait remarquer que renier son histoire c’est renier sa propre personne .
En effet que serait la France aujourd’hui sans son patrimoine génétique judéo-chrétien ? Dans ses frontières. Dans sa langue. Dans son évolution culturelle.
Mieux que serait mon être aujourd’hui
[sic] si mes pensées actuelles avaient pu prendre racine quelques siècles auparavant ? »

Ma réponse à sa question liminaire :

 Peut-être parce qu’il y a une contradiction majeure entre le discours et l’acte ? Vous êtes croyant. Supposez un instant que Jésus (celui des évangiles et des actes des apôtres) soit introduit, yeux bandés à St. Pierre de Rome pendant une cérémonie, avec le pape, les cardinaux, les évêques dans leurs habits de couleurs, avec leurs chapeaux etc. Otez-lui le bandeau : pensez-vous qu’il reconnaîtra l’église qu’il voulait fonder ? Emmenez-le ensuite visiter la structure administrative et financière de l’église. Faites-lui voir le film des guerres de religion, des conquêtes coloniales, des diverses associations de l’église et du pouvoir politique, celui de l’Inquisition etc. : reconnaîtra-t-il le discours qu’il tient dans les Evangiles ? Qu’en dira-t-il ? Même question pour la pédérastie. Si on en parle tant, aujourd’hui, c’est peut-être parce que la somme des contradictions a atteint un point critique. C’est peut-être un début de réponse.

Mediator : le procès.

Irène Frachon : « Ce procès Mediator est une occasion ratée » La pneumologue de Brest, qui a assisté à l’intégralité du procès, et dont la déposition limpide, pendant plus de sept heures à la barre, a marqué l’audience, raconte au « Monde » les impressions ambivalentes que lui laisse le jugement. (A la Une  – Le Monde – 30.03.2021)

« Le procès du Mediator n’aurait peut-être jamais eu lieu sans la persévérance d’Irène Frachon, qui fut l’une des premières, à la fin des années 2000, à faire le lien entre la prise du médicament des laboratoires Servier et certaines affections cardiaques et pulmonaires mortelles« 

Extraits de son interview qui souligne le hiatus entre la gravité du délit et la clémence de la peine :

«  J’espérais qu’on aurait cette fois un jugement exemplaire. Je suis désolée, mais ça n’est pas le cas. (…)Sur le plan pénal, il n’y a eu que du sursis. Quand la présidente dit « ce délit est gravissime » et prononce des peines avec sursis en deçà des réquisitions du parquet, le message est totalement contradictoire et incompréhensible – « c’est gravissime, mais vous ne ferez pas de prison ». Nicolas Sarkozy qui passe un petit coup de fil pour pousser un pote, il prend du ferme. Je ne défends pas Sarkozy, mais c’est stupéfiant. Et quand je pense à tous les « gilets jaunes » qui vont au trou… Je suis désolée, mais ça ne va pas. La question n’est pas de mettre quelqu’un en prison, mais le signal qui est adressé à propos de cette délinquance en col blanc n’est pas rassurant. Imaginez une femme de 60 ans qui se promène dans la rue, un motard lui arrache violemment son sac, cette femme tombe et meurt quelques jours plus tard d’une hémorragie cérébrale. Imaginez cette même femme qui consomme du Mediator et meurt d’une crise cardiaque, parce que son cœur a lâché à cause d’un médicament qu’un laboratoire lui a vendu pour gagner de l’argent. On est dans la même logique : ni le motard ni Servier ne voulaient la mort de cette femme, ils voulaient son argent, au risque de mettre sa vie en danger. Mais dans un cas, le délinquant ira en taule pour agression et homicide involontaire. Dans l’autre, l’industriel coupable de tromperie et d’homicide involontaire bénéficie d’une peine clémente. »

 Ma contribution dans le débat :

Pourquoi ce hiatus entre le délit et la peine ? La comparaison avec N.Sarkozy est intéressante : l’ex-président n’est pas condamné pour enrichissement mais pour un problème de pouvoir. Le Mediator, renvoie à l’ « entreprise » et son objectif de profit. Pouvoir et profit sont au cœur de l’équation capitaliste (être=avoir plus) mais l’un en est la forme « abstraite » (même si elle a des effets tangibles) et l’autre la forme concrète, sonnante et trébuchante, la plus sensible de ce qu’implique l’équation. Pénaliser par l’argent (amende) est cohérent avec la logique du système, alors que la prison ferme, elle, signifie une exclusion matérielle, un rejet symbolique du système. D’où la différence avec le voleur à la tire qui n’est pas, lui,  dans la logique de  l’entreprise de profit.  Depuis trente ans, il n’existe plus de solution de rechange, attirante ou repoussante, du capitalisme qui apparaît le seul possible, intouchable. C’est une donnée qui peut expliquer le hiatus en question. 

