Munich

Quelles que soient les mesures décidées, l’accord trouvé, ce 19 décembre 2023 à 16 h 00,  par la Commission Mixte Paritaire, est une victoire du RN.

M. Le Pen célèbre l’accord qu’elle votera en disant qu’il s’agit du succès idéologique de la thèse de la préférence nationale.

Pour moi, Munich. 

Le débat sur l’immigration

« Sous pression de la droite, l’exécutif a ouvert la voie à une restriction de l’accès aux prestations sociales pour les ressortissants non européens qui normaliserait un dogme du RN. Mais le durcissement des aides au logement est rejeté par le camp macroniste et indigne à gauche. »  Chapeau de l’article du Monde publié le 19/12/2023.

Ma contribution :

On croit parler des conditions d’accueil des immigrés et on parle d’autre chose. C’est, toutes choses égale, le même type de débat qui agitait la question du degré des ascendances juives il y a un peu moins d’un siècle. Et les débatteurs étaient convaincus de traiter de questions essentielles. On peut ergoter sans fin sur un nombre de mois ou d’années pour obtenir ou ne pas obtenir ceci ou cela, sur le prétendu « appel d’air », on dit en réalité, sans le dire, son besoin de voir dans « l’autre », celui qui n’est pas « de souche », la cause des maux. On alimente ainsi la pathologie collective dont le RN n’est pas la cause mais le signe électoral. Il importe que chacun arrête sa petite machine de peurs et d’angoisse : le jour où sera atteint le seuil, imprévisible, où leur connexion constituera une machinerie générale, il sera trop tard pour tenter d’enrayer le processus de catastrophe globale.

Ma réponse à la contribution de « k1 » : « C’est qui, ON ? Je suis ON, français de souche. Et je veux absolument cette loi, en plus dur. Comme l’immense majorité respectueuse de la volonté du peuple de France. C’est cela la démocratie. Les apprentis dictateurs au placard. »

k1 : Pourriez-vous indiquer depuis quand existe cette souche, ou alors préciser qu’elle est de génération spontanée ? Et, en guise de témoignage, pourriez-vous aussi donner votre nom, pour qu’on puisse bien le distinguer de tous ceux qui ne le sont pas et qui soit, comme vous, ont utilisé des pseudos,  soit ont dissimulé une partie de leur souche, soit sont parvenus par leur célébrité à faire oublier leur souche étrangère, comme Apollinaire, Jacques Tati, Isabelle Adjani, Charles Aznavour, Jean-Pierre Bacri, Richard Berry, le cardinal Lustiger, Dany Boon,  Marie-José Nat et des centaines d’autres comme Guy et Emmanuelle Béart, Josiane Balasko, Louis de Funès, Georges Moustaki, Jean-Paul Belmondo, Georges Brassens etc.

La question du tragique (2)

Javier Milei, nouveau président d’Argentine, selon ses propres termes « ultra-libéral, anti-système et anarcho-capitaliste », n’est pas la figure du père-chef-guide, mais celle du frère trublion et rebelle qui transgresse les interdits familiaux, envoie tout promener et renverse la table.

L’image du candidat brandissant une tronçonneuse pour illustrer la méthode qu’il entendait employer pour élaguer les structures politiques(elle rappelle le Kärcher promis par le candidat N. Sarkozy pour éradiquer la « racaille ») est d’autant plus forte que sa violence ne peut pas être atténuée par une figure (censée être) tutélaire comme au Pays-Bas (Geert Wilders) et en Italie (Giorgia Meloni).

En regard de ce qu’est le capitalisme et de son fonctionnement,  « anti-système » et « anarcho-capitaliste » sont des trompe-l’œil électoraux qui jouent avec les affects les plus primaires : le « système » visé est en réalité l’organisation politique relative au « commun » élaborée pour atténuer les effets du capitalisme. Capitalisme n’est cité que couplé avec « anarchie » pour créer un air de contestation que « capitalisme » vide à son tour de toute réalité anarchiste : l’anarchie est antinomique du système capitalisme qui a besoin d’un pouvoir politique assujetti. «Anarcho-capitaliste » est donc le signe d’un « tout fou » adolescent.  

