Le discours de la Maison blanche

Un document publié par l’administration Trump annonce la fin de l’Europe via son « effacement civilisationnel », dans vingt ans au moins.

Les contributions dans la page du Monde (réservée aux abonnés) qui analyse le document sont nombreuses. L’une d’elle recueille de nombreuses approbations. En substance  : États-Unis, Chine et Russie sont en réalité des puissances fragiles et l’Europe peut s’en sortir aux prix de sacrifices industriels et énergétiques. Le danger ne vient pas des USA mais de « notre incapacité à sortir du confort stratégique des trente dernières années. »

Ma réponse (1) et ma contribution (2).

(1) Votre analyse dissocie l’Europe des autres puissances économiques… dans le cadre du système capitaliste. Mais que devient-elle si on considère que le problème n’est pas conjoncturel, qu’il ne concerne pas essentiellement le rapport entre les diverses puissances, mais l’équation constitutive du capitalisme qui, depuis l’implosion soviétique, n’a plus en face d’elle, comme faire-valoir,  l’alternative d’un commun qu’il faudrait donc redéfinir ? Ces trente dernières années ne sont pas celles d’un « confort stratégique » mais, au contraire, celles de la lente progression d’un désarroi planétaire – = absence de solution de rechange après le fiasco communiste – dont témoignent ce qu’on appelle « terrorisme international » et le nouveau développement de l’idéologie d’extrême-droite (Trump et Poutine en sont les expressions les plus remarquables).

(2) Ce discours est, sur le mode US (Moi d’abord ! Moi plus fort !), le produit du désarroi actuel, planétaire. Il est, sur un mode analogue et plus désinhibé, celui de la Russie (cf. l’attaque de l’Ukraine et les provocations de guerre dite hybride). L’absence de discours européen (= déni du désarroi) contribue à renforcer l’accord, pour le moment, entre D. Trump et V. Poutine, l’un et l’autre soutenus en Europe (comme le pendu par la corde) par l’idéologie d’extrême-droite. La seule réponse possible contre le « Moi d’abord ! » mortifère est le discours du commun dont le contenu (socialisme/communisme) est obsolète depuis la fin des années 1980. Il s’agit de savoir s’il faut une guerre générale pour en donner enfin la définition, opposée à l’équation du capitalisme qui aboutit au Moi d’abord ! actuel, et consensuelle en ce sens qu’elle est celle de la spécificité de l’espèce humaine.

Le commun aujourd’hui (7)

                                             – la conscience-

Du point de vue même que Marx oppose radicalement à celui de Hegel (cf. article 5) son explication de la spécificité qu’acquiert l’homme par « l’organisation corporelle » (cf. article 6) n’est pas pertinente. La simple observation permet de constater que cette organisation est analogue à celle, par exemple, des mammifères. Comme l’homme, ils ont un corps constitué de membres, d’organes,  ils respirent, mangent, marchent, courent, dorment, développent des rapports sociaux,  s’accouplent pour se reproduire, élèvent leurs petits, manifestent leur contentement ou leur déplaisir, ont des réactions de peur, de défense ou d’attaque,

Ce qui conduit l’homme à produire sa subsistance n’est pas de l’ordre de l’organisation corporelle, mais un processus évolutif que Marx n’ignorait pas ; il connaissait L’Origine des espèces, le livre de Darwin (à qui il avait envoyé un exemplaire dédicacé de son Capital – ils vécurent l’un et l’autre près de Londres sans jamais se rencontrer) dont la théorie ne lui convenait pas, notamment parce qu’elle n’avait pas la visée téléologique qu’il avait de l’histoire humaine. Opposé à cette théorie,  Darwin (comme Spinoza) ne voyait pas de finalité dans l’histoire de l’homme et du monde, ce qui était contradictoire avec la notion de progrès constitutive de l’analyse marxiste.

Ce que ne voulut pas voir Marx :  quelques millions d’années plus tôt, une branche de l’évolution animale avait fini par se mettre sur deux pieds, ce qui eut eu pour effet d’augmenter le volume de la boîte crânienne, qui eut pour effet un développement de la masse cérébrale, qui eut pour effet l’émergence, non de la conscience, mais d’un certain type de conscience.

Si les espèces restées sur leurs quatre pattes disposent des capacités de réactions évoquées plus haut, c’est bien, qu’à la différence du caillou ou de l’étoile, elles disposent elles aussi d’un type de conscience.