L’objet particulier de la campagne électorale (1)

Une campagne électorale – on ne dit pas campagne « politique » –  est un affront consenti à l’intelligence et à la raison.

Non parce qu’elle se sert d’affects (ceux que visent à provoquer l’enveloppe lyrique et le contenu exacerbé des critiques et des promesses), mais parce que le candidat et l’électeur jouent, de connivence, à faire semblant de croire que ces affects sont une rationalité.

Les enregistrements des campagnes antérieures révèlent, durement parfois, les procédés de ce jeu devenu, avec le temps, burlesque, sinon affligeant.

Ce qui la rend possible et audible dans le temps où elle se déroule, est l’insatisfaction chronique de notre condition ramenée ici à son expression infantile et traitée comme telle.

A la demande Je veux tout et tout de suite et je veux entendre que c’est possible répondent entre autres, Yes we can (B. Obama), Ensemble tout est possible (N. Sarkozy) Le changement c’est maintenant (F. Hollande),  La France doit être une chance pour tous (E. Macron).

Tel est le dialogue de type  enfant / parent, sous la forme caricaturale, entre ceux qui veulent plus d’ « objets » et celui qui veut plus de pouvoir, les uns et les autres déterminés par l’équation capitaliste commune.

Cette parenthèse de quelques semaines du « tout est possible » pour une métamorphose magique du réel, autrement dit ce moment de régression infantile nécessaire à ce qu’on appelle « expression démocratique du suffrage universel » repose sur la même  confusion entre population (lieu des affections) et peuple (lieu de la pensée politique). Le pouvoir héréditaire et la dictature en diffèrent en ce sens qu’ils veulent asseoir cette régression dans la durée sinon l’immortalité.

Les meetings (les plus remarquables sont ceux des E.U.) réunissent les partisans/croyants pour un moment de transcendance de pacotille. En  2017, E. Macron avait endommagé ses cordes vocales en hurlant d’absurdes « en même temps » qui avaient soulevé un enthousiasme (littéralement = être sous l’emprise d’un dieu) qui confinait au délire collectif. Avait-il fini par se convaincre  lui-même qu’il était, sinon un dieu, du moins un héros (état intermédiaire entre les hommes et les dieux, comme Héraclès / Hercule) capable de réaliser un treizième « travail » ?   

L’inéluctable déception post-électorale n’est pas due comme on le dit à la confrontation de l’exercice du pouvoir au réel, mais à cette confusion initiale ainsi jouée.

L’élection passée, l’élu et son adversaire battu jouent alors le jeu de l’apparence de la dialectique : le premier utilise le registre de l’adulte raisonnable raisonnant pour un possible d’où est exclu le tout et présenté désormais comme le seul réel aménageable à la marge, l’autre celui de la contestation de ce possible dans lequel il va tenter de réintroduire progressivement le tout qui sera repris par tous les candidats, chacun selon ses talents, cinq ans plus tard.

Tel est, en gros, le scénario de la campagne électorale qui, en période « normale », met en jeu les acteurs des partis politiques.

Il en va tout autrement en période de dépression.

Ce qui est le cas aujourd’hui.

Depuis une cinquantaine d’années, le FN/RN est en France l’expression, non de l’insatisfaction chronique évoquée, mais ce qui la sous-tend, à savoir la peur infantile, que régule et canalise, habituellement, le temps mesuré de la campagne électorale.

Son discours est inaudible en période « normale » (J-M LP obtint moins de 1% en 1974), autrement dit quand l’ « avoir plus » apporte une réponse acceptable en ce sens qu’elle est perçue dans le contingent : l’« avoir plus » peut apparaître comme un leurre existentiel, mais il est recevable dans la mesure où l’alternative (socialiste/communiste) ou l’idée même de cette alternative lui est substituable, même si elle est objet de rejet.

