Journal – 51 – Gaza = Auschwitz ? – (25/05/2025)

Le débat a pris de l’ampleur dans l’espace numérique du Monde, à propos d’un article relatant les excuses d’une journaliste (Léa Salamé)  qui regrette de ne pas avoir coupé au montage de son émission (Quelle époque – France2) l’identification faite par un autre animateur invité (Thierry Ardisson) de Gaza à Auschwitz.

C’est à mon sens un « faux » problème qui, compte tenu de la théorisation et de la dimension de l’holocauste, ne peut avoir pour effet que d’atténuer la responsabilité du gouvernement israélien.  

Voici ma contribution :

« Avec l’Autorité palestinienne, la politique israélienne est coresponsable de l’émergence du Hamas et de son succès électoral de 2006, à Gaza et en Cisjordanie. Coresponsable aussi de la montée de la colère par le blocus imposé à Gaza à la suite de cette élection, par la colonisation et l’occupation en Cisjordanie, par les conditions de vie imposées aux Palestiniens. Le massacre du 7 octobre, à la fois criminel et suicidaire, n’est pas un commencement, mais un moment de l’affrontement. La destruction systématique de Gaza, les dizaines de milliers de morts sous les bombes, par carence de soins médicaux ou par famine, les conditions dans lesquelles est déplacée sans cesse la population, ces actes, couplés avec les déclarations des ministres fondamentalistes d’évacuation des Gazaouis de leur territoire et le jusqu’au-boutisme réitéré de B. Netanyahou, constituent une réalité d’autant plus sidérante qu’elle a pour acteurs les élus d’une nation dépositaire de la mémoire de la Shoah. »

Journal – 50 – Le révélateur de la limite – (22/05/2025)

Ofer Bronchtein était invité du journal de 12 h 30 (France Culture – 22/05/2025) Il est cofondateur et président du Forum international pour la paix dont l’objectif est « soutenir toutes mesures concrètes visant à mettre en place les fondements d’une coopération future et durable entre les deux peuples [israélien et palestinien] ».

Le journaliste lui demande sa réaction à l’attentat commis à Washington  qui a provoqué la mort de deux membres de l’ambassade israélienne :

« C’est une horreur. Qu’on soit propalestinien, c’est légitime, mais qu’on devienne antisémite ou anti-israélien et qu’on commette des actes barbares comme celui qui a été commis dans la nuit à Washington c’est absolument inacceptable. »

Ce qui est introduit par « mais » est le révélateur de l’intitulé de l’article. Selon les informations, l’auteur de l’attentat, un citoyen américain originaire de Chicago, a invoqué à plusieurs reprises la libération de la Palestine « Free, free Palestine ! »  Rien d’autre.  

L’identification de ce crime à un acte « antisémite et anti-israélien » revient donc à évacuer le traumatisme créé par ce qu’il se passe à Gaza. Il n’est pas difficile de comprendre comment le massacre systématique des Gazaouis par les bombes, la famine et la destruction du système de santé peut susciter une colère qui conduise à de tels actes dont la désespérance le dispute à l’absurdité. Il est inévitable que d’autres, tout aussi meurtriers, suivront tôt ou tard, en réponse aux crimes du gouvernement israélien qui, lui, pratique la terreur, mais qu’aucun gouvernent européen prompt à parler de terrorisme ne dit terroriste. L’ « absolument inacceptable » pour l’attentat de Washington devrait l’être aussi pour la politique de B. Netanyahou que dénonce ce monsieur, mais pas avec les mêmes mots.

Ce refus de prendre en compte le traumatisme de Gaza se manifeste un peu plus loin dans son discours [ « (…)  la guerre à Gaza suite à l’opération barbare terroriste du 7 octobre »]  qui « oublie », donc, ce qui, en amont du 7 octobre, a contribué (avec la responsabilité des Israéliens) à l’émergence puis à l’élection du Hamas.

