Journal 31 – Nice – (26/03/2024)

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Le premier problème que peut poser Nice est son étymologie, puisque existe l’adjectif ancien nice  (= naïf, candide, pour ne pas dire : un peu benêt, du latin nescius = qui ne sait pas). Les deux mots n’ont en commun que leur homographie (= même écriture) et il est fortement conseillé d’éviter d’en faire des synonymes (= même sens). La ville fut en effet fondée il y a environ 2300 ans, non par les Romains, mais par des Grecs venus de Phocée (Marseille) après être venus de Grèce,  et qui lui donnèrent le nom de Nikê, celui de leur déesse de la victoire. Nice signifie donc La Victorieuse. Au passage, le nom de la ville d’Antibes, grecque, elle aussi, signifie : la ville qui est en face, et il est dérivé de Antipolis qui a été repris tel quel pour créer le nom de la technopole récente Sophia (= sagesse)-Antipolis.

Voilà pour la leçon d’aujourd’hui.

Le second est celui du rapport entre Baie des Anges et Promenade des Anglais (l’une contient l’autre). Question très débattue puisque le caractère angélique des Anglais n’est pas une évidence pour tout le monde. Certains mauvais esprits avancent l’explication que les anges en question auraient été des requins, d’autres répliquent que ces requins auraient été inoffensifs.

On en est là.

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Le troisième, nettement plus grave, demande quelques précisions.

Si le dernier numéro du Journal date de 7 jours, ce n’est pas que j’aie oublié de me lever tôt de bonne heure comme d’habitude,  mais, le mouvement étant inhérent au voyage, essayez donc de taper sur un clavier d’ordinateur en conduisant votre voiture ! D’accord, je n’ai pas eu les mains sur le volant pendant sept jours, mais vous n’êtes pas tenus de le savoir.

Cette absence démesurée explique le journal démesuré d’aujourd’hui. En attendant l’équilibre auquel vous êtes habitués.

Asseyez-vous, servez-vous quelque chose à boire, prenez votre temps.

J’étais donc à Nice (voir plus haut) en visite chez des amis et nous avons parcouru de conserve la Promenade des Anglais (voir également plus haut). Nous n’avons pas fait que parcourir, nous avons aussi conversé. De choses et d’autres, surtout d’autres.

Parmi ces autres, la fin de vie et l’aide à mourir, un problème dont j’ai souligné (là, juste plus haut) la gravité, ce qui n’exclut pas la légèreté de ton, comme vous l’avez sans doute remarqué.

L’essentiel, pour moi, est de comprendre d’où vient la divergence. Parce qu’il y en a une. Elle porte sur le principe même de l’autorisation de cette aide active.

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Je passe sur la contradiction invoquée entre le statut du médecin (la vie) et l’aide à mourir qui pourrait lui être demandée : cette contradiction n’est pas revendiquée par tous les médecins et elle repose sur une définition de la médecine « gravée dans le marbre » dont l’histoire nous montre qu’elle n’existe pas : jusqu’aux années 1950, l’accouchement prophylactique avec aide médicale était considérée comme contradictoire avec la déontologie. L’IVG l’est encore pour certains.

La définition repose en réalité sur celle que l’on donne du rapport entre vie et mort. Considérer que la mort fait partie de la vie individuelle – ce qu’elle est objectivement et depuis notre naissance, demandez à vos cellules – permet de reconsidérer la question de l’aide à mourir : « Meurs à temps », dit Nietzsche, reprenant à sa manière la pensée de Montaigne. L’un et l’autre, faut-il le préciser, aimaient la vie.

La divergence majeure était, apparemment, de type économique et l’argument avancé est intéressant : comme le soin palliatif coûte infiniment plus cher que la solution létale, on cherchera à persuader les personnes concernées de choisir de mourir plutôt que d’être soignées, tout en leur faisant croire qu’elles l’ont vraiment choisi.

Autrement dit, l’aide à mourir serait une variable d’ajustement économique.

Argument intéressant en ce sens qu’il renvoie à la logique du capitalisme qui régit le domaine de la santé – on sait quelle en est la dégradation actuelle – comme tous les autres.

Il s’appuie sur la lecture à mon sens inadéquate de ce qui fonde le capitalisme, à savoir l’équation être = avoir + : elle est un invariant humain, oui, mais un invariant jusqu’à la fin des années 80.

La disparition de la solution de rechange (socialisme/communisme) et la fin de la croyance à la Résurrection, autrement dit la disparition des deux paradis de compensation et de contournement – une rupture majeure dans l’histoire de l’humanité – font que, ce qui allait de soi et depuis si longtemps (les effets d’accumulation de l’équation), ne le va plus : d’où l’émergence, à la fin des années 80 (fiasco du communisme soviétique), de ce qu’on appelle le « terrorisme international », pour moi des crimes de désespérance qui témoignent, entre autres signes, du désarroi humain planétaire. Tuer le plus possible en mettant sa vie directement en jeu, dit, de manière à la fois confuse, pathétique et absurde, une perception de l’absurdité insupportable de la vie humaine.

En d’autres termes : l’aide à mourir soulève des objections fortes des religions (d’où l’esquive pusillanime du mot euthanasie qui signifie pourtant « bonne mort »)  parce que sa vie n’est pas toujours considérée comme relevant du choix du sujet, et que la mort n’est toujours pas admise en tant que constituant de la vie individuelle, mais perçue comme lui étant étrangère, sinon contradictoire.

