Journal – 11 (25/01/2024)

Tout quotidien ayant plusieurs pages, je ne vois vraiment pas pourquoi le mien n’en aurait pas deux !

Non, mais bon !

Il y a trois heures environ, après avoir clos la première en évoquant les compositions de Marc Knopfler que j’écoutais tout en écrivant (j’écoute avec mes oreilles et je tape avec mes doigts,  je fais très attention) j’ai mis sur pause et enfourché ma bicyclette. Si vous vous demandez comment je suis passé de l’un (ordinateur) à l’autre (bicyclette), je vous renvoie à Kant et Schopenhauer qui expliquent très bien la problématique de l’espace et du temps, notamment pour la recherche de causalité, bien que, dans mon cas, il n’y ait pas besoin de la rechercher. N’empêche.

Bon.

En revenant, après avoir grimpé quelques côtes et descendu quelques descentes… oui, bon, d’accord… pensant à ma condition de bicyclettiste et considérant de haut ma bicyclette (n’y voyez aucune condescendance), la question m’est venue, comme il m’en vient parfois : mais pourquoi donc l’appelle-t-on « petite reine » ?

Non, c’est pas pour dire, mais bon : la prochaine fois que vous enfourchez votre bicyclette pensez-y : pourquoi « petite reine » ?

Tout en donnant les derniers coups de pédale, j’ai exploré les fonds et tréfonds de ma culture et je n’ai rien trouvé que le  « ma petite reine » que Bernard Blier sert à Arletty quand il lui met ses pantoufles, dans Hôtel du Nord, le film de Marcel Carné. Je ne le dis pas trop fort, mais cette séquence met un sacré bémol à la théorie du machisme.

Comme rien dans le film ne peut évoquer un cycle, sans parler d’un bicycle, –  ça serait Drôle de drame, toujours de Marcel Carné, alors là, je dis pas, because William Kramps, le tueur de boucher qui a toujours un vélo à la main, même dans l’église où prêche l’évêque Soper joué par Louis Jouvet, il faut voir ça… mais je m’égare – je suis allé jeter un œil dans l’Internet… Pardon ?… Oui,  après la douche… Et j’ai trouvé ceci : l’expression trouve son origine chez une vraie reine. Cette reine était Wilhemine, qui succéda à l’âge de 10 ans à Guillaume III sur le trône des Pays-Bas, et avait l’habitude de se déplacer à bicyclette… Pour ceux qui ne connaissent pas, je précise que dans ce pays, les côtes sont généralement très plates, ce qui rend le pédalage plus cool, parce que c’est pas pour dire, mais les Pays-Bas seraient dans les Cévennes, je suis pas sûr que la reine… mais je m’égare.

Des journalistes français ayant constaté cette pratique inhabituelle chez les monarques (que je sache Louis XVIII ou Charles X ne se déplaçaient pas sur une draisienne inventée pourtant en 1817 !) et comme la reine n’était pas grande, suivez bien, ils ont appelé la bicyclette petite reine.  

Heureusement qu’un journal peut avoir plusieurs pages.

Journal – 10 (25/01/2024)

Ça croule. Comme l’âne sous le bât. L’agriculture, l’école… pour m’en tenir à deux problèmes parmi la foule de tous les autres. Et toujours, non l’impression, mais le constat de la limite du questionnement.

Il y a deux jours, j’écoutais dans les Matins (émission diffusée entre 6 h 30  et  9 h 00 et appelée les Matins pour rappeler à l’auditeur distrait qu’il ne s’agit pas d’une émission du soir) de France-Culture, Christophe Bourseiller, journaliste, animateur, enseignant. Il expliquait, très bien, j’étais complètement d’accord, que les mouvements récents de protestation  (bonnets rouges, gilets jaunes) différaient de ceux des années 70 (mai 68, entre autres) par le manque d’alternative idéologique. Il le regrettait.

Et je me disais : mais pourquoi reste-t-il sur ce constat et ne se pose-t-il pas la question du pourquoi ce manque, cette absence ?  Qu’est-ce qui l’empêche de franchir le cap du constat ?

