L’essence de la droite

Le journal de 7 h 00 des Matins d’été de France Culture (25/08/2023) diffusait un extrait d’une interview de N. Sarkozy dans laquelle il déclare que, pour gagner l’élection présidentielle de 2027 face à M. Le Pen, il faut un candidat de la droite républicaine capable de rassembler les électeurs du parti Les Républicains et ceux, de la même tendance politique, qui ont rejoint E. Macron dans les élections précédentes. Pour lui, G. Darmanin est le candidat qui convient.

Ce propos est – à un degré primaire – une expression de l’essence de « la droite » en ce sens qu’il décrit un monde statique : ce qui aujourd’hui est, sera dans quatre ans, ce qui présuppose l’implicite « c’est comme ça » (il fut et est encore explicite) qui a servi de justification au maintien d’un statu quo (précisément : statu quo ante = ce qui était avant) dans les divers domaines de la vie sociale (instruction, structure sociale, place de la femme, sexualité, filiation etc.).

Le corollaire en est l’arrêt du temps, un fantasme dont le statu quo est le signe : dire qu’il faut en rester à ce qui était, implique qu’on est en passe de ne plus l’être, ce que rappelle l’Histoire de la société humaine.

De ce point de vue, on peut dire que l’esprit de droite est l’expression sous la forme organisée notamment de partis politiques, du déni – dont la tentation est commune – de la trajectoire du vivant, en particulier de sa fin.  

Déni « raisonné » dans l’esprit de droite (E. Macron), pathologique dans celui d’extrême-droite.

E. Borne, qui fut proche du Parti socialiste, répond au journaliste qui lui demande ce qu’elle pense des propos de l’ancien président : « 2027, c’est loin. » Une réponse dont la référence au mouvement est connotée d’un imprévisible de type fataliste ou transcendant, pas plus éloigné du « c’est comme ça » que la première ministre ne l’est du président qui l’a nommée.

« Beauvoir et Sartre sous le charme de Castro »

Sous ce titre Le Monde (18/08/2023) publie un article de Roger-Pol Droit qui a suscité plusieurs commentaires dont la quasi-totalité sont de violentes critiques des deux philosophes.

Je publie le mien et le dialogue qui a suivi.

La problématique que propose cet exemple [Sartre et Beauvoir enthousiasmés par leur visite à Cuba en 1960] est celle de la contradiction entre les objectifs visés par la révolution communiste, les moyens et les résultats obtenus. (Le nazisme a ceci de radicalement différent qu’il ne présente aucune contradiction de ce type : c’est une entreprise de mort qui réussit). La nature des objectifs (libération de l’homme de l’aliénation que constitue l’exploitation de sa force de travail) explique l’engouement initial : l’analyse marxiste dit apporter « la solution », scientifique (matérialisme historique), à une quête humaine vieille comme l’humanité de vie communautaire « parfaite ». L’erreur signifiée par le fiasco final est de considérer que le commun spécifique de l’espèce humaine se définit par le rapport à l’« objet » (ce qui n’est pas le sujet). L’objet joue en effet le rôle de substitut de l’immortalité (plus j’ai, moins je meurs > équation du capitalisme) et incarne le déni du commun  humain : la conscience spécifiquement humaine de la mort.

Alberto : « L’ennui c’est que dans les deux cas le résultat obtenu est similaire…. »

Sardine : « C’est d’autant plus triste de voir des intellectuels qui, par définition, devraient faire montre d’esprit critique et ne pas se laisser aveugler par « l’engouement initial » se faire les chantres de dictateurs. Je pense surtout à Sartre et Simone de Beauvoir qui n’en ont raté aucun: admirateurs de Staline, de Mao, de Castro, ils ont refusé d’entendre ceux qui disaient la vérité. »

Ma réponse aux deux :

