Journal 82 – Bat Hefer – (09/09/2024)

L’Irlande et la Bretagne, c’était en juillet, août et la première semaine de septembre.  

Il y a eu les Jeux Olympiques, Paralympiques…

A propos des Paralympiques. Je ne parviens pas à « me faire » au à côté (un des sens du grec para) des vrais jeux. Pas Parolympique, ni paraolympique qui étaient pourtant possibles. Non. La suppression du O met l’accent sur para et renvoie à paralysie, paraplégie.

L’enjeu social du handicap est de ne pas être à côté, mais parmi, au milieu de.

Et puis.

Est-ce que ce regroupement de handicapés luttant les uns contre les autres aide à comprendre et accepter le handicap ? Ou bien…

Je pense à Freaks, le film de Tod Browning.

Un message positif sur et pour les handicapés ordinaires de la vie ordinaire ?

Même question pour les JO et les gens ordinaires.

J’ai vu et entendu l’enthousiasme suscité par les victoires du nageur Léon Marchand. J’ai lu les articles dithyrambiques. Essentiellement, est-ce pour la performance de l’individu ou pour la performance du représentant de la France ?

Allons, allons, tout s’est bien passé et la vie est quand même plus cool sans toutes ces questions, non ?

Bat Hefer est le nom d’une petite ville israélienne. Le Reportage de la rédaction (7 h 25, dans Les Matins de France Culture) lui était consacré.

G. Erner (le meneur de jeu des Matins) introduit le reportage avec cette indication : « Bat Hefer est une ville située près du mur qui sépare Israël de la Cisjordanie. »

Des habitants témoignent. Ils perturbés, effrayés par les actes de violence (dont des tirs à balles réelles) provenant de l’autre côté du mur. L’autre côté du mur, c’est aussi la Cisjordanie.

Ce que précisera le reporter – et qu’a omis G. Erner – c’est que Bat Hefer est en Cisjordanie occupée, c’est-à-dire un territoire palestinien illégalement annexé par Israël pour y implanter des colons. Ce sont eux, les colons, qui disent leur inquiétude, notamment parce que le mur n’est pas continu. L’une d’eux – elle israélo-allemande – déclare que les murs tombent un jour, et elle cite le mur de Berlin. Et le reporter ajoute  : « Sa maisons ressemble à s’y méprendre à celles du kibboutz attaquées le 7 octobre dernier. »

Le message est clair dans son inversion des responsabilités : les agresseurs sont les Palestiniens.

Journal 81 – Bretagne 4 – Rien (06/09/2024)

Michel Barnier qui vient d’être désigné premier ministre par le président de la République, est membre du LR (Les Républicains) qui a obtenu aux alentours de 6% des voix et 47 députés lors des dernières législatives. C’est un parti minoritaire, loin derrière le Nouveau Front Populaire (27% et 178 députés), Ensemble pour la République (22% et 150 députés), et le RN (35% et 142 députés).

L’argument du président est celui du « viable » : à quoi bon désigner une première ministre de gauche qui sera immédiatement renversée ?

Cet argument est le refus de la dialectique qui, dans le cas de figure invoqué par le président, peut se formuler ainsi : par principe démocratique, la constitution du gouvernement est à l’initiative de la force politique arrivée en tête, or ce gouvernement est immédiatement renversé, ce qui signifie une contradiction originale dont personne ne peut savoir comment elle sera résolue avant qu’elle n’existe, parce que c’est son existence qui peut produire les moyens de sa résolution qui ne lui préexistent pas.

J’ai envoyé cette contribution – elle n’a pas été censurée pour « apologie du terrorisme » (voir les articles précédents) – qui tente de comprendre ce qui peut résulter de cette désignation dans l’inconscient collectif.