Ce que nous appelons conscience (du nom latin conscientia, composé de cum – avec, ensemble – et scire – savoir) est donc, d’abord savoir commun, et c’est bien le premier sens qu’il a en latin de connaissance partagée. Il évolue ensuite pour devenir la connaissance intime, profonde, personnelle, en quelque sorte ce qu’on peut comprendre comme une connaissance partagée avec soi-même (jusqu’à la caricature du « c’est mon avis et je le partage »)qui prend, dans le cadre judiciaire prend le nom d’intime conviction.

La présence du double dans ce type de savoir n’est pas une fantaisie langagière, mais au contraire le signe de la dualité profonde de la conscience humaine commune : non seulement nous avons la conscience de notre conscience, mais elle nous parle à deux voix, les deux voix de nos deux constituants que sont notre corps et notre esprit, chacun s’exprimant avec son langage propre.

C’est en cela nous différons radicalement des animaux qui n’ont qu’une simple conscience à une voix. Sinon, eux aussi écriraient des livres, s’affronteraient à coups de théories, d’anathèmes et de fusils. Mais non. Ils se contentent de vivre selon les lois propres à leur espèce. S’il n’a pas faim, le lion croise la gazelle.

Une différence qui s’exprime dans les actes et les paroles dont sont capables les seuls êtres humains, pour le meilleur et, surtout, le pire : ce n’est pas un hasard si ce qui rythme notre histoire sont les paroles et les actes de  guerre : « Veni, vici, vici, Alea jacta est…  Messieurs les Anglais…, Du haut de ces pyramides…, On les aura…»,  1515, 1802, 1815, 1870, 1914 ,1939, entre autres dates enseignées à l’école, alors qu’auraient pu l’être celles de l’adduction de l’eau potable, du tout-à-l’égout, du paratonnerre, de l’électricité, de la machine à laver le linge, de la création du stéthoscope, de l’accouchement prophylactique, de la découverte des antibiotiques…

Si nous éprouvons cette attirance si particulière pour ce qui ne va pas, ce n’est pas par mauvaise intention, mais par la nécessité d’exorciser la catastrophe qu’un jour très particulier de notre petite enfance nous a révélée notre conscience – en même temps que l’angoisse – la catastrophe qu’un jour, nous mourrons.

La catastrophe…

(à suivre)

Le commun aujourd’hui (6)   

                     – Moi et l’autre : Ayn Rand et Atlas Shrugged –

Un peu avant la citation qui termine l’article précédent, Marx écrivait ceci  : « On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l’on voudra*. [J’y reviendrai en fin d’article] Eux-mêmes commencent à se distinguer des animaux dès qu’ils commencent à produire leurs moyens d’existence, pas en avant qui est la conséquence même de leur organisation corporelle.  (…)La façon dont les individus manifestent leur vie reflète exactement ce qu’ils sont. Ce qu’ils sont coïncide donc avec leur production, aussi bien ce qu’ils produisent qu’avec la façon dont ils produisent. » (id.p.56, 57)

 Ce texte est une illustration de l’évacuation de la question ontologique : « l’homme dans la manifestation de sa vie »,  c’est « ce qu’il produit et la manière dont il le produit ». Son être est celui de rapports sociaux et politiques, exclusivement.

Aux antipodes de cette analyse matérialiste (un type de vie détermine un type de conscience), la philosophie d’Ayn Rand, autrice du roman Atlas shrugged publié en 1957 aux USA où il occupe, dit-on, la seconde place derrière la Bible.

Le récit de 1500 pages, entre réel et science-fiction, illustre le discours apologétique de l’individu-entrepreneur dont l’épanouissement est radicalement antinomique de toute contrainte sociale et politique qui prétendrait définir les codes du développement personnel et de l’entreprise industrielle.

Autrement dit, l’être humain expérimente sa liberté en-dehors de tout cadre moral et religieux, principalement chrétien, et réussit son entreprise en-dehors de toute contrainte étatique.

La thèse est sans la moindre nuance : tout ce qui est d’ordre social, collectif, est systématiquement présenté d’une manière caricaturale.

Si l’œuvre d’Ayn Rand ne rencontre pas en Europe la célébrité qu’elle connaît aux USA, et pas seulement chez les Républicains, c’est sans doute parce qu’elle confond la liberté humaine avec celle de l’entrepreneur et qu’elle récuse toute ingérence de l’État.   

Ayn Rand est le pseudonyme d’Alissa Zinovievna Rosenbaum, née à Petrograd en décembre 1095. Elle a donc 12 ans au moment de la révolution communiste qu’elle déteste. Elle obtiendra à Petrograd un diplôme universitaire (histoire, philosophie), travaillera dans l’Institut d’État des arts cinématographiques où elle découvrira le cinéma et la civilisation américains, obtiendra un visa pour les USA où elle s’installera définitivement.