> Sardine : Vu la longue liste des intellectuels qui, au cours de l’histoire, ont cédé à cet engouement, il est possible de se dire qu’il y avait de bonnes raisons. Confronté à la théorie du sens de l’Histoire, l’esprit critique ne peut qu’opposer une théorie autre avant que tranche l’expérimentation. Dans le domaine de la science, de la vie sociale, combien de théories ont été considérées comme vraies avant d’être démenties ? La terre plate et immobile, l’existence de races, des dons, la hiérarchie des sexes etc. Il n’est pas inutile de se replacer dans le contexte du début du 20ème siècle et, un peu plus tard, dans celui de ce qu’était Cuba pour comprendre comment la révolution russe et de jeunes révolutionnaires ont pu susciter cet engouement. Voir, un peu plus tôt, Voltaire avec Frédéric II de Prusse et Diderot avec Catherine de Russie.  > Alberto : le continuum des guerres et des massacres dispense-t-il de l’analyse ?

Sardine : «   Jean-Pierre Peyrard, il ne manquait de preuves, dans les années cinquante, de la nature dictatoriale et criminelle du stalinisme, Koestler, Gide, Victor Serge, et tant d’autres sans parler du procès Kravtchenko où d’anciens déportés sont venus témoigner, « l’expérimentation » était faite. Il y a eu, chez Sartre et Simone de Beauvoir, un refus assumé de voir la réalité en face. Ce n’était plus au début du siècle mais dans les années cinquante. »

Ma réponse :

La double question que pose votre réponse est celle du processus et du temps. Dans le processus révolutionnaire, il y avait le moment de la violence assumée qui devait répondre à la violence de la contre-révolution (antérieure même à la révolution) et qui demandait donc du temps. Nombre de soutiens défendaient l’idée que les contradictions du processus révolutionnaire étaient transitoires, sinon inévitables compte tenu de la situation et des antagonismes initiaux (nationaux et internationaux), et beaucoup n’ont pas considéré que 30 ou 40 ans suffisaient pour tirer des conclusions définitives. Une des raisons se trouve peut-être dans l’investissement philosophique. Gide était favorable au départ plus disons par empathie que par conviction philosophique. Le contraire de Sartre.

Sardine : « Jean-Pierre Peyrard, votre argumentation sur le temps nécessaire serait recevable sans le mensonge permanent pratiqué par ces deux philosophes. On pourrait comprendre qu’ils disent oui, les camps existent, oui, les pénuries existent, mais la violence révolutionnaire compense la violence tsariste précédente. Mais ils se sont obstinés dans la négation de la réalité, dans le mensonge, dans la calomnie de ceux qui disaient vrai, c’est cela qui est impardonnable. » (sa dernière réponse du fait des quotas imposés par le journal)

Ma dernière réponse (id.) Sauf à réduire l’analyse au « caractère menteur » de ceux qui soutirent l’URSS en connaissant la réalité, il y a un autre paramètre à intégrer dans l’analyse, celui de la dimension essentialiste du problème, à savoir la confrontation (perçue comme historique) capitalisme/communisme et dans le contexte international de la guerre froide. Difficile peut-être, aujourd’hui, après coup, de mesurer l’importance de la lutte idéologique d’alors entre deux conceptions antagonistes du monde. Il y a, sur un autre plan mais dans la même problématique l’exemple d’Aragon qui écrivit une ode à Staline sidérante et, dans le même temps, des poèmes inspirés par Elsa ou la guerre et la Résistance qui sont d’une tout autre éthique.

Retour à Fanore

Il y a un an, dans l’article daté du 16 août 2022, je rappelais qu’un imprévu arrive sans avoir prévenu, parfois même le 13 août. C’est son propre, comme le rire est celui de l’homme, même si en l’occurrence le rire n’était pas à l’ordre du jour.

C’était à Ballyvaughan, petit port du comté de Clare, dans un cottage.

Hum… Bizarre, cette impression de début de roman de 19ème siècle…

Bref, la question que je me suis posée après la survenue intempestive de cet imprévu, s’inscrit dans une démarche de type cartésien,

Je savais que si la pensée signifie l’être le fait d’être, si vous préférez – elle ne garantit évidemment pas le bien-être qui, comme le mal-être, n’est qu’un constituant de ce fait d’être qui n’est en soi ni bien ni mal puisqu’il se contente d’être.