Quel poids pèse ce Forum international pour la paix dont aucun des objectifs, n’est la reconnaissance d’un Etat palestinien ?

Journal – 49 – L’axiome du mollet – ( 21/05/2025)

Tout le monde sait que la pire des situations pour ceux qui écrivent ou qui parlent ou les deux,  est celle où « tout va bien » puisqu’il faut qu’au moins une chose aille mal pour prendre la plume ou ouvrir la bouche ou les deux, encore que la plume ne se prenne plus aujourd’hui que pour la préparation d’une volaille fermière, mais je m’égare.

Or, nous sommes dans ce cas de figure : à part quelques bricoles ici ou là, « tout va bien ! ». J’ai mis un point d’exclamation pour bien montrer que c’est vrai.

Enfin presque.

Ce matin, en grimpant à bicyclette une côte cévenole, je réfléchissais à cette pensée de Pierre Dac : « Si haut qu’il peut grimper, un chemin qui monte n’est rien qu’un chemin qui descend en sens inverse, et réciproquement. » Et je me disais que, pour rendre cette activité moins ahanante et soufflante, il suffirait de tourner le vélo dans l’autre sens chaque fois que la route monte.

Ce n’est qu’une vague introduction approximative à la problématique de « l’axiome du mollet ».

Tous les cyclistes savent en effet que « le vélo fait le mollet beau » qu’on peut également écrire en langage faux n’est tic (ou presque)  :« l’vélofèl’molèbo ».

Bien. La question angoissante est de savoir qui est à l’origine de cet axiome vélocyclopédique dont l’honnêteté intellectuelle m’oblige à préciser que certains se demandent s’il ne serait pas plutôt un théorème.  Moi, je soutiens mordicus qu’il s’agit d’un axiome, et puis c’est tout.

Quant à son origine, donc, les avis divergent. S’il est sûr que ce n’est pas Platon (Socrate ne pratiquait pas la bicyclette), la communauté scientifique se divise entre Pythagore et Thalès dont on sait qu’ils passaient leurs vacances dans les îles de la mer Egée appelées Cyclades,  d’où viennent cycle et cycliste (mais pas Tour de France parce qu’à l’époque, c’était la Gaule) inutile de le préciser.

Pour ceux qui n’ont pas bien écouté en classe  :

– le théorème de Pythagore : « Dans un triangle rectangle, le carré de la longueur de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des longueurs des deux autres côtés.»

– le théorème de Thalès : « Si deux droites parallèles coupent deux droites sécantes, alors elles déterminent deux triangles dont les côtés correspondants ont des longueurs proportionnelles. »

Quel rapport avec les deux roues du vélo qui ne sont pas triangulaires ? demandez-vous avec une perplexité visible aux plis de votre front.

Eh bien, il n’y a absolument aucun rapport !

Ben alors ? redemandez-vous tout aussitôt.

Je vous réponds tout aussi aussitôt  : dans un monde où tout va bien, où les discours et les actes sont absolument raisonnables, est-ce que l’absurde ne permet pas une bonne récréation ?

Comme vous avez été patients, attentifs et indulgents, je vous offre cette autre pensée dacienne : « La mort n’est en définitive que le résultat d’un défaut d’éducation puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir vivre. »

Journal – 48 – Deux tableaux – (20/05/2025)

Le blog ne permet pas la musique – sinon je ferais écouter l’interprétation enregistrée en public de Cosi fan tutte (Mozart) par Georg Solti. En revanche il permet la couleur. Contre la grisaille. Je parle de celle du monde. Le gris, c’est autre chose, c’est peut-être bien la couleur la plus délicate. Le bleu, le vert et le blanc ça marche pas mal. Peindre en écoutant Mozart. Je mesure le privilège de ma situation.

Journal – 47 – Le camp de la gauche (15/04/2025)

Invitée, de Les Matins de France Culture ( 7 h 40 / 8 h 20), la sociologue Nathalie Heinich qui publie Penser contre son camp [celui de la gauche]. Itinéraire politique d’une intellectuelle de gauche (Gallimard).