La vie et la conscience des héros porte-parole du roman (en particulier John Galt et Dagny Taggart) se définissent par le choix – revendiqué par l’autrice – de l’égoïsme du « moi-individu » irréductible à rien ni personne sinon à lui-même, choix opéré en-dehors de tout préjugé et de toute morale : ainsi, Dagny Taggart, jeune femme autonome, codirigeante énergique d’une importante compagnie ferroviaire, modèle féminin de cette philosophie, choisit la soumission dans ses relations amoureuses.

L’égoïsme revendiqué est celui de l’esprit rationnel affrontant le réel tel qu’il est,  objectif, dans le cadre d’un libéralisme économique voulu total qui affranchit l’entreprise industrielle de toute contrainte étatique.  

Dans le roman, cet idéal est contrarié par les visées socialisantes de l’administration fédérale, ce qui conduit les « vrais » entrepreneurs à cesser leur travail – d’où La Grève, traduction française maladroite du titre américain Atlas Shrugged : littéralement Atlas secoua les épaules. Privé de leur concours, le pays s’effondre, miné par l’idéologie socialiste qui brime les entrepreneurs de génie*, comme s’effondrerait le monde si le titan Atlas qui le soutient secouait ses épaules.

* Un autre de ses romans The Foutainhead  (1943 – La source vive) a été adapté en 1949 par King Vidor dans un film du même nom (en français :  Le Rebelle). Gary Cooper y interprète un architecte génial qui refuse de se plier à l’académisme stérilisant.  

La philosophie d’Ayn Rand peut se résumer dans le principe de Dagny Taggart : ne pas vivre pour les autres et ne pas demander aux autres de vivre pour soi. L’idée est intéressante en ce sens qu’elle souligne l’importance pour l’individu du fait d’être, mais cette ontologie trouve sa limite dans le fait qu’elle est imbriquée dans un capitalisme dérégulé. Les uns s’en sortent, les autres non, c’est comme ça. Ainsi, Dagny Traggart, est l’archétype féminin de cette conception de l’être humain épanoui, alors que son frère James, cohéritier avec elle de l’entreprise ferroviaire créée par leur grand-père (image des « pères fondateurs »), est au contraire dépourvu de clairvoyance et de courage.  

En d’autres termes, il n’y a que des individus, le commun humain n’existe pas, sinon dans le cadre d’une idéologie socialiste, dirigiste, forcément délétère qu’il faut donc rejeter. Il est donc hors de question de valider une politique d’aide et d’assistance pour les plus démunis. Chacun se débrouille.

Ironie de l’histoire, à la fin de sa vie, Ayn Rand, gravement malade, recourra à l’aide sociale.  

*« On peut distinguer les hommes des animaux par la conscience, par la religion et par tout ce que l’on voudra. » : Marx n’envisage pas l’existence de modes de conscience différents et son « tout ce que l’on voudra » est une manière de dire : ça n’a aucune importance, ça ne m’intéresse pas.

Là est la faille.

(à suivre)

Le commun aujourd’hui (5)

Pertinente dans l’analyse du rapport entre l’homme et la religion, l’analyse de Marx procède cependant à l’amalgame entre religion et foi. Si, comme je l’ai précisé, la foi n’est pas dissociable d’une dimension sociale (même les moines – du grec monos = seul – , et même les plus reclus – les Chartreux – ont une vie sociale),  il  convient de préciser ce que recouvre le mot.

Le latin fides, d’où vient foi, désigne cette disposition particulière qui incite à s’abandonner. Foi en quelque chose ou en quelqu’un a le même sens que croire en quelque chose ou en quelqu’un, qui diffère de croire quelque chose ou quelqu’un, en ce sens qu’il s’agit d’un rapport non essentiellement intellectuel avec l’objet de la foi, mais d’un rapport qui engage l’être total, corps et esprit.

Un peu de grammaire* : dans ces trois exemples, « je crois cette personne, cette chose », « je crois à cette personne, à cette chose »,  et « je crois en cette personne, en cette chose », la grammaire officielle, académique qui n’aime rien tant qu’enseigner à coups de questions (qui ? quoi ? à qui, à quoi ? en qui ? à quoi ?) analyse « personne » et « chose » comme des compléments d’objet, direct dans le premier exemple (je crois qui ? quoi ?), indirect dans le second (je crois à qui ? à quoi ?) et le troisième (en qui ? en quoi ?).