Il devient plus audible lorsque cette alternative s’estompe ou a disparu (depuis la fin des années 80) parce que l’individu et la société se retrouvent confrontés sans filtre ni outils de substitution à l’angoisse (physique) et à la peur (psychique) propres à la spécificité humaine. La disparition du contingent (= le capitalisme pour toujours) ouvre l’immensité effrayante d’un absolu horizontal amputé de la verticalité des transcendances historiques.

Si la prestation de Marine Le Pen lors du débat de 2017 ne l’a pas éliminée du champ électoral – tous les sondages disent qu’elle sera présente au deuxième tour en 2022, certains annoncent même qu’elle remportera le premier – c’est parce que ce qu’elle représente n’est pas de l’ordre du jeu de confusion joué pendant le temps de la campagne,  mais qu’il est l’expression  de l’invariant humain permanent de la peur et de l’angoisse.

Elle peut/doit donc reprendre les mêmes thèmes (incompétence, insécurité, immigration, identité) susceptibles de le focaliser en tentant de ne pas le pervertir par des assertions perçues comme des aggravations de la dépression : elle ne proposera donc plus de rétablir le franc ni, directement, de quitter l’Europe, mais elle mettra en évidence la faiblesse de la solidarité européenne pour relancer l’idée que, nous, les Français serions bien mieux « entre nous et chez nous » avec des frontières fermées pour nous protéger des virus biologiques et migratoires.

L’écologie servira – non sans les difficultés liées à la récupération d’un problème absent du discours fondamental –  à capter la part d’angoisse et de peur liée à la mutation climatique dont elle dénoncera l’insuffisance des réponses.

Dire, comme certains commentateurs, qu’elle s’est lancée trop tôt dans la campagne des présidentielles, c’est ne pas voir que le FN/RN est, par définition, en-dehors du champ de ce jeu.

Son seul obstacle est elle-même, à savoir ne pas apparaître, dans le jeu de la campagne qui est étranger à ce qu’elle représente plus ou moins consciemment, comme une aggravation de la peur et de l’angoisse. Ce qu’elle n’a pas réussi en 2017.

(à suivre)

Accord, contrainte : la question du choix

1° Samedi 27.03.2021, Chloé Cambreling recevait dans son émission Les matins du samedi (France Culture) le dessinateur Plantu. Un des objets de la discussion fut la censure opérée par Canal+ dans le film de Marie Portolano (journaliste de la chaîne) sur le sexisme dont sont victimes les journalistes dans le milieu du sport, en particulier sur cette chaîne. Le passage censuré concerne le journaliste Pierre Ménès (voir ci-dessous*).

Plantu souligna une contradiction dans le comportement de la direction de C+ en précisant qu’elle l’étonnait  : Vincent Bolloré, le patron de la chaîne, avait accepté le tournage du documentaire dont il savait qu’il allait forcément faire apparaître des comportements contestables de certains journalistes ; la censure a donc mis en évidence des faits et des paroles qui, dit-il, seraient sans doute restés plus anecdotiques alors qu’ils font désormais la Une des médias. L’autre invitée, la journaliste Isabelle Robert ajouta que la chaîne s’était effectivement « tiré une balle dans le pied ».

L’énigme apparente de cette contradiction repose sur l’opinion que C+ a été d’accord pour le tournage du documentaire : Plantu dit que c’est bien que la chaîne ait accepté, que c’est tout à son honneur.

Que devient l’énigme si on substitue à l’accord,  la contrainte ?

Autrement dit : C+ n’a pas envie d’un tel documentaire, il n’est pas d’accord, mais il ne peut pas refuser à cause du niveau de contestation du comportement machiste. Il dit oui parce qu’il ne peut dire non (ce qui équivaudrait à  révéler qu’il veut cacher quelque chose), ce n’est donc pas de l’ordre du choix, mais de la contrainte : il a plus à perdre qu’à gagner, comme on dit. La fameuse balance bénéfices/risques. La suite est donc cohérente : faire ce dont on n’a pas envie conduit à des errements, des gestes dits « manqués », des incohérences. Autrement dit encore : C+ n’a pas résolu la contradiction première entre un comportement et le déni de la nécessité d’une éthique, ce qui produit des effets qui n’en sont que des expressions, en l’occurrence cette contradiction seconde qui ne fait que révéler l’absence de choix.