Ces objections idéologiques (religieuses ou autres) sont des constituants de l’équation capitaliste nourrie du déni de la spécificité humaine (type de conscience de la mort) qui construit les deux paradis de compensation et de contournement (inversion des situations auprès de Dieu et dans les lendemains qui chantent).

L’émergence de ce problème dans le débat politique mondial – à des niveaux très différents – est le signe du début du vacillement de l’équation puisqu’il vise à sortir l’aide à mourir du schéma capitaliste où elle se trouve encore (cf. les associations privées qui aident au prix fort) pour en faire un « commun ».

L’aide à mourir en tant que variable d’ajustement économique (capitalisme) est donc contradictoire en regard du fait même de son émergence et du type de débat qui la dissocie du rapport avec l’argent.

Le risque d’un discours dominant et insidieux, incitant les personnes concernées à demander une solution létale plutôt que des soins suppose donc une adhésion au capitalisme et à ses idéologies-appuis, une adhésion qui s’effrite – elle eut longtemps pour corollaire le refus de traiter la souffrance que plus personne ne soutient.

La misère du service hospitalier, de l’accès à la médecine en général, n’est plus perçue comme une crise conjoncturelle (rendue « supportable » en son temps par le faire-valoir du repoussoir communiste), mais comme un problème intrinsèque du capitalisme ; les dérives actuelles qui peuvent conduire à des « choix » de soins selon l’âge – il y en eut, volontaires, y compris de la part des patients, au moment de la crise aiguë de la covid – n’ont pas fait l’objet d’un discours politique incitant au sacrifice, et s’il y eut des décisions de priorité prises dans les services hospitaliers, elles ont été présentées comme les effets détestables de la perversion du système.

En regard de la loi, quelle qu’elle soit, existent toujours des dérives : l’aide active à mourir, interdite, est pratiquée discrètement dans les hôpitaux, tout le monde le sait, et son autorisation conduira certainement à des discours et des gestes particuliers, problématiques au regard de la liberté de l’individu. Comme il en existe aujourd’hui, dans l’autre sens, quand la demande d’aide à mourir n’est pas entendue.

Au risque de me répéter : imaginer une systématisation (dans le futur de la reconnaissance du droit de choisir sa mort et l’aide appropriée) suppose donc que l’homme continuerait à se déterminer selon l’équation capitaliste et ferait de l’aide à mourir une affaire économique, alors que le débat actuel est un signe de la mise en cause de cette équation qui, via les idéologies, lui refuse encore ce droit et cette aide.

Bref, si  le débat sur l’aide à mourir existe, si la loi évolue dans ce sens, c’est que les idéologies-appuis qui l’interdisent sont mises en cause, et la mise en cause des idéologies-soutiens signifie la mise en cause, plus ou moins consciente et confuse, de l’équation capitaliste elle-même.

Si le droit de choisir ma mort et l’aide appropriée me sont reconnus, alors il est reconnu en même temps que ma vie (dont ma mort fait partie) m’appartient, et que le choix de sa mort par le sujet est une affaire privée dans le cadre de la conscience commune spécifique de l’humanité.

De ce point de vue, il n’y a plus de place pour un discours général insidieux et pervers de type capitaliste.

Ce qui est radicalement nouveau, c’est que le capitalisme n’est plus un problème posé dans sa confrontation à l’alternative communiste qui servait de repoussoir et de faire-valoir,  mais, depuis le fiasco soviétique, un objet d’une critique (plus ou moins claire et consciente) en tant que tel, et, dans le temps intermédiaire où nous sommes depuis une trentaine d’années et qui va durer encore, de contestation désespérée (« terrorisme ») qui va durer encore elle aussi.

Pour la première fois de son histoire, l’homme est nu face à la spécificité de son espèce en ce sens qu’il n’a plus l’échappatoire des paradis artificiels qu’il a construits et adaptés pendant plus de deux mille ans. Le religieux est en train d’exploser dans l’extrémisme et la régression comme une étoile avant le trou noir.

C’est dans ce contexte actuel dramatique du désarroi général qu’est posé – plus exactement que commence à se poser, dans un balbutiement – pour la première fois collectivement et pour une décision commune, le problème de l’aide à mourir pour l’individu, autrement dit celui du choix possible qu’il a de renoncer à sa vie.

Journal – 30 – théâtre (19/03/2024)

Bon. Je m’étais laissé emporter par l’enthousiasme, quand même relatif, mais enthousiasme quand même, des deux critiques (voir le journal d’hier).

J’essaie d’expliquer mon problème.

Suivez bien : rien qu’à entendre « d’après… Bérénice de Racine ou Hamlet de Shakespeare ou… tenez, Tartuffe de Molière », j’éprouve de fortes contrariétés, de celles qui font sortir d’un coup une urticaire géante (oui, urticaire est féminin) ou tomber les bras. Et quand on n’a que deux bras, comme c’est mon cas, il vaut mieux éviter.

C’est un élément de la dialectique.

L’autre c’est la voix qui me dit  : tu ne vas tout de même pas finir vieux con, dans le sens devenir gaga en marmonnant de fortes pensées du genre : de mon temps… y a plus de théâtre… y a plus rien… tout fout le camp… la jeunesse d’aujourd’hui… ah, les tartes de ma grand-mère…  et avec des haussements d’épaules convulsifs pour bien faire comprendre qu’on n’est pas content.

