Le commun aujourd’hui (5)

Pertinente dans l’analyse du rapport entre l’homme et la religion, l’analyse de Marx procède cependant à l’amalgame entre religion et foi. Si, comme je l’ai précisé, la foi n’est pas dissociable d’une dimension sociale (même les moines – du grec monos = seul – , et même les plus reclus – les Chartreux – ont une vie sociale),  il  convient de préciser ce que recouvre le mot.

Le latin fides, d’où vient foi, désigne cette disposition particulière qui incite à s’abandonner. Foi en quelque chose ou en quelqu’un a le même sens que croire en quelque chose ou en quelqu’un, qui diffère de croire quelque chose ou quelqu’un, en ce sens qu’il s’agit d’un rapport non essentiellement intellectuel avec l’objet de la foi, mais d’un rapport qui engage l’être total, corps et esprit.

Un peu de grammaire* : dans ces trois exemples, « je crois cette personne, cette chose », « je crois à cette personne, à cette chose »,  et « je crois en cette personne, en cette chose », la grammaire officielle, académique qui n’aime rien tant qu’enseigner à coups de questions (qui ? quoi ? à qui, à quoi ? en qui ? à quoi ?) analyse « personne » et « chose » comme des compléments d’objet, direct dans le premier exemple (je crois qui ? quoi ?), indirect dans le second (je crois à qui ? à quoi ?) et le troisième (en qui ? en quoi ?).

 Un discours d’explication qui n’explique rien, sinon le refus d’expliquer.

Dans le premier exemple, « personne » et « chose » renseignent sur le contenu de l’action exprimée par le verbe (croire).

Dans le second et le troisième, ils renseignent non sur le contenu mais sur le destinataire de l’action = je donne, place ma confiance (contenu) à, en (destinataire).

* Ceux qui s’intéressent à la grammaire (et au discours avec lequel elle est enseignée) peuvent consulter les articles publiés à partir du 28/03/2023.

Croire que Dieu existe n’est pas la même chose que croire en Dieu : option intellectuelle dans un cas, foi dans l’autre.

Le texte de Marx cité en fin de l’article précédent sonne plus juste si je remplace religion par foi, notamment « La foi est le soupir de la créature opprimée » en ce sens que la créature opprimée – quelle que soit l’oppression – trouve (ce qu’elle croit être) une libération en « s’abandonnant corps et âme » à Dieu, une manière de décrocher du réel opprimant.

La confusion des deux termes, si elle passe dans le langage de la vie courante, n’est évidemment pas anodine dans un texte philosophique où les mots sont pesés.

Autre exemple, tiré de la même citation : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle ». De quelle détresse est-il question ? Dans la pensée de Marx, il s’agit d’un effet de la vie sociale : « L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société ». La détresse marxiste est celle de la misère, matérielle, psychique,  produite par l’exploitation capitaliste, et le monde de l’homme n’est pas le monde de l’individu en tant que tel, mais de l’individu du monde organisé en société.

Autrement dit, de la même façon qu’il confond religion et foi, Marx confond individu et être social, ce qui revient à occulter la dimension ontologique (le questionnement que pose le fait d’être – cf. « Être ou ne pas être ») et à réduire l’individu à la place qu’il occupe dans l’organisation sociale.

Or, foi et religion sont l’expression de la structure double de l’homme dans son double rapport avec lui-même et avec le monde extérieur.

Où qu’il soit et quoi qu’il fasse, l’homme est toujours, et sans qu’il soit possible de dissocier l’une de l’autre,  une ontologie dans une communauté.

La question ontologique n’intéresse pas Marx, ou plutôt il l’intègre dans l’idéologie, telle qu’il la définit dans ce passage célèbre de L’Idéologie allemande (1845) qu’il écrivit avec son ami Engels :

« A l’encontre de l’ idéologie allemande qui descend du ciel sur la terre, c’est de la terre au ciel que l’on monte ici. Autrement dit, one ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle. (…) Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui est lié à des présuppositions matérielles. De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie.  (…) Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. » (id. p.59)

Oui, à une condition : que soient définies la vie et la conscience.

(à suivre)

Le commun aujourd’hui (4)

                                  –  physique et métaphysique –

Physique précédé de l’article défini « la » correspond au sens du nom grec phusikê (dérivé de phusis : formation, nature, manière d’être) et désigne l’étude de la nature, plus précisément de son fonctionnement.  Autrement dit, « Comment ça marche ? ». Ça désignant le monde et l’homme lui-même.

Pourquoi physique ne suffit-elle pas ? Pourquoi a-t-il fallu ajouter le préfixe méta (adverbe grec signifiant : au milieu, et, c’est le cas ici : par derrière, à la suite) ? D’où vient la préoccupation pour ce qu’il y a derrière ce qu’enseigne la physique ?