*Le passage censuré contient l’interview du journaliste dans le temps où se sont produits les comportements qui le mettent en cause (1) et son appréciation, aujourd’hui, de son discours d’alors (2)

(1) «Ce n’est pas un smack qui va te salir, il faut se calmer. Tout ça, c’est ce que je ne supporte plus aujourd’hui. Si tu ne peux plus faire un bisou sur la bouche d’une copine… Au secours! Image dévastatrice ? Là aussi il faut avoir conscience de ce qu’on dit. Elle ne m’en a jamais parlé.»

(2) «Je ne comprends pas que tu juges un truc d’il y a dix ans à l’aune de ce que te dicte la société d’aujourd’hui, je trouve ça malhonnête. Je regrette sa réaction, je suis même assez choqué.»

Le discours du journaliste rejoint celui qui a conduit la chaîne à la contrainte puis à la censure : il n’y est pas question d’éthique, donc de choix. Que les affects émanant d’une époque (rapport homme/femme) soient subis n’est pas objet de questionnement ni pour l’un ni pour l’autre, comme si le fait qu’ils soient vécus passivement (lever la jupe d’une collègue ou l’embrasser sur la bouche est induit par un indiscutable) était une nécessité qui abolit la liberté et la responsabilité.

2° Toujours sur France Culture, Manou Farine recevait dans son émission La compagnie des poètes (vendredi 26.03.2021), l’universitaire Maxime Decout pour son livre Eloge du mauvais lecteur.

Il explique notamment l’importance particulière de la lecture au 19ème siècle, en particulier le besoin d’identification du lecteur aux personnages des romans ainsi que le nombre important de suicides (cf. le bovarysme), liés notamment, selon lui, à la lecture de Les souffrances du jeune Werther de Goethe. Autrement dit, il établit un lien de causalité entre le livre et le développement de l’acte.

Se pose, là encore, la question du choix, derrière le parti pris d’analyse. Comment concevoir que quelqu’un se suicide à cause d’un livre ? Cette question en appelle une autre : pourquoi un tel besoin d’identification des lecteurs ?

Que donne le renversement du rapport de causalité, donc si je dis : les raisons qui conduisent Goethe à écrire ce livre et nombre de lecteurs à se suicider ne sont pas des causes en soi, mais, essentiellement, les expressions d’une période de désarroi : celle qui suit la longue période monarchique où le sens de l’existence est donné par le roi/Dieu pendant laquelle l’existence du « je » est liée à leur autorité et son expression sacrilège. La Révolution qui renverse le rapport essence/existence a pour effet de confronter l’individu et la société qui en émergent  à la question du rapport existence/essence avec son corollaire de déstabilisation qui peut être abyssale.

Ainsi – ce n’est pas un scoop –  le contenu du livre ne serait pas le seul produit de l’imaginaire pur de l’écrivain – ce que rappelle l’histoire littéraire –  et il ne serait donc pas une cause de suicide mais le catalyseur d’une situation. (cf. Chateaubriand et le mouvement dit romantique)

La différence entre les deux types d’analyse touche à la question de la liberté.

Il n’est pas impossible que nous vivions une situation analogue.

Dans les deux événements (pour le journaliste et la chaîne dans le premier, pour l’auteur et les lecteurs dans le second), est posée la question de l’éthique,  c’est-à-dire celle du mode de vie, donc du choix de ce que signifie, pour l’être humain, être.

Van Gogh et les enchères + complément

« Un tableau de Van Gogh vendu 13 millions d’euros après une « folle enchère » à Paris. « Scènes de rue à Montmartre », peint en 1887, était un des rares Van Gogh encore en mains privées, et n’avait même jamais été exposé au public. »

Ma contribution :

Combien de kilos de pommes de terre Van Gogh aurait-il pu donner à éplucher à ses mangeurs affamés en échange de ces 13 millions ? Un gros tas de tubercules terreux à côté du tableau pourrait être le sujet d’une composition autre… Surréaliste, dites-vous ? D’autant que si la signature était autre (ce qu’elle serait, à en croire certains incrédules), le tas serait nettement moindre. Hum… à propos de démesure, d’offre et de demande, tout ça, mais ça n’a peut-être rien à voir… encore que. Ce matin, sur F.Culture, Hervé Juvin – élu RN et proche de M. Le Pen – se présentait avec une grande conviction comme un adversaire résolu de l’hyper capitalisme. Comme le journaliste lui rappelait qu’il détenait des actions de Total, Royal Dutch, Amazon et Microsoft, il expliqua qu’il vaut mieux être dans ces monstres capitalistes qu’en-dehors, pour savoir ce qu’il s’y passe. Non, il n’a pas parlé de profit. Du prix du tableau de Van Gogh non plus. Je vous le disais, ça n’a pas de… rapport.

