L’incompréhension de Mona Ozouf

Invitée à l’émission 28 minutes d’Arte du 03.07.2021, Mona Ozouf fut notamment interrogée à propos de la problématique que pose le « déboulonnage des statues » (cf. l’article « La statue de Colbert » du 24 juin 2020).

Voici sa réponse :

«  Je ne comprends pas et un historien ne peut pas comprendre ça ; il ne peut pas comprendre qu’on porte sur le passé un regard justicier, parce que finalement c’est un anachronisme… Il faut toujours restituer le contexte de ce qui s’est passé, la volonté justicière  de condamner le passé au nom de nos certitudes d’aujourd’hui… nous sommes juchés sur ces certitudes, et je pense que nous manquons le vrai qui est quand même le but de l’historien… »

Je précise qu’elle est agrégée de philosophie.

Son « je ne comprends pas » me semble en contradiction avec son argumentaire qui insiste sur l’importance du contexte qu’elle rejette ainsi, pour ne pas aborder la question qui lui est posée.

Il ne s’agit évidemment pas de savoir s’il faut ou non justifier une entreprise qui voudrait « condamner le passé » (une absurdité),  mais de tenter de comprendre ce qui peut conduire à le contester de cette manière.

C’est une démarche qui me semble ne pas être tout à fait étrangère au domaine de la philosophie.

Alors, comment comprendre qu’une philosophe puisse déclarer ne pas comprendre un fait de société, à partir d’un a priori de surcroît non questionné ?

Je suis allé sur Internet consulter sa biographie et j’ai découvert qu’elle avait signé une pétition pour soutenir la décision de G.W. Bush d’envahir l’Irak, en 2003.

Il me semble que je comprends mieux.

La disparition de Lytton

 Cette agglomération canadienne de cent-cinquante  habitants située à 230kms de Vancouver (Colombie Britannique) a été entièrement détruite par un incendie dont l’origine est vraisemblablement liée au dôme de chaleur (près de 50°) qui a concerné une partie de l’ouest nord-américain.

« Les capteurs ont saisi 770 117 éclairs au-dessus de la Colombie-Britannique et de l’Alberta en quinze heures, entre le 30 juin après-midi et le matin du 1er juillet. Le spécialiste des phénomènes climatiques extrêmes Daniel Swain a tweeté n’avoir jamais rien vue de pareil : « C’est littéralement une tempête de feu produisant des milliers d’éclairs et presque certainement d’innombrables feux. » (La Une du Monde – 02.07.21021)

Ma contribution.

Quel est le réel ? Les contributions en proposent deux images opposées. La majorité affirme la linéarité du processus de mutation et de ses conséquences, une minorité met l’accent sur les variations pour la rejeter.

Autrement dit, sommes-nous en train de vivre à notre tour le fantasme anthropocentrique de la fin du monde, ou bien considérons-nous que la catastrophe n’est plus le produit de la peur ancestrale mais de la certitude du savoir ?

Ou bien encore, sommes-nous, les uns et les autres, plus ou moins sans le dire, dans un « entre-deux » qui admet le savoir avec, comme réserve, l’espoir que les « savants » n’ont pas la maîtrise totale des données et des outils ? Qu’il n’y aura pas d’effet domino ?

Pour le moment, dans la pensée, la catastrophe est encore majoritairement « pour les autres ». Quel sera l’événement, chez nous, ou ailleurs selon ce qu’il sera, dont le degré d’intensité obligera à se dire qu’elle est aussi pour nous ?

« S’il arrive » dites-vous ?

La recherche du géniteur

Certains de ceux qui sont hostiles à la PMA pour toutes (la loi vient d’être votée à l’Assemblée Nationale – cf. article du 30.06.2021) expliquent que le besoin de recherche du géniteur par certains enfants conçus par ce procédé contredit les thèses qui relativisent l’importance du lien biologique et la figure du père.

Ma contribution :

L’argument de l’importance de la recherche du géniteur  évacue peut-être un peu vite le poids de l’importance historique accordée à la donnée biologique (le lien du sang, entre autres). Est-ce que quelqu’un nie le génétique ? Il faut seulement le sortir de sa gangue idéologique. La question relative à l’éducation d’un enfant, car c’est bien de cela qu’il est question, touche essentiellement aux rapports que nouent avec lui ceux qui en ont la responsabilité. Les « représentations » des figures du père et de la mère sont à examiner sous cet angle. Nous vivons une transition entre une idéologie ancienne (celle de la famille, du mariage procréateur, de la réduction de la sexualité au sexe…) et une éthique toute neuve (la liberté augmentée de l’individu pour ce qui concerne sa vie affective… dont fait partie l’enfant). Un peu de patience.

