N. Sarkozy en prison

Les représentants du personnel pénitentiaire ont protesté contre la présence des deux policiers – l’un devant la porte de sa cellule, l’autre dans une cellule voisine – et expliqué que les surveillants étaient tout à fait capables de protéger l’ex-président d’une éventuelle agression.

Ils se trompent complètement.

Ce qui devrait les aider à réaliser leur erreur, c’est d’abord le fait qu’il est seul dans sa cellule – ce qui, entre parenthèses, est une mesure cruelle d’isolement quand on pense à la convivialité des cellules ordinaires où les détenus n’hésitent pas à installer des matelas par terre et à se serrer pour accueillir les nouveaux arrivants – et qu’il va seul dans la petite cour de récréation et dans la salle de gymnastique.

Ensuite, et surtout, les deux livres qu’il a emportés et que j’ai mentionnés dans l’article précédent : Le conte de Monte-Cristo et une biographie de Jésus. Entre nous, j’imagine la gêne du gardien chargé de vérifier qu’aucun des deux ne contenait une lime pour scier les barreaux.

Je le rappelais dans le même article : avant de développer le discours de la vengeance, le roman d’Alexandre Dumas est d’abord le récit d’une évasion. On sait qu’Edmond Dantès rencontre l’abbé Faria enfermé dans une geôle voisine de la sienne en creusant un passage dans le mur, et qu’il s’échappe en se substituant à son cadavre.

Moi, je serais le personnel pénitentiaire, je me demanderais si le policier qui est devant la porte n’est pas là pour faire le guet – creuser, ça fait du bruit –, je demanderais ensuite au médecin de la prison de faire le bilan de santé (!) de l’autre policier de la cellule voisine, et je me demanderais enfin si Jésus n’a pas été amené là pour la caution mystique qui était celle de l’abbé. Avec N. Sarkozy « tout est possible ». C’est ce qu’il assurait lors de sa campagne électorale. Tout, je ne sais pas, mais, et là je me demande si je ne participe pas quand même un peu au complot de haine, certaines choses, à en croire la justice haineusement politique.  

Je suis d’accord avec vous. Il y a des problèmes bien plus importants que celui-là. Oui. Mais, moi aussi,  j’ai le droit d’aller dans ma cour de récréation.

L’avenir glorieux de N. Sarkozy

L’image habituelle du condamné de droit commun est celle de la dissimulation et du profil bas.

N. Sarkozy, condamné pour association de malfaiteurs à cinq ans de détention, est parti pour la prison de la Santé en saluant d’une main le millier de ses supporters mobilisés « au nom de l’amour » par les trois fils du condamné,  l’autre tenant celle de son épouse.

Les dix ans de procédure, les nombreux juges d’instruction et l’impressionnant dossier sont impuissants face à ce que j’appelle la mort du discours :  N. Sarkozy affirme qu’il est victime d’un acharnement judiciaire – dicté par la haine, dit-il – donc le jugement est d’ordre politique, donc il est innocent, et peu importent les faits. Qu’il ait déjà été condamné et qu’il risque de l’être encore viendra conforter cet a priori. « Vous voyez bien ! », dira-t-il.

Le plus grave et significatif (on verra de quoi) est que le président de la République et le ministre de la Justice apportent leur caution, le premier au nom de l’amitié en recevant à l’Élysée le condamné quelques jours avant la date connue de son incarcération, le second en annonçant qu’il ira le visiter en prison pour s’assurer de sa sécurité – il est sûr que seul dans une cellule confortable et sans contacts avec les autres détenus, N. Sarkozy court de grands dangers.

Significatif de quoi ? Du glissement progressif vers la mise en cause de l’État de droit dont le RN et M. Le Pen, condamnée elle aussi, font régulièrement le procès en utilisant le même prétexte d’acharnement judiciaire haineux. Si son procès en appel confirme le jugement, elle dira  « Vous voyez bien ! »

La question que pose le fait qu’un tel renversement soit possible, donc audible, concerne ce qui dans la tête humaine aujourd’hui ouvre les vannes de l’impensable – je prends le mot dans son sens premier : qui n’est pas de l’ordre de la pensée –, vannes que maintiennent habituellement fermées les interdits indispensables à la vie en société et dont le pouvoir exécutif veille à ce qu’ils soient respectés – l’interdit de la contestation politique d’un verdict en particulier.

