c – développement de l’ensemble verbal
Le voici, ce mur : « Le maçon (…) construit avec beaucoup de soin et un imposant outillage, près de la ville de Guernica, un mur mesurant trente mètres de long et deux mètres de haut qui sera peint en blanc afin que soient gravés en noir les noms de toutes les victimes de la guerre civile comme l’a décidé le gouvernement espagnol après avoir consulté le peuple par un référendum auquel une large majorité a répondu favorablement. »
Guernica… Oui… Après Mussolini et Franco, l’autre… Vous croyez aussi qu’il n’est pas mort ?
J’évite le verbe croire. Que dites-vous de la phrase ?
Cette fois, c’est équilibré. Et en plus, c’est un mur intelligent. Pas comme un certain autre qui enferme, là où on l’attend le moins. Hm… Vous avez raison, il n’est peut-être pas mort.
Je ne parlais pas de l’individu.
J’avais bien compris. Pour votre mur, vous pouvez expliquer comment vous avez fait ?
Après les informations sur le maçon (ensemble du sujet /composant actif), j’ai indiqué l’objet qu’il construit, puis j’ai précisé les circonstances et la finalité de la construction, c’est-à-dire ce qui constitue l’ensemble verbal. Ce que je vous propose, maintenant, c’est d’examiner comment sont organisés ces deux ensembles.
Il y aura encore des mots à problèmes ?
d – analyse de l’ensemble sujet / composant actif ou passif
Chercher les relations de sens, c’est rencontrer des problèmes. Les mots à problèmes, comme vous dites, ont souvent été créés pour les contourner et les dénier. D’abord l’ensemble sujet / composant, actif dans cet exemple. Vous commencez ?
Je commence : maçon c’est un nom. Un mot latin, je suppose ?
Oui, nomen, dont le radical nomin- sert à construire par exemple nomination ou nominal. Un nom sert à désigner des personnes, des animaux, des choses, des idées. Il peut être commun (fleuriste, général, raton laveur, cuillère, groseille, bonheur, liberté, égalité, fraternité etc.) ou propre (César, Rome, Vercingétorix, Gergovie, Pietro, Carmen, Alice etc.) masculin ou féminin, singulier ou pluriel.
Jusque-là, ça va, c’est facile. Maintenant, ce que j’aimerais savoir, c’est comment vous avez fait pour agrandir l’ensemble.
Ce que vous voulez connaître, parce que vous êtes avide de science, ce sont les moyens que j’ai utilisés pour construire mes compléments d’information concernant le maçon.
Voilà, c’est ça.
Relisons ensemble et désignez moi du doigt chaque mot qui fournit une information, je la ferai apparaître d’un clic en caractères gras : « Le maçon, Pietro, originaire de Calabre qui est la partie la plus méridionale de l’Italie, arrivé en France à l’âge de deux ans avec ses parents qui avaient fui le fascisme de Mussolini, marié depuis trente ans à Carmen, une Espagnole dont les parents avaient fui le régime franquiste et qui a eu avec elle trois enfants, Mario, un garçon qui est maçon comme lui, Pilar, une fille qui est secrétaire, et Giovanni, un autre garçon qui est géomètre… »
Et maintenant ?
On va examiner chacun de ces mots. D’abord Pietro.
C’est son prénom. Prénom, c’est le nom qui… pré… qui vient avant le nom de famille ?
Oui. Le first name britannique. Quel type de nom ?
Un nom propre. Ça a un rapport avec la propreté ?
Oui. Le latin proprius signifie : qui appartient ; d’où vient propriété. Par extension, c’est ce qui convient et donc ce qui n’est pas altéré, donc propre.
Ça n’empêche pas qu’un nom propre puisse très bien ne pas l’être. Je me comprends. À ce que je vois, vous me comprenez aussi. Donc je peux fournir des informations sur un nom avec un autre nom ?
Oui.
Vous pouvez me donner d’autres exemples ? À problèmes, si possible.
Des pommes de terre, des timbres-poste, la ville de Rome, l’île de la Martinique… »
Donc, terre complète pommes, poste complète timbres, Rome complète ville et Martinique complète île, c’est ça ?
Oui. Les quatre noms ont en commun d’être des compléments d’information de noms, information dont il faut préciser la spécificité : terre et poste indiquent l’origine – ce sont des pommes qui sont sorties de la terre où elles ont été plantées et des timbres émis par la poste – alors que Rome et Martinique indiquent les noms de la ville et de l’île.
Comment dit la grammaire officielle ? Parce que je suis sûr que vous ne les avez pas choisis par hasard.
Elle dit que terre et poste sont des « compléments du nom » alors que Rome et Martinique sont des « appositions ».