« Le message envoyé par le président est celui du « rien ne bouge ». En revanche, choisir le groupe politique arrivée en tête des élections pour permettre la confrontation du gouvernement à la diversité et aux contradictions du résultat de ces élections, aurait été celui du « vivant ». Le choix du « rien de bouge » revient à dire « vous avez voté pour « rien », et le « rien », c’est la mort. Ce message est un des symptômes de la pathologie collective, dont le (message du) président est l’expression politique, le RN l’expression électorale. »

Journal 80 – Bretagne 3 – le problème du gris (04/09/2024)

Ceux qui s’intéressent à la peinture jusqu’à prendre le pinceau savent que la question « première » est celle du gris qui ne se réduit pas au mélange du blanc et du noir mais qui est aussi celui du rouge et du vert.  « Première » dans le sens où elle est celle de l’émergence de la couleur et que la couleur n’est pas une reproduction mais une construction. L’écueil est celui de la boue auquel peut conduire la recherche ratée, autrement dit la négation de la couleur qui peut conduire à la destruction de la toile ou au suicide du peintre.

Nous vivons un moment de gris/boue.

En témoignent le résultats des législatives et les tergiversations du président.

Et, plus encore dans ce contexte, l’incapacité chronique à pousser le questionnement jusqu’à l’essentiel.

J’écoutais ce matin Anton Brender – chef économiste de Candriam (société transeuropéenne de gestion d’actifs, professeur associé honoraire à l’université Paris-Dauphine), invité des Matins de France Culture – établir la liste de tout ce qui ne fonctionne pas (école, santé, services publics dans l’ensemble et dans le monde). Il expliquait par exemple que l’ouverture de l’enseignement du second degré à tous (1975) avait été une bonne chose mais qu’elle ne donnait pas de bons résultats parce que les moyens financiers n’avaient pas été à la hauteur de l’enjeu.  Même type d’analyse pour la santé, les prisons etc.

Là commence le gris/boue en ce sens qu’il ne pose pas la question du pourquoi / pour quoi de cette carence qui apparaît donc comme une cause en soi « explicable » soit par la négligence, soit par la manque de « volonté politique », autrement dit un intangible, de l’ordre du non-intentionnel, du dépourvu de sens.

A aucun moment ce monsieur (auteur de nombreux ouvrages dont les intitulés laissent penser qu’il a des préoccupations sociales) ne pose la question du rapport entre le commun (dont les services publics) et la logique du capitalisme. En aucun moment il n’évoque pour l’école la nature du discours global d’enseignement.

Je suis allé voir sur Wikipédia : « Candriam est une société de gestion d’actifs paneuropéenne créée en 1996 dont le siège social se situe à Luxembourg. À fin décembre 2022, leurs encours s’élevaient à approximativement 139 milliards d’euros. Le Groupe dispose de centres de gestion à Luxembourg Bruxelles Paris et Londres, et ses activités commerciales couvrent l’Europe, les États-Unis, le Moyen-Orient et, par le biais de sociétés de distribution affiliées, la région Asie-Pacifique. Ils proposent des solutions d’investissement dans cinq classes d’actifs : obligations, actions, stratégies à rendement absolu, investissements durables et allocation d’actifs. »

Ce qui permet de comprendre les limites de son questionnement.

Mais celles du journaliste ?

Je vous propose le gris de ce matin breton.

Journal 79 – Bretagne 2 – l’affaire Dominique Pelicot (03/09/2024)

A propos de l’être humain, Montaigne écrit dans ses Essais (I,1) : « C’est un sujet merveilleusement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé d’y fonder jugement constant et uniforme. »

Dominique Pelicot en est une illustration « merveilleuse » dans le sens extra-ordinaire.

Ce monsieur, âgé de 71ans, comparaît devant la cour criminelle du Vaucluse pour avoir fait violer son épouse, inconsciente – il la droguait –, pendant une dizaine d’années par des dizaines d’hommes qu’il recrutait sur Internet. Une cinquantaine d’entre eux seront à ses côtés sur le banc des accusés.

Le couple est marié depuis cinquante ans et, jusqu’à ce que les preuves lui soient fournies, son épouse disait de lui « c’est un super mec ».

Outre la perversion du mari et de ceux qui ont participé à ce viol – certains disent qu’ils pensaient qu’il s’agissait d’un jeu et que la femme simulait l’inconscience – il y a au moins deux problèmes essentiels :

–  comment un homme que sa famille et ses proches considéraient comme un époux, père, grand-père et copain bien sous tous rapports, peut-il dissimuler ainsi sa part d’ombre ?