Si le pouvoir exécutif ne respecte pas lui-même cet interdit, s’il le transgresse, c’est que les verrous qui bloquent les interdits ont sauté, pas seulement en France,  sur l’ensemble de la planète.

Aux USA, les partisans de MAGA se réclament de Jésus (cf. le vice-président J. Vance, les soutiens du mouvement de Charlie Kirk) et D. Trump, lui aussi condamné, fait inculper ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues.  

N. Sarkozy a fait savoir qu’il emportait dans sa cellule une biographie de Jésus et Le comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas.

Jésus est l’agneau victimaire par excellence et Edmond Dantès, emprisonné arbitrairement sous un prétexte politique, réussit à s’enfuir du château d’If avant de se venger des méchants.

À suivre, donc.

Le vol des bijoux

À ceux qui, hélas ! ne s’intéressent pas à la philosophie et se complaisent dans les futilités d’une pauvre existence ordinaire, je signale cette information essentielle à la Une de tous les médias  : le dimanche 10 octobre, quatre hommes se sont introduits, en plein jour par une fenêtre dans le musée du Louvre, et ont volé, je cite mon journal : «  Le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants, et le diadème de l’impératrice Eugénie, qui compte près de 2 000 diamants. »

Avant toute chose, je dirai qu’il faut remercier ces quatre homme d’avoir remis sur le devant de la scène trois femmes de grand mérite, puisqu’il s’agit de deux reines et d’une impératrice, trois femmes, hélas ! bien oubliées…

Ensuite, je voudrais apporter une précision tout aussi essentielle : quand le ministère de la culture dit qu’il s’agit de « huit objets d’une valeur patrimoniale inestimable », il veut dire que valeur inestimable est à prendre dans son sens patriotique, puisqu’on sait que la ministre – c’est forcément elle qui a dicté le communiqué – ne connaît rien aux questions financières qui ne l’intéressent pas. Sans doute imagine-t-elle, dans sa grande naïveté culturelle, les quatre voleurs entrant chez un revendeur de bijoux d’occasion et lui demandant « Combien ? »

Un expert agréé en joaillerie a répondu que c’était évidemment estimable. 500€ le carat. Il n’a pas précisé le nombre de carats dans un diamant. On aurait pu multiplier par 2000 et par 500. Juste pour voir.

Sans parler de l’or de la couronne impériale.

Je suis allé voir sur Internet à quoi elle ressemble. Comment dire… Non, je préfère ne pas. Non, non, n’insistez pas, il serait très mal venu, ici, de tenter un rapprochement avec un tableau de Delacroix ou de Chardin. Ça brille, il y a du jaune, du vert, du rouge, de mignons petits aigles et une croix en diamants plantée au-dessus. Et puis, c’est utile, ça se pose sur la tête,  et une tête impériale ! alors qu’un tableau, hein !

Non, mais oui, c’est vrai, on peut être fier, en tant que Français d’avoir ça, chez nous, là sous cloche, dans un musée. Enfin, de l’avoir eu.

Non, mais oui, j’ai mauvais esprit. Je suis allé plusieurs fois au Louvre et jamais je ne suis allé voir ça. Il me manque un truc, quelque chose. Et puis, voyez, je ne peux pas m’empêcher de penser aux sommes que ça a coûté.

Non, mais oui, je sais que c’est mesquin.

Je n’aurais pas dû lire Zola.

No Kings…

Tel est le mot d’ordre des 2600 manifestations organisées aux USA pour protester contre la politique de D. Trump.

Jules César fut assassiné aux Ides de Mars (15 mars) 44 ans avant J.C.  au motif qu’il avait l’intention de se faire proclamer roi. Les Romains détestaient « roi » qui renvoyait à l’avant-république.

Pour les Américains « roi » renvoie à la couronne britannique dont ils se sont libérés lors de la guerre d’indépendance (1775-1783).

Quand il fut assassiné, César avait le titre de dictator qui lui avait été décerné à vie. Il avait alors le sens qu’il a aujourd’hui – il décidait de tout – mais sans la terreur généralement associée à la dictature.