Son discours est un bon outil pour comprendre le problème actuel de la gauche : l’orphelinat de la révolution et le désarroi de la pensée qu’il peut susciter.

Sa première référence fut le sociologue Pierre Bourdieu (il fut son directeur de thèse).

Ce sociologue (1930-2002) put donner l’impression d’une possibilité de changement révolutionnaire en quittant le seul domaine du conditionnement économique (Marx) et en proposant d’élargir le concept de « stratification sociale » ( en gros, tout ce que nous sommes, nous pensons est « construit » par le fait de vivre ensemble, en particulier dans le système capitaliste) à tous les domaines de la vie sociale, politique, intellectuelle etc.

C’était au moment de la fin de l’expérimentation communiste soviétique qui fut, depuis 1917,  l’expression historique de La révolution.

N. Heinich est donc « revenue » de Bourdieu, à mon sens moins pour ce qu’elle dit des limites de son système d’analyse que parce que la perspective révolutionnaire de substitution s’est révélée une illusion – ce qui n’enlève rien à la pertinence de Bourdieu qu’il faut seulement laisser dans le champ qui est le sien.

Là est son désarroi : l’absence de perspectives révolutionnaires et le fait qu’elle « oublie » cette dimension majeure dans l’histoire de la gauche, qu’elle se contente de parler de « valeurs » est sans doute le signe d’un refoulement.

Ce désarroi est celui d’une partie de la gauche (socialiste) ainsi confrontée à cette contradiction : comment désigner le wokisme comme un adversaire de la gauche ( ce qu’il est pour N. Heinich)  alors qu’il est présenté par D. Trump et V. Poutine comme l’ennemi à abattre, sans courir le risque de les rejoindre dans un discours fascisant, comme d’autres « intellectuels » ( les «» pour signifier que je n’aime pas ce mot) l’ont déjà fait ?

Une autre partie de la gauche(LFI notamment) s’en sort par la fuite en avant et le dogmatisme.

Ce qui me semble significatif du désarroi et du refoulement : dans le dialogue de 80 minutes, le mot commun n’a pas été prononcé.

Journal – 46 – La peur de la problématique – ( 13/05/2025)

L’émission « Questions du soir » (France Culture – 18 h 20) proposait hier (12/05/2025) un (énième) débat sur l’aide active à mourir qui est toujours et encore discutée à l’Assemblée nationale. Dans l’après-midi, j’ai envoyé au journaliste qui l’anime un message pour expliquer ce qui me paraît constituer l’essentiel de ce problème : l’établissement d’un principe.

« Bonjour, monsieur Lafay

Vous allez diriger ce soir un débat sur l’euthanasie, l’aide active à mourir. Ces quelques réflexions pourraient le nourrir.

Si ce débat n’en finit pas, c’est à mon sens parce que la problématique qui le contient n’a pas encore été vraiment construite.  Elle repose sur cette question essentielle : est-ce que notre vie nous appartient ? Autrement dit, est-ce que nous reconnaissons au sujet que nous sommes tous le droit d’en disposer librement ? Et lui reconnaissons-nous pour mourir, le droit d’assistance que nous lui reconnaissons pour naître ?

Cette question n’est pas débattue pare ce que subsiste la croyance, consciente ou non, explicite ou implicite, fondée sur une longue histoire, que la vie appartient à Dieu qui la donne et la reprend selon des desseins par définition impénétrables.

En résulte un débat infini, présenté comme essentiel par les adversaires de l’aide active à mourir, sur les modalités, elles-mêmes découlant d’un présupposé qui peut se résumer ainsi : ouvrir le droit à l’euthanasie assistée, c’est ouvrir la porte à tous les abus visant les personnes âgées, les handicapés, les personnes fragiles en général. Comme si les êtres humains attendaient cette reconnaissance pour se livrer aux assassinats empêchés par l’interdit.  Cet argument de type dissuasif était celui des adversaires de l’abolition de la peine de mort qui prédisaient une recrudescence de meurtres et d’assassinats.