PMA et baccalauréat

Le point commun entre la Procréation Médicalement Assistée « pour toutes » (votée par l’Assemblée Nationale le 29.06.2021), et le baccalauréat dont la réforme initiée par le ministre de l’Education Nationale prévoit (pour le moment) la prise en compte du contrôle continu pour 40%, est la déconstruction :

1 –  pour la PMA, celle du modèle de famille défini par l’équation père + mère biologiques +enfant.

2 – pour le baccalauréat, celle du diplôme acquis jusqu’ici par des épreuves communes passées par tous les candidats dans des conditions identiques.

1 – La redéfinition de la famille évacue une idéologie fondée, entre autres principes, sur l’identification du genre et de la sexualité au sexe, sur le mariage procréateur, au nom de prétendues lois naturelles ou divines qui exigent notamment que l’enfant soit éduqué par ses géniteurs.

2-  La redéfinition du baccalauréat est la mise en cause d’un commun social construit de longue date autour du principe d’instruction obligatoire pour tous.  Au bout de la réforme, le baccalauréat perdra sa valeur nationale pour devenir une « marque d’établissement » qui déterminera plus ou moins la reconnaissance sociale du savoir acquis à la fin des études secondaires.

Les deux déconstructions ont un double effet :

– un accroissement de la liberté de l’individu dans le champ de sa vie affective,

– une confusion entretenue à dessein entre la valeur sociale de l’examen et celle d’une prétendue baisse de niveau admise et répétée comme une évidence.

Se met donc en place une tension entre :

– le pôle de l’individuation (choix éthique de l’individu primant sur les valeurs morales et religieuses traditionnelles) avec, pour corollaires vraisemblables, l’accusation de laxisme et la déploration  de la perte des valeurs fondamentales, d’une part,

– le pôle de la primauté donnée à l’élite des « premiers de cordée » chers à E. Macron (« Quinze à vingt talents bénéficieront de 3 à 5 millions d’euros… On a besoin de super-stars » annonce-t-il, parlant de la recherche scientifique au sommet « Choose France » de Versailles le 29.06.2021) vers laquelle tend l’importance donnée aux lycées (donc au recrutement des élèves) dans l’attribution du baccalauréat, d’autre part,

Cette tension peut conduire à associer/confondre la liberté augmentée de l’individu pour ses choix d’éthique personnelle avec la focalisation sur l’individu d’exception (cf. la réussite personnelle d’E. Macron) et à utiliser l’amalgame des deux pour évacuer l’éthique sociale du commun.

La faiblesse de l’équipe de France de football

Il y a frustration quand la prestation ne correspond pas à l’objet du jeu de football et dont le signe le plus manifeste est le comportement qui consiste à envoyer le ballon latéralement et/ou derrière dans des échanges à deux ou à trois, répétés et stériles.  Je ne parle pas d’un moment d’une tactique qui consiste à attirer l’adversaire, mais bien d’un comportement constant, remarquable notamment dans le jeu des Français.

L’enjeu du foot, repérable à l’hystérie quasiment orgasmique des spectateurs et des joueurs quand un but est marqué,  suffit à indiquer de quelle métaphore il s’agit. Autrement dit, ce qui est attendu est essentiellement une tension vers la cage/réceptacle adverse dans laquelle il faut propulser l’objet rond du désir pour un plaisir d’autant plus fort que le tir (« frappe » est inadéquate) est tendu et puissant.

La frustration vient non de la  défaite – elle peut ne pas être négative – mais de l’impuissance.  

Conclusions électorales

Les vieux sont ceux qui ont le plus voté. Ils sont d’un temps où l’alternative (au système) faisait partie du discours politique utopique. Jusqu’à la fin des années 80. C’est fini. Très peu de jeunes ont voté et les partis n’ont plus de militants. L’écologie ne peut être que transversale, sans transcendance, et elle est alimentée par la peur climatique. Les conclusions politiques tirées sur un épisode électoral qui a mobilisé un  tiers des votants potentiels pour une élection sans enjeu politique global sont pour le moins hasardeuses, à coup sûr inadéquates. A été réélu partout un bloc de gestion « apolitique » perçu sans impact sur l’essentiel représenté dans  l’élection présidentielle. Parler d’effondrement du RN, comme certains, revient à dire qu’ont disparu les peurs et l’irrationalité qu’il incarne. L’abstention signifie l’exact contraire.