Je suppose que c’est pour indiquer que terre ou poste ne donnent pas le même type d’information que Rome et Martinique ? Et que veut dire « apposition » ?
Posé auprès de, à côté.
Mais… terre et poste sont aussi posées à côté ! J’imagine que vous allez faire des remarques.
Ce qui importe, c’est de repérer le mot auquel est apportée l’information et de préciser la nature de cette information. Quand la grammaire officielle dit que Rome ou Martinique sont des appositions, c’est effectivement pour signifier que l’information qu’ils fournissent n’est pas de même nature que terre ou poste. Mais en quoi « apposition », qui indique une place, une position, pourrait-elle servir à indiquer le sens ? Je vais vous dire, et c’est peut-être le plus intéressant : cette distinction est un des révélateurs grammaticaux, je parle de la grammaire officielle, de l’insulte à l’intelligence.
Une grammaire officielle insulter l’intelligence ! Vous n’y allez pas un peu fort ?
Supposons que vous ignoriez tout de la grammaire. Vous lisez ou entendez pommes de terre et ville de Rome. Vous comprenez que les pommes viennent de la terre et que la ville se nomme Rome ?
Ben oui, évidemment !
Alors, si je vous dis qu’à la différence de « terre », « Rome » n’est pas complément du nom « ville », n’est-ce pas parce que je crains que vous ne compreniez ville de Rome comme vous comprenez pommes de terre ?
Donc, vous me suspectez de comprendre que ville vient de Rome comme les pommes viennent de terre ? Vous vous moquez de moi !
C’est bien ce que je disais. La grammaire officielle a créé le mot apposition parce que vous et tous ceux qui ignorent la grammaire, surtout les enfants, n’êtes pas suffisamment intelligents pour saisir la différence d’information.
Merci !
C’est pourquoi je n’utilise pas « complément du nom » qui ne dit rien du sens si on ne précise pas d’abord « complément d’information ».
Comment vous dites, vous ?
Qu’il faut indiquer que terre et Rome apportent une information sur les noms pomme et ville, puis préciser de quelle information il s’agit.
Si je dis la gelée de groseilles de ma grand-mère et la bicyclette de ma grand-mère, la grammaire officielle se contente de dire que ma grand-mère est complément des noms gelée de groseilles et bicyclette ?
Oui.
Ma grand-mère Alice fabriquait la gelée, pas sa bicyclette…
Voilà. Le point du problème, ici, c’est « de », un outil que j’appellerai fourre-tout parce qu’il introduit des informations de natures différente, comme vous venez de le constater. En latin de signifiait « au sujet de ». On le trouve avec ce sens dans certains titres d’ouvrages écrits à l’époque où le latin était encore la référence majeure. Par exemple, De l’esprit des lois… de Montesquieu.
Donc, l’insulte à l’intelligence c’est de supposer que ceux qui apprennent la grammaire sont incapables de repérer les différences de sens ? Mais, à votre avis, d’où vient cette supposition ?
Vous avez l’art de poser les bonnes questions. Sans doute de la peur que suscite le savoir et son corollaire la pensée.
Mais pourquoi savoir et penser feraient peur ?
Ce que je constate, c’est que la plupart des étiquettes qu’on colle sur les questions ont pour objet de persuader qu’on a expliqué quelque chose. L’étiquette du don, par exemple.
Doué, pas doué… Il faut reconnaître que c’est une explication très commode.
Elle a permis de justifier les discriminations de catégories sociales ou ethniques prétendument pas douées pour les études.
Ah… Savoir et penser… Hm… C’est tout pour ce genre de construction ?
Il y en a de plus subtiles. Par exemple : Je ne parle pas du 14 juillet, mais du jour avant. Que dites-vous de avant ?
Je dirai que avant complète jour ? Avant, c’est… un adverbe ?
Un adverbe ou une préposition.
Encore deux mots latins ?
Oui. Ad signifie « près de, vers » et verbum… Vous vous rappelez ?
Verbum signifie mot en latin, verbe en français, et on a décidé de le garder. Vous voyez que je sais presque le latin.
Seulement, dans adverbe, verbe a conservé le sens premier de « mot ». Je vous disais tout à l’heure qu’il était important de l’expliquer. Vous avez la réponse. Préposition veut dire « posé devant ».
Mais dans votre exemple le jour avant, avant n’est pas une préposition, c’est donc un adverbe… pourquoi vous souriez ?
Continuez.
Alors, un adverbe pourrait aussi compléter un nom ? Je suis sûr qu’on m’a dit à l’école qu’un adverbe peut compléter, non, pas compléter, modifier le sens d’un adjectif, d’un verbe ou d’un autre adverbe ! Je me trompe ?