La problématique dont je parle contient une autre question : celle du choix, donc de l’information et de la conscience. Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que tout choix a pour corollaire un renoncement et qu’aucun que ceux qui sont favorables à l’aide active à mourir ne dit qu’une volonté émise à un moment donné vaut engagement définitif. Je peux, en bonne santé, décider que je choisirai l’aide à mourir, et y renoncer le moment venu sans que cela n’invalide ce droit pour ceux qui feront un autre choix.

En d’autres termes, le droit à l’euthanasie n’oblige personne, il ouvre au contraire le champ de la liberté de l’individu ; en revanche, son refus le restreint au nom de valeurs alors que cette problématique se construit à partir d’un principe.

Cordialement. »

Il en a lu le début à ses deux invités, deux médecins, l’un néphrologue, l’autre réanimateur, l’un et l’autre membre de divers comités d’éthique, et qui ont préféré l’affrontement de valeurs. (le débat est disponible sur le site de la chaine).

Pour le remercier, je lui ai envoyé ce nouveau message : 

« A nouveau, bonjour, monsieur Lafay

Je vous remercie pour avoir proposé la problématique. L’échange qui a suivi témoigne que les confrontations de « valeurs » sont celles de subjectivités, certes respectables, mais qui ne permettent pas d’aboutir à autre chose qu’à un rapport de forces. Vous vous doutez que je ne partage pas celles de B. Dallaporta  [le néphrologue] qui ne peut concevoir qu’aider à mourir ne soit pas synonyme de donner la mort et encore moins du rétablissement de la peine de mort ! J’ai apprécié votre réaction à cette énormité significative de ce qui se cache derrière ses cinq distinctions. De ce point de vue, l’approche de F. Blot [le réanimateur ]est plus intéressante et pertinente (notamment son invocation de la fraternité), même si elle ne va pas jusqu’à poser la problématique du « principe » (antinomique de la « valeur »), critère essentiel de notre République laïque.

Le droit de disposer librement de sa vie et de l’aide à mourir est en effet un principe contenu dans le principe-triptyque Liberté Egalité Fraternité. Confrontés tous sans exception depuis l’âge de trois ou quatre ans à la double conscience (biologique et psychique) de notre mort (Egalité), nous disposons de la possibilité de choisir (Liberté) notre manière de vivre ce seul moment exclusif qui fait de nous des frères de solitude (Fraternité).

Le « vrai » débat est là.

Cordialement. »

Journal – 45 – Deuxième lettre à Guillaume Erner – (12/05/2025)

Monsieur Erner,

Vous avez invité ce matin – lundi 12 mai 2025 – Sami Cohen. Je l’ai écouté sans parvenir à trouver ce que son discours apportait de nouveau au regard des informations et des analyses que propose votre chaine depuis des mois, en particulier sur la guerre à Gaza.  

Ce n’est pas pour cela que je vous écris, mais pour souligner ce que j’appellerai un impensable : ni lui, ni Agnès Levallois qui vous a rejoints dans la deuxième partie de l’émission, ni vous-même n’avez seulement évoqué la politique de colonisation israélienne en Cisjordanie.

Comme si l’émergence de l’extrémisme palestinien, notamment le succès électoral initial –  à Gaza et en Cisjordanie – de son expression politico-religieuse qu’est le Hamas, n’avait aucun rapport avec la stratégie et  la politique israéliennes, comme si – et c’est ce que disait monsieur Cohen – la cause de l’affrontement actuel était la seconde intifada qui n’aurait, elle non plus, aucun lien avec la politique de contrôle, d’annexion et d’humiliation contre la population civile palestinienne qui lui est antérieure.  Vous n’ignorez pas les articles du Monde sur cette question non plus que les reportages diffusés sur votre chaine relatifs aux conditions de vie imposées par Israël aux Palestiniens de Cisjordanie bien avant l’intifada.