Au « Comment ça marche ? » s’ajoutent les « Pourquoi ? » et « Pour quoi ? » qui ne ressortissent plus à la physique quand il s’agit non plus des rapports entre les constituants de la matière, mais du rapport entre cette nature globale et une raison d’être, autrement dit ce qu’il y a ou ce qu’il y aurait derrière, comme on a une idée derrière la tête.

La problématique peut se formuler aussi de cette manière : est-ce que toute recherche du « Comment ça marche ? » n’est pas nécessairement aussi celle des  « Pourquoi ? » et « Pour quoi ? » ?  Ou encore, est-il pertinent de penser que la physique précède la métaphysique ? Est-ce que l’une et l’autre ne constituent pas un ensemble indissociable ? Est-ce que la recherche scientifique n’est pas dictée par la nécessité du questionnement du sens ? Est-ce que le physicien n’est pas aussi un métaphysicien ? Est-ce seulement Jupiter et ses lunes que cherche Galilée quand il pointe sa lunette vers le ciel ?

Si l’Église le condamne, c’est parce que la connaissance de la nature est déjà acquise. Elle l’est par le « surnaturel » – en l’occurrence le géocentrisme – que finit par démolir l’observation en conduisant à l’héliocentrisme.

Le surnaturel en tant qu’explication du monde réunit les hommes dans un commun voulu tranquillisant : la terre est au centre parce que l’homme est au centre puisque Dieu qui l’a créé à son image ne peut être qu’au centre.

La physique vient briser le commun lumineux en faisant de l’homme un élément de la nature comme les autres. S’il n’est plus au centre, s’il est finalement de même nature qu’un satellite de Jupiter, quel est le sens de sa vie, de la vie ?

Le conflit majeur historique oppose le croire polythéiste puis monothéiste qui communise dans une supposée béatitude, au savoir qui singularise dans la tragédie, comme l’enfant devenu orphelin par la mort des parents.

La parole d’Évangile dit que la seule réponse possible est croire, et elle le prouve en validant dans le Nouveau Testament le rejet du savoir déjà acté par la pomme du jardin d’Eden de l’Ancient Testament : si Jésus ressuscité ne se présente pas devant Caïphe et Pilate ce n’est pas parce que la résurrection est un mythe, mais parce qu’elle deviendrait un savoir alors qu’il s’agit de croire.

L’exégèse résout l’énigme de ce refus du manifesté sauveur par l’argument de la liberté nécessaire. Si la résurrection de Jésus est attestée, l’homme ne peut plus choisir de ne pas croire, il n’est donc plus libre. Curieuse démarche pour l’acquisition de ce qui n’est alors qu’un artefact. Autant dire qu’il est utile de créer la maladie pour le plaisir de guérir.     

Tout cela est de l’ordre du calcul – une spécialité humaine – dont le plus machiavélique est celui opéré par Dieu-le-Père créant un fils afin qu’il soit crucifié pour le rachat des hommes. Mais pour quel résultat ? En quoi la vie des hommes sur la terre est-elle différente  ?  Et s’il s’agit de la vie dans le paradis céleste,  comment associer un tel marchandage cruel et sanglant avec le message divin d’amour du père pour ses enfants ?

Demander pourquoi ces contradictions essentielles ne sont pas rédhibitoires est une question absurde en ce sens qu’elle reviendrait à faire le procès des contes pour enfants au motif qu’ils ne racontent pas des faits réels.

Il s’agit de se demander pourquoi l’homme a besoin d’un type de communauté qui exclut la pensée susceptible de mettre en cause non un élément constitutif de la croyance – elle s’adapte à peu près à tout – mais le fait de croire  : après avoir condamné Galilée, la religion a dû admettre l’héliocentrisme qu’une exégèse a très bien su faire entrer dans le plan divin.

Le communisme-marxisme ne critique pas la religion sous ce rapport de contradiction, mais sur ce qui la produit :

« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. (…)  L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers. (…) La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. » (Marx : Critique de la philosophie du droit de Hegel – Éditions sociales : Marx et Engels – Études philosophiques – p.24,25)

Il s’agit maintenant de comprendre en quoi cette analyse du fait religieux, sans doute la plus pertinente,  se retourne contre la proposition communiste-marxiste qui contient, en principe, la fin du besoin de religion.

(à suivre)

Narcotrafiquants : le débat sans fin

Les récents assassinats à Marseille ont réactivé le débat dont la focale est toujours mise sur la répression des utilisateurs et fournisseurs de « drogues ».

Le débat sur la fin de vie est un autre exemple de cette tendance à esquiver la problématique pour ne viser que les effets réels ou supposés dont tous les traitements imaginables ( ici, la répression) ne peuvent jamais être une solution.