Le traitement politique du « commun » ayant échoué (cf. l’inflation), J. Milei met en cause non le rapport au commun, en l’occurrence mal identifié,  mais le commun lui-même, pour lui substituer « l’ultra-libéralisme ».

Le terme qui fait penser à libération (tout le monde n’a pas fait d’études linguistiques) recouvre une pratique économique qui consiste à assurer le fonctionnement sans contraintes politiques de la loi de l’offre et de la demande et des stratégies d’enrichissement personnel présentées sous le masque idéologique de l’épanouissement de l’individu libéré, comme apparaît libéré J. Milei, le grand-frère tonitruant et ébouriffé.

Le remplacement du guide inspiré par le grand-frère « libéré » (c’est,  ainsi que s’est présenté E. Macron en 2017 en hurlant ses « en même temps ! »). est l’expression du refus du tragique en ce sens que le nouveau paradigme est l’individu, déconnecté du questionnement et du « commun » – Arte.tv propose un documentaire en trois volets sur la manière dont D. Trump (« America first = moi comme je veux, quand je veux) a utilisé le pouvoir.

Apollon et Dionysos – deux expressions de la conscience humaine – laissent la place à Chaos qui, dans la mythologie grecque, préexiste à l’organisation du monde.

En France, le RN progresse dans les intentions de vote (selon un récent sondage, la liste RN pour les prochaines élections européennes obtiendrait un résultat proche des 30%, soit 8 points de plus que celle de la majorité présidentielle – 37% pour les listes européennes d’extrême-droite) sans que son président n’ait besoin de la parole – signe supplémentaire du remplacement du tragique par le chaos. Un récent article du Monde racontait comment J. Bardella se contentait d’écouter, sans rien dire, les représentants de diverses industries qui s’en émerveillaient – le mot n’est pas trop fort. C’est lui, le grand-frère. (cf. article du 08/12/2023)

(pour mémoire, les articles : Antigone (4,6,8 juin 2021) / Œdipe (16,18 janiver2023 et, pas seulement pour le crépuscule des dieux, le Ring – Wagner – , à partir du 02/03/2023)

La question du tragique (1)

Au niveau planétaire, les antagonismes meurtriers actuels (Russie/Ukraine, Israël/Palestiniens…), l’incapacité des institutions internationales à les empêcher et à les arrêter, le développement de l’idéologie d’extrême-droite – dont la récente élection de Javier Milei en Argentine (voir l’article n°2) – , le questionnement posé par le changement climatique et les réponses bancales apportées…

En France, les antagonismes politiciens dérisoires et stériles (cf. le non-débat sur l’immigration), le renvoi sans fin par le président de la République du débat parlementaire sur l’aide à mourir après les travaux de la Convention citoyenne (75% des membres se sont prononcés pour la reconnaissance de cette aide) …

…  sont, entre autres, des signes inquiétants de la perte du tragique.

Son expression sous la forme théâtrale est apparue en Grèce, à Athènes, il y a 2500 ans. Nietzsche explique l’origine de la tragédie (cf. La naissance de la tragédie) par la confrontation entre ce que représentent Apollon et Dionysos : d’une part, les forces organisées de l’esprit dans toutes les formes de l’esthétique (Apollon est le père des Muses, figures mythologiques des arts), du rêve et de la destinée (on consulte son oracle à Delphes), d’autre part, celles du  corps-nature qui se manifestent dans l’ivresse et la puissance de l’énergie vitale – Dionysos était le dieu de la vigne et de la végétation,  et on promenait des phallus lors de la fête des Grandes Dionysies, fin mars, au moment du printemps, pendant laquelle étaient données les représentations de dithyrambes (hymnes  religieux chantés par des chœurs d’hommes), de tragédies et de comédies, dans le cadre de concours.

Cette confrontation est propre à l’être humain en tant qu’esprit et corps, et en tant qu’individu qui se perçoit comme unique – moi –   et comme élément d’une espèce : je suis moi et/mais je suis comme les autres hommes. Alors, qui suis-je ?