Vous suivez ?

Donc, est-ce que l’imprévu du 13 août 2022 se manifesterait à nouveau le 13 août 2023 ?

Cette question – j’avais prévenu, on est dans du rationnel pur, le noyau dur de la pensée – touche l’essence même de l’imprévu.

Suivez bien.

Si cet imprévu se manifestait à nouveau le 13 août 2023, il cesserait d’être un imprévu puisqu’un imprévu prévu et attendu cesse d’être.

Vous suivez ou vous voulez que je répète ? Non ?  Ça va ?

Bon. Donc, si cet imprévu existe, il pense, puisque la preuve de l’existence de l’être réside dans la pensée. Et s’il pense, il ne peut pas se manifester le 13 août 2023 pour la raison (voir juste au-dessus) que s’il se manifeste à cette date attendue, il cesse d’exister.

Vous suivez toujours ?

J’ai quand même attendu le 13 avec une certaine impatience et non sans une certaine inquiétude d’un genre qui balance entre le physique organique et la métaphysique.

C’est à Fanore, petit village du Burren près de Ballyvaughan, dans un cottage au bord de l’océan….

Hum… Et encore cette même impression de début de roman de 19ème siècle !

Nous avons loué le cottage à partir du 12, le temps de nous préparer à l’imprévu dont je ne redirai pas la dimension existentielle de la contradiction qu’il devrait résoudre, pour ne pas dire le pétrin dans lequel il se mettrait, s’il pointait son nez le 13.

Ce jour-là, la vie irlandaise caractéristique de ce coin du Burren s’est déroulée normalement : à gauche de la maison, la montagne est restée couchée comme un gros animal préhistorique endormi,  juste devant,  les lapins ont couru dans tout les sens dans le pré et sur le chemin, au loin, les trois îles d’Aran sont restées alignées bien à leur place, à droite, l’océan a consciencieusement brisé ses vagues sur les rochers, au-dessus,  le ciel a joué ses variations habituelles de nuages, de pluie, de soleil et de vent, et à l’intérieur,  les huîtres se sont révélées excellentes, le chardonnay du Chili aussi.

Aucun imprévu ne s’est manifesté, si ce n’est trois chevaux – apparemment le père, la mère et le poulain –   venus tourner autour de la maison en hochant ostensiblement la tête. Les recherches que j’ai entreprises ne font état d’aucun lien entre des chevaux et l’imprévu dont il est question.

Alors, de deux choses, l’une : ou bien l’absence de l’imprévu à la date du 13 est le signe de son existence, et il guette un nouveau créneau pour se manifester, ou bien elle est le signe de sa disparition, dans le genre trois petits tours et puis s’en vont – lui n’aurait fait qu’un tour qui aurait suffi à le satisfaire.

Comme il n’existe aucun moyen de savoir quelle hypothèse est la bonne – l’imprévu se caractérise aussi par le mutisme – j’ai donc décidé d’utiliser le seul moyen efficace : la pensée.

Il me suffit en effet de penser à la survenue de l’imprévu pour lui ôter toute possibilité de survenir en tant qu’imprévu : s’il arrive, il sera tout, sauf un imprévu.

Vous voyez ?

En tout cas, moi, si j’étais un imprévu, je déciderais de ne pas arriver dans de telles conditions qui ôtent ma raison d’être.

Nous sommes le 15 août, le ciel est bleu, il y a quelques nuages au-dessus de la montagne du Burren, les lapins courent dans le pré, l’océan est calme.

Nous n’avons rien prévu pour aujourd’hui.