Le roman national

« Pour l’historien Sébastien Ledoux, Emmanuel Macron « produit un récit héroïque traditionnel lorsqu’il met en avant des figures comme Napoléon »A l’heure où se divisent les tenants d’une « nostalgie nationaliste » et ceux d’une lecture victimaire du passé, l’historien et spécialiste des enjeux de mémoire revient, dans un entretien au « Monde », sur la construction du « récit national ». » (A La Une du Monde – 27.06.2021)

Extrait

« Le récit national est un fait social : il institue entre l’Etat et ses concitoyens un contrat narratif et politique qui situe les individus dans des obligations vis-à-vis de la nation – le sacrifice du soldat « mort pour la patrie » en est la scène ultime. C’est un récit d’endettement : il est destiné à susciter l’appartenance à une communauté-nation par le partage d’un même imaginaire historique. Cette mise en récit de l’histoire de la nation repose sur le choix de certains événements et de certains personnages du passé : l’intrigue narrative possède des points d’origine, des référents symboliques et un horizon d’attente. »

Ma contribution :

Que vaut la  référence à la mémoire (et au « devoir de mémoire ») présentée de manière plus ou moins explicite comme le remède à un  mal  qu’on a caché parce qu’il était dérangeant ? On se souvient, on commémore et on règle le problème ? Pour aller au plus sombre : est-ce que la mémoire du nazisme et de ses camps – témoignages, livres, films etc. –  a une quelconque utilité quant à l’identification et à l’éradication de l’ « essentiel » qui les a produits ? Ce qui estompe voire occulte le souvenir, est-ce autre chose que le refus de chercher la causalité « essentielle », autrement dit l’invariant qui nous constitue et qui, moins d’un siècle après, peut expliquer le retour des extrêmes-droites et l’engouement persistant et constant pour le nazisme et son fondateur ? Le « roman historique » n’est qu’une stratégie d’évitement.

Ce n’est pas un « récit d’endettement », comme l’écrit l’historien, mais d’enterrement.

L’affaire Valérie Bacot

Le Monde du 26.06.2021 rend compte de la fin du procès de Valérie Bacot, jugée pour avoir tué son mari, qui avait été son ex-beau-père et qui fut son tortionnaire pendant 25 ans. La vie de cette femme de 40 ans contient à peu près tout ce qu’on peut imaginer d’horreurs : sexuellement abusée à six ans par son frère aîné, violée à douze par le compagnon de sa mère (une femme instable, alcoolique qui a laissé faire – le père est absent), un homme (Daniel Polette) qui exerce sur elle une emprise dont elle ne parvient pas à se défaire, qu’elle épousera, avec qui elle aura quatre enfants ; pendant quatorze ans il l’oblige à se prostituer à l’arrière d’une camionnette aménagée de manière à ce qu’il puisse voir les relations sexuelles avec les clients et dont il lui indique via une oreillette les positions.

Après cinq ans d’instruction, elle comparait libre après une année de détention préventive. Elle a trouvé un emploi et tout préparé pour ses enfants en vue d’une nouvelle incarcération qu’elle pense inéluctable.

Condamnée à quatre ans de prison dont trois avec sursis (ce qu’avait demandé le procureur – l’avocate de la défense plaidant l’acquittement) elle est donc sortie libre du tribunal.

Les contributions, qui approuvent le verdict, témoignent essentiellement de l’émotion de leurs auteurs et déplorent l’absence d’aide et la solitude de V. Bacot pendant ces années. Certaines qualifient Daniel Polette de « monstre ».

« Ce verdict est un vrai soulagement, une victoire pour la Justice, même si on ne peut pas s’empêcher de penser que celle qui a vraiment incarné la Justice, c’est Valérie Bacot elle-même. Mais un autre soulagement serait que notre société reconnaisse enfin l’existence de véritables monstres. »

« La mère est la première coupable d’avoir livré sa fille à ce monstre, elle aurait dû être jugée et condamnée ! »

« Juste verdict. Elle a agi quand notre justice ne se donne pas les moyens d’intervenir contre ces monstres. »

Ma contribution :

« Monstre » (dans le sens, habituel, de « hors humanité ») parfois utilisé pour qualifier le tortionnaire, est une étiquette censée constituer une explication qu’elle n’est pas. L’acte violent commis par V. Bacot est le dernier segment d’une histoire particulière, parmi d’autres analogues sur une liste interminable, qui témoigne de ce dont est capable l’être humain. Le jugement rendu, les émotions exprimées, demeure le questionnement que toutes les vies plus ou moins exposées devant le tribunal pour cette affaire – celles de V. Bacot, de celui qu’elle a tué, de sa mère, des clients du camion – posent sur « qui nous sommes » et sur la nature de l’invariant qui fait sauter les verrous pour le pire dont aucune autre espèce n’est capable. Seul l’être humain.