Comme je fais souvent ce constat – ce n’est pas un scoop pour ceux qui lisent le blog – j’en viens forcément à franchir le cap et à me poser la question à moi-même : mais pourquoi te poses-tu cette question ? Hein ?

Et que trouvé-je, tout au fond ?

Le désir de transformer le monde.

Waou ! (expression de grande surprise… enfin je m’en doutais quand même un peu). Parce que je pense à quelqu’un et je me demande ce qu’il y a derrière tout ça. Comme je ne suis pas un juif allemand de la première moitié du 19ème siècle, il faudra que je trouve une autre explication.

En attendant, je continue l’écoute (Spotify… quand je pense ce qu’il fallait faire pour écouter de la musique quand j’étais ado, et même après !) de la compilation des meilleures compositions de Mark Knopfler.

Ça ne répond pas à la question, mais quel plaisir !

Les « groupes de niveaux » et l’esprit antirépublicain

Le SNPDEN-UNSA (syndicat des cadres/chefs d’établissements) dont Le Monde (26/01/2024) précise qu’elle une organisation « peu coutumière des oppositions frontales au ministère », vient d’adresser une lettre à la ministre (à ce jour) de l’Education nationale et du Sport, Amélie Oudéa-Castéra, dont l’investissement dans l’école publique est bien connu.

Le syndicat y explique non seulement que la décision de supprimer au collège les classes hétérogènes et de grouper les élèves par niveaux pose des problèmes matériels très compliqués, sinon insolubles sauf à supprimer des options, mais encore qu’elle est « contraire à nos valeurs ».

Je préfèrerais « principes » (dimension universelle) plutôt que « valeurs » (dimension plutôt contingente), mais peu importe.

Ce que le ministre, proche de l’école privée où il a été formé, comme le président dont il n’est que la voix, comme la ministre, est en train de mettre en place, est une rupture avec le principe républicain « liberté égalité fraternité ».

Il ne s’agit pas d’idéalisme : le principe républicain définit un type de relations fondé sur le réel concret, matériel  : il n’y a pas de race, pas de hiérarchie humaine, tous les hommes sont semblables par la biologie, la nécessité de la vie sociale et l’angoisse existentielle caractéristique de l’espèce humaine.

L’école républicaine est une application du principe en ce sens qu’elle ne distingue pas et qu’elle met à disposition de tous les enfants regroupés selon les âges, les mêmes tables, les mêmes maîtres, les mêmes livres et le même savoir reconnu par la collectivité.

L’esprit de droite consiste ici à inverser les rapports et faire de la conséquence la cause.

La cause scolaire, non des inégalités – elles précèdent l’entrée à l’école dite « maternelle », une appellation quand même problématique – mais de leur maintien et de leur aggravation (l’école ne corrige rien mais reproduit, ainsi que le montrent depuis des décennies toutes les études – les exceptions venant confirmer la « règle ») est liée aux conditions matérielles de l’enseignement (effectifs, notamment) et du discours global d’enseignement (cf. les articles sur la Grammaire du français) qui discrédite les professeurs (d’où leur déconsidération) – ils ont leur part de responsabilité.

La décision du premier ministre est l’expression d’un déni dont le comportement du président de la République (messe à Marseille, Hanoukka à l’Elysée) est une autre illustration relativement au principe complémentaire de laïcité.

Elle va discriminer les élèves selon des critères évidemment implicites, des non-dits de différences d’intelligence, d’ethnie, et cette discrimination institutionnalisée – reposant sur le discours/prétexte de remise à niveau – va créer des regards, des attitudes, des antagonismes, peut-être aussi des hontes, un ensemble d’attitudes et de discours antinomiques du fonds de notre culture, celle, pour faire court,  des Lumières, que ces responsables politiques brandissent de temps en temps comme symbole de la France pour dissimuler la réalité de leurs choix idéologiques.

Reste cette question : qu’est-ce qui nous a conduits à les élire ?  

« Emma Bovary est une pute » (suite)

Ma tribune publiée le 21 janvier dans L’Obs numérique a suscitée des réactions intéressantes en ce sens qu’elles rappellent l’importance de la précision de l’objet dont on parle.