 Un discours d’explication qui n’explique rien, sinon le refus d’expliquer.

Dans le premier exemple, « personne » et « chose » renseignent sur le contenu de l’action exprimée par le verbe (croire).

Dans le second et le troisième, ils renseignent non sur le contenu mais sur le destinataire de l’action = je donne, place ma confiance (contenu) à, en (destinataire).

* Ceux qui s’intéressent à la grammaire (et au discours avec lequel elle est enseignée) peuvent consulter les articles publiés à partir du 28/03/2023.

Croire que Dieu existe n’est pas la même chose que croire en Dieu : option intellectuelle dans un cas, foi dans l’autre.

Le texte de Marx cité en fin de l’article précédent sonne plus juste si je remplace religion par foi, notamment « La foi est le soupir de la créature opprimée » en ce sens que la créature opprimée – quelle que soit l’oppression – trouve (ce qu’elle croit être) une libération en « s’abandonnant corps et âme » à Dieu, une manière de décrocher du réel opprimant.

La confusion des deux termes, si elle passe dans le langage de la vie courante, n’est évidemment pas anodine dans un texte philosophique où les mots sont pesés.

Autre exemple, tiré de la même citation : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle ». De quelle détresse est-il question ? Dans la pensée de Marx, il s’agit d’un effet de la vie sociale : « L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société ». La détresse marxiste est celle de la misère, matérielle, psychique,  produite par l’exploitation capitaliste, et le monde de l’homme n’est pas le monde de l’individu en tant que tel, mais de l’individu du monde organisé en société.

Autrement dit, de la même façon qu’il confond religion et foi, Marx confond individu et être social, ce qui revient à occulter la dimension ontologique (le questionnement que pose le fait d’être – cf. « Être ou ne pas être ») et à réduire l’individu à la place qu’il occupe dans l’organisation sociale.

Or, foi et religion sont l’expression de la structure double de l’homme dans son double rapport avec lui-même et avec le monde extérieur.

Où qu’il soit et quoi qu’il fasse, l’homme est toujours, et sans qu’il soit possible de dissocier l’une de l’autre,  une ontologie dans une communauté.

La question ontologique n’intéresse pas Marx, ou plutôt il l’intègre dans l’idéologie, telle qu’il la définit dans ce passage célèbre de L’Idéologie allemande (1845) qu’il écrivit avec son ami Engels :

« A l’encontre de l’ idéologie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, one ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle. (…) Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui est lié à des présuppositions matérielles. De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie.  (…) Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » (id. p.59)

Oui, à une condition : que soient définies la vie et la conscience.

(à suivre)

Le commun aujourd’hui (4)

                                  –  physique et métaphysique –

Physique précédé de l’article défini « la » correspond au sens du nom grec phusikê (dérivé de phusis : formation, nature, manière d’être) et désigne l’étude de la nature, plus précisément de son fonctionnement.  Autrement dit, « Comment ça marche ? ». Ça désignant le monde et l’homme lui-même.

Pourquoi physique ne suffit-elle pas ? Pourquoi a-t-il fallu ajouter le préfixe méta (adverbe grec signifiant : au milieu, et, c’est le cas ici : par derrière, à la suite) ? D’où vient la préoccupation pour ce qu’il y a derrière ce qu’enseigne la physique ?

Au « Comment ça marche ? » s’ajoutent les « Pourquoi ? » et « Pour quoi ? » qui ne ressortissent plus à la physique quand il s’agit non plus des rapports entre les constituants de la matière, mais du rapport entre cette nature globale et une raison d’être, autrement dit ce qu’il y a ou ce qu’il y aurait derrière, comme on a une idée derrière la tête.

La problématique peut se formuler aussi de cette manière : est-ce que toute recherche du « Comment ça marche ? » n’est pas nécessairement aussi celle des  « Pourquoi ? » et « Pour quoi ? » ?  Ou encore, est-il pertinent de penser que la physique précède la métaphysique ? Est-ce que l’une et l’autre ne constituent pas un ensemble indissociable ? Est-ce que la recherche scientifique n’est pas dictée par la nécessité du questionnement du sens ? Est-ce que le physicien n’est pas aussi un métaphysicien ? Est-ce seulement Jupiter et ses lunes que cherche Galilée quand il pointe sa lunette vers le ciel ?

Si l’Église le condamne, c’est parce que la connaissance de la nature est déjà acquise. Elle l’est par le « surnaturel » – en l’occurrence le géocentrisme – que finit par démolir l’observation en conduisant à l’héliocentrisme.