« Civitas » et sa dissolution

« Le ministre de l’intérieur déclare aussi qu’il saisit le procureur de la République, après la diffusion de « propos ignominieux » tenus lors de l’université d’été de juillet du groupuscule et parti politique. » (Le Monde – 08/08/2023)

Ma contribution :

Le problème n’est pas le contenu du discours (cf. la vidéo*) dont le conditionnel  de la proposition et le ton employé sont significatifs de l’artifice. L’objectif : utiliser le fonds antisémite pour nourrir le racisme et la xénophobie et exacerber ainsi l’approche passionnelle de l’immigration.  Que cette focalisation sur les juifs soit possible et que certains commentateurs jouent le jeu du formalisme auquel les invite ce monsieur (cf. la question du « détail » des chambres à gaz), voilà qui est problématique. Quant à la proposition de dissolution motivée par des questions de « valeurs », elle est un signe de désarroi sinon de faiblesse.

* Incluse dans l’article du journal elle montre un homme derrière lequel est affiché le sigle de l’association Civitas (organisation catholique intégriste), qui évoque devant un public qu’on ne voit pas mais qu’on entend applaudir, le statut des juifs avant la Révolution. Il conclut en disant que la naturalisation des juifs (1791) est la cause du phénomène migratoire et que si l’on voulait rétablir un catholicisme d’état « peut-être faudrait-il retrouver la situation d’avant 1791. »

Censure, démolition et déconstruction

Deux contributions : la première concerne la censure du livre intitulé Bien trop petit (Manu Causse) publié dans une édition pour les jeunes et interdit de vente aux mineurs par le ministre de l’Intérieur pour son « caractère pornographique ». (cf. Le Monde du 02/08/2023) ; la seconde à propos d’un article sur l’expérience ministérielle de Pap N’Diaye à l’Education nationale, en particulier les attaques de la droite et de l’extrême-droite contre une prétendue entreprise de « wokisme » dont la déconstruction (cf. J. Derrida, G. Deleuze) est un des constituants. (cf. Le Monde du 04/08/2023)

1° La censure, un interdit imposé qui concerne le rapport avec soi, est une fuite en avant, l’expression d’un déni de ce qu’est la liberté, à savoir la possibilité de choisir : elle implique, en amont de l’information, l’enseignement de la démarche philosophique – pratiquement absent de l’école – et dès l’âge (3 ou 4 ans) où se manifeste la première question liée à l’exercice de cette liberté : est-ce que je vais mourir ? Autrement dit, substituer aux critères aléatoires de la morale du bien et du mal – le plus souvent le manteau de l’hypocrisie – ceux de l’éthique du bon et du mauvais pour soi et qui ressortit à la responsabilité du sujet. Ce que l’adulte écrit dans un livre est déjà dans la pensée et le corps des enfants et des adolescents, comme il l’était dans les siens, plus ou moins explicite, informe et enfoui ou ignoré selon les interdits dont je parle.

2° Déconstruction et démolition. Si je démolis une maison*, je la déconstruis*. La question est de savoir pourquoi je la démolis. Le plus probable est qu’elle soit mal construite ou en mauvais état ou parce qu’elle ne convient plus à l’environnement. Que se passe-t-il quand l’objet n’est pas matériel ? Par exemple : la France coloniale a enseigné aux enfants des Antilles « Nos ancêtres les Gaulois », jusqu’au jour où il a été considéré qu’il n’était plus possible d’enseigner un tel mensonge. Là, commence la déconstruction* d’un discours faux, ou sa démolition*, comme on voudra, qui sera remplacé par celui du réel historique. Les petits Noirs des Antilles n’avaient pas les Gaulois pour ancêtres et c’est pourtant ce que des instituteurs ont accepté d’enseigner. Autres exemples de discours historiquement analogues : ceux qui concernent, les « dons », les inégalités, l’homme, la femme, la sexualité, la « race », l’étranger, l’immigration,…

* J’ajoute ici ce que les règles du journal (1000 caractères maximum par contribution) m’ont empêché de publier : dans le cadre de la comparaison avec la maison, « démolition » indique plutôt le bulldozer (cf. la démolition par les Israéliens des maisons des « terroristes » palestiniens ou de celles qui doivent laisser la place aux nouveaux colons) alors que « déconstruction » évoque plutôt l’archéologue qui cherche à comprendre un procédé de construction, son histoire.