Cette ébauche de dialogue – dans les contributions du Monde – en est une illustration.

Ma contribution :

« Nous savons qu’il n’existe pas de solution policière/judiciaire. Toutes les prisons du monde ne peuvent rien contre le besoin humain de drogues – quelles qu’elles soient – pour tenter de gérer l’angoisse, spécifiquement humaine, et qui concerne chacun de nous. La seule solution est de sortir le problème du cadre de l’interdit pour le placer dans celui de l’accompagnement de ce besoin qu’il importe, d’abord, de reconnaître. Sa prise en charge par la communauté permettrait non seulement de sortir de la spirale mais encore d’améliorer la gestion de la commune angoisse individuelle qui, pas plus que la souffrance, n’est de l’ordre du jugement moral. »

Une réponse :

« Oui enfin il y a aussi beaucoup de consommateurs d’agrément, de milieux favorisés, qui pourraient tout à fait ne pas consommer, tous les consommateurs ne sont pas dans les mêmes situations et tous ne sont pas dans des situations sociales critiques et ne sont pas des « victimes », c’est un peu facile de décréter que la responsabilité individuelle est nulle et non avenue dans tous les cas… la déresponsabilisation des consommateurs est une anomalie majeure… »

Écrire que des consommateurs « pourraient tout à fait ne pas consommer » est un bel exemple des limites de l’analyse qui refuse de seulement poser la question de la cause : l’explication par l’« agrément » « va de soi » parce qu’elle renvoie, dans le cadre du « favorisé », à quelque chose qui s’apparente plus ou moins confusément à l’absence de l’angoisse qui concernerait seulement le « non favorisé ».

Ma réponse :

« Votre lecture de ma contribution n’est pas pertinente en ce sens que je ne parle jamais de victime, mais de l’angoisse propre à notre espèce et sur laquelle il est possible d’agir. Les raisons qui conduisent aux diverses « drogues » (pas seulement les stupéfiants, mais l’alcool, le sucre, « dépasser ses limites »…) ressortissent à cette angoisse – mal gérée – et aux peurs associées – elles sont liées à la conscience spécifique que nous avons de notre mort. Quant aux personnes, il ne m’appartient pas de les juger. Je pense en outre que la reconnaissance et la gestion commune de cette spécificité humaine – en particulier dans le cadre d’un enseignement à l’école de la mort telle qu’elle est – pourraient conduire à réduire les comportements d’addiction. »

Le commun aujourd’hui (3)

                                         – le besoin du conte –

Se réunir pour écouter une histoire.

C’est ainsi que fonctionne la religion (du latin relegere = rassembler), dans la synagogue (deux mots grecs : sun = avec, ensemble, agein : mener, conduire), le temple (templum latin du grec temenos : portion d’espace… en l’occurrence sacrée), la mosquée (lieu où l’on se prosterne) ou l’église (du grec ekklêsia = assemblée), constructions dont les dimensions sont à la mesure de l’extraordinaire que racontent et commentent le rabbin, le pasteur, l’imam ou le prêtre.

Malgré toutes les expériences de la relation personnelle avec Dieu par la méditation et l’expérience mystique d’extase, l’acte de foi est d’abord social en ce sens que la croyance a besoin d’être confirmée par une communauté ;  ainsi,  les diversités narratives créent des communautés particulières qui se retrouvent régulièrement pour entendre raconter et expliquer l’histoire qui les constitue, une histoire sainte écrite dans les livres saints que sont pour les croyants la Bible (Ancien et nouveau Testaments, Actes des apôtres) et le Coran.

Jésus et Mahomet ont en commun le fait que le récit de leur vie a été écrit dans les décennies qui ont suivi leur mort et à partir d’une oralité variable.  De sorte que leur histoire réelle est très mal connue et que cela n’a aucune importance : les croyants ne recherchent pas un savoir dont ils n’ont pas besoin puisque l’écriture sainte ne sollicite leur pensée qu’à l’intérieur du cadre d’un récit vrai a priori.

De ce point de vue, la lecture des Évangiles est éclairante : le récit écrit par les supposés évangélistes (Luc, Marc, Matthieu et Jean – certains pensent en effet que les textes sont plutôt une œuvre collective) ne vise pas la vraisemblance, mais le « miraculeux », corollaire de la nature divine de Jésus, présenté comme celui qui vient accomplir la volonté de Dieu, son père, par des actes et dans des circonstances dont il est régulièrement précisé qu’ils ont été annoncés par les prophètes de l’Ancien Testament.