Le surnaturel en tant qu’explication du monde réunit les hommes dans un commun voulu tranquillisant : la terre est au centre parce que l’homme est au centre puisque Dieu qui l’a créé à son image ne peut être qu’au centre.

La physique vient briser le commun lumineux en faisant de l’homme un élément de la nature comme les autres. S’il n’est plus au centre, s’il est finalement de même nature qu’un satellite de Jupiter, quel est le sens de sa vie, de la vie ?

Le conflit majeur historique oppose le croire polythéiste puis monothéiste qui communise dans une supposée béatitude, au savoir qui singularise dans la tragédie, comme l’enfant devenu orphelin par la mort des parents.

La parole d’Évangile dit que la seule réponse possible est croire, et elle le prouve en validant dans le Nouveau Testament le rejet du savoir déjà acté par la pomme du jardin d’Eden de l’Ancient Testament : si Jésus ressuscité ne se présente pas devant Caïphe et Pilate ce n’est pas parce que la résurrection est un mythe, mais parce qu’elle deviendrait un savoir alors qu’il s’agit de croire.

L’exégèse résout l’énigme de ce refus du manifesté sauveur par l’argument de la liberté nécessaire. Si la résurrection de Jésus est attestée, l’homme ne peut plus choisir de ne pas croire, il n’est donc plus libre. Curieuse démarche pour l’acquisition de ce qui n’est alors qu’un artefact. Autant dire qu’il est utile de créer la maladie pour le plaisir de guérir.     

Tout cela est de l’ordre du calcul – une spécialité humaine – dont le plus machiavélique est celui opéré par Dieu-le-Père créant un fils afin qu’il soit crucifié pour le rachat des hommes. Mais pour quel résultat ? En quoi la vie des hommes sur la terre est-elle différente  ?  Et s’il s’agit de la vie dans le paradis céleste,  comment associer un tel marchandage cruel et sanglant avec le message divin d’amour du père pour ses enfants ?

Demander pourquoi ces contradictions essentielles ne sont pas rédhibitoires est une question absurde en ce sens qu’elle reviendrait à faire le procès des contes pour enfants au motif qu’ils ne racontent pas des faits réels.

Il s’agit de se demander pourquoi l’homme a besoin d’un type de communauté qui exclut la pensée susceptible de mettre en cause non un élément constitutif de la croyance – elle s’adapte à peu près à tout – mais le fait de croire  : après avoir condamné Galilée, la religion a dû admettre l’héliocentrisme qu’une exégèse a très bien su faire entrer dans le plan divin.

Le communisme-marxisme ne critique pas la religion sous ce rapport de contradiction, mais sur ce qui la produit :

« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. (…)  L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. (…) La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. » (Marx : Critique de la philosophie du droit de Hegel – Éditions sociales : Marx et Engels – Études philosophiques – p.24,25)

Il s’agit maintenant de comprendre en quoi cette analyse du fait religieux, sans doute la plus pertinente,  se retourne contre la proposition communiste-marxiste qui contient, en principe, la fin du besoin de religion.

(à suivre)

Narcotrafiquants : le débat sans fin

Les récents assassinats à Marseille ont réactivé le débat dont la focale est toujours mise sur la répression des utilisateurs et fournisseurs de « drogues ».

Le débat sur la fin de vie est un autre exemple de cette tendance à esquiver la problématique pour ne viser que les effets réels ou supposés dont tous les traitements imaginables ( ici, la répression) ne peuvent jamais être une solution.

Cette ébauche de dialogue – dans les contributions du Monde – en est une illustration.

Ma contribution :

« Nous savons qu’il n’existe pas de solution policière/judiciaire. Toutes les prisons du monde ne peuvent rien contre le besoin humain de drogues – quelles qu’elles soient – pour tenter de gérer l’angoisse, spécifiquement humaine, et qui concerne chacun de nous. La seule solution est de sortir le problème du cadre de l’interdit pour le placer dans celui de l’accompagnement de ce besoin qu’il importe, d’abord, de reconnaître. Sa prise en charge par la communauté permettrait non seulement de sortir de la spirale mais encore d’améliorer la gestion de la commune angoisse individuelle qui, pas plus que la souffrance, n’est de l’ordre du jugement moral. »

Une réponse :

« Oui enfin il y a aussi beaucoup de consommateurs d’agrément, de milieux favorisés, qui pourraient tout à fait ne pas consommer, tous les consommateurs ne sont pas dans les mêmes situations et tous ne sont pas dans des situations sociales critiques et ne sont pas des « victimes », c’est un peu facile de décréter que la responsabilité individuelle est nulle et non avenue dans tous les cas… la déresponsabilisation des consommateurs est une anomalie majeure… »

Écrire que des consommateurs « pourraient tout à fait ne pas consommer » est un bel exemple des limites de l’analyse qui refuse de seulement poser la question de la cause : l’explication par l’« agrément » « va de soi » parce qu’elle renvoie, dans le cadre du « favorisé », à quelque chose qui s’apparente plus ou moins confusément à l’absence de l’angoisse qui concernerait seulement le « non favorisé ».