D. Trump a le titre de Président – pour quatre ans – , mais la manière dont il décide de tout, la brutalité de la chasse aux migrants et de ses règlements de compte avec les opposants en font plus un dictateur qu’un roi éventuel… à moins, comme le disent certains, qu’il n’envisage d’établir une dynastie – d’où, peut-être le pluriel Kings.

Pour les Étasuniens, les connotations de King sont apparemment plus dépréciatives que celles de Dictator.  

Prix Nobel de la paix 2025

Il a été décerné à Maria Corina Machado, une femme politique vénézuélienne qui lutte contre Nicola Maduro, président du Venezuela depuis 2013 et dont la réélection en 2024 est de toute évidence frauduleuse. M.C. Machado avait été empêchée de se présenter et celui qu’elle soutenait, Edmundo Gonzalez est arrivé en tête de l’élection que N. Maduro prétend avoir remportée. E. Gonzalez s’est depuis exilé en Espagne et elle  vit de manière clandestine au Venezuela.

Quelle que soit l’appréciation, il s’agit d’un problème intrinsèquement vénézuélien, alors que la paix du prix Nobel a en principe une signification universelle. L’attribuer à l’opposante vénézuélienne revient à dire que la paix, donc incarnée M.V Machado au Venezuela, a cette signification.  

Or, M.C. Machado n’est pas une militante de la paix, mais d’un parti de droite, sinon d’extrême-droite. Elle aime beaucoup X. Milei (l’Argentin à la tronçonneuse) et D. Trump (il voulait obtenir le prix) qui poursuit le blocus contre le Venezuela,  bombarde des embarcations supposées de narcotrafiquants au mépris du droit international (27 morts), envoie des bateaux de guerre et un sous-marin au large du pays, et déclare avoir autorisé la CIA à intervenir pour déstabiliser le régime. Que N. Maduro n’ait rien à voir avec S. Allende et l’expérience chilienne, les USA, eux, manifestent la même constance dans leurs entreprises d’ingérence au nom de la liberté et de la démocratie.

Combien de temps encore subsistera le besoin de croire que les prix Nobel sont de l’ordre de la transcendance ?  

La mort du discours

D. Trump a remis à Erika Kirk la médaille présidentielle de la liberté dont il a décoré à titre posthume son mari, Charlie Kirk, assassiné le 10 septembre, et fondateur de l’organisation Turning Point USA, chrétienne, raciste, xénophobe et réactionnaire (contre l’IVG, les droits civiques accordés aux Noirs…).

 Voici ce qu’il a déclaré :

« Charlie Kirk fut un martyr de la vérité et de la liberté. Et de Socrate à Saint Pierre, d’Abraham Lincoln à Martin Luther King, ceux qui ont le plus changé l’histoire – et ce fut vraiment son cas – ont toujours risqué leur vie au nom de causes dont la défense était le sens de leur présence sur terre. »

La mort du discours, c’est ça.

Ce n’est pas la personne politique de Trump qui constitue le problème, mais ce qui la rend possible.

Le spectacle qu’il a offert depuis l’Égypte en est un autre exemple : lui, au premier plan, parlant essentiellement de lui, les autres chefs d’État alignés derrière, souriant de complaisance – dont E. Macron, relégué au statut de petit garçon bien sage.

Autre exemple encore.

Aujourd’hui, dans Le Monde, parmi les contributions des lecteurs à l’article relatant le nouveau bombardement par l’armée américaine d’un navire au large du Venezuela au motif qu’il transportait de la drogue (six personnes tuées), certains applaudissent et ajoutent même qu’il faudrait faire la même chose pour les bateaux rapides qui circulent entre l’Espagne et le Maroc.

Là, le discours, c’est l’arraisonnement, l’arrestation, l’interrogatoire puis le procès.

Sa mort n’est pas seulement dans l’élimination du sens des mots et des idées, mais dans le fait que cet homme de près de 80 ans parle comme un adolescent sans interdits.

Un des signes de la régression dont la vitesse est analogue à celle du changement climatique et du développement du désarroi.  

La glorification de D. Trump

Un article du Monde (13/10/2025)explique qu’une opinion publique israélienne apparemment dominante considère le président américain comme un héros et un sauveur. Certains le comparent au roi perse Cyrus (6ème siècle avant notre ère) qui avait permis le retour des juifs retenus à Babylone.