Je résous donc la contradiction en allant voir. Enfin, en disant que j’irais voir si j’étais à Paris. D’accord, je ne vais pas voir pour de vrai, mais reconnaissez quand même que c’est un discours d’intention qui n’est pas celui d’un… enfin comme je disais juste un peu plus haut en italiques.

La curiosité culturelle poussant fort,  j’ai décidé de relire sur Internet les critiques que j’avais déjà lues dans Le Monde, des deux spectacles : d’après Bérénice de Racine de Roméo Castellucci et d’après Hamlet de Shakespeare de Christiane Jatahy. Je me souvenais qu’elles n’avaient pas du tout la même tonalité que celle des deux critiques de France-Culture.

Je commence par Bérénice, et là, je tombe sur un compte-rendu – pas celui du Monde, non, attendez, je vais vous dire – que j’ai lu et relu en riant aux larmes – oui, non, les larmes n’indiquent pas toujours la tristesse, pas plus, du reste, que le rire n’indique toujours la joie, on le reconnaît à sa couleur jaune.

Alors : vous ouvrez Internet, vous tapez sur le serveur « Bérénice, Isabelle Huppert » et sous « A la une », trois entrées : Radio France (vous laissez), France Info (vous laissez) et Slate.fr « Bérénice avec Isabelle Huppert, un spectacle qui fait « hélas » déjà date ».

Cliquez, lisez, riez – je ne prends pas de risques – et demandez-vous ensuite si vous direz que vous irez à Paris pour voir le d’après Bérénice – l’auteur du compte-rendu, Jean-Marc Proust (je ne sais pas s’il a un lien de parenté ave Marcel, ce serait pas impossible) indique qu’à partir de 21 h 00 il y a beaucoup de fauteuils disponibles.

Les photos de lui sur Internet indiquent qu’il est nettement plus jeune que moi. Elles ne sont pas datées, mais elles sont en couleurs,  ce qui est quand même une indication. En tout cas c’est rassurant.

En tout cas (bis), ma lecture a transformé le potentiel « Si j’étais à Paris j’irais voir » (sous-entendu : ce serait possible) en irréel du présent : pas question d’y aller.

Journal – 29 – Poutine, Racine, Shakespeare (18/03/2024)

Poutine à 7 heures. Racine et Shakespeare à midi.

Le rapport de sens entre le premier et les deux autres est la tragédie dont les deux écrivains sont, pour moi, – avec Eschyle et Sophocle – les figures les plus emblématiques. La différence est que, sur les planches, la mort est jouée alors qu’elle ne l’est pas en Russie. On y meurt assassiné pour de vrai, dans de vraies prisons et dans une vraie guerre. Les morts ne se relèvent pas pour saluer.

Avec beaucoup de distanciation, Poutine triomphateur d’une élection dont il sait qu’elle n’en est pas une, que le monde entier le sait, que les Russes le savent, a quelque chose d’irréel, en ce sens que sa dictature a besoin d’une apparence de démocratie. Bref, un jeu grotesque. Ubu n’est pas loin.

De ce point de vue, la comparaison de ses 87% avec les scores soviétiques n’est pas pertinente : pour les communistes le vote « bourgeois » n’était qu’un jeu politicien entre des forces qui ne différaient que sur la gestion du capitalisme. Le Parti dont la Révolution prolétarienne était la feuille de route n’avait pas besoin de ce jeu. L’élection avait valeur d’applaudissement pour les camarades estimés les plus aptes à tracer la route révolutionnaire.

La dictature actuelle, où qu’elle sévisse, a besoin du simulacre électoral, signe que l’hypothèse révolutionnaire (fût-elle religieuse – cf. Iran) a disparu (la Corée du nord pratique la fuite en avant dans le jeu du matamore) et qu’il faut bien la remplacer par autre chose :   Poutine n’a pas de visée autre que l’établissement de la toute-puissance historique qu’il prétend incarner, validée par le discours d’une mythologie nourrie de nostalgie d’un temps où la Russie-empire (tsar et Staline) avait des airs d’immortalité.

Il donne envie de rêver qu’on est au théâtre et que, si la pièce est longue, longue, le rideau va bien finir par tomber.

Il est levé au Théâtre de la Ville pour une adaptation (par Roméo Castellucci) de Bérénice (Racine) et à l’Odéon pour une adaptation (par Christiane Jatahy)  de Hamlet (Shakespeare).

Pour Racine : Isabelle Huppert est la seule, sur scène, à dire Racine (en l’occurrence les monologues de Bérénice – dans un ordre qui n’est pas celui de la pièce). Les autres personnages dansent. Il y a aussi un radiateur et une machine à laver.

Dit comme ça, vous pensez que les bras m’en tombent. Disons qu’il commençaient à se décrocher. Et puis, j’ai écouté à midi (voir tout en haut) les deux critiques invités à l’émission de France Culture et…

Eh bien, oui, si j’étais à Paris, j’irais, malgré l’irritation que me créent les « adaptations » des œuvres d’art, quel que soit l’art. Ah le Tartuffe de Molière (mis… plutôt démis en scène par Ivo Van Hove à Montpellier) que la Comédie Française avait accepté de jouer… !