En « oubliant » la coresponsabilité israélienne, donc en présentant le Hamas comme la cause des malheurs actuels et le massacre du 7 octobre comme le début de la guerre, vous tenez un discours bancal, sinon partisan, un discours qui, au regard de la destruction systématique de Gaza et du massacre de sa population par les armes, la pénurie médicale et la famine, ne peut que susciter l’incompréhension, voire la colère, et contribuer à nourrir l’antisémitisme.

Vous avez soumis à votre invité une question intéressante : comment le pays où se trouve le mémorial de la Shoah peut-il gérer le rapport avec la politique de destruction de Gaza et de sa population – il y a des photos d’enfants gazaouis squelettiques qui évoquent d’autres photos analogues. Il l’a esquivée en invoquant le changement de génération.

Je vous la pose à vous-même qui avez dit à l’antenne que vous étiez juif et que vous aviez de la famille en Israël  :  comment, en tant que juif, gérez-vous le rapport entre qui vous êtes, le crime absolu qu’est la Shoah, et ce discours bancal qui ne peut que nourrir l’antisémitisme ?

Cordialement.

Jean-Pierre Peyrard

*Guillaume Erner est producteur et animateur des Matins (6 h 30 – 9 h 00) sur France-Culture. Ma première lettre a été publiée le 21/06/2024

Journal – 44 – Le défilé – (11/05/2025)

Que faut-il supposer pour qu’un orateur puisse déclarer aujourd’hui à Paris, dans le quartier Montparnasse, au cours de la manifestation annuelle (autorisée par un tribunal administratif, contre l’avis d’interdiction du préfet de police) de groupes de l’ultra-droite (drapeaux noirs à croix celtiques blanches,  t-shirts imprimés «« The White Race » ou « National Sozialistische Revolution »)  que ceux qui nient le « grand remplacement » sont des « excréments », dénoncer « les parasites (les immigrés) d’en bas qui massacrent les Français » et les « parasites d’en-haut » qui sont leurs « complices » avant de prévenir : « Ce combat contre nos ennemis doit se terminer par leur écrasement pour créer ce monde européen qui nous permettra de perpétuer notre héritage pour mille ans.* » ? (cf. article du Monde de ce jour) 

*« Mille ans » était la durée du 3ème Reich annoncée par Hitler.

L’article raconte comment les CRS protègent les manifestants et s’en prennent aux passants qui protestent contre ce défilé.

Que faut-il encore supposer pour que V. Poutine puisse déclarer lors du défilé militaire célébrant la victoire sur le nazisme que la Guerre patriotique continue contre l’Ukraine nazie – alors qu’elle est soutenue par les pays européens qui condamnent son agression ?

Que faut-il encore supposer, après la Shoah, pour que soient possibles la colonisation brutale et meurtrière de la Cisjordanie,  la destruction systématique de Gaza et les assassinats de dizaines de milliers de civils palestiniens par le gouvernement israélien ?

Autrement dit, que faut-il supposer pour comprendre ce besoin qu’a l’être humain de remettre en route la machinerie de mort dont l’expérience du nazisme lui a appris qu’il ne parviendra pas à l’arrêter avant la catastrophe après laquelle il s’écrira une fois encore « plus jamais ça »  ?

Journal – 43 – L’interdit du « commun » – (10/05/2025)

Ce matin Nicolas Herbeaux recevait (8 h 20 –  France Culture)  Hugo Palheta, sociologue, maître de conférences à l’université de Lille, détaché à l’INED (Institut National des Etudes Démographiqes) et Leone Alestra, chercheuse en études de genre et journaliste, rédactrice en cheffe du média Mécréantes.

Objet : idéologie d’extrême-droite et fascisme aujourd’hui.