Une réponse :

« Simple comme bonjour, J-P. Je vous ai dégoté près de chez moi en moyenne/grande surface des pommes de terre Agata (modeste variété passe-partout née aux Pays-Bas, ce qui tombe bien) vendues en filets de 5 kg, le filet 5,95 €. Soit 1,19 € le kg. Disposant d’un budget 13 millions d’euros nous pouvons donc nous permettre d’acquérir 10 924 369, 747899159664 kg de ces tubercules. Soit un toutou petit peu en gros 11 000 tonnes (je dis bien onze mille). Prévoir au moins deux solides brouettes : ça nous fait tout de même 2 184 873 filets (je dis bien deux millions cent quatre-vingt-quatre mille huit cent soixante-treize »

La mienne :

Ah, quand même ! Vous êtes sûr que deux brouettes suffiront, même solides ? Votre texte lu, je suis allé voir de près le tableau, non pas celui-ci, celui des mangeurs, non pas à Amsterdam, sur Internet… Entre nous, quelles truffes il leur a faites ! Je le dis sans méchanceté, d’autant que truffe peut signifier… Enfin, bon.  Donc, les pommes de terre sont, dans une assiette/plat sur la gauche, coupées en petits morceaux. Alors, si vous avez encore votre calculette, pourriez-vous calculer, approximativement, le temps qu’il faudrait pour éplucher et  couper à la main les 11000 tonnes que vous dites – à l’époque, eh non, ! il n’y a pas de machine à débiter les p.d.t. Pourquoi cette demande, me demanderez-vous ? Eh bien, le temps étant de l’argent (curieuse, cette identité métaphysique), et ma contribution étant ce qu’elle est  – oui, toute chose est toujours ce qu’elle est, et inversement – il faut bien retomber sur ses pieds. Quand même, quelles truffes !

Sa réponse

« Bon ! 10 924,36 tonnes. Disons – ça nous arrange bien – que nous avons affaire à de belles Agatas de pile 200 grammes. Ça nous fait 54 621 845 individus (je dis bien cinquante-quatre millions six cent vingt et un mille huit cent quarante-cinq patates). Disons que le traitement (éplucher et débiter grossièrement) d’une pomme de terre prend 30 secondes – encore un heureux hasard. La gamine de dos sera donc venue à bout du truc après 27 310 922,5 minutes (je dis bien vingt-sept millions etc.) de labeur ininterrompu. Brave petite. 18 966 jours. Soit grosso modo 51,9 années. Il sera alors bien temps de songer à se mettre à table. À propos… quelle calculette ? »

Et la (dernière) mienne

 Heureusement que j’avais dit « approximativement » ! Je n’ose imaginer si j’avais dit « précisément » ! Oui, parce que les 30 secondes,  j’ai vérifié, d’accord, ce n’était pas une agata (il n’y a pas de « h » après le « t » ? Non ? Parce qu’agatha en grec, mais bon), mais une bintje, alors le grain et l’épaisseur de la peau, oui, ça peut jouer. Bref, j’en étais rendu à 32,03 secondes/patate (je dis bien trente-deux virgule zéro trois)  et multiplié par… bon, enfin. Quoi qu’il en soit, merci infiniment (je dis bien infiniment) pour ces calculs, d’autant plus qu’ils n’ont pas été effectués sur… Ah oui, une calculette : eh bien,  c’est comme un boulier, voyez, sauf qu’on appuie au lieu de pousser. Sinon c’est pareil. Approximativement. Le boulier, vous vous rappelez, c’est quand on est petit et  que…. Non quand on était petit, parce qu’aujourd’hui… Mais bon… Voilà j’arrive au bout, presque plus de caractères restants. Ah, les limitations, ça met les boules ! Oh, ce n’était pas calculé.