J’irais aussi voir la pièce de Shakespeare où le personnage Hamlet (un homme) est interprété par Clotilde Hesme (une femme, faut-il le préciser ?) dans un décor de canapé et micro-ondes, avec des chansons et des textes non écrits par l’auteur…

Ce que j’ai retenu de ces critiques, c’est, comment dire, la possibilité d’une création à partir de, à côté de l’œuvre originale.

Ce qui n’était pas du tout le cas du Tartuffe, démis en scène par Ivo van Hove ! Et accepté par la Comédie ! Parce que là, non ! Je ne sais pas si vous sentez l’irritation.

J’irais, oui, malgré la machine à laver,  parce que je pense que Racine n’est pas jouable et qu’il n’est donc pas joué,  et parce que les des deux critiques disent qu’ils n’ont jamais entendu le texte de Shakespeare aussi bien dit (en particulier le « Être ou ne pas être »).  Rien que pour ça.

Journal – 28 – philosophie, C8 et CNews (13/03/2024)

On* se lève, on tire les rideaux, le ciel est dégagé, lumineux, on appuie sur le bouton de la cafetière puis sur celui du poste de radio et qu’est-ce qu’on entend ?

[*Je n’aime pas ce « on » indéfini qui sert à se défiler (dans la critique, littéraire notamment, dans le genre : « On est séduit par l’écriture… » ) mais là, pour une fois, oui, parce qu’il peut servir aussi à signifier un léger énervement. Et c’est le cas.]

« J’ai cru comprendre que la philosophie aidait à mourir, c’est vrai ça ? »

C’est l’animateur des Matins de France Culture qui, sur le ton d’une ironie gentiment provocante, pose cette question aux deux philosophes invités à parler de la proposition présidentielle de l’aide à mourir. Il y a le sous-entendu amusé : si c’était vrai, ça se saurait, non ?

L’énervement commence juste après. Ici.

Le premier, Frédéric Worms, professeur de philosophie contemporaine et directeur de l’ENS (Ecole Normale Supérieure), commence par assurer que la philosophie sert à lutter contre la mort : La philosophie doit aider les humains à lutter contre et admettre ce négatif  [la mort] dans l’être et le refuser. Le refus de la mort donne son sens positif à la vie.

Le second, Jacques Ricot, chercheur associé (il n’est pas précisé à qui ou à quoi) et membre de l’association Jalmav ( = jusqu’à la mort accompagner la vie) – dit :  La mort nous aide à mieux vivre notre existence, qui est une existence contre la mort. Quelqu’un qui passe son temps à craindre sa mort ou la manière dont il va mourir, ne peut plus vivre. Aujourd’hui je pense que notre société est hantée par les conditions du mourir, ce qui empêche de regarder précisément la mort en face.

D’abord, je ne pense pas, comme le premier, que la philosophie serve à « lutter contre la mort »  ni que le « refus de la mort » ( ?) donne quelque sens que ce soit à quoi que ce soit.

Ensuite, mon accord avec le second se limite à la reconnaissance que la vie est la vie jusqu’à l’extrême bout de la vie (je l’ai expérimenté dans mon travail d’enseignement dans les services de pédiatrie) encore qu’il faille préciser les conditions de vie de cet extrême bout. Je ne sais pas ce que peut vouloir dire « la mort nous aide à vivre notre existence », ni ce qu’est « une existence contre la mort ».

Le premier trouve que la proposition présidentielle est juste et précise parce que l’aide à mourir n’a de sens que si tous les soins sont épuisés – pour lui, aider à mourir est contradictoire avec le soin, alors que la loi actuelle qui peut la produire indirectement n’est pas contradictoire – ce qui me semble être une hypocrisie.  Il reproche donc à E. Macron de ne pas avoir utilisé les mots euthanasie et suicide assisté – lui est contre. Sa position manque de clarté.

Le second – hostile lui aussi – dit que la mort ne peut pas se « regarder en face » (expression du président qu’il reprenait pourtant à son compte). Les « conditions du mourir », oui, ce qui est autre chose. Pour lui, la proposition du président n’est pas d’aider « à bien vivre les derniers moments mais de faire mourir la personne ».

Pour m’en tenir à l’essentiel, aucun des deux ne distingue la mort en tant qu’objet de sa mort pour le sujet ce qui les conduit à patauger dans un discours fait de formules qui ne veulent pas dire grand-chose : « regarder la mort en face », par exemple qui ne précise pas de quelle mort on parle et qui permet ainsi de jouer avec les idées reçues et les peurs associées à une imagerie bien connue.

Les lecteurs du blog savent quelle est ma position sur cette question : il est ouvert à l’expression de tous les points de vue.

Quant aux chaines de télévision C8 et CNews : « Vincent Bolloré, le milliardaire et propriétaire du groupe Canal+, et son animateur star Cyril Hanouna sont entendus, mercredi et jeudi, dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences de la TNT. » (Le Monde – 14/03/2024 – qui précise que l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a sanctionné à plusieurs reprises par des mises en garde les deux chaines et l’animateur.