Ce questionnement relatif au fait d’être (… ou ne pas être), à la liberté et à la responsabilité, constitue l’essentiel du théâtre tragique athénien que nous connaissons par les pièces conservées des trois auteurs Eschyle, Sophocle et Euripide (Nietzsche considère ce dernier comme un post-tragique), de la littérature, de l’art : « La peinture ne reproduit pas le visible, elle rend visible » (Paul Klee) est une des expression du tragique en ce sens qu’elle est un des signes de cette confrontation,  en l’occurrence avec le réel.

Le tragique disparaît dès lors que disparaît la confrontation Apollon/Dionysos.  Elle résulte de l’exclusion de Dionysos et elle a pour effet la dénaturation d’Apollon.

Ce qui conduit à écarter Dionysos est le rejet de la Nature en tant que Tout qui contient à égalité de force vitale l’ensemble des membres de l’espèce humaine. Dionysos écarté, Apollon devient l’homme-surhomme (dénaturation du concept nietzschéen),  sa statuaire la représentation de son idéalisation monumentale  (cf. la récupération d’Athènes par les nazis) et il s’incarne dans le chef, le guide.

Le rejet du tragique est donc une inversion du rapport vie-mort : ce n’est plus la vie qui contient la mort dans le cadre de l’éternité,  mais c’est la mort qui contient la vie pour une immortalité illusoire. Le résultat est donc le triomphe de la mort.

Aujourd’hui, les dieux ne « fonctionnent » plus – Apollon et Dionysos sont morts – l’expression du refus de la confrontation s’est transformée en même temps que la référence au guide.

« Comment le RN fait la cour aux lobbys… »

Tel est le début du titre d’un article publié par Le Monde  (08/12/2023) – la suite de l’intitulé : … du bâtiment, du tabac ou de la santé ».

Ma contribution

Dans la structure mentale, l’ « industriel » capitaliste producteur de biens et de richesses représente ce qui « tient » la société. Il est l’incarnation de notre rapport ambivalent et névrotique avec l’objet : plus je possède, moins je meurs. C’est l’appui de cette illusion d’immortalité dont a besoin l’extrême-droite pour dissimuler l’essence mortifère de son idéologie (élimination de l’ « autre » en tant que responsable des maux de la société), pour obtenir les fonds nécessaires à la vie de l’organisation et aux campagnes électorales de séduction. Les choix du capitalisme qui ignore toute morale civique sont déterminés par la seule loi du profit. Si le RN lui semble « profitable », il le soutiendra. D’abord en coulisses.

Le désarroi

J’ai souvent évoqué dans mes articles l’importance de l’implosion soviétique : ce qui a implosé à la fin des années 1980 n’est pas, essentiellement, une contingence politique, un mode de gouvernement, mais, plus qu’une utopie sociale, la possibilité d’autre chose.

Autre chose que quoi ?

Pourquoi et pour quoi ?

1° Autre chose que le rapport à l’objet tel qu’il est défini par le système capitaliste. Jusqu’au début du 20ème siècle, l’humanité a vécu dans une contradiction permanente non résolue : d’un côté le désir de l’objet (selon l’équation : être = avoir + ou, ce qui revient au même, « plus j’ai, moins je meurs ») avec ses stratégies de conquête, de pouvoir et ses violences associées, de l’autre, la conscience de la vanité de la fonction d’immortalité appliquée à l’objet et le prix d’injustices et de malheur à payer.

2° Pourquoi ? Parce que, dans sa confrontation à sa mort, l’être humain n’est pas dupe de la fonction substitutive de l’objet : il sait qu’il ne l’emportera pas dans la tombe.

3° Pour quoi ? La spécificité de sa conscience (biologique et psychique) l’oblige à trouver du sens à son existence, sinon à l’existence en général, parce que le sens – dont sa négation elle-même – est ce qui permet de tenir à distance, de rendre supportable.