Olga Kharlan

« La sabreuse est devenue, jeudi aux Mondiaux d’escrime, la première sportive ukrainienne à affronter une Russe, hors tennis, depuis le début du conflit. Mais elle a été disqualifiée pour avoir refusé de serrer la main de son adversaire après l’avoir battue. » (Le Monde – 28/07/2023)

Quelques contributions :

« Cette disqualification est une honte, mais le plus honorable aurait été de refuser la participation des russes. Les instances sportives sont corrompues ? »

« Dans le monde de la musique classique les artistes russes n’ont retrouvé ou conservé leur place sur les scènes occidentales que s’ils avaient explicitement désavoué l’invasion de l’Ukraine (d’où la disparition du pourtant génial chef Valéry Gherghiev). Le tweet où l’escrimeuse [russe] fait le V de la victoire [avec un soldat russe] ne semble pas démontrer cette volonté. Elle n’aurait simplement pas dû être autorisée à participer à cette compétition. Ce sont les règles appliquées par les instances sportives qu’il faut changer et faire appliquer. »

« Apparemment tout le monde approuve l’attitude de cette sportive envers les sportifs russes mais il y a nettement moins de monde pour approuver le même comportement envers les sportifs israéliens. C’est incohérent. La situation est encore plus tordue dans le cas israélien puisque la présence des équipes israéliennes est imposée dans les compétitions européennes alors même que le territoire israélien n’est pas en Europe (imposer leur présence est donc un cas flagrant d’importation du conflit israélien en Europe). »

« J’aime bien vos suggestions à tous : Le règlement est mal fait puisque l’athlète Ukrainienne est sanctionnée…Alors on doit le changer. En gros quand la règle ne me convient plus, je décide de la changer. Cela me fait penser aux pratiques des pays dictatoriaux, sauf que nous contributeurs s’érigent en grands démocrates. »

La mienne :

Le 16/10/1968, aux J.O. de Mexico, Tommie Smith et John Carlos, deux athlètes noirs de l’équipe des USA, lèvent un poing ganté de noir sur le podium du 200m que le premier a remporté, pour protester contre le racisme dans leur pays. Ils seront exclus. Une problématique est celle du rapport de l’individu avec le règlement qu’il a accepté en participant à la compétition, autrement dit, le droit à la désobéissance et à la protestation. Une autre est celle du rapport du sport de compétition et de son organisation avec la vie politique, autrement dit la question de la pertinence du « hors sol » dont ils se réclament. Une troisième est celle de la compétition, notamment « patriotique », drapeaux en tête, autrement dit la question du sens de cette conception de la pratique sportive du point de vue des relations entre individus et peuples.     

Espagne

« Les résultats ont finalement fait mentir ces prévisions, et la mobilisation des Espagnols pour faire barrage à l’extrême droite a été accueillie avec soulagement à Bruxelles, à moins d’un an des élections européennes. Vox a perdu trois points (12 % des voix) et dix-neuf des cinquante-deux sièges qu’il avait obtenus au Parlement, en 2019. Le PP et Vox n’ont pas obtenu suffisamment de députés pour former une majorité et gouverner. Quant au chef du gouvernement, Pedro Sanchez, il a montré une nouvelle fois sa capacité de résistance. » ( Le Monde – 25/07/2023)

Ma contribution :

La résistance espagnole à la pathologie qui produit l’idéologie d’extrême-droite a sans doute à voir plus avec la guerre civile qu’avec la dictature franquiste elle-même, éteinte en 1975 : d’où la différence avec l’Italie. La guerre civile est une expérimentation à la fois réelle et symbolique de la mort « de soi » encore vivace dans la mémoire collective sollicitée par la campagne électorale de la gauche.  Le relatif recul de Vox et le rejet apparent de l’alliance avec le PPE sont un leurre de victoire. Ce qui est en jeu à l’issue de ces élections, est moins une paralysie politique que l’accroissement de l’incertitude de type existentiel – comme sur l’ensemble de la planète – à l’origine du développement des peurs, de l’angoisse et de l’idéologie d’extrême-droite qui en est l’expression passionnelle électorale.