Lire les Évangiles, c’est lire un conte en ce sens que les paroles et les actes de Jésus ne font pas partie du réel qu’expérimentent les hommes ; il faut donc les interpréter, comme on le fait pour les contes dits pour enfants, avec la différence majeure que l’enfant sait que la citrouille devient un carrosse (Cendrillon)  dans le cadre du « pas pour de vrai » du conte, alors que le croyant est convaincu que transformer l’eau en vin  (les noces de Cana) est un réel  « pour de vrai »,   puisque l’acteur est fils de Dieu et que l’évangéliste ne fait que rapporter des faits, comme le ferait un journaliste, même si ces faits peuvent n’être que pure imagination – par exemple, le séjour solitaire de Jésus dans le désert où il est soumis à la séduction du Diable (Matthieu ch.4 – 1 à 11) ou sa prière solitaire dans le jardin de Gethsémani avant son arrestation  (id. ch.26 – 39 à 44).

Les textes sont soumis au seul discours interne dit d’exégèse (du grec exêgêsis : explication) qui exclut nécessairement le discours critique qui est en-dehors de la sphère de la croyance, donc qui peut conduire à la nier.

Les croyants se réunissent en communauté pour se regarder croire, autrement dit pour chercher dans le regard de l’autre la justification de l’abandon de la pensée critique.

Le commun de la synagogue, de la mosquée, du temple et de l’église est celui de la métaphysique [composé de deux mots grecs : meta (à la suite de), et phusis (la nature)] – et si l’idée du communisme-marxisme social et politique a disparu à partir de la fin des années 1980, c’est parce qu’elle s’est révélée être une métaphysique.

(à suivre)

« Perdre ses enfants », dit le chef d’état- major

« Si notre pays flanche, parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants – parce qu’il faut dire les choses –, de souffrir économiquement – parce que les priorités iront à de la production de défense, par exemple –, si on n’est pas prêt à ça, alors on est en risque », a récemment déclaré le chef d’état-major des armées.

 « Comment en est-on arrivé là ? » est la question posée par l’impensable. Après coup.

Au 19ème siècle, Marx était persuadé que la guerre ne serait plus possible parce qu’il était convaincu que l’internationalisme prolétarien l’emporterait sur les intérêts du capitalisme international instigateur des conflits armés. « Les ouvriers n’ont pas de patrie », assurait-il avant la guerre de 1870.

La guerre de 14-18 devait être la dernière. Celle de 39-45 celle du « plus jamais ça ».

Le discours de la guerre est à nouveau d’actualité, et s’il est prononcé, c’est qu’il est audible, sinon attendu plus ou moins confusément par une certaine opinion publique. Le « Il faut dire les choses » qui résonne comme le « on ne va pas se raconter d’histoire » du diagnostic médical, tend à présenter la guerre comme une maladie de cause externe.

L’acceptation de la guerre est le résultat ultime d’un abandon de la pensée – on cogne quand on est à court d’arguments ou qu’on ne veut pas voir – et il faut aller regarder du côté des contempteurs du « woke », l’étiquette commode qu’aiment bien D. Trump, V. Poutine, et qu’ils collent sur les contradictions qu’ils détestent parce qu’elles invalident l’idéologie de l’identité nationale gravée dans le marbre.

Un déni qui produit les diverses expressions des « Moi d’abord ! » qui ne peuvent que se terminer que par les « Moi plus fort ! » de la guerre.

Voir du côté de, ce n’est pas identifier une origine, mais constater un processus déjà engagé, qui n’est pas d’abord de l’ordre de l’argumentaire, mais du désarroi.

Ceux qui lisent le blog savent que l’implosion soviétique est à mon sens un tournant important de l’histoire, sinon le tournant majeur, en ce sens qu’elle est est le signe de la fin d’une dialectique (capitalisme < – > communisme-marxisme) dont le second terme désormais obsolète n’a pas été (encore) remplacé par le commun de l’espèce humaine. S’il l’est jamais.

Ce tsunami (mal perçu) de la fin des années 1980 a donné naissance à une vague de submersion constituée de ce qu’on nomme « terrorisme » et de l’idéologie identitaire qui produit le fascisme actuel, notamment aux USA.

La dialectique n’est pas une vision d’intellectuel, elle est un moteur du vivant sous toutes ses formes, autrement dit le dialogue permanent entre la vie et la mort dont le rapport entre moi et l’autre est une compsante.

Je suis depuis quelques jours chez des amis qui regardent la télévision, en particulier « C dans l’air ».

Hier et aujourd’hui, l’objet de l’émission était la guerre et les participants en parlaient sans le moindre questionnement sur ce qui, il y a peu de temps, était un impensable.

L’absence de discours politique responsable expliquant le désarroi planétaire et sa corrélation avec le développement du fascisme  construit peu à peu la sphère de l’acceptation d’un processus militaire et, via les prétendus bienfaits du service militaire brasseur social, du recours au patriotisme qui valide la perte des enfants.

