Mediator : le procès.

Irène Frachon : « Ce procès Mediator est une occasion ratée » La pneumologue de Brest, qui a assisté à l’intégralité du procès, et dont la déposition limpide, pendant plus de sept heures à la barre, a marqué l’audience, raconte au « Monde » les impressions ambivalentes que lui laisse le jugement. (A la Une  – Le Monde – 30.03.2021)

« Le procès du Mediator n’aurait peut-être jamais eu lieu sans la persévérance d’Irène Frachon, qui fut l’une des premières, à la fin des années 2000, à faire le lien entre la prise du médicament des laboratoires Servier et certaines affections cardiaques et pulmonaires mortelles« 

Extraits de son interview qui souligne le hiatus entre la gravité du délit et la clémence de la peine :

«  J’espérais qu’on aurait cette fois un jugement exemplaire. Je suis désolée, mais ça n’est pas le cas. (…)Sur le plan pénal, il n’y a eu que du sursis. Quand la présidente dit « ce délit est gravissime » et prononce des peines avec sursis en deçà des réquisitions du parquet, le message est totalement contradictoire et incompréhensible – « c’est gravissime, mais vous ne ferez pas de prison ». Nicolas Sarkozy qui passe un petit coup de fil pour pousser un pote, il prend du ferme. Je ne défends pas Sarkozy, mais c’est stupéfiant. Et quand je pense à tous les « gilets jaunes » qui vont au trou… Je suis désolée, mais ça ne va pas. La question n’est pas de mettre quelqu’un en prison, mais le signal qui est adressé à propos de cette délinquance en col blanc n’est pas rassurant. Imaginez une femme de 60 ans qui se promène dans la rue, un motard lui arrache violemment son sac, cette femme tombe et meurt quelques jours plus tard d’une hémorragie cérébrale. Imaginez cette même femme qui consomme du Mediator et meurt d’une crise cardiaque, parce que son cœur a lâché à cause d’un médicament qu’un laboratoire lui a vendu pour gagner de l’argent. On est dans la même logique : ni le motard ni Servier ne voulaient la mort de cette femme, ils voulaient son argent, au risque de mettre sa vie en danger. Mais dans un cas, le délinquant ira en taule pour agression et homicide involontaire. Dans l’autre, l’industriel coupable de tromperie et d’homicide involontaire bénéficie d’une peine clémente. »

 Ma contribution dans le débat :

Pourquoi ce hiatus entre le délit et la peine ? La comparaison avec N.Sarkozy est intéressante : l’ex-président n’est pas condamné pour enrichissement mais pour un problème de pouvoir. Le Mediator, renvoie à l’ « entreprise » et son objectif de profit. Pouvoir et profit sont au cœur de l’équation capitaliste (être=avoir plus) mais l’un en est la forme « abstraite » (même si elle a des effets tangibles) et l’autre la forme concrète, sonnante et trébuchante, la plus sensible de ce qu’implique l’équation. Pénaliser par l’argent (amende) est cohérent avec la logique du système, alors que la prison ferme, elle, signifie une exclusion matérielle, un rejet symbolique du système. D’où la différence avec le voleur à la tire qui n’est pas, lui,  dans la logique de  l’entreprise de profit.  Depuis trente ans, il n’existe plus de solution de rechange, attirante ou repoussante, du capitalisme qui apparaît le seul possible, intouchable. C’est une donnée qui peut expliquer le hiatus en question. 

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