La première est double :

«  Il est plutôt inquiétant de lire : « dire qu’un texte littéraire peut avoir plusieurs sens l’assimile au texte religieux ».  (1) La polysémie d’un texte ne se rencontre pas qu’en poésie, et un roman, peut parfaitement se lire sur plusieurs portées. (2) C’est au contraire la lecture d’un texte au pied de la lettre qui correspond à l’approche religieuse, au sens fondamentaliste, comme les catholiques intégristes, les témoins de Jéhovah ou les talibans… »

1 – Le premier point invoque la polysémie : deux mots grecs (polus = nombreux => polyglotte, polygame / sèmia : sens => sémaphore, sémiologie) pour indiquer qu’un terme peut avoir plusieurs sens : avocat, par exemple  (le fruit ou la profession).

Mon propos ne concernait pas la polysémie à proprement parler (disons, les « harmoniques » du récit – si c’est ce que veut dire « un roman peut se lire sur plusieurs portées ») mais le discours qui le sous-tend : « Un écrivain écrit un texte pour un discours. Madame Bovary n’a pas « un, deux ou trois sens »,pas plus que Les Misérables. »

Sauf à imaginer qu’ils ne savent pas très bien pour quoi ils l’écrivent, Flaubert et Hugo écrivent leur roman pour un discours et le rôle du professeur de littérature est d’utiliser les outils dont il dispose (la connaissance du langage, notamment) pour l’expliciter et le faire comprendre.

Preuve de l’homogénéité de ce discours, la censure : une société met en place un garde-fou chargé de protéger le discours qui la fonde (idéologique, moral, religieux, politique…) et les censeurs chargés de le protéger sont en général tout sauf des imbéciles. Ernest Pinard, le procureur, avait très bien compris et illustré par le choix des passages qu’il lut au tribunal puis par sa plaidoirie,  le caractère subversif du discours de Flaubert – son objet concerne la question existentielle dans la société bourgeoise (en l’occurrence « petite-bourgeoise ») de son temps, et la femme en offrait le prisme le plus intéressant à explorer. S’il n’obtint pas la condamnation, c’est essentiellement pour des raisons politiciennes (voir les articles), secondairement parce que l’avocat – qui avait bien compris, lui aussi, le discours du roman – sut habilement servir aux juges le prétexte, qui ne trompa personne, d’une relaxe : le suicide d’Emma était censé signifier une condamnation morale du personnage par l’auteur… qui eut la sagesse de se taire.

2 – Le deuxième point concerne ce que le critique appelle « la lecture d’un texte au pied de la lettre », autrement dit, une lecture « brute » collée au sens strict des mots. Si je comprends ce que peut être le « pied de la lettre » pour un article de loi, de religion, je ne vois pas ce qu’il peut être pour un roman qui se manifeste non par des énoncés, des principes, mais par un récit,autrement dit une fiction qui, à la différence d’un texte religieux, ne concerne pas le « croire » dont l’objet est la détermination du sens de la vie.

Le texte religieux est l’objet d’infinies exégèses dont chacune assure qu’elle est la seule lecture vraie, non par l’analyse du langage, mais pas la soumission de cette analyse à un a priori plus ou moins fondamentaliste qu’elle doit justifier. Un texte de l’Evangile, un verset de la Torah ou une sourate du Coran sont objets d’interminables interprétations parce qu’il s’agit de discours (éventuellement illustrés par des récits, – cf. les paraboles) dont l’objet, antinomique de celui du savoir, est un rapport moral à une situation donnée : le milliardaire chrétien qui gagne des millions en quelques coups de bourse trouvera sans difficulté un prêtre qui lui expliquera très bien en quoi il choisit Dieu et non l’argent.  

Expliquer Madame Bovary, un récit étranger au champ du « croire », ce n’est pas interpréter des principes directeurs de vie inspirés par quelque croyance que ce soit, mais utiliser les outils qui permettent de comprendre un langage profane.