 Le commun aujourd’hui (2)

                                       –  trois -ismes majeurs –

Communisme (marxisme), monothéisme (judaïsme, christianisme, islam), fascisme (nazisme).

Historiquement, le « communisme » précède le monothéisme : Platon propose pour sa cité idéale – et dans un contexte d’eugénisme – l’abolition de la famille et la mise en commun des femmes et des enfants.

L’idée communiste, plus ou moins claire ou confuse, traverse les siècles en nourrissant les utopies (Saint Simon, Fourier) – s’y rattachent toutes les revendications de justice sociale, d’égalité, notamment par la répartition des richesses (cf.  Les Gracques, à Rome au 2ème siècle avant notre ère et dont Babeuf, au 18ème, adoptera le nom) – avant d’aboutir au milieu du 19ème à l’élaboration d’une théorie (marxisme) fondée non sur un idéal humaniste, mais sur une supposée loi de l’Histoire relative au développement de la société humaine (matérialisme historique).

Dans le contexte du judaïsme (Dieu, en tant qu’entité « innommable », dans un rapport d’alliance avec les hommes par l’entremise d’Abraham et de Moïse), le christianisme propose un commun de nature ni sociale ni politique, mais biologique, spirituelle, morale et affective : tous les êtres humains sont frères puisqu’ils ont le même Père, Dieu, créateur, siégeant dans les Cieux qu’ils rejoindront après une mort qui n’est qu’apparence. La résurrection, telle est la « bonne nouvelle » (= évangile, mot grec composé de eu : bien, et angelia : message, nouvelle) annoncée par Jésus, né en -7 ou -5 avant J-C et mort en 30, qui se proclame fils de Dieu. Les dates de la personne qu’il fut ne sont pas exactement celles du personnage divin, né d’une vierge, Marie, enceinte de Dieu par l’« opération du Saint-Esprit » et envoyé par son père sur la terre pour racheter par sa mort les hommes marqués par le péché originel.

Sur les mêmes références que l’Ancien Testament (Bible), Mahomet fonde l’islam (=soumission à Dieu) un peu plus de six siècles plus tard.

Ces croyances qui ne diffèrent que par les modes d’expression, visent, via la pratique sociale qu’est la religion (latin religere : lier ensemble), à créer une communauté censée permettre une vie fraternelle, même si la première fraternité biblique est celle d’un meurtre (Caïn tue Abel… comme, dans le mythe de la fondation de Rome polythéiste Romulus tue Remus) et même si le calcul divin (entre autres, le scénario du Christ), les exclusives, les anathèmes, les discriminations religieuses meurtrières et les guerres de religion sont absolument     contradictoires avec le message d’amour proclamé : malgré la menace de la damnation et de l’enfer, l’horizon est celui d’un paradis de compensation des misères terrestres, autrement dit la réalisation d’une communauté d’êtres parfaitement égaux.

Le fascisme-nazisme (première moitié du 20ème siècle) est l’expression du rejet de ce commun social ou métaphysique auquel il substitue une hiérarchie discriminatoire de type racial : les hommes ne sont pas frères parce que l’universel humain n’existe pas. Le commun humain donc devient partial, racial, destructeur, et l’adéquation entre la théorie et l’application (extermination) nazies constitue la différence essentielle avec les autres –ismes en ce sens que les discriminations et les crimes  commis au nom de Dieu ou de la Révolution sont, eux, en contradiction radicale avec l’idéal dont ils se réclament.

En ce premier quart du 21ème siècle, si les monothéismes et le fascisme existent toujours, l’idée du communisme social et politique est morte.

Il s’agit de savoir si la relation entre les uns et l’autre sont dans un rapport de causalité, de corrélation, ou si le rapport n’existe pas.

(à suivre)

La convention citoyenne et « les temps de l’enfant »

133 citoyennes et citoyens tirés au sort se sont réunis en une convention souhaitée par E. Macron pour débattre de la question : « Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, à leur développement et à leur santé ? ».

Ceux qui ont commencé la lecture des articles « Le commun aujourd’hui » ont dû dresser l’oreille en lisant « citoyens tirés au sort » et se sont assurément demandé quelle compétence était attachée à ce statut. Surtout pour traiter d’un tel problème.

L’article du Monde qui rend compte du travail de la convention précise qu’elle a entendu pendant cinq mois des spécialistes et que les conclusions ont été approuvées par 119 des participants – entre autres :  apprentissage théorique le matin, travaux pratiques diversifiés et sport l’après-midi, moins de travaux à la maison, réduction des programmes, plus de temps libre pour l’enfant, effectifs de classes réduits, revalorisation des métiers de l’éducation…

Il n’y a là rien qui soit nouveau. Il s’agit d’un ensemble de propositions qui tournent dans la sphère étroite du discours habituel de la réforme – politique, syndical, associatif – en particulier pour l’école. [De mauvaises langues disent que le président avait voulu cette convention citoyenne pour obtenir une validation de la réduction qu’il souhaite des vacances d’été… et qui n’a pas été retenue.]