Ma réponse :

« Votre lecture de ma contribution n’est pas pertinente en ce sens que je ne parle jamais de victime, mais de l’angoisse propre à notre espèce et sur laquelle il est possible d’agir. Les raisons qui conduisent aux diverses « drogues » (pas seulement les stupéfiants, mais l’alcool, le sucre, « dépasser ses limites »…) ressortissent à cette angoisse – mal gérée – et aux peurs associées – elles sont liées à la conscience spécifique que nous avons de notre mort. Quant aux personnes, il ne m’appartient pas de les juger. Je pense en outre que la reconnaissance et la gestion commune de cette spécificité humaine – en particulier dans le cadre d’un enseignement à l’école de la mort telle qu’elle est – pourraient conduire à réduire les comportements d’addiction. »

Le commun aujourd’hui (3)

                                         – le besoin du conte –

Se réunir pour écouter une histoire.

C’est ainsi que fonctionne la religion (du latin relegere = rassembler), dans la synagogue (deux mots grecs : sun = avec, ensemble, agein : mener, conduire), le temple (templum latin du grec temenos : portion d’espace… en l’occurrence sacrée), la mosquée (lieu où l’on se prosterne) ou l’église (du grec ekklêsia = assemblée), constructions dont les dimensions sont à la mesure de l’extraordinaire que racontent et commentent le rabbin, le pasteur, l’imam ou le prêtre.

Malgré toutes les expériences de la relation personnelle avec Dieu par la méditation et l’expérience mystique d’extase, l’acte de foi est d’abord social en ce sens que la croyance a besoin d’être confirmée par une communauté ;  ainsi,  les diversités narratives créent des communautés particulières qui se retrouvent régulièrement pour entendre raconter et expliquer l’histoire qui les constitue, une histoire sainte écrite dans les livres saints que sont pour les croyants la Bible (Ancien et nouveau Testaments, Actes des apôtres) et le Coran.

Jésus et Mahomet ont en commun le fait que le récit de leur vie a été écrit dans les décennies qui ont suivi leur mort et à partir d’une oralité variable.  De sorte que leur histoire réelle est très mal connue et que cela n’a aucune importance : les croyants ne recherchent pas un savoir dont ils n’ont pas besoin puisque l’écriture sainte ne sollicite leur pensée qu’à l’intérieur du cadre d’un récit vrai a priori.

De ce point de vue, la lecture des Évangiles est éclairante : le récit écrit par les supposés évangélistes (Luc, Marc, Matthieu et Jean – certains pensent en effet que les textes sont plutôt une œuvre collective) ne vise pas la vraisemblance, mais le « miraculeux », corollaire de la nature divine de Jésus, présenté comme celui qui vient accomplir la volonté de Dieu, son père, par des actes et dans des circonstances dont il est régulièrement précisé qu’ils ont été annoncés par les prophètes de l’Ancien Testament.

Lire les Évangiles, c’est lire un conte en ce sens que les paroles et les actes de Jésus ne font pas partie du réel qu’expérimentent les hommes ; il faut donc les interpréter, comme on le fait pour les contes dits pour enfants, avec la différence majeure que l’enfant sait que la citrouille devient un carrosse (Cendrillon)  dans le cadre du « pas pour de vrai » du conte, alors que le croyant est convaincu que transformer l’eau en vin  (les noces de Cana) est un réel  « pour de vrai »,   puisque l’acteur est fils de Dieu et que l’évangéliste ne fait que rapporter des faits, comme le ferait un journaliste, même si ces faits peuvent n’être que pure imagination – par exemple, le séjour solitaire de Jésus dans le désert où il est soumis à la séduction du Diable (Matthieu ch.4 – 1 à 11) ou sa prière solitaire dans le jardin de Gethsémani avant son arrestation  (id. ch.26 – 39 à 44).

Les textes sont soumis au seul discours interne dit d’exégèse (du grec exêgêsis : explication) qui exclut nécessairement le discours critique qui est en-dehors de la sphère de la croyance, donc qui peut conduire à la nier.