– comment une femme qui vit pendant cinquante ans à côté de cet homme peut-elle ne pas percevoir cette part d’ombre ?

Montaigne est là pour nous rappeler cette réalité spécifiquement humaine de la dissimulation et, vraisemblablement, du déni.

 PS : Les censeurs du Monde ont justifié l’effacement de ma contribution (voir le journal 78) par le motif « apologie du terrorisme ».

L’homme est aussi sujet à la bêtise  

Journal 78 – Bretagne 1 – chantage et censure (27/08/2024)

Le problème du bateau naviguant, c’est qu’il n’a pas de jambes (cf. « Maman les p’tits bateau… ») même quand il est gros. Et le ferry qui relie Cork à Roscoff est gros. Donc, il bouge d’avant en arrière et de gauche à droite – si on ne connaît pas le langage approprié – de la proue à la poupe et de bâbord à tribord si on le connaît, et il bouge beaucoup quand, de son côté, la mer bouge – comme on dit si on n’est pas un vieux loup de mer (les loups de mer sont toujours vieux) –  quand elle est « formée » si on a les traits burinés (une manière habile de ne pas avoir à répéter « vieux loup de mer » et ce qui précède) par les embruns et le soleil. Là, elle était relativement formée – genre adolescente – mais suffisamment pour que les voyageuses fragiles (les hommes, eux, ne sont jamais fragiles) restituassent (presque une onomatopée) le dîner qui, soit dit en passant, n’est pas remboursé.

Nous sommes sortis du ventre du bateau comme Jonas de sa baleine pour traverser du nord au sud le Finistère sous le soleil – le soleil, c’est ce qui est rond et jaune-orangé quand il n’y a pas de nuages.

Kérity où nous sommes depuis dimanche est un sympathique petit port de plaisance que nous avons sous les yeux quand nous nous approchons d’une fenêtre.  

C’était une entrée en matière bretonne. J’aurais pu ajouter les crêpes de Saint-Guénolé, les huîtres de l’Ile-Tudy et les deux tourteaux – quand elles sont des femelles, dit-on tourterelles ?

La vie continue donc sans le décalage horaire irlandais et les émissions de radio matinales peuvent être écoutées en direct.

J’ai donc appris que le président ne nommerait pas Lucie Castets à Matignon pour la raison qu’elle est de gauche, que la gauche contient LFI et que les partis du centre, de la droite et de l’extrême-droite on dit au président qu’ils ne l’accepteraient pas bien que – après le chantage présidentiel, apparemment raté – LFI ne demande pas de postes ministériels. La raison, cette fois, c’est le programme de la gauche.. 

Un mauvais esprit pourrait faire remarquer qu’il aurait été possible de tenter l’expérience de négociations et de compromis au coup par coup, quitte à constater que ça ne marchait pas. Mais non. Ça ne peut pas marcher a priori parce que la gauche à Matignon est un impensable, toujours a priori.

Le président va vraisemblablement nommer un non-politique ou un politique suffisamment tiède pour obtenir des majorités de circonstances   qui ne changeront rien. Le RN qui se sera abstenu le temps qu’il faut, fera alors valoir qu’il est « ce qu’on n’a pas encore essayé ». Autrement dit, il demandera qu’on lui reconnaisse le droit d’être ce qui est refusé à la gauche, un a posteriori.

A propos de mauvais esprit.

J’ai envoyé au Monde une contribution à propos de l’attentat contre la synagogue de La Grande-Motte et de l’antisémitisme qui le motive – apparemment, son auteur est, pour faire court, « un pauvre type ». Le journal l’a publiée avant de la retirer. J’ai demandé pourquoi. Il m’a été répondu qu’elle était « illégale », par rapport à la charte qu’il faut respecter (pas d’insultes, respect des personnes etc.)

J’ai répondu ceci : « Vous pourriez, s’il vous plaît, préciser pourquoi cette contribution a été publiée – elle n’était donc pas « illégale » – avant d’être retirée –  elle l’était devenue. Je lis et je relis… et je ne vois rien qui, au regard de la charte, justifie cette « illégalité ».  Je n’imagine pas une seconde que l’humour en soit l’explication. »

J’attends la réponse.