Rien, en revanche, sur les deux questions essentielles en corrélation :

– la nature du discours global d’enseignement : définition, transmission du savoir et leur critique, autrement dit apprentissage de la démarche philosophique depuis la première année de scolarisation,

– école publique, laïque et obligatoire pour tous les enfants, incompatible avec l’enseignement privé, confessionnel ou pas.

Mais ce n’est pas un discours de réforme.

Trump et l’Ukraine

Le traité de « paix » imposé par Trump et Poutine à l’Ukraine – avec ultimatum à la clé – est une autre expression de la mort du discours, en ce sens qu’il fait de l’Ukraine le coupable et renverse donc le rapport de causalité, comme si la pluie tombait parce que le sol est mouillé.

La mort du discours, c’est le remplacement du rapport entre la parole dite et le réel par l’identification du réel à l’orateur qui peut donc dire n’importe quoi sans crainte d’être contredit puisqu’il est par définition incontestable – comme Dieu : en particulier, selon le discours premier de Poutine, l’Ukraine est un régime fasciste qui menace la Russie. Depuis le début de son mandat Trump dit la même chose dans son propre langage (cf. la séance d’humiliation de V Zelensky dans le bureau ovale).

Depuis sa seconde élection, s’est installé le « je ne veux pas savoir que Trump = Poutine » de V. Zelensky et des dirigeants européens. Ou « je fais comme si je ne voulais pas savoir », ce qui revient au même en ce sens qu’il n’y a pas de discours politique, notamment européen, qui dit en quoi Trump et Poutine sont des expressions analogues de la mort du discours – certains psychologistes politiques « expliqueront » par la « naïveté » du président ukrainien et des dirigeants européens.

Cette décision de ne pas dire est grave parce qu’elle signifie la validation de cette mort du discours dont elle est elle-même une expression.

De ce point de vue, V. Zelensky et les pays européens sont coresponsables, et l’argument du « on ne pouvait pas, alors, se priver de l’aide des USA » révèle désormais sa vanité : la situation que l’Ukraine doit accepter aujourd’hui est pire que celle qu’elle connaissait quand Trump a été élu.

Il y a, dans ce déni, le mythe de l’Amérique réduite aux Etats-Unis (cf. Make America Great Again), eux-mêmes réduits à l’image de la statue de La Liberté, sans précision de contenu. Il y a, surtout, le problème que pose l’élection démocratique, autrement dit de la démocratie dont se réclament Trump, Poutine, Erdogan, Orban… aussi démocratiquement élus que les chefs d’Etat et de gouvernements européens.

(cf. articles « Le commun aujourd’hui)

Le commun aujourd’hui (1)

                                           – Le mot et son dérivé –

Le suffixe -isme (-ismos grec) sert à passer du concret à l’abstrait. Il ferme le catalogue des « individus » (athlètes, impressions, machines…), pour ouvrir le livre de l’idéologie, un composé de deux mots grecs dont le premier eidea (du verbe eidein : voir)désigne d’abord une forme, une apparence, ce qui se voit.

Dans son sens littéral, l’idéologie est donc un discours (logos) sur une image, une représentation mentale (athlétisme, impressionnisme, machinisme…).

« Se faire une idée d’un -isme », c’est tenter d’identifier ce qui peut être le commun d’individus/objets dont les différences ne parviennent pas à occulter la ressemblance identitaire perçue comme essentielle, c’est opérer une synthèse, par exemple celle des athlètes (aux Jeux Olympiques), des impressions (au soleil levant) ou des machines (dans la modernité des temps).  

De ce point de vue, l’idéologie du commun humain passe par l’étude des « objets/individus » que sont les êtres humains, avec cette particularité que ceux qui les étudient pour tenter une synthèse sont eux-mêmes humains.

Le sujet humain observant l’ objet humain comme il observe la fourmi, l’algue, la cellule ou la galaxie qui ne donnent pas l’impression de s’observer elles-mêmes, tel est le défi original que se lance cet être dont le double besoin de comprendre et se comprendre est analogue celui de respirer.

Communis latin s’alliant au grec -ismos produit communisme, un mot qui n’existe ni en latin ni en grec.

Pourtant, et contrairement à ce que pourrait laisser croire l’histoire des deux derniers siècles, la préoccupation du commun dans la perspective d’une société « communiste » n’est pas moderne : elle est une de celles qui, il y a 2500 ans, occupèrent l’esprit de Platon (428-348 avant notre ère) et qu’il précise dans le Livre V de son ouvrage Politeia [La République, dans son sens littéral latin de « chose (res) publique (publica) »].