Festival d’Avignon

« Nouveau triomphe à Avignon : (…) la metteuse en scène et performeuse Rébecca Chaillon (…) a mis toute la salle debout, jeudi 20 juillet au soir. Le public a semblé ne plus jamais vouloir s’arrêter d’applaudir, à l’issue de la première avignonnaise de Carte noire nommée désir. Cet accueil est venu saluer un spectacle impressionnant, et qui fera date, dans sa manière d’inscrire la pensée décoloniale dans une histoire du théâtre et de la performance, avec une intelligence magistrale, un humour dévastateur et un engagement du corps phénoménal. » (Le Monde du 22/07/2023)

Quelques contributions :

« Personnellement, j’ai assisté au spectacle et j’ai été assez choqué dès le début : une annonce propose à des femmes noires de s’asseoir sur des canapés de l’autre côté de la scène. Ces personnes ont ensuite le droit à une hôtesse qui passe leur servir des boissons pendant le spectacle. Alors qu’il fait une chaleur torride dans cette salle, je me suis demandé pourquoi cette différence de traitement. Est-ce seulement légal ?Je comprends le message général du spectacle, mais j’ai beaucoup plus de mal avec la culpabilisation des spectateurs (qui peuvent eux aussi d’ailleurs être issus d’autres minorités). »

« Le Monde dans sa splendeur actuelle, c’est-à-dire sa simpliste lecture du monde en dominants/dominés, inclus/exclus, bourreaux/victimes… C’est encore plus bête que le marxisme léninisme qui au moins avait une théorie explicative alors qu’aujourd’hui on a juste des dénonciations et la satisfaction grégaire de certains d’être du bon côté, celui des dénonciateurs. Le théâtre comme le cinéma saisis par le ressentiment, l’identitarisme et la victimisation ça donne une lecture stéréotypée du réel et un rabâchage à partir de ces stéréotypes. Quelle est la plus-value intellectuelle et esthétique ? »

« Pauvre Jean Vilar ! lui qui avait créé le festival d’Avignon pour donner le goût du théâtre aux classes populaires. Quand on voit ce qu’est devenu ce festival « in » : un « attrape bobos », je pense qu’il ne serait pas fier de ses successeurs. »

Ma contribution :

Ce qui est décrit de la réception du spectacle par le public ressemble fort à un exutoire et par certains contributeurs à un déni. On se soulage comme on peut.

et ma réponse à l’invocation de Jean Vilar :

Est-ce que la réception du message de J. Vilar par les classes populaires a correspondu à ce qu’il souhaitait ? Qui se rendait, et qui se rend au théâtre ? Molière, Racine, Shakespeare, même sous une toile (cf. Jean Dasté) ne sont pas d’un abord évident sans des références culturelles et une maitrise de la langue qui n’est pas spontanée. Son discours participait d’une utopie globale positive qui mobilisa beaucoup de monde et d’énergie. Le public d’alors – celui d’aujourd’hui vient des mêmes catégories sociales – avait le sentiment de participer aux prémices des lendemains qui chantent, utopie maintenant disparue. Les metteurs en scène contemporains à succès (théâtre, opéra) modifient les pièces et les livrets avec le concours des institutions (cf. Tartuffe, « revu », sinon trahi, par Ivo van Hove avec l’accord de la Comédie Française qui l’interprète). Le public traditionnel les applaudit en tant que signes désormais de désarroi.