Jusqu’à Marx et à la révolution d’Octobre 1917, s’affrontèrent les discours qui nourrissaient les deux éléments de cette contradiction relative à l’objet, dans la justification ou la contestation du capitalisme : des discours de natures politique, idéologique, en particulier religieuse : d’un côté, il n’est pas juste que certains aient alors que d’autres n’ont pas ou pas assez (socialisme/communisme), de l’autre, la possession de l’objet n’est rien, seule compte la préoccupation de l’ « âme » immortelle (Platon, Jésus…) qui vivra éternellement dans les Enfers (mythologie grecque) ou le Paradis (religions chrétienne, musulmane…)

Marx apporta la réponse, décisive, par la découverte d’une loi, et la révolution d’Octobre en fut l’application. Détestée ou adulée, combattue ou soutenue, elle était le signe que la théorie n’était pas une pure spéculation comme toutes celles qui l’avaient précédée, mais la réalisation concrète, réelle, tangible, du rêve vieux comme l’humanité (cf. Platon) d’une harmonie entre les hommes. Tel était le sens d’un événement qui permettait enfin ( !) de tenir à distance la vanité d’un système de transfert d’immortalité : l’homme n’aurait plus besoin de recourir à  la possession de l’objet accumulé parce qu’il allait construire une société pleine du sens dont l’accumulation était le substitut. Autrement dit, commençait l’histoire humaine fondée sur ce qui était conçu comme le commun de l’espèce : l’égalité dans le rapport à l’objet (production et acquisition).

L’implosion a tué ce sens et le capitalisme est apparu tel qu’il est, sans désormais le faire-valoir qu’apportaient les errances et les absurdités de la révolution soviétique : une course à la possession, à l’accumulation de biens matériels et de capitaux, sans autre perspective que la fuite en avant que la réponse religieuse classique était inopérante à contrarier après la mort du paradis de l’au-delà qui répondait à celui de l’ici-bas, nommé depuis la moitié du 18ème siècle « les lendemains qui chantent ».

A cette vanité, s’est récemment ajoutée la mutation climatique qui pose clairement la question de la possibilité de la vie humaine sur la terre et qui contribue encore à la mort du sens.

A quoi bon vivre si l’harmonie rêvée des hommes est un mythe et si le changement climatique rend la vie si aléatoire, voire impossible ?

Cette question touche l’ensemble de l’humanité avec des intensités différentes selon les conditions sociales et les lieux.

Ce qu’on appelle aujourd’hui terrorisme s’est développé depuis la fin des années 80 dans la région syro-irako-afghane (guerres, corruption, ingérences occidentales) d’où elle a essaimé et a nourri l’idéologie de la désespérance – la disparition de tout sens – qui permet de comprendre comment des hommes acceptent de se préparer à mourir en tuant le plus possible.

L’idéologie d’extrême-droite est pour les société « développées » l’équivalent de l’islamisme de désespérance des sociétés pauvres ou en ruine.

Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’information est centrée sur les destructions opérées par les hommes (Russie/Ukraine, Israël/Gaza/Palestine, entre autres) et par la « nature » (sécheresse, inondations, canicule).

La dépression est en train de s’étendre en occident (cf. les succès de l’extrême-droite, les attentats), notamment dans l’école chargée de donner les outils susceptibles de construire du sens et dont le discours est obsolète depuis des décennies. De là, les difficultés pour enseigner, les violences des élèves entre eux, contre les professeurs et l’administration, l’indigence des réformes scolaires.

La démesure sidérante du conflit qui oppose actuellement Israël et le Hamas est une expression du chaos au bord duquel nous nous trouvons : plus rien n’a de sens dans ce conflit qui apparaît de plus en plus comme une absurdité existentielle.

Je n’ai pas d’autre réponse que celle du commun objectif qui constitue l’humanité et que j’ai souvent explicitée dans le blog.

C’est une réponse pour un terme lointain.

Dans l’instant, je n’ai rien que  « Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels » (Spinoza) à vivre pour nous-mêmes et dans notre rapport avec les autres.  

Crépol

Thomas, un garçon de 16 ans, a été poignardé à Crépol le 19 novembre.