Platon était très hostile au régime démocratique auquel il opposait notamment l’argument de la compétence : si n’importe qui ne peut être architecte ou médecin s’il n’a suivi des études d’architecture ou de médecine, comment n’importe qui serait-il compétent pour savoir comment diriger la cité au seul motif qu’il est un citoyen ?

Une position qui n’était pas seulement théorique : il avait assisté au procès intenté à Socrate (470-399) dont il fait le personnage central de ses dialogues, son « maître à penser », même si Socrate aurait rejeté l’expression.

Le verdict de ce procès permet d’examiner un aspect du commun humain, à savoir le peuple exerçant le pouvoir (démocratie), ici, dans le champ judiciaire.

                                              – l’affaire Socrate –

Les 502 jurés qui avaient été tirés au sort parmi les citoyens athéniens – ils constituaient le tribunal de l’Héliée –   écoutèrent les accusateurs, puis Socrate qui avait choisi de se défendre lui-même, et ils émirent deux votes, anonymes, l’un pour décider de son innocence ou de sa culpabilité – une majorité le déclara coupable – l’autre de la peine – en l’occurrence la mort.

L’accusation était ainsi formulée « Socrate est coupable de ne pas reconnaître comme dieux les dieux de la cité et d’en introduire de nouveaux ; il est coupable aussi de corrompre la jeunesse [par son discours]. La peine demandée est la mort. »

La question posée par le verdict de mort est celle de l’équivalence, du point de vue du peuple ainsi représenté par des citoyens ordinaires tirés au sort, entre, d’une part, l’acte criminel qui tue quelqu’un – passible de la peine de mort dans toutes les sociétés anciennes –, d’autre part la pensée, différente, hors normes, qui ne tue personne, qui , en l’occurrence, n’invite à tuer quiconque, et dont le rapport avec la condamnation à mort n’a pas la même évidence.

Le verdict rendu était pour Platon une expression adéquate de la démocratie, un régime politique qu’il fallait donc rejeter, alors qu’il en est la contradiction radicale en ce sens que la parole libre et contradictoire étant une condition de l’exercice du pouvoir par le peuple qui s’exprime essentiellement par le débat, ce type de condamnation à mort est le signe de la dictature.

L’aporie (impasse de la pensée) peut se formuler ainsi : le régime politique athénien, qui condamne à mort un homme au motif qu’il ne pense pas comme il faut, ne peut pas être une démocratie, mais ce régime affirme l’être, et l’Histoire non seulement le reconnaît comme tel mais déclare qu’il est le créateur de la démocratie.

La Démocratie, en tant qu’elle est le pouvoir du peuple, peut-elle s’accommoder de la condamnation à mort de Socrate ? Cette condamnation serait-elle l’exception qui s’expliquerait par le contexte ? Mais, si l’accusation elle-même (= mal penser) n’est pas contradictoire avec le principe même de la démocratie – l’acquittement de Socrate et la condamnation de ses accusateurs étaient possibles –, quel contexte pourrait valider un verdict qui en est le déni ?

D’abord, quelques précisions relatives au fonctionnement de la justice athénienne : elle distinguait la plainte visant une affaire privée (« dikè ») et celle visant une affaire publique, (« graphè »), comme celle qui fut déposée contre Socrate. L’accusateur associait à sa plainte la demande d’une peine précise – ici, la mort. S’il perdait, il était condamné à une amende, et, dans le cas de la « graphè », en plus de l’amende, il pouvait être privé de ses droits civiques s’il n’obtenait pas au moins 20% des votes. Déposer une graphè n’était donc pas sans risque, surtout quand elle visait un discours.

« Si je compte bien, il aurait suffi d’un déplacement de 30 voix pour que je sois acquitté » dit Socrate.  (Platon : Apologie – 36, a)

Diogène Laërce (début du 3ème siècle avant notre ère, auteur de Les vies des plus illustres philosophes de l’antiquité) précise dans le Livre II consacré à Socrate, qu’il y eut dans un premier temps 281 votes pour la reconnaissance de la culpabilité, 221 pour l’innocence – un déplacement de 30 voix relaxait effectivement Socrate – puis, dans un second, 361 pour voter la mort, soit 80 de plus que les 281 de culpabilité. Autrement dit, 80 citoyens qui avaient voté pour l’innocence votèrent démocratiquement pour la mort.

Maintenant, le contexte.