Droits LGBTQ + en Hongrie

« Viktor Orban sous pression au sommet de l’Union européenne (…)  La Hongrie était sous pression jeudi 24 juin, accusée de discriminer les personnes LGBTQ + (lesbiennes, gay, bisexuelles, trans, queer/questioning) avec une loi dénoncée par la majorité des dirigeants des pays de l’Union européenne (UE), réunis à Bruxelles dans le cadre d’un sommet. (…) D’après la nouvelle loi hongroise « la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l’identité de genre, le changement de sexe et l’homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans ». Ce texte, qualifié mercredi de honte » par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était au cœur du débat entre les dirigeants en début de soirée. » (A la Une du Monde – 25.06.2021)

Les choix de V. Orban suscitent deux types de réactions : l’un concerne les « valeurs », l’autre le rapport de l’Union européenne avec la Hongrie.

1 – Les « valeurs »

Cette contribution d’une lectrice bien connue des contributeurs moins la morale disons traditionnelle qu’elle défend, que par sa dévotion (le mot n’est pas trop ford) à N. Sarkozy qu’elle soutien bec et ongles, quoi que révèlent les procès où il est mis en examen.

« Interdire la pornographie aux mineurs est une chose louable; de même, l’on peut considérer que le changement de sexe ou les relations homosexuelles sont des choses perturbantes pour un mineur, qui est en pleine construction de sa personnalité et pourrait être influencé. J’ai vu il y a quelques mois à la télévision un petit garçon qui se prétendait fille (ou l’inverse) interviewé et soutenu par ses parents, qui déclarait avoir été convaincu qu’il n’était pas du bon sexe après avoir vu des reportages et des « informations » sur les réseaux sociaux. C’est un réel problème de civilisation, qui mériterait mieux que les cris d’orfraie des bien-pensants ! »

Une réponse :

« Des choses perturbantes pour un mineur, qui est en pleine construction de sa personnalité et pourrait être influencé »… Ben voilà, le but de cette loi semble bien être l’influence dans « la bonne direction », alors que le jeune en question peut très bien être d’une direction contraire, et le manque d’information peut lui causer un traumatisme qui lui gâchera l’existence… En parlant de télé, avez-vous vu ces histoires de « thérapies de conversion » ? Si l’on peut changer sa couleur de cheveux ( de façon très provisoire ), on ne change pas celle de ses yeux, et encore moins son orientation sexuelle profonde. La remarque sur « les cris d’orfraie des bien-pensants », venant de vous, c’est, comment dire… succulent ? »

La mienne :

Vous paraissez assimiler les problèmes au rapport qu’on construit avec eux. Interdire la pornographie aux mineurs, par exemple, est un leurre ; la question est de savoir en quoi le porno peut tenter un mineur et de voir en quoi il est possible de l’aider (à ne pas regarder ou à regarder en expliquant de quoi il s’agit). L’interdit de type moral incite nécessairement à la transgression. Quant à l’influence de la télé, c’est la même chose : ce qui importe c’est de comprendre si cet enfant et ses parents sont déterminés (ce que vous laissez entendre) par ce qu’ils ont vu et entendu, ou bien si l’émission a servi de révélateur à un problème réel et enfoui. Cette question enfin : est-ce que les dérives que vous dénoncez ne sont pas pour une grande part les produits de la morale (avec son principe d’interdit considéré comme la réponse) qui semble être la vôtre ?

2 – Le rapport Union européenne <> Hongrie

Une contribution :

« Je réagirais aux commentaires condescendants vis-à-vis de la Hongrie qui affirment qu’elle devrait se soumettre ou renoncer aux subventions qu’elle reçoit pour rattraper l’ouest. Orban a déjà été renouvelé trois fois Premier ministre, son parti a remporté 53 % des voix dès le premier tour aux élections européennes l’an dernier, avec une participation record. Les Français devraient éviter les leçons, au vu des 70 % d’abstention aux élections régionales. Si la Hongrie comme les autres pays du bloc communiste ont un retard économique, c’est parce qu’ils ont été abandonnés à Yalta par les pays occidentaux. Les subventions qu’on leur verse sont une juste réparation, en même tant qu’un moyen de créer une Europe plus prospère et un marché pour nos entreprises. Les Hongrois risquaient leur vie en 56 dans la rue face aux chars soviétiques quand en France 25 % des électeurs votaient pour le parti communiste. L’Est se sent méprisé par l’Ouest. Si on croit en l’Europe, il faut arrêter cela. »