Ma contribution :

Tout le monde, dont ceux qui vont être interrogés par la commission, sait de quoi il est question : des conditions dans lesquelles est diffusée l’idéologie d’extrême-droite, parce qu’elle n’a pas encore atteint le seuil au-delà duquel elle « ira de soi » et installera des commissions d’un autre genre. La comparaison avec les chaines du service public – accusées par certains contributeurs d’être partisanes, de gauche – est une illustration de la confusion qui existe au niveau politique et qui assimile le RN à un parti politique. Il s’agit seulement de savoir si nous sommes d’accord pour donner le pouvoir aux expressions – médiatiques, électorales – de la pathologie collective qui pousse au repli sur soi et au fantasme de l’identité nationale : le jour où ce discours sera devenu dominant,  la guerre déterminera quelle identité doit faire prévaloir son « moi d’abord ! »

Journal – 27 – le corps de l’homme (10/03/2024)

Parce qu’il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour celui de la femme – le en de en ait doit contenir quelque chose comme l’intérêt, la préoccupation.

Je ne sais plus qui disait que la vraie beauté corporelle était celle du corps de l’homme. Vraisemblablement un homme. Il est vrai que l’Apollon du Belvédère… sans parler des fesses de l’ange dans la travée de gauche de Saint-Pierre de Rome, là, oui,  près d’un tombeau, ni des représentations masculines sur les vases grecs du Vème siècle.

Le corps des femmes, c’est donc tout autre chose, et puis c’était le sujet du journal précédent. Quand même,  la Vénus de Milo…  même sans les bras.

C’était pour introduire un problème délicat dont on ne parle habituellement pas dans les médias : le viol des hommes par les femmes.

Je devine des sourires ou des manifestations de surprise.

Le Monde qui est un journal sérieux – je précise à cause des sourires – publie ce matin à la Une (version numérique) un article dans lequel des hommes racontent… et l’un d’eux décrit le blocage traumatique qui a suivi pendant cinq ans.

Je vous passe les commentaires goguenards, du genre : si un homme n’a pas envie d’une relation, il n’a pas d’érection – ce qui n’est pas le cas des hommes représentés sur les vases grecs auxquels je faisais allusion – un argument dont l’article explique la vanité. Je vous passe aussi les graveleux.

Les agressions sexuelles subies par les hommes sont quatre fois moins nombreux que celles dont sont victimes les femmes, et pour la quasi-totalité d’entre elles,  elles sont commises par d’autres hommes.

On connaît la formule du poète comique latin Plaute (3ème /2ème siècles avant notre ère) « Le loup est un loup pour l’homme… » dont on occulte la fin «  lorsqu’il ne sait pas quel homme il est » sans doute pour éviter de reconnaître qu’en toute connaissance de l’autre, le loup est beaucoup moins dangereux pour ses congénères que l’homme pour l’homme.

Journal –  26 – le corps de la femme (08/03/2024)

La pluie a pour effet de réduire le nombre d’étals sur le marché. Soit dit en passant – vous remarquerez que l’expression est parfaitement adaptée au marché – le pluriel étals permet de ne pas confondre avec les étaux que l’on trouve très rarement sur les étals des marchés forains.

Comme il pleut, les clients/demandes ne se déplacent pas ou moins et les forains/offres sont donc moins nombreux, puisqu’il est avéré que les uns viennent pour acheter et les autres pour vendre. D’où, marché. Oui, bon, mais il n’est pas inutile de rappeler les essentiels.

A propos de pluie, j’ai laissé le narrateur d’ Un hiver en Bretagne sous les trombes d’eau à la sortie de la supérette, mais je rappelle aux âmes sensibles qui pourraient s’inquiéter, qu’il est très bien équipé, et tout et tout comme on dit pour ne pas avoir à allonger inutilement la phrase et aller ainsi directement à l’essentiel.

L’essentiel d’aujourd’hui, à part la pluie, c’est la journée de la femme.

J’ai lu dans mon quotidien une longue interview de la philosophe Camille Froidevaux-Metterie qui propose l’analyse d’une réalité désormais bien connue, entre autres : « Le corps féminin est donc au cœur du féminisme ; c’est le lieu par excellence de la domination masculine .(…) En prenant le contrôle de leur « nature » procréatrice [contraception, avortement], les femmes peuvent enfin investir le monde social et devenir des individus de droits à part entière. »

Réalité bien connue, du moins par ceux qui veulent la connaître, et qui se heurte forcément à des points de vue différents, non seulement masculins mais aussi féminins. Le féminisme a des voix et des voies différentes, ce qui est le signe de la limite du problème quand il est exclusivement considéré comme « féminin ».

J’ai donc envoyé cette contribution :

«  Le droit de disposer de son corps n’a un sens libératoire que s’il devient le droit de disposer de sa vie, autrement dit, in fine, le droit de choisir le moment et les conditions de sa mort et – comme pour la naissance – l’aide appropriée. Ce qui implique que la mort soit reconnue comme un objet de savoir, donc d’enseignement. Si l’on considère que les rapports humains sont en grande partie déterminés par les stratégies de contournement (dont le machisme) de cette question d’autant plus angoissante qu’elle est déniée au motif qu’on ne saurait pas ce qu’est la mort, cette reconnaissance ne peut que contribuer à apaiser les relations humaines dont celle homme/femme. »

Une manière de rappeler que les hommes et les femmes appartiennent  à la même espèce, humaine, caractérisée par un « commun » spécifique.