Quant à l’analyse des nouveaux modes d’expression, rien à ajouter. Même si le ton et le débit de Leone Alestra dénotent la militante et peuvent nuire à l’écoute de son discours (je pense à ceux qui ne sont pas convaincus), la description que proposent les deux intervenants (disponible en rediffusion) est claire et pertinente.

La cause essentielle du développement de cette idéologie et de la faiblesse de la gauche n’est en revanche pas abordée, et l’absence du mot « commun » participe, malgré eux, de ce double mouvement en ce sens qu’il ne touche pas au cœur de la problématique qui n’est pas construire. Il l’entretient d’une certaine manière par la désespérance que ne peut que produire l’absence corrélative des « solutions ».

Si les déclinaisons du  « Moi d’abord ! » prennent autant d’importance dans les esprits et les votes,  c’est bien parce qu’il n’y a plus de perspectives du commun, que le commun n’est pas seulement la société nationale ou internationale, mais, aujourd’hui, la planète et les conditions de survie de l’espèce humaine.

Que V. Poutine puisse dire dans son discours de célébration de la victoire sur le nazisme que la même lutte continue contre Ukraine est un de signes de la perte des repères qui autorise le tout et n’importe quoi des mots, et la fuite en avant des actes.

Photo : elles proviennent de l’étang de Thau. Mèze, exactement.

Journal – 42 – Les petites sphères – (05/05/2025)

Le 1er mai, fête du Travail, j’écoutais sur France Culture (Questions du soir – 18 h 20) un débat sur… le travail. Autour du journaliste Quentin Lafay, Thomas Coutrot, statisticien et économiste du travail, chercheur associé à l’Institut de recherches économiques et sociales, co-animateur de l’association Ateliers Travail et Démocratie, et Bernard Martinot, économiste, expert associé à l’Institut Montaigne sur les sujets sociaux.
Puis, dans la foulée de la même émission, Céline Marty, chercheuse en philosophie et en écologie politique, expliqua la pensée de philosophe André Gorz (1923 -2007) sur … le travail.
Au-delà de l’intérêt des échanges et des explications (j’aime bien la pensée d’André Gorz), je me suis posé la question que je reproduis dans sa dimension toute béotienne – pour les Athéniens, cultivés, les Béotiens ne l’étaient pas : à quoi ça sert ? Pas le travail, mais la redite des mêmes analyses, des mêmes réflexions sur l’emploi, le travail proprement dit, l’exploitation, l’aliénation, la création, la quantité, la qualité, la production, la consommation etc.
Les deux débatteurs dirent avoir comme référence commune Marx dont ils rappelèrent la pertinence et l’évolution des analyses.
En oubliant ( ?) ce qui n’est tout de même pas un détail : la démarche de Marx n’était descriptive et analytique que dans le cadre de la perspective révolutionnaire.
Le ( ?) concerne B. Martinot qui fut conseiller social de N. Sarkozy et qui est membre de l’ Institut (indument nommé) Montaigne, dont la présidente est l’épouse du directeur financier du groupe Bolloré, et qui n’a pas comme objectif premier, ni second, la révolution.
Oui, à quoi servent les analyses répétitives et redondantes qui n’ont pas d’effet sur la structure dans laquelle est organisé et pratiqué le travail, notamment salarié ? Si les conditions de travail des travailleurs ont changé sous les coups de boutoir des luttes syndicales et politiques, sa conception et sa dimension sociale sont restées les mêmes.
Alors, en devenant un peu moins béotien, en plus de à quoi ? je demande à qui ? servent ces redites qui tournent en rond depuis des décennies ?
A quoi ? Nourrir et entretenir les petites sphères qui tournent bien sagement en heurtant mais sans jamais la franchir, la paroi de la grande sphère du capitalisme dont elles sont objectivement les garanties.
A qui ? Là, c’est plus délicat, parce qu’il convient de différencier ceux qui savent pertinemment à quoi ? et qui jouent à faire comme s’ils l’ignoraient, et ceux qui, par idéalisme, ne vont pas jusqu’à cette question du à quoi ?