Les croyants se réunissent en communauté pour se regarder croire, autrement dit pour chercher dans le regard de l’autre la justification de l’abandon de la pensée critique.

Le commun de la synagogue, de la mosquée, du temple et de l’église est celui de la métaphysique [composé de deux mots grecs : meta (à la suite de), et phusis (la nature)] – et si l’idée du communisme-marxisme social et politique a disparu à partir de la fin des années 1980, c’est parce qu’elle s’est révélée être une métaphysique.

(à suivre)

« Perdre ses enfants », dit le chef d’état- major

« Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants – parce qu’il faut dire les choses –, de souffrir économiquement – parce que les priorités iront à de la production de défense, par exemple –, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque », a récemment déclaré le chef d’état-major des armées.

 « Comment en est-on arrivé là ? » est la question posée par l’impensable. Après coup.

Au 19ème siècle, Marx était persuadé que la guerre ne serait plus possible parce qu’il était convaincu que l’internationalisme prolétarien l’emporterait sur les intérêts du capitalisme international instigateur des conflits armés. « Les ouvriers n’ont pas de patrie », assurait-il avant la guerre de 1870.

La guerre de 14-18 devait être la dernière. Celle de 39-45 celle du « plus jamais ça ».

Le discours de la guerre est à nouveau d’actualité, et s’il est prononcé, c’est qu’il est audible, sinon attendu plus ou moins confusément par une certaine opinion publique. Le « Il faut dire les choses » qui résonne comme le « on ne va pas se raconter d’histoire » du diagnostic médical, tend à présenter la guerre comme une maladie de cause externe.

L’acceptation de la guerre est le résultat ultime d’un abandon de la pensée – on cogne quand on est à court d’arguments ou qu’on ne veut pas voir – et il faut aller regarder du côté des contempteurs du « woke », l’étiquette commode qu’aiment bien D. Trump, V. Poutine, et qu’ils collent sur les contradictions qu’ils détestent parce qu’elles invalident l’idéologie de l’identité nationale gravée dans le marbre.

Un déni qui produit les diverses expressions des « Moi d’abord ! » qui ne peuvent que se terminer que par les « Moi plus fort ! » de la guerre.

Voir du côté de, ce n’est pas identifier une origine, mais constater un processus déjà engagé, qui n’est pas d’abord de l’ordre de l’argumentaire, mais du désarroi.

Ceux qui lisent le blog savent que l’implosion soviétique est à mon sens un tournant important de l’histoire, sinon le tournant majeur, en ce sens qu’elle est est le signe de la fin d’une dialectique (capitalisme < – > communisme-marxisme) dont le second terme désormais obsolète n’a pas été (encore) remplacé par le commun de l’espèce humaine. S’il l’est jamais.

Ce tsunami (mal perçu) de la fin des années 1980 a donné naissance à une vague de submersion constituée de ce qu’on nomme « terrorisme » et de l’idéologie identitaire qui produit le fascisme actuel, notamment aux USA.

La dialectique n’est pas une vision d’intellectuel, elle est un moteur du vivant sous toutes ses formes, autrement dit le dialogue permanent entre la vie et la mort dont le rapport entre moi et l’autre est une compsante.

Je suis depuis quelques jours chez des amis qui regardent la télévision, en particulier « C dans l’air ».

Hier et aujourd’hui, l’objet de l’émission était la guerre et les participants en parlaient sans le moindre questionnement sur ce qui, il y a peu de temps, était un impensable.

L’absence de discours politique responsable expliquant le désarroi planétaire et sa corrélation avec le développement du fascisme  construit peu à peu la sphère de l’acceptation d’un processus militaire et, via les prétendus bienfaits du service militaire brasseur social, du recours au patriotisme qui valide la perte des enfants.

 Le commun aujourd’hui (2)

                                       –  trois -ismes majeurs –

Communisme (marxisme), monothéisme (judaïsme, christianisme, islam), fascisme (nazisme).

Historiquement, le « communisme » précède le monothéisme : Platon propose pour sa cité idéale – et dans un contexte d’eugénisme – l’abolition de la famille et la mise en commun des femmes et des enfants.

L’idée communiste, plus ou moins claire ou confuse, traverse les siècles en nourrissant les utopies (Saint Simon, Fourier) – s’y rattachent toutes les revendications de justice sociale, d’égalité, notamment par la répartition des richesses (cf.  Les Gracques, à Rome au 2ème siècle avant notre ère et dont Babeuf, au 18ème, adoptera le nom) – avant d’aboutir au milieu du 19ème à l’élaboration d’une théorie (marxisme) fondée non sur un idéal humaniste, mais sur une supposée loi de l’Histoire relative au développement de la société humaine (matérialisme historique).