Journal – 25 – USA – IVG : réactions (06/03/2024)

Mon deuxième acte ce matin, après avoir appuyé sur le bouton de la cafetière – c’est toujours mon premier acte pour des raisons qui touchent à la fois au temps dont a besoin la machine, au bruit qu’elle émet, une sorte de respiration, à l’odeur, et à l’urgence… Ah !  tout ce que peut contenir un geste ordinaire  ! mais là je m’égare dans le lyrisme matinal, tout de même nettement moins vibrant que celui du soir dans la lumière orangée d’un coucher de soleil qui… dont…  – je disais donc que mon deuxième acte fut d’aller voir sur Internet les résultats du « super Tuesday » des primaires aux USA.

Il y aura donc en novembre prochain un affrontement d’octogénaires, à moins que l’un des deux ne soit empêché par un accident d’octogénitude – néologisme qui veut rappeler que plus on est très vieux, plus on est très proche de la mort.  

Avec ce corollaire possible : quand on est vieux, surtout très vieux,  on risque d’être tenté par « après moi le déluge »…  ce que signifie peut-être le fait que, pour l’attribution d’un pouvoir qui a une incidence planétaire, sur 335 millions d’Etats-Uniens, seuls émergent deux octogénaires.

Au regard de la fonction à laquelle prétendent ces deux vieux et de la tension internationale créée par la guerre en Ukraine et à Gaza, il y a peut-être de quoi être inquiet – j’entends, pour continuer à vivre en paix relative – , surtout si, compte tenu de la tentative de coup d’Etat pour lequel il doit comparaître devant un tribunal, D. Trump est élu… Un impensable, dans le sens où un délit politique majeur est investi du pouvoir politique par l’élection.    

La cafetière ayant émis son soupir conclusif, je peux passer à l’acte du petit-déjeuner qui n’est pas petit pour moi – je ne parle pas de quantité mais de plaisir – avant d’ouvrir l’ordinateur.  

Je commence par jeter un coup d’œil à l’échange auquel j’ai participé dans les contributions à propos de l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution.

Il me semble utile de le reproduire. J’en dirai un mot juste après.

Voici.  

«  – Marilou48 : La plus grande honte de ces dernières années : la décadence est en marche grâce à Macron et ses scribes d’extrême gauche, wokiste. Il n’y a pas à être fier de tuer ainsi les vies, et de s’en réjouir ! Il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde cela aurait évité ce gâchis.

– Solon01 > Marilou48 : Bien d’accord. [ Sa contribution publiée avant : « Toute cette mascarade ne portera pas chance à notre pays. Comment peut-on applaudir à cette constitutionnalisation de ce droit de l’IVG qui n’est que le droit de tuer n’en déplaise à ses partisans un être conçu et en formation ayant une identité propre. Ce droit existait déjà pas en danger pourquoi ce cirque sordide clamé comme un message universel si ce n’est qu’une forme de prétention orgueilleuse et vaine d’un pays en faillite que ces esprits qui nous gouvernent ne savent redresser ? » ]

– Harry Haller > Marilou48: « Il aurait mieux valu qu’il ne vienne pas au monde ». Ah! Vous voyez que l’IVG peut avoir du bon.

– DFJ37 : Marilou, comme vous y allez. Il n’y de fierté qu’à l’autorisation des femmes à avoir le choix. Je suis pas pro MACRON mais j’applaudis et suis fier de la position de notre pays et de ses élus. Et en parlant d’extrême…un miroir vous orientera.

– Moi > Marilou :  Je comprends que vous soyez hostile à l’avortement – en soi, l’échec d’une contraception. Mais « tuer les vies » est un problème d’une autre nature, en ce sens, par exemple, que se nourrir implique nécessairement « tuer la vie », animaux ou plantes. Vous voulez sans doute dire « tuer un être humain ». Ce qui conduit à poser la question des critères qui en définisse le seuil d’existence. Le critère divin (tout embryon est un être humain-divin) n’est pas recevable en regard des guerres et des massacres commis au nom de Dieu. Le seul critère possible est humain : ce sont les hommes en société qui décident. Il y a, d’un côté, l’embryon et le fœtus, qui n’ont pas d’existence consciente, de l’autre, une femme. Quant à la réjouissance – elle peut être comprise comme indécente – elle ne concerne pas l’IVG en tant que telle, mais le statut de la femme qui est encore celle qui « paie » les erreurs.

– Solon01 :@jean pierre peyrard : guerres et massacres souvent proclamées au nom de Dieu mais sans l’accord de Dieu qui dans le Décalogue dit « Tu ne tueras pas ». Le Décalogue condamne aussi le principe de l’IVG.- Moi : >Solon01 : Oui. Seulement, qui a créé le contenu du Décalogue et qui l’a écrit ? La question se pose d’une manière plus générale pour les textes dits sacrés. Un exemple tout simple : la passion (Nouveau Testament) contient un monologue de Jésus au Mont des Oliviers, dont il est précisé qu’il s’est éloigné de ses disciples qui dorment.  Il est donc seul et il s’adresse à Dieu, son père. Comment l’évangéliste peut-il connaître le contenu de ce monologue ? Autrement dit, les textes sacrés, quelles que soient les religions, sont des créations humaines qui conduisent donc à des interprétations, sans fin et contradictoires : l’église chargée de veiller à l’application du Décalogue,  a tué, et en masse, avec la bénédiction du Pape, le successeur de l’apôtre Pierre.  Où voyez-vous que Dieu, qui peut tout, se soit manifesté d’une manière ou d’une autre pour protester ?