« Des notes du renseignement territorial, auxquelles « Le Monde » a eu accès, détaillent les violents affrontements qui ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des membres de l’ultradroite, puis le lynchage d’un militant par des jeunes habitants du quartier de la Monnaie, samedi 25 novembre. » (Le Monde – 29/11/2023)

 Ma contribution

Ce qui est en jeu dépasse l’événement de Crépol en ce sens que l’escouade de militants armés d’extrême-droite a une dimension nationale et qu’elle est une des expressions de ce qu’exploite le RN et qui le nourrit : la résolution de la difficulté par l’élimination de l’autre, celui qui est désigné comme « la » cause. Cette difficulté est d’ordre existentiel et « on est chez nous », « musulmans hors d’Europe » sont les équivalents des slogans anti-juifs de l’époque nazie : la civilisation est en danger de mort et il faut « éliminer ». Si les modes d’expression et de réalisation de cette élimination ne sont/seront pas ceux des années 30, la perception du danger est la même comme la violence des réactions qu’elle suscite. Si les verrous de l’analyse sautent, dont ceux du droit, le langage puis les actes passeront outre les interdits/barrières qui permettent de vivre ensemble.

Une réponse de « âne au nems »

Il y a de cela mais vous vous trompez beaucoup. La civilisation européenne survivra si elle est capable de contrôler pleinement sont territoire. Hors ces ilôts innombrables de séparatisme ethno-religieux extra-européen qui entend bien défendre son acquis territorial, sont déjà perdus pour l’Europe. la menace de disparition est réelle, et contrairement aux juifs d’alors en Allemagne, une partie significative de ces minorités ethno-religieuses extra-européennes entend nuire au pays d’accueil. Vous aurez remarquez qu’il n’y pas de « vivre ensemble » avec ces minorités ethno-religieuses, pour l’autre il n’y a que le vivre ailleurs. Enfin, le projet de « l’élimination  » est bien plus avancé dans une des parties, et ce n’est pas celle des de souches.

Une réponse de « travailleur du 93 » à « âne aux nems »

@âne aux nems: si ce que vous dites était vrai, je devrais logiquement être assassiné ou brutalisé quotidiennement: prof « de souche », exerçant dans une ville de banlieue, utilisant les transports de banlieue de gare du nord (et étant fréquemment le seul « blanc » du wagon) , ayant des élèves très majoritairement « mixtes » et adeptes d’une religion extra-européenne (ils ne s’en cachent guère) , ayant comme travail de leur parler de la laïcité, de la Shoah, de la guerre d’Algérie, du conflit israélo-palestinien (à ce titre, Daech m’a collé une cible comme tous mes collègues), je devrais être la cible numéro un de vos dangereux « conquérants ». Mais , en 20 ans, il ne m’est rien arrivé. Aucun propos anti-blanc, aucune agression, aucune remise en cause de mes cours (pourtant , je suis les programmes et ne fait aucune censure). Je suis loin d’être un cas isolé. Cela n’enlève rien aux délits et crimes qui vont dans votre sens, mais ils sont moins nombreux que les cas comme le mien.

Ma réponse à « âne aux nems »

 « Chez nous » renvoie à un immuable de nature transcendante qui n’existe que dans les fantasmes nationalistes. Le séparatisme que vous évoquez est-il dans le réel ou dans ces fantasmes ? Les nazis étaient persuadés d’un complot mondial juif comme ceux que hante la peur d’un changement de civilisation. Les « quartiers » ne sont pas une création de leurs habitants, mais l’effet de dénis et de choix politiques successifs. En tant que civilisation occidentale chrétienne, nous sommes coresponsables de ce que nous vivons ici et maintenant, comme le furent ceux qui confièrent le pouvoir aux nazis, dans le pays de Kant, Hegel, Goethe, Beethoven, Wagner (oui !). Au-delà des divergences, il importe de ne jamais oublier que, quelles que soient la réalité et la gravité des problèmes de vie collective qu’il faut évidemment regarder en face, l’idéologie d’extrême-droite est l’expression d’une pathologie collective qui ne peut produire que la mort.

« Une instagrameuse jugée pour apologie du terrorisme »

Tel est le titre d’un article du Monde (23/11/2023) relatant l’audience du procès intenté à une femme de 37 ans qui publie via Instagram (d’où le beau néologisme « instragrameuse ») des vidéos.