Une seconde critique : « En revanche, il a raison quand il dit qu’il faudrait enseigner le latin et le grec. » C’est pas un peu réac, ça ? »

La question, oratoire (elle donne la réponse), est un exemple du simplisme en ce sens qu’elle confond la nature d’un objet avec l’utilisation qui a pu en être faite.  Etablir un lien entre l’enseignement du latin et du grec avec l’idéologie réactionnaire revient à dire que la connaissance des deux piliers majeurs de notre langue est d’ordre réactionnaire.

 Une troisième critique dénote la même confusion entre « expliquer » et « interpréter » que j’ai relevée dans la tribune de G. Le Floch :

«  Il doit y avoir une différence entre interpréter un texte littéraire et juger les protagonistes, selon les idées de son temps et sa religion. Il y a des textes qui pour des raisons littéraires ou autres, ne sont pas bien compris par les élèves, et cela demande une interprétation, en bon français, mais en tenant compte de ce que l’auteur voulait faire ressentir, à son époque. En tout cas , il y a un problème quand des élèves d’aujourd’hui en restent à l’interprétation d’origine, et oublient l’aspect « ici et maintenant ». »

Fournir les informations qui permettent de comprendre n’a rien à voir avec l’interprétation (« en bon français » ?) qui concerne le sens. Par exemple, une explication des textes de Victor Hugo implique un minimum de connaissance de la Bible. « Ce que l’auteur voulait faire ressentir à son époque », réduit l’écriture à des émissions/sollicitations d’affects et semble évacuer la pensée. La traduction du français du 16ème siècle (Rabelais, Montaigne, par exemple) en français moderne (« bon français » ?)  pour en rendre la lecture plus facile,  n’a rien à voir non plus avec l’interprétation.

Le constat et la réponse d’Edgar Morin

Le Monde des Idées ( 23/01/2024) publie une tribune d’Edgar Morin intitulée « Face à la polycrise que traverse l’humanité, la première réponse est celle de l’esprit. »

Sa présentation du conflit israélo-palestinien est intéressante en ce sens qu’il n’utilise pas à propos de l’attaque du Hamas,  l’étiquette « terrorisme » dont l’emploi conduit le plus souvent à faire du 7 octobre un point de départ. Même si, quant à l’esprit de son discours, la précision peut paraître inadéquate, je rappelle qu’Edgar Morin (son nom d’état-civil est Nahoum) est d’ascendance juive. Elle l’est aussi pour moi, mais compte tenu des passions, elle n’est pas sans utilité.

Voici un extrait :

« Un nouveau foyer de guerre s’est allumé au Proche-Orient après le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023, suivi par les bombardements meurtriers d’Israël sur Gaza. Ces carnages, accompagnés de persécution en Cisjordanie et de déclarations annexionnistes ont réveillé la question palestinienne endormie. (…)

Le discours change ensuite de nature quand il tente d’expliquer, notamment un fait objectif qu’il n’esquive pas : « C’est une des leçons tragiques de l’histoire : les descendants d’un peuple persécuté pendant des siècles par l’occident chrétien, puis raciste, peuvent devenir à la fois les persécuteurs et le bastion avancé de l’occident dans le monde arabe. »

Une leçon tragique renvoie à un quelque chose qui s’apparente au fatalisme, à un inexplicable.  Une leçon de quoi ?

La suite se perd dans la formule (« La crise de l’humanité qui n’arrive pas à devenir Humanité ») et l’incantation pour la réponse susceptible d’éviter la catastrophe : « La première et fondamentale résistance est celle de l’esprit. Elle nécessite de résister à l’intimidation de tout mensonge asséné comme vérité… »

Elle nécessite est répété pour d’autres objets de résistance analogues avant que ne soit précisé le remède :

« C’est l’union, au sein de nos êtres, des puissances de l’Eros et de celles de l’esprit éveillé et responsable qui nourrira notre résistance aux asservissements, aux ignominies et aux mensonges. »

Je ne sais pas ce qu’est l’humanité avec un h minuscule ni l’Humanité avec un H majuscule, ni ce qui peut produire cette « union au sein de nos êtres ».

La conclusion – métaphore et clichés – veut être une lumière d’espérance :  « Les tunnels ne sont pas interminables, le probable n’est pas le certain, l’inattendu est toujours possible. » Bon.