– Solon01 : Bien d’accord. »

Je parlais d’utilité. Cet échange est tout sauf un dialogue, puisqu’il n’y a pas de réponses sur l’un ou l’autre des points particuliers que je discute. Je peux l’interpréter cette absence de réponses précises, argumentées, soit comme  « ton discours ne sert à rien »,  soit comme « il en restera toujours quelque chose ».

Comme je me méfie de la séduction des apparences, j’ai tendance à choisir la deuxième interprétation.

Journal – 24 – RN – IVG (05/03/2024)

Il y a des jours où il n’est pas bon de se lever tôt, voire de se lever tout court.

Hier par exemple. Lundi. Le jour de la lune qui n’a pas une bonne connotation (le jour, pas la lune) sans doute parce qu’il vient juste après le dimanche, un jour de repos que certains vivent mal parce que les magasins sont fermés et que, juste après, il y a le lundi, le jour de la reprise du travail, sauf pour les coiffeurs et les retraités qui ont pu garder quand même quelques séquelles psychologiques de cette difficulté humaine à vivre hic et nunc – ici et maintenant. Il n’est pas donné à tout le monde de mettre le temps entre parenthèses.  Et puis, comme le chante le poète « Le lundi au soleil, c’est une chose que l’on n’aura jamais ». J’aime citer cette belle pensée dont je ne me lasse pas, malgré son côté un peu réducteur (cf. les coiffeurs et les retraités, surtout les coiffeurs retraités) et l’assimilation discutable de lundi au soleil à une chose.  Ça reste quand même beau.

Hier matin, donc, j’appuie sur le bouton du poste de radio et j’apprends que cinq mille personnes se sont déplacées à Marseille pour assister au lancement de la campagne du RN pour les élections européennes. Jusque-là, elle était bien rangée dans son étui de campagne et là, ce dimanche, à Marseille, devant cinq mille personnes, le chef l’a donc sortie de son étui pour la lancer. Ce qu’il vise est à la fois très simple et très beau : « Une Europe espace de civilisation (…) fidèle à ses racines chrétiennes et son héritage humaniste, une Europe de l’amour courtois et de l’égalité hommes-femmes. »

Comme la phrase du poète citée plus haut, c’est encore très beau. Plus que ça. L’image de la poésie d’Aliénor d’Aquitaine et des récits de Chrétien de Troyes sur la table de chevet du chef lanceur de campagne est si émouvante qu’elle donne envie de dire, comme pour les instants de grand bonheur « Waouh, c’est trop ! ». Bon. L’égalité hommes-femmes n’est pas vraiment ce qui constitue l’essentiel de l’amour courtois, mais la référence est pavée de bonnes intentions. Certains disent que l’enfer aussi. Des moroses, des pisse-froid.

J’ai quand même envoyé cette contribution au Monde tout en me reprochant amèrement mon mauvais esprit, insensible au lyrisme d’une invite à partager cet idéal, pur, de « vrai François », dépourvue de toute arrière-pensée, sinon de pensée tout court.

« Cette civilisation européenne, occidentale, chrétienne, donc de l’amour courtois, est aussi celle des croisades, des guerres de religion, de l’esclavage, de l’Inquisition, de la colonisation, d’épopées continuelles de guerres, du nazisme auquel a collaboré une France très préoccupée d’identité et de préférence (cf. les lois anti-juives et la rafle du Vel d’Hiv)… entre autres marques d’un amour dont la courtoisie n’a pas toujours été bien comprise de ceux qu’il étreignait. »

Quand même, cinq mille personnes… Et est-ce qu’elles ont écouté « l’amour courtois » sans l’envie de rire ?  

Le RN, c’était le matin. Le soir, l’IVG, à Versailles. 

Là, je redeviens sérieux par-devant. Jusque-là je ne l’étais que par-derrière.

J’ai déjà expliqué mon point de vue sur cette question.

Je le rappelle dans cette contribution envoyée au même journal :

« Nous sommes passés à côté de l’essentiel. Une IVG (hors thérapie et viol) est le résultat d’un échec de contraception (quelle femme choisirait plutôt l’IVG qu’un outil contraceptif ?) et inscrire dans la Constitution (ce qui détermine les fondements de l’existence de l’individu dans le cadre de la collectivité)  l’échec, en tant que principe, n’est pas adéquat. L’essentiel – je laisse le choix de la formulation aux spécialistes : tout être humain dispose du droit de disposer de son corps et d’obtenir l’aide médicale adaptée (contraception, naissance, IVG, maladie, euthanasie…) ».

Là, il est 11 h 00, le ciel est bleu par-dessus le vasistas.

Journal – 23 – Israël-Palestine – D.Trump (03/03/23024)

Comme tous les dimanches, lever tôt pour écouter sur France Musique l’émission dédiée à la musique de Bach ( 7 h 00 > 9 h 00). Je précise que je me lève également tôt de bonne heure les autres jours aussi, mais là, c’est dimanche.  L’animatrice explique ce qu’est la sarabande (caractérisée par des suspensions dans la mélodie) qu’elle illustre notamment par l’aria d’Alminera – jeune fille enfermée de force, séparée  de celui qu’elle aime –   dans le Rinaldo de Haendel : Lascia ch’io pianga / Mia cruda sorte / e che sospiri / la liberta  = Laisse-moi pleurer / sur mon sort cruel / et soupirer / à la liberté.  Je ne saurai trop vous conseiller de l’écouter. Je vous le conseille donc plus que trop.