« Dans la vie, Warda A., 37 ans, est mère de deux enfants et vit séparée de leur père. Elle a grandi à Djibouti, est arrivée en France à 13 ans, a arrêté tôt l’école, a travaillé un temps comme hôtesse « dans l’événementiel » avant d’ouvrir un site de revente de vêtements en ligne. Toujours très apprêtée, elle se met régulièrement en scène dans des « stories » sur son compte Instagram, pour raconter sa vie, ses recettes de cuisine et donner son avis sur « les sujets de société » à ses 9 840 followers. »

La « storie » qui lui est reprochée : « Moi, il y a quelque chose qui me turlupine. Je vais vous donner le fond de ma pensée. A chaque fois que je tombe sur l’histoire du bébé qui a été mis dans le four [lors des attentats du Hamas le 7 octobre en Israël], je me pose la question s’ils ont mis du sel, du poivre (…), du thym ? S’ils l’ont fait revenir à quoi ? »

L’article fait état d’une autre vidéo où « elle tient à partager son émotion après avoir vu sur les réseaux sociaux les images de l’enlèvement d’une jeune Israélienne par le Hamas. « Quand je vois un être humain souffrir, ça me détruit. Restez dans le juste. Il y a des bons et des mauvais partout. Ne rentrez pas dans la haine. »

Le procureur a requis dix mois d’emprisonnement avec sursis.

Quelques réactions 

« Ça donne une meilleure idée du quotient intellectuel moyen de ceux qui soutiennent le terrorisme. »

« Si cette fille est condamnée, cela montrera bien que la France n’est plus une vraie démocratie. Il s’agit complétement de la chasse aux sorcières. (…) Elle devrait avoir le droit de dire son opinion. Franchement, c’est la base de la base de la liberté d’opinion et d’expression. Elle n’a pas soutenu le terrorisme, ni dit aucun propos antisémite dans ces mots. C’est-à-dire, elle n’a commise aucun délit. Peut-être serait moi-même envoyé en prison pour ce commentaire ? Comme ça, on aura une France unie et unanime, pro-Israël, et gouvernée par l’extrême-droite. ça sera beau non ? Un retour aux temps des croisades. »

« Il faut condamner avec la plus grande sévérité. Toucher au portefeuille avec des amendes énormes les réseaux qui publient ce genre de choses. Peut-être limiter l’accès aux réseau sociaux. »

« Discuter ( et avec quelle subtilité ) sur un bébé assassiné est donc devenu de l’humour pour les avocats de la défense ? Ou en est-on rendu ? »

Ma contribution :

L’humour (cf. Bergson) consiste à décrire le réel (surtout quand il est désolant) comme si c’était un idéal. Ex : un prof rappelle à ses élèves qu’un travail écrit doit être personnel et correctement orthographié (idéal). Les élèves rendent des copiés-collés rédigés n’importe comment (réel). Humour : c’est très bien, vous vous êtes tous consciencieusement appliqués à copier vos travaux que vous avez pris soin d’écrire de manière parfaitement illisible. Travaux pratiques : traitez sur le mode de l’humour la fausse information (c’est apparemment ce dont est convaincue celle qui est accusée) d’un bébé israélien brûlé dans un four par les attaquants du Hamas.

P.S. Pour être perçu comme tel, l’humour doit, dans un contexte déterminé, se préoccuper du public auquel il s’adresse et qui doit partager les mêmes codes. (cf. le sketch de G. Bedos : « Marrakech, ça nous a déçus, c’est plein d’Arabes ! »)

*J’ajoute que je ne vois pas très bien le bien-fondé de l’accusation d »apologie du terrorisme », et que la réquisition de dix mois de prison, même avec sursis, est pour moi non seulement l’expression d’un parti pris, mais surtout le signe d’une inquiétante aberration.

Concert « néonazi »

« Un concert « néonazi » dont les organisateurs font « la promotion de musique néonazie » a eu lieu mardi 14 novembre au soir dans un restaurant près de Lyon malgré deux arrêtés d’interdictions, a annoncé la préfecture de l’Isère dimanche. Le concert, baptisé « Rock antiwokisme » s’est déroulé à Saint-Quentin-Fallavier, à une demi-heure au sud-est de Lyon, dans le nord de l’Isère. (…) D’après Le Dauphiné Libéré, de 200 à 300 personnes ont assisté à cet événement dans un restaurant loué pour des soirées privées le week-end. Le gérant de l’établissement a assuré au journal avoir été « piégé » et a condamné « dans le contenu, la forme ou la fréquentation » le concert. » (Le Monde – 20/11/2023)