Cinq ans plus tôt, Athènes démocratique avait perdu la « guerre du Péloponnèse » (431-404), remportée par Sparte, et le régime démocratique fut renversé par l’oligarchie dite des « trente tyrans », précisément avec l’aide de Sparte. Ils firent régner la terreur pendant une année avant d’être renversés à leur tour par les démocrates. Certains des Trente, dont Critias, un des plus extrémistes, avaient plus ou moins été des « disciples » de Socrate – lui, récusait le mot. Ils avaient tenté de l’impliquer dans la dictature, mais – et Socrate le rappelle dans sa défense quand il explique pourquoi il ne s’est jamais investi dans la politique – il avait refusé de collaborer avec eux, ce qui n’était pas sans danger pour sa vie.

Rien dans l’acte d’accusation ni dans les débats au tribunal ne mentionne cette « proximité philosophique » qui aurait pu servir à accuser Socrate d’une responsabilité dans l’instauration de la dictature, mais, quatre ans après, le souvenir de cette parenthèse était évidemment vivace.

Seulement, ce contexte non seulement ne justifie en rien ce verdict, mais il ajoute une nouvelle complexité : condamner à mort un homme pour des motifs politiques implicites, dissimulés, est constitutif de la dictature qui sait trouver des prétextes.

Ces contradictions avec le principe de la démocratie, lui-même antinomique du totalitarisme dictatorial, contribuent à complexifier encore la problématique du commun incarné pour les Athéniens par un système d’égalité politique entre les citoyens : si les stratèges (détenteurs du pouvoir exécutif) étaient élus (Périclès le fut à plusieurs reprises), ils devaient obtenir l’accord des Bouleutes (500 citoyens tirés au sort constituant la Boulè – équivalents de nos députés et de l’Assemblée nationale) avant celui de l’Ecclésia (assemblée générale de tous les citoyens).

Donc, de deux choses, l’une :

– soit la démocratie est un régime politique à bannir parce qu’il est intrinsèquement pervers. C’est la thèse de Platon que semble confirmer la condamnation de Socrate.

– soit elle ne se définit pas seulement par l’ensemble des citoyens décrétés égaux et disposant du pouvoir par le vote politique et judiciaire. C’est ce que révèle la démocratie athénienne puisqu’elle condamne Socrate.

En d’autres termes, l’égalité citoyenne manifestée pas le droit de parole et de vote n’est pas l’expression de la démocratie en tant qu’elle prétend être l’expression du commun humain essentiel qui prend le nom de « peuple » dans le champ du politique.

La démocratie n’est pas le peuple défini par l’exercice de la liberté de parole et par le vote du seul fait d’être citoyen :  la démocratie athénienne fondée sur la citoyenneté excluait –  ce qui allait de soi –  les femmes, les métèques ( = les étrangers installés : meta = parmi, oikein= habiter) et les esclaves.

C’est là, dans cette conception de « l’évidence démocratique » – elle est encore la nôtre – qu’il faut chercher la cause de la contradiction.

(à suivre)

Un problème de lecture

Après beaucoup de tergiversations, D. Trump invite maintenant les Républicains à autoriser la publication du dossier G.Epstein, emprisonné pour des faits de délinquance sexuelle et qui s’est suicidé dans sa cellule avant son procès.

Ce dossier contient notamment les mails échangés avec D. Trump dont certains déjà publiés ont révélé la proximité des deux hommes.

Lui, dit que tout cela est un canular de démocrates impliqués et il a demandé l’ouverture d’une enquête.  Sont notamment visés Hillary Clinton (pendant sa campagne électorale, contre D. Trump, en 2016, elle fut accusée de faire partie d’un réseau de pédocriminalité) et son mari Bill dont les Américains n’ont évidemment pas oublié l’affaire de sa relation avec une stagiaire de la Maison Blanche – une affaire privée, non criminelle, et qui témoigne de l’hypocrisie cachée sous le masque du puritanisme.  

Sauf cas avérés de crimes sexuels commis sur mineur(e)s qui compliqueraient les rapports du président avec les églises évangéliques, le problème de lecture que pose cette information n’est pas le lien entre les deux hommes – quelqu’un en doute ? –  mais le seuil à partir duquel D. Trump cessera d’être le recours américain contre le désarroi général.

Celui qui a gagné l’élection de 2024, et avec la majorité des voix des votants, était un délinquant condamné par la justice de son pays, il avait refusé le résultat des élections de 2020 et incité ses partisans à marcher sur le Capitole.

Ce qui est vrai pour son discours – il a pu dire et a dit n’importe quoi – l’est peut-être aussi pour ses actes, puisque ce dont a eu besoin son électorat, c’était d’un adulte-adolescent sans interdits. Jusqu’à quand en aura-t-il encore besoin ? Telle est une question. L’autre, plus grave, est celle de son remplacement dans les esprits, avant le vote de 2028, par J.D. Vance qui n’a rien, lui, d’un adolescent irresponsable.