La légèreté avant de retrouver le lourd grave et dramatique à Gaza et aux USA.

Trois contributions envoyées au Monde et publiées.

Les deux premières concernent Gaza et une agression dont a été victime un homme sortant d’une synagogue à Paris, vendredi.

La troisième les nouvelles victoires de D. Trump aux primaires du parti républicain et sa probable désignation comme candidat.

Les lecteurs habituels du blog ne seront pas surpris.

1 – Le 7 octobre est un épisode du conflit qui oppose de manière dissymétrique depuis près de 80 ans Israéliens et Palestiniens. Ne pas le reconnaître en disant que la guerre a commencé à cette date, contribue à alimenter ce conflit dont la permanence sans issue visible ne peut pas ne pas être significative d’un problème existentiel de l’un et l’autre peuples (cf. assassinat d’I. Rabin). Face à l’impuissance de l’Autorité Palestinienne, l’émergence du Hamas – extrémisme religieux – en est un autre épisode et lui coller l’étiquette « terrorisme » en guise d’explication participe du même déni qui ne veut pas voir le « processus » et refuse la coresponsabilité. Les rapports entre les deux peuples sont de force et de violence que la politique israélienne de colonisation brutale et d’humiliation ne peut qu’accentuer. Ce qui se passe à Gaza prépare un nouveau 7 octobre.

2 – Le déni consiste à faire comme si on ne savait pas que la démesure produit la démesure, en particulier chez ceux qui se laissent dominer par leurs affects. Ceux qui protestent contre le dernier paragraphe de l’article* sont dans le même déni : ce qui se passe à Gaza – une démesure s’il en est – annonce un nouveau 7 octobre qui n’est qu’un épisode d’un conflit dissymétrique, autrement dit un processus enclenché il y a 80 ans, et sans issue visible.  L’un et l’autre peuple souffrent donc apparemment, à des degrés différents, d’un problème existentiel majeur, quelque chose comme un interdit d’exister qui les conduit à tuer et se faire tuer de peur de mourir. Autrement dit, il importe de parler de coresponsabilité.

* l’auteur de l’article rapproche l’événement de la situation à Gaza.

3 – « America first ! » = un « Moi d’abord ! », une tendance planétaire (Russie, Argentine, Brésil – Bolsonaro est toujours là -, extrêmes-droites en Europe…) qui veut combler le vide du « commun » creusé par l’implosion soviétique à la fin des années 80 (émergence concomitante du « terrorisme » international => crimes de désespérance) et la disparition de l’hypothèse même d’une alternative au capitalisme. L’équation être = avoir + qui le fonde devient donc le seul credo qui conduit à se jeter dans l’abîme (cf. le changement climatique) de peur d’y tomber. D. Trump et V Poutine sont, au plan international, deux incarnations, pathétiques, sidérantes et effrayantes, de ce que signifie ce « moi d’abord ! » des petites machines d’angoisse individuelles. Il est urgent de redéfinir ce qui nous est commun, en tant qu’espèce.

Journal – 22 – Le cercle rouge (29/02/2024)

La prochaine fois, ce sera en 2028. Tout a été dit à propos du 29 février, sauf  – et personne n’en parle – qu’il repousse d’un jour le 1er mars.

Les Romains nommaient ce premier jour de mars Calendes (d’où calendrier)  – terme ignoré des Grecs… d’où « calendes grecques » pour signifier « jamais ».  

Mars fut longtemps le premier mois de l’année romaine, d’où septembre  (7), octobre (8),  novembre (9) et décembre (10), alors qu’ils sont les 9ème, 10ème, 11ème et 12ème mois de notre calendrier.

Mars, comme l’on sait,  était le dieu de la guerre.

Je serais donc assez partisan de repousser davantage, le plus loin possible même, ce 1er mars, autrement dit d’allonger d’autant le mois de février, mois de purification (februare = purifier).

Décider de commencer l’année avec Mars est significatif d’une conception de la vie,  comme le fait qu’il n’y ait pas eu de mois de la paix chez les Romains, et qu’il n’y en ait pas non plus chez nous.

Hier, c’était donc le 28, et j’ai revu pour la énième fois Le cercle rouge (1970), de Jean-Pierre Melville, puisque c’est ce jour-là qu’il était proposé à la télévision.  

Pour moi, un cran au-dessous de Le deuxième souffle (1966), mais (avec Le Samouraï – 1967) un modèle d’épure, en particulier dans l’économie du dialogue (la séquence du cambriolage est d’anthologie).

Il est question d’hommes, d’amitié, de violence, de pièges, dans un contexte de prison, de police, de cambriolage… sur un fond de ce qui n’est pas vraiment un optimisme béat : « Tous coupables » répète de manière sentencieuse le chef de la police des polices.

Corollaire : les seules personnages féminins représentés sont, la femme, vite entrevue, qui a abandonné son compagnon alors qu’il était en prison, des danseuses court-vêtues dans un club où les serveuses sont en petites culottes et dont l’une, sans le moindre mot, tendra à l’abandonné une rose rouge annonciatrice de sa mort.

Quand même, André Bourvil, dans un rôle  « sérieux » – malade, il mourra quelques mois plus tard – et ses chats, les seuls êtres susceptibles d’être caressés. Et encore.

Vivement avril.