 Quelques contributions :

« Interdiction par la préfecture ? Et alors ? Cela fait longtemps que l’État n’a plus aucune autorité. Il suffit de compter le nombre de manifestations interdites et qui se déroulent malgré cela. En plus, certains élus y participent. Et ils considèrent que la France devient une dictature quand le Préfet interdit une manifestation. »

« Je suis rassurée. À la lecture du titre j’imaginais un concert avec plusieurs milliers de personnes. A ce stade, on est plutôt dans le fait divers. Je pense qu’il y a eu de tout temps des personnes qui ont nourri ce type d’idéologie. Et il y en aura toujours. »

« Qu’est-ce que de la musique néo-nazis ? Avez-vous des exemples de paroles de chansons chantées durant l’événement qui seraient négationnistes ou feraient l’apologie du nazisme ? Le qualificatif de néo-nazis ne tient t’il pas uniquement au fait que l’événement se déclare « anti-wokiste ? »Moi je n’affirme rien, en revanche je pose des questions auxquelles l’article ne répond absolument pas. »

« Il y a des musiques interdites en France ? Si je les écoutes il se passe quoi ? je commet une infraction ? »

Ma contribution :

Le problème essentiel n’est pas l’interdiction, ni même le contenu, mais la possibilité de la convergence de 200 personnes dans ce lieu distant des grandes agglomérations pour une manifestation organisée par des promoteurs de musique néonazie, comme ils se définissent. Qu’une telle attirance – qui n’a pas à voir avec une analyse du rapport musique-nazisme – pour une telle idéologie puisse prendre, 80 ans après le massacre mondial initié par cette idéologie du culte de la mort, une dimension festive est significatif d’une pathologie collective désormais installée : la musique n’est pas ce qui convainc mais ce qui accompagne pour célébrer.  L’argument du « wokisme » – qui revendique le mot sinon ceux qui le dénoncent ? –   n’est que le prétexte invoqué pour refuser de voir ce qui en a produit l’esprit et dont les démesures ne sont que l’écho des démesures historiques qui s’appellent racisme, xénophobie, antisémitisme, sexisme, machisme et qui sont des constituants du nazisme.

Polémique, pause et manifestation contre l’antisémitisme

 « Polémique » est le mot rejeté par la première ministre E. Borne pour ne pas aborder la question de la présence du RN. Il est repris par M. Le Pen qui le complète avec « pause » pour tenter de faire taire les critiques avant le départ de la manifestation « Contre l’antisémitisme et pour la République » de ce dimanche 12/11/2023, organisée à l’initiative du président du Sénat et de la présidente de l’Assemblée nationale.

Le RN y participe, à quelque distance de l’une et de l’autre, des membres du gouvernement, de deux anciens présidents de la République et de deux anciens premiers ministres. Participe également E. Zemmour qui tente de réhabiliter Pétain et son gouvernement créateurs des lois anti-juives et organisateurs de la rafle du Vel d’Hiv.

La « pause » dans les polémiques, invoquée, séparément, par E. Borne et M. Le Pen pour justifier une union républicaine est une référence à la contingence des confrontations politiciennes.

La problématique de l’antisémitisme et du racisme, n’a rien à voir avec cette contingence, mais avec celle, essentielle, du rapport à l’autre, notamment le recours au bouc-émissaire ; elle n’est pas non plus de l’ordre de la polémique politicienne, mais de la philosophie politique.

« Pause polémique » appliquée à l’idéologie du rejet, de l’exclusion et au nationalisme qui constituent le RN est donc un non-sens qui contribue à faire de cette manifestation non seulement une grave anomalie mais un événement à proprement parler ahurissant.

Que « pause » puisse être employée – sans que personne n’y trouve à redire – par M. Le Pen en écho à « polémique » d’ E. Borne, signifie en effet un accord qui dépasse la simple conjoncture : de ce fait, le RN est considéré et reconnu non seulement comme un parti politique, mais comme un parti comme les autres.

C’est sans doute cette reconnaissance objective, de facto, qui est l’événement le plus important de ce dimanche 12 novembre 2023.