La fin de vie : un débat nécessaire

« L’Assemblée nationale devrait, jeudi, examiner la proposition de loi du député Olivier Falorni pour une « fin de vie libre et choisie ». Or les quelque 3 000 amendements déposés risquent de compromettre l’examen du texte et les discussions parlementaires qu’imposent (sic) un tel enjeu. » (A la Une du Monde – 07.04.2021)

Déclaration de François-Xavier Bellamy sur son compte Facebook.  Il est agrégé de philosophie, fut tête de liste de Les Républicains aux régionales de 2019 – 8,48% des voix – et un des auteurs des amendements :

« Nous voici devant un point de bifurcation essentiel : saurons-nous tout faire pour que la vie soit vivable, même dans l’épreuve, et jusqu’à ses derniers instants ? Ou préférerons-nous donner aux souffrants le droit d’être tués ? »

« Le droit d’être tué »  comme expression de la demande d’aide à mourir.  C’est un philosophe qui parle. De quoi s’agit-il ? De l’emploi du verbe tuer. Dans la phrase, il est employé au passif, ce qui veut dire que celui qui commet l’action, l’agent, est un tueur, celui qui la subit est une victime. Est-il besoin d’aller plus loin dans l’analyse de la mauvaise foi ?

Une mauvaise foi manifestée en outre par le dépôt de trois mille amendements destinés à bloquer la discussion… limitée à une journée. On sait que le président qui a besoin des voix de droite ne veut pas que le débat se poursuive sur cette question, à un an des présidentielles.

Une contribution :

(Helga) « Vous pouvez en disposer  [de votre corps] mais pourquoi vous reposer sur d’autres pour y mettre fin ? Le suicide assisté devrait être possible pour les personnes incurables et qui ont besoin d’une assistance pour vivre comme pour mourir. Les autres peuvent mettre fin à leurs jours par eux-mêmes, sans y impliquer des tiers. Certes, c’est difficile et ça demande du courage mais si vous ne pouvez pas franchir ces obstacles, c’est que vous êtes ambivalent et que vous n’êtes pas prêt. Parce que pour aller au terme de la démarche du suicide assisté, il faut beaucoup de courage et de détermination. »

Ma réponse :

Etes-vous sûre s’agisse de courage pour un suicide assisté ? Les témoignages de ceux qui ont aidé ou assisté ne parlent plutôt d’un désir, d’un choix. Voyez ce que dit le mari de Paulette Guinchard, auparavant hostile à cette démarche et qui a dû se rendre en Suisse à cause de nos interdits. La solution qui consiste à se jeter sous un train ou à se pendre vous paraît vraiment un argument à opposer à la demande d’aide (qui n’est pas envisagée comme une obligation pour quiconque) pour un acte qui devrait ressortir à la liberté de chacun ? Je trouve cette réponse dure. Comme est dure votre explication (« vous n’êtes pas prêt ») de ce qui peut faire reculer devant la violence et la brutalité des modes de suicide sans aide. Je pense au contraire que l’extension de la liberté jusqu’au choix de sa mort crée des conditions susceptibles d’aider à prendre une décision qui n’appartient qu’à soi et qui échappe au jugement des autres.

Réponse de Marie-C.D :

« Et pourquoi diable, Helga, devrais-jeter ma voiture contre un arbre, ou me jeter d’un pont, quand je pourrais m’endormir pour ne jamais me réveiller? Pourquoi des souffrances inutiles? Celles qui me conduiraient à souhaiter la mort ne sont donc pas suffisantes pur une seule existence ? »

Ma contribution :

Est-ce que l’homme dispose de sa vie ? Telle est la question essentielle qui sous-tend le débat souvent polémique, parce qu’elle touche à la croyance en un dieu créateur « propriétaire » de la vie, et qu’elle n’est pas explicitée, sans doute par peur. Qu’en serait-il des controverses sur l’aide à mourir si était affirmé le principe  » tout homme dispose librement de sa vie » ? Pour le reste : que sont devenus les obstacles liés au « tu enfanteras dans la douleur » quand le droit de l’aide à accoucher sans douleur a été reconnu ? Nous résoudrons très bien ceux qui sont dressés pour l’aide à mourir quand nous serons d’accord sur le principe. Jusque-là, le débat sera faussé par l’idéologie religieuse qui se dissimule derrière des préoccupations prétendument humanistes. Tout le monde sait que l’euthanasie est pratiquée, en secret, dans les hôpitaux, comme l’avortement avant la loi. Affirmer le principe, c’est aussi autoriser à ne pas le reconnaître, c’est ouvrir le champ de la liberté.

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