Cette idolâtrie puérile qui oublie les neuf mois pendant lesquels D. Trump a aidé B. Netanyahou à poursuivre son entreprise de destruction de Gaza – combien de soldats tués, traumatisés, combien d’otages morts pendant ce temps ?  – , laisse croire que les décisions du président seraient dictées par la philanthropie et l’humanisme, comme, dans les discussions, la présence de son gendre Jared Kushner, un homme d’affaires qui vient d’acheter une île albanaise pour la transformer en hôtellerie de luxe et qui regarde Gaza avec le même œil d’entrepreneur immobilier que son beau-père.

Pourquoi les manifestations israéliennes à Tel-Aviv hostiles à la politique de B. Netanyahou et favorables à des négociations avec le Hamas ont-elles été vaines ? Pourquoi le gouvernement israélien a-t-il refusé les propositions de cessez-le-feu antérieures, mis fin, en février 2025 (D. Trump était président) à celui qu’il avait accepté le mois précédent ? Pourquoi a-t-il décidé de poursuivre l’opération de destruction jusqu’au champ de ruines ?

Ces questions existent forcément en Israël, même si elles sont pour le moment refoulées sous l’euphorie, une euphorie que les otages morts et la libération des prisonniers palestiniens frappent d’ambiguïté.

Si le processus continue, D. Trump va installer son « comité de paix » chargé de gérer Gaza à sa façon. Pour cela, il devra d’une manière ou d’une autre lâcher B. Netanyahou dont les comptes à rendre – entre autres, la corruption – risquent de constituer un obstacle au développement des siens.

L’aggravation du besoin du chef –  qu’il soit incarné par une personne condamnée par la justice ajoute l’idée du complot –  est le symptôme le plus grave de la pathologie collective en ce sens qu’elle contient la mort du discours.

Notre cousin à 98,8%

À ceux qui trouveraient ici ou là quelques raisons de ne pas se réjouir de l’activité humaine, je conseille fortement d’aller voir le reportage que propose Arte sur le rapport que Jane Goodall – elle vient de mourir – a construit avec les chimpanzés du Congo.

C’est à la fois émouvant et problématique – dans le sens que je donne au mot.

Il faut malheureusement passer par la case noire « braconniers ». On sait que l’homme est capable de toutes les malfaisances imaginables, contre ses semblables et ceux qui ne le sont pas tout à fait. Il n’y a rien qui soit à l’abri de ses ravages.

Une fois la case noire passée, s’ouvre le champ de l’émotion.

Il faut regarder le regard du chimpanzé – en particulier celui dont les parents ont été tués par les braconniers –, il faut regarder ses bras autour de Jane – elle porte un nom qui lui va si bien – et de ceux qui les soignent et leurs échanges. C’est au-delà des mots.

Le chimpanzé est notre cousin à 98,8% d’ADN commun.

Là, commence la problématique.

Il faut les regarder évoluer dans leur milieu naturel. La mère portant son petit dans ses bras. La grand-mère surveillant d’un œil la manière dont s’y prend le groupe des petits pour accueillir l’orphelin.

Et là, et même si ça n’a pas de bons sens génétique – le chimpanzé est notre cousin, pas notre frère – je rêve que l’humanité perde  le 1, 2% d’ADN de trop.

L’absurde, jusqu’où ?

Gaza est pour l’essentiel un champ de ruines et D. Trump est un de ceux qui l’a autorisé par le blanc-seing donné à B. Netanyahou.

Il soutient la colonisation de la Cisjordanie.

Il veut diriger un comité de la paix chargé de gérer le territoire de Gaza qu’il rêve de transformer en Riviera.

Aux USA, il envoie la garde-nationale et menace d’envoyer l’armée dans les villes dirigées par les démocrates.

Il insulte, menace ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.

Et,

Il attend, pour vendredi, le prix Nobel de la paix.

Il manque juste le raton-laveur.

La tergiversation

Littéralement« tourner le dos » (latin : tergum/vertere), donc ne pas affronter de face, user de détours.

En particulier par le choix des mots.

Par exemple, parler de guerre à propos de Gaza.

La guerre suppose des forces antagonistes luttant avec des armes et des structures analogues, qu’elles soient militaires et/ou économiques. A Gaza, si l’on voit bien l’armée israélienne, où est l’autre ? D’un côté, une structure d’État, des tanks, des avions, des drones, une infrastructure informatique, des troupes dénombrables. De l’autre ?

