Le retour des talibans

La question que pose le très probable retour au pouvoir des talibans après le départ des troupes étrangères, est celle de leur survie et de leur renforcement, au cœur de la population afghane, après l’expérimentation de la charia entre 1996 et 2001. Il faut relire les articles décrivant le fonctionnement de ce pouvoir totalitaire appuyé sur le fondamentalisme religieux pour mesurer l’importance de la question. Qu’est-ce qui, pendant ces vingt années, a permis soit l’occultation soit l’acceptation voire le souhait d’un retour d’un tel système régressant  vers la société  primitive (loi du talion, lapidation, entre autres) ? Son émergence progressive jusqu’à la prise du pouvoir en 1996 s’explique assez bien par les ingérences étrangères et la lutte interne des chefs de guerre afghans.

Mais après l’expérience ?

Le contraste entre la vie de la campagne et celle des plus grandes villes pourrait être un élément d’explication : d’un côté un archaïsme rural pas très éloigné des principes de la charia, de l’autre, un mode de vie citadin, « occidentalisé » comme le pouvoir central perçu comme celui de l’étranger et gangréné par la corruption.

Autrement dit, rien n’aurait changé en vingt ans et la situation serait comparable à ce qu’elle était avant 1996… ce qui ne supprime pas la question initiale : pourquoi l’expérimentation des cinq années n’a-t-elle pas rendu inaudible le discours fondamentaliste accompagné d’interdits et de violences tels qu’ils paraissent d’un « autre âge », non seulement à nos yeux occidentaux, mais encore à ceux d’une partie des Afghans ?

Les talibans sont désormais une force politique reconnue, partie prenante des négociations et les promesses de coopération pacifique sont de toute évidence un simple vernis diplomatique.

Dès que les troupes militaires américaines et européennes seront parties – nouveau signe de l’inanité des interventions étrangères dans les affaires internes d’un pays – les chefs de guerre referont entendre une voix seulement mise en sourdine et les talibans tenteront de (et réussiront vraisemblablement à) reprendre le pouvoir par la force matérielle et spirituelle que leurs cinq années de pouvoir n’ont pas détruite.

Tout le monde en est convaincu, en témoigne le discours emprunté de J. Biden qui annonce implicitement un épisode dramatique.

Si quelqu’un dispose d’une explication invalidant ce diagnostic qui pourrait sembler dicté par une désespérance qui cogne fort à une porte encore solide et hermétiquement fermée aux sirènes du fatalisme, il est le bienvenu.

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