Dans le contexte du judaïsme (Dieu, en tant qu’entité « innommable », dans un rapport d’alliance avec les hommes par l’entremise d’Abraham et de Moïse), le christianisme propose un commun de nature ni sociale ni politique, mais biologique, spirituelle, morale et affective : tous les êtres humains sont frères puisqu’ils ont le même Père, Dieu, créateur, siégeant dans les Cieux qu’ils rejoindront après une mort qui n’est qu’apparence. La résurrection, telle est la « bonne nouvelle » (= évangile, mot grec composé de eu : bien, et angelia : message, nouvelle) annoncée par Jésus, né en -7 ou -5 avant J-C et mort en 30, qui se proclame fils de Dieu. Les dates de la personne qu’il fut ne sont pas exactement celles du personnage divin, né d’une vierge, Marie, enceinte de Dieu par l’« opération du Saint-Esprit » et envoyé par son père sur la terre pour racheter par sa mort les hommes marqués par le péché originel.

Sur les mêmes références que l’Ancien Testament (Bible), Mahomet fonde l’islam (=soumission à Dieu) un peu plus de six siècles plus tard.

Ces croyances qui ne diffèrent que par les modes d’expression, visent, via la pratique sociale qu’est la religion (latin religere : lier ensemble), à créer une communauté censée permettre une vie fraternelle, même si la première fraternité biblique est celle d’un meurtre (Caïn tue Abel… comme, dans le mythe de la fondation de Rome polythéiste Romulus tue Remus) et même si le calcul divin (entre autres, le scénario du Christ), les exclusives, les anathèmes, les discriminations religieuses meurtrières et les guerres de religion sont absolument     contradictoires avec le message d’amour proclamé : malgré la menace de la damnation et de l’enfer, l’horizon est celui d’un paradis de compensation des misères terrestres, autrement dit la réalisation d’une communauté d’êtres parfaitement égaux.

Le fascisme-nazisme (première moitié du 20ème siècle) est l’expression du rejet de ce commun social ou métaphysique auquel il substitue une hiérarchie discriminatoire de type racial : les hommes ne sont pas frères parce que l’universel humain n’existe pas. Le commun humain donc devient partial, racial, destructeur, et l’adéquation entre la théorie et l’application (extermination) nazies constitue la différence essentielle avec les autres –ismes en ce sens que les discriminations et les crimes  commis au nom de Dieu ou de la Révolution sont, eux, en contradiction radicale avec l’idéal dont ils se réclament.

En ce premier quart du 21ème siècle, si les monothéismes et le fascisme existent toujours, l’idée du communisme social et politique est morte.

Il s’agit de savoir si la relation entre les uns et l’autre sont dans un rapport de causalité, de corrélation, ou si le rapport n’existe pas.

(à suivre)

La convention citoyenne et « les temps de l’enfant »

133 citoyennes et citoyens tirés au sort se sont réunis en une convention souhaitée par E. Macron pour débattre de la question : « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? ».

Ceux qui ont commencé la lecture des articles « Le commun aujourd’hui » ont dû dresser l’oreille en lisant « citoyens tirés au sort » et se sont assurément demandé quelle compétence était attachée à ce statut. Surtout pour traiter d’un tel problème.

L’article du Monde qui rend compte du travail de la convention précise qu’elle a entendu pendant cinq mois des spécialistes et que les conclusions ont été approuvées par 119 des participants – entre autres :  apprentissage théorique le matin, travaux pratiques diversifiés et sport l’après-midi, moins de travaux à la maison, réduction des programmes, plus de temps libre pour l’enfant, effectifs de classes réduits, revalorisation des métiers de l’éducation…

Il n’y a là rien qui soit nouveau. Il s’agit d’un ensemble de propositions qui tournent dans la sphère étroite du discours habituel de la réforme – politique, syndical, associatif – en particulier pour l’école. [De mauvaises langues disent que le président avait voulu cette convention citoyenne pour obtenir une validation de la réduction qu’il souhaite des vacances d’été… et qui n’a pas été retenue.]

Rien, en revanche, sur les deux questions essentielles en corrélation :

– la nature du discours global d’enseignement : définition, transmission du savoir et leur critique, autrement dit apprentissage de la démarche philosophique depuis la première année de scolarisation,

– école publique, laïque et obligatoire pour tous les enfants, incompatible avec l’enseignement privé, confessionnel ou pas.

Mais ce n’est pas un discours de réforme.