Je ne répète pas ce que je pense être la révolution qui nous reste à construire. Son importance et sa difficulté me semblent indiquées par la distorsion, sinon la contradiction entre l’objectivité du constat, et l’idéalisme du diagnostic et de la solution.

Journal – 8 (21/01/2024)

Ce matin le ciel était presque bas et lourd comme un couvercle – Baudelaire, qui n’est pas principalement connu pour un sens développé de l’humour, me fait quand même un clin d’œil – jusqu’à la cantate BWV 111 et, surtout,  la Grande fantaisie et fugue pour orgue en sol mineur BWV 542 de Bach, diffusées dans l’émission dominicale Le Bach du dimanche, dont j’ai déjà parlé. Je vous invite à y jeter une oreille (site France Musique – Le Bach du dimanche). Même les deux. L’orgue peut parfois donner l’impression de fouillis quand les différents claviers ne sont pas bien joués. Ce n’est pas le cas ici : le jeu est clair, les claviers sont distinctement audibles.

Corinne Schneider qui présente l’émission oppose le caractère « désespéré » du prélude/fantaisie à la fugue « lumineuse et jubilatoire ». Je vois plutôt dans l’une les différentes phases d’une gestation et dans la seconde – d’accord avec les deux qualificatifs – celles d’ un accouchement. Une métaphore qui donne une unité à l’ensemble.

Le livret de la cantate, explique Corinne, vise à persuader que Dieu décide de toute chose, même de la mort, et il s’agit de convaincre les chrétiens de s’en remettre à sa volonté. Une fois cette soumission réalisée, le réconfort apporté par Dieu sera alors inestimable, même au moment de la mort.

Bon. Comme je ne connais pas l’allemand je n’ai rien compris aux paroles et je n’ai donc pas été convaincu des bienfaits de la soumission.

En revanche, la musique m’a permis de soulever le couvercle.

De là à imaginer que la musique de Bach n’a pas à voir avec le discours des textes…

Jetez une autre oreille.

Vous entendrez.

Notamment, dans l’accompagnement au basson du premier air chanté par la basse, les trois notes dont parle le Breton hivernal. Le duo de l’alto (interprété par une voix d’homme) et du ténor ne me donne pas du tout envie de me soumettre, plutôt de danser. Et la danse et la soumission…

Le chœur qui termine la cantate par un accord (mineur) de profondeur chante, dans l’arrêt du mouvement, l’harmonie du corps et de l’esprit.

Je lève un œil en direction de ma lucarne.

Le ciel est bleu.

Le fait de l’autocrate-prestidigitateur

Lors de sa conférence de presse du 16 janvier, « Emmanuel Macron a déclaré souhaiter « que le théâtre devienne un passage obligé au collège dès la rentrée prochaine parce que cela donne confiance ». « Cela apprend l’oralité, le contact aux grands textes », a-t-il poursuivi. « L’histoire de l’art retrouvera sa place à la rentrée prochaine au collège et au lycée », a-t-il ajouté. » (Le Monde – 21/01/2024)

Il siège, là, derrière sa table et il sort du chapeau le théâtre pour tous, hop ! puis l’histoire de l’art pour tous, hop !

Les budgets pour la rentrée prochaine sont déjà établis, mais ça n’a aucune importance : hop !

Il existe des organisations syndicales des professeurs et des chefs d’établissement, qui auraient peut-être quelque chose à dire, mais ils n’ont aucune importance : hop !

Avant d’accéder au trône, il avait sorti du chapeau la formule magique, « en même temps ! » dont certains expliquent qu’elle est le lapsus de « on m’aime tant ! ».

Tous les autocrates n’ont pas eu une fin heureuse. Narcisse non plus.

Journal – 7 (18/01/2024)

Hier, en fin d’après-midi – autrement dit nettement avant mon lever de ce matin dont je ne préciserai pas l’heure puisque, comme je l’ai déjà signalé,  le récit   du genre  « la marquise sortit à 5 h 00 »  n’est pas ma tasse de thé, bien qu’en l’occurrence, une marquise ne sortant jamais à une heure aussi matinale, il s’agisse du five o’clock tea time avec un nuage de lait –  est arrivé dans ma boîte-mail un message de la responsable du « service idées » de l’Obs, le petit-fils du Nouvel Observateur auquel j’ai été abonné parce que j’aimais bien nouvellement observer.