Vous ne vous trompez pas, c’est bien ce qu’on vous a enseigné. Suivez bien. Comme je vous l’ai dit, avant peut être soit un adverbe, par exemple : Avant, je croyais au Père Noël ! Soit une préposition, c’est-à-dire qu’il introduit un mot qui fournit une information. Par exemple : J’arriverai avant midi. Dans Le jour avant, il faut comprendre, le jour avant ce jour.
Ah… Alors c’est une préposition, pas un adverbe. Je comprends pourquoi vous parliez de subtilité. Au fait, pourquoi le 13 juillet ?
Parce que j’aimerais bien savoir ce qu’il y avait dans la tête des sans-culotte la veille de la prise de la Bastille.
Savoir si elle était programmée ou pas, c’est ça ? Hm… Vous en avez un autre exemple ? Plus paisible.
La banquette avant ? Adverbe ou préposition ?
C’est la banquette qui est à l’avant, sous-entendu de la voiture. Donc une préposition. Hm… Quand même, si je dis : Dans la voiture, la banquette avant était recouverte d’un plaid, est-ce que ce serait vraiment faux de dire qu’avant apporte une information sur banquette, qu’ici ça ne peut pas être une préposition puisqu’on a déjà voiture, donc que c’est un adverbe puisque vous m’avez expliqué qu’adverbe veut dire ajouté à un mot ? Seulement on ne peut pas dire qu’un adverbe modifie un nom !
Dans votre exemple, la banquette avant signifie la banquette qui est à l’avant et avant est devenu un nom. Comme l’arrière. Mais on peut dire aussi que c’est un adjectif invariable. Et puis, dans mon exemple, Avant, je croyais au Père Noël, avant peut être compris comme une préposition, dans le sens Avant mon âge adulte.
Comment on s’en sort ?
Il s’agit de définir ce qu’on cherche. Cette discussion sur « avant » ressemble à un débat de spécialistes, du genre controverse sans fin. Si on s’en tient à la recherche du sens, ce que veut dire le message, car c’est bien l’objet de ce dialogue, on dira que avant est un mot invariable qui renseigne sur la place de la banquette. Selon le développement qui suit, il peut être adverbe, préposition, nom ou adjectif. C’est important de savoir ce qu’il est, oui, mais ce qui est primordial, c’est de comprendre l’information qu’il fournit. On commence par expliquer, on colle l’étiquette après.
Après, oui, pas… avant.
On continue ?
D’accord… originaire… Un adjectif ?
Oui.
C’est encore du latin ?
C’est toujours du latin : adjectif veut dire « ajouté à ». Un adjectif est un mot qu’on peut ajouter à un nom pour en préciser par exemple une qualité.
Par exemple, petit, grand, maigre, gros, sympa, pas sympa…
Arrivé et marié.
Arrivé, c’est le verbe arriver, et marié, le verbe marier.
Ils sont tous les deux sous la forme qu’on appelle participe passé qu’on peut utiliser comme un adjectif. C’est le cas ici. Je reviendrai sur la notion de participe.
Et quand ce n’est pas le cas ?
Alors il s’agit simplement d’un verbe à un temps donné : je suis arrivé, il s’est marié.
Avec prendre, qu’est-ce que ça donne ?
Cherchez.
Prendre… pren…
Commencez par J’ai…
J’ai pris ! Pris est le participe passé de prendre, et je peux l’utiliser comme un adjectif si je veux ?
Oui. Essayez.
Euh… je ne sais pas. Faites-le, vous.
Pris dans les embouteillages, le conducteur s’impatientait.
D’accord…. C’est quand même curieux cette référence aux bouteilles. Pourquoi pas ensardinage ?
Pensez à la différence des diamètres de la bouteille et du goulot.
Alors, on ne devrait pas plutôt dire débouteillage ? Non ?
Ce qui importe, c’est de rester calme dans les bouchons.
Hm… Et si le conducteur est une conductrice, on dira prise, c’est ça ?
Oui.
Je peux en faire un autre, pour être bien sûr ?
Je vous en prie.
Euh… Saisi par la folie, il se mit à étudier la grammaire du matin au soir et du soir au matin. Et si je passe au féminin : Saisie par le délire, elle se mit à analyser toutes les phrases qui lui tombaient sous les yeux … C’est bon ?
Si on veut. Qui, pour terminer.
Je me rappelle qui, que, quoi, dont, où, auquel, duquel, lequel et quelques autres encore…. Un pronom relatif.
Pronom : pro veut dire à la place de. Un pronom est un mot mis à la place d’un nom. Ce type de pronom est effectivement appelé relatif. J’y reviendrai aussi.
Ça fait deux retours.
Voilà pour l’ensemble du sujet / composant actif ou passif. Prêt à passer à l’ensemble verbal ?
Je vous remontre du doigt et vous recliquez en gras ?