Le choix des mots n’étant jamais anodin, guerre permet de ne pas nommer ce qui est en cours.

L’action militaire israélienne menée à Gaza est une entreprise de destruction systématique non seulement d’un objet physique (la population, les maisons, les terrains cultivables) mais d’une idée, celle de l’existence même du peuple – dans le sens d’entité politique – palestinien.

Elle est le point ultime d’un processus mis en route après l’assassinat, en 1995, d’Yitzhak Rabin, premier ministre d’Israël – tué par un juif fondamentaliste – et qui a mis fin au processus initié par les Accords d’Oslo (1993). S’il ne pouvait être explicite, l’essentiel du contenu des Accords visait une décision sans laquelle aucune solution viable n’est envisageable, à savoir tourner la page de la Nakba : catastrophe de l’exil (1947) corollaire de l’installation géographique, dans la violence, de l’État israélien.

En d’autres termes, les accords permettaient de sortir de l’impasse de la question du responsable du commencement.  

Mais ils n’abordaient pas la question essentielle, à savoir la question historique existentielle,  principalement pour les juifs et Israël.

Cet assassinat fut en effet l’expression d’un refus enfoui, refoulé, de reconnaître l’existence du peuple palestinien, une reconnaissance qui offrait à l’État juif la possibilité de vivre sans la nécessité de la menace, autrement dit de n’être pas dans la problématique de la survie permanente.

Sinon, comment expliquer que la mort d’un individu, si important soit-il, ait pu ainsi mettre un point final à un accord pour un processus qui concernait deux peuples, et réactiver ainsi le schéma millénaire de la menace existentielle ?

D’une part, ce refus d’hier, passionnel et enfoui, que la poursuite du processus rationnel d’Oslo devait modifier, d’autre part, la volonté globale signifiée aujourd’hui par le retour et le maintien au pouvoir – grâce à l’extrême-droite –  de B. Netanyahou, d’anéantir Gaza-palestinien et de rendre impossible un État en Cisjordanie via la colonisation sauvage, permettent de comprendre la nature de l’agression du 7 octobre et aussi pourquoi les carences de la défense israélienne ce jour-là n’ont pas conduit au renversement de B. Netanyahou.

Cette agression n’est pas, dans les faits, quels qu’aient pu être les intentions et le degré d’improvisation, un acte de guerre. Dans le moment où elle s’est produite, il n’y avait pas en face d’armée ennemie, ce qui peut contribuer à expliquer le déchaînement de violence. L’attaque, brutale, brève, massacrante, est, dans les faits, une razzia. Et si elle est une razzia, c’est parce que, du fait même des différences de structures fondamentales, le conflit qui dure depuis 80 ans n’est pas une guerre, ce qu’attestent les séquences de pierres jetées contre les tanks ou d’attentats-suicides.

L’entreprise israélienne de destruction initiée par le massacre du 7 octobre – dont Israël est coresponsable par les conditions d’émergence et de succès électoral du Hamas liées à la non-existence d’un État palestinien – nourrit l’antisémitisme. Elle est ainsi un mode – éminemment paradoxal, comme aux USA – d’expression du renouveau de l’idéologie fasciste mortifère.  Autrement dit une course vers l’abîme.

Sont tout aussi coresponsables les démocraties européennes qui refusent de nommer ce qui est en cours à Gaza et aux USA, et qui, à propos de l’Ukraine et de l’agression russe, comme dans les années 1930 pour le nazisme, ne proposent pas un discours adéquat, l’analyse d’un processus.

Même carence en France, où, maintenant depuis quelques heures, et à la suite d’une déclaration de l’ex-première ministre caricaturale, qui a usé et abusé de la procédure politicienne pour faire passer la réforme des retraites, on essaie de faire croire que l’essentiel politique serait une suspension de cette réforme.

Le processus global en cours est une dégradation accélérée de l’ensemble des structures qui constituent notre commun social et politique.

Et celui qui occupe une place déterminante pour le discours politique, le président, mal élu par défaut et que ses amis quittent comme les rats le navire,  ignore le nom commun et laisse à l’extrême-droite l’exploitation frauduleuse du nom peuple qu’il ignore également.