Cette responsable m’annonçait la publication à venir de mon article « Emma Bovary est une pute ».

Pour ceux qui ne l’ont pas lu –  je ne leur ferai aucune remarque désobligeante mais je leur poserai quand même cette question épicée « A quoi ça sert que je me décarcasse ? »  : les guillemets et les caractères en italique indiquent que l’expression n’est pas de moi, mais qu’elle est citée dans une tribune publiée dans ledit Obs auquel j’avais envoyé mon article au cas où.  

Au cas où est donc le cas.

J’ai senti un gonflement au niveau des chevilles,  aussitôt appelé les membres de ma famille, mes amis, mes connaissances, mon boulanger, et écouté  anxieusement les journaux de France-Culture, France-Inter et France-Info.  

Pas un mot. Rien.

Je me suis dit que l’information était tombée trop tard dans les rédactions et que les journaux étaient déjà bouclés.

Ce matin, dès mon lever (voir plus haut) j’ai feuilleté compulsivement les pages du Monde, écouté attentivement les infos sur toutes les chaines-radio.

Rien. Toujours rien.

Si, demain, les médias persistent à dédaigner cette information culturelle majeure, j’écris à Rachida Dati.

Journal – 6 (17/01/2024)

Hier soir, je n’ai ni écouté ni regardé la conférence de presse du président de la République. Et, bien sûr, vous vous demandez anxieusement « Mais pourquoi ? » parce que vous êtes sous le coup d’un étonnement de type métaphysique. Cool, réponds-je dans un premier temps pour absorber votre inquiétude. C’est simple, ajouté-je dans un second : depuis que je sais qu’il y a un rapport entre ce qui se passe dans la tête et dans le corps, j’évite les grosses contrariétés. Comme le monde en est plein, j’ai estimé inutile d’en « remettre une couche », pour reprendre une expression qui ne dit pas de quoi est la couche et qui autorise donc toutes les imaginations.

En me levant, comme tous les matins (notez la virgule après levant, qui permet de comprendre que comme tous les matins renseigne sur la suite, même s’il est vrai que je me lève tous les matins) j’ai appuyé sur le bouton de mon poste-radio – j’écoute France Culture parce que je tiens à me cultiver – au moment où une journaliste rendait compte des réactions de la presse étrangère à cette conférence.  En versant du café dans le mug… hum… ça me rappelle quelque chose… je me suis dit à moi-même que j’avais eu raison de regarder un polar, pas terrible, mais bon ( mais bon, dans le sens de « faire avec »).

Il y a surtout une formule qui ne passe pas « Que la France reste la France ». En buvant un peu de café… hum… je me suis encore dit toujours à moi-même qu’il fallait, comme on dit chez les psy, « mettre des mots » pour éviter une trop forte réaction psychosomatique, puisque, comme je le disais plus haut (je dis beaucoup, ce matin) psyché et sôma – comme disaient (là, c’est pas moi, c’est eux) les Grecs d’avant – font la paire.

Après avoir lu le compte-rendu dans Le Monde numérique, j’ai donc rédigé et envoyé la contribution suivante – elle a été publiée :

« Que la France (sujet) reste la France (attribut)  » suppose que soit clairement défini le sujet. Sera-t-il « France de l’angle mort » ou « France du bon sens » ou « France du tracas » ? [formules employées par le président]

Plus sérieusement : entre 1940 et 1944, il y eut deux France dont chacune disait qu’elle était « la France ».

Toujours aussi sérieusement : le FN/RN qui prétend être le porte-parole de « la France », la vraie, la pure, « de souche », n’est-il pas un composant de la France ?

Le discours présidentiel qui renvoie à une supposée « France éternelle » est en contradiction avec celui de la France en mouvement, celle qui ne « reste » pas,  celle de l’universalisme des Lumières qui s’exprime par « Liberté, égalité, fraternité » et que déteste le FN/RN. »

Depuis, mes démangeaisons ont baissé d’un cran.