Trois réponses :

*« (…) Le paradoxe c’est qu’au sein de l’église catholique romaine combien d’homosexuels ou lesbiennes sont admises depuis fort longtemps. Mais la, on joue à la VRAIE hypocrisie et l’OMERTA. Au nom de la tradition chrétienne tant vantée en Pologne et Hongrie, il faudrait d’abord balayer devant la porte de l’église romaine. Critiquer l’homosexualité et pratiquer l’OMERTA avec le sexe a depuis longtemps jeter le discrédit sur l’église catholique romaine. »

** « Merci pour cet excellent rappel parfaitement démontré, des évidences historiques. La paille et la poutre. »

*** « Vous ne parlez que de l’économie, mais ici il s’agit des valeurs. La Hongrie peut-elle accepter de l’argent de pays qu’elle critique et méprise et rester honorable? Non!…. Et surtout, pour rattraper les éventuelles erreurs du passé, nous devrions donc financer un pays dictatorial qui musèle presse, justice et éducation, maintenant homophobe, ravagé par la corruption qui permet aux proches d’Orban d’être riche à millions avec les fonds de l’UE? Et dans la réparation de l’histoire, on remonte jusqu’à quand selon vous? Et la Russie, pourquoi ne paye-t-elle pas pour les dégâts infligés aux pays du bloc communiste? Quant aux 53% pour Orban aux européennes, les Hongrois ont donc clairement affiché leur volonté de cracher sur l’Europe: la porte est là! L’article 50 n’attend que leur  signature… »

La mienne

Les comparaisons entre des époques historiques sont délicates. L’affrontement entre les deux « blocs » – chacun avec ses références disons « morales » propres – a disparu depuis 30 ans pour laisser émerger un monde sans dialectique (pas d’alternative visible au système capitaliste). Le discours anti-idéologique  » (cf. « On ne naît pas femme on le devient »- Beauvoir) qui n’était pas très audible ni chez les (ultra)conservateurs (ouest) ni dans la sphère d’influence communiste, ne l’est toujours pas dans une forme actualisée (cf.  » On ne choisit pas d’être homosexuel on choisit d’être homophobe » – l’institution européenne) dans l’espace (ultra)conservateur, à l’est comme à l’ouest. Délicat, donc, de circonscrire la question à l’antagonisme passé. Je pense plutôt à la problématique de la croyance, quel qu’en soit l’objet prétexte, spécifique de notre espèce.

La religieuse de Pontcallec (suite)

Le Monde (papier) du 24.06. 2021 publie dans sa page Idées, une intervention de François Sureau, avocat et membre de l’Académie Française, destinée au Pape.

Extraits :

« A propos de mère Marie Ferréol, c’est à une succession de problèmes essentiels que l’esprit le moins prévenu se trouve confronté : le statut de la femme dans l’Eglise catholique, le respect par les institutions de cette même Eglise des droits de la personne, et son crédit moral pour finir. (…)

Quand bien même on serait philosophiquement ou religieusement étranger au christianisme, il se pourrait qu’on fût toujours sensible à sa compassion pour les persécutés. Le sera-t-on encore si cette Eglise tolère en son sein des persécutions, même moins importantes que celles qu’elle dénonce à travers le monde ? (…)

Si l’esprit passe avant la loi, l’amour avant la règle, on admettra difficilement qu’il en aille différemment au sein même de l’institution qui prétend énoncer ces idées libératrices. Imagine-t-on un instant le divin maître condamner sans savoir, ou même sans interroger ? (…) »

Ma contribution :

La question posée par la nature de l’argumentaire de cette intervention/plaidoirie  est celle de la référence, tenace, inconsciente ( ?) aux représentations de l’église historique quand elle incarnait la vérité en dehors de laquelle il n’y avait pas de salut. L’invocation du statut de la femme est de l’ordre soit de la naïveté soit de l’incantation – j’exclus l’humour. Même remarque à propos de celle de l’amour. F. Sureau a sans doute oublié que la préoccupation exclusive de l’autorité ecclésiastique a toujours été et est encore celle du salut de l’âme (ne pas confondre avec le corps) pour lequel tous les moyens ont été et sont donc encore, apparemment, bons. Quoi qu’il en coûte au corps.  Cette religieuse est une femme, comparativement à l’homme, la femme n’est pour le Créateur et la hiérarchie ecclésiastique qu’une partie seconde de l’homme, et chacun sait que c’est dans les détails que se dissimule le diable qui n’aime rien tant que la femme, à son corps défendant.