Les « nouveaux » médicaments

Sous le titre « La moitié des nouveaux médicaments mis sur le marché n’ont pas de valeur thérapeutique ajoutée » Le Monde (21/07/202) publie un article sur cette question dont cet extrait : « Une étude publiée le 5 juillet dans le British Medical Journal révèle que moins de la moitié des médicaments approuvés par les autorités européenne et américaine entre 2011 et 2020 ont une valeur ajoutée substantielle pour leur première indication thérapeutique – maladie ou symptômes pour lesquels ils sont développés – par rapport aux produits déjà existants. » 

Quelques contributions :

« La valeur ajoutée est surtout au niveau des bénéfices financiers (il faut dorloter les actionnaires) ! »

« Médicaments n’ayant pas de valeurs ajoutées thérapeutiques mais ayant probablement de fortes valeurs ajoutées financières, ou alors big pharma n’est plus ce qu’il était ! »

« Puisque c’est le secteur privé qui fabrique les médicaments il faut bien qu’il vive et ces nouveaux médicaments permettent de satisfaire les actionnaires en attendant mieux.
Par ailleurs ces nouveaux anti-cancéreux sont un espoir pour les malades et l’espoir est essentiel dans ce type de maladie.On peut aussi se poser la question d’une industrie publique européenne du médicament… Ça permettrait d’éviter ces dérives mais est-ce que cela changerait les choses en ce qui concerne la recherche sur le cancer ? Je suppose que les avancées sont faites dans les instituts qui fournit ensuite les informations à l’industrie soit directement sur contrat soit via la littérature scientifique
. »

Ma contribution :

« La problématique n’est pas celle du profit des laboratoires qui est cohérent avec le système – comme toute entreprise – mais celle du système lui-même. Il est aussi absurde de supposer que les chercheurs – comme les médecins – ne sont intéressés que par le profit que de faire comme si le système n’avait pas d’incidence sur ce qui détermine leurs choix et leurs comportements. Ils ne sont pas différents de nous dans le rapport que nous construisons avec « l’objet » (ce qui n’est pas le sujet) dans le cadre de l’équation capitaliste de contournement : être = avoir + . Ce qui nous différencie les uns des autres est de l’ordre de l’éthique, à savoir la qualité du discours critique que nous construisons quant à ce rapport à l’objet. » 

Dungloe

C’est le nom d’une petite ville d’un millier d’habitants située dans le Donegal, un comté du nord-ouest de l’Irlande. Une des caractéristiques de la région, est que tout est indiqué en gaélique, une langue qui ne ressemble ni aux langues romanes ni à l’anglais, ni à quelque langue que ce soit sinon au gaélique. Sur le panneau d’entrée de la localité est inscrit An lochàn Liath (l’accent sur le a est aigu mais mon clavier qui ignore le gaélique ne veut rien savoir). D’après mes recherches, l’expression pourrait signifier « la pierre grise », ce que confirmerait le dun anglais de Dungloe qui indique une couleur gris-brun, gloe étant, peut-être, le nom d’un château dont je vous laisse deviner la couleur des pierres.

Si vous vous arrêtez dans un pub villageois où se trouvent des Irlandais, je veux dire des hommes irlandais, accoudés au bar, qui boivent une pinte de bière brune par personne en parlant fort, c’est très simple, vous ne comprenez rien, ce qui est bien dommage parce qu’ils rient aussi, et très fort. Comme ils vous ont salué quand vous êtes entré et avec des regards sympathiques, vous en déduisez que leur rire concerne autre chose que vous ne saurez jamais.

Vous vous arrêtez un instant sur le bas-côté d’une toute petite route pour consulter la carte et repérer son numéro, une voiture vient stopper à côté de la vôtre dont la plaque d’immatriculation indique que vous êtes français, vous voyez une dame qui vous fait signe, vous baissez la vitre et vous l’entendez vous dire – en anglais – qu’elle habite dans la région et vous demander si vous avez besoin d’aide.

Comme je ne suis pas coupé du monde d’où je viens, je lis dans mon journal numérique qu’il y fait chaud, même très chaud et qu’il y a des pénuries d’eau.

Ici, la température atteint péniblement les 17°, l’eau coule partout et en abondance, les gazons et les prairies sont verts.

Je sais bien que je ne suis pas au paradis. Je ne fais que passer et dans une toute petite partie d’un pays confronté à des problèmes spécifiques.  

Toutes choses égales, le dépaysement par le gaélique, l’exubérance de la pinte et des voix, la gentillesse des personnes, la fraîcheur et l’eau en sont peut-être un aperçu.