Voici la contribution :

« Il va de soi qu’il ne saurait y avoir aucun rapport entre le comportement du gouvernement israélien, mesuré, non provocant, respectueux des résolutions onusiennes, attentif aux recommandations de ses alliés, et des comportements d’individus dont la démesure, la provocation et le non-respect des biens et des personnes de confession juive, pourraient laisser supposer le contraire. Un Etat ne saurait être qualifié de « terroriste », surtout par ceux qui utilisent cette étiquette pour se persuader qu’ils ont expliqué quelque chose, qui assurent que le Hamas est de l’ordre de la génération spontanée et la guerre a commencé le 7 octobre 2023. »

Journal 77 – Irlande 11 – Marx et le Pape (23/08/2024)

Le Marx annoncé n’est pas Karl auquel on pourrait s’attendre, mais William, nettement moins connu et néanmoins professeur au Collège de France. Le Monde de ce jour publie de lui une tribune avec ce chapeau : « Les paroles du pape François sur la littérature, qui vont contre la tradition de la censure de l’Eglise, sont révolutionnaires ».

J’ai lu l’article qui m’a inspiré la contribution suivante :

« Ce qui manque dans cette remarquable dissertation du pape – on remarquera surtout la nouveauté et l’originalité de l’analyse – c’est une partie qui expliquerait ce que signifie de l’église dont il est le chef, la nécessité d’un discours ex cathedra, au 21ème siècle, traitant du sujet du brevet des collèges « quels sont les bienfaits de la lecture ? » dont on trouve l’argumentaire dans les annales de cet examen. Quant au poème « Zone » (Alcools) d’Apollinaire évoqué en fin d’article, je suggère à ce professeur de le relire plus attentivement pour en saisir la modernité du second degré. (« C’est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche /
C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs /
Il détient le record du monde pour la hauteur
 ») »

J’ajoute : il est quand même remarquable qu’un professeur du Collège de France puisse citer le vers d’un poème,sans le préciser et en l’utilisant à contre-sens. Je cite « Apollinaire le disait (comme s’il s’agissait d’une déclaration, d’une interview) déjà en 1913 : « L’Européen le plus moderne, c’est vous, Pape Pie X ». Il n’y a qu’un nom à changer. »

Je ne pense pas utile de préciser qu’il n’y a aucun rapport entre ce problème et l’Irlande où le vent souffle fort depuis le début de cette semaine. Ce qui n’empêche pas les lapins de courir dans le pré que j’ai sous les yeux, ni les vaches de paître, les veaux de téter, ni un renard à la belle queue de renard de venir explorer ce qui pourrait être un terrain de chasse, même sans poule.

Journal 76 – Irlande 10 – Burren, DVD, et clôture des J.O. (12/08/2024)

Nous emportons toujours dans les longs voyages une valise de séries et de films. Ce qui implique que les maisons que nous louons aient un lecteur de DVD. Un lecteur en était de fonctionner, s’entend.

Le cottage dans lequel nous sommes revenus, dans la région du Burren – rien à voir avec le Daniel Buren des colonnes de la cour du Palais royal –  juste au-dessous du Connemara, en a donc un. Il fonctionnait l’an dernier. Plus cette année.

Ce qui explique pour une part pourquoi nous avons regardé la première partie de la cérémonie de clôture des J.O. L’autre part, c’est la polémique qu’a suscitée la cérémonie d’ouverture. Autant voir par soi-même. La première heure seulement.

Je baisse ma voix qui n’est plus qu’un murmure : avez-vous remarqué la finesse avec laquelle, comme ça, mine de rien, je pars du Burren pour arriver aux JO ?

Donc nous avons entendu Zaho de Sagazan chanter Sous le ciel de Paris. Bon. J’aime bien sa Symphonie des éclairs, mais là, comment dire, ce n’était pas vraiment, pour mon oreille, la voix qui convient à cette chanson.

En revanche, La Marseillaise harmonisée par Victor le Masne et interprétée par l’orchestre Divertimento, ce fut… ou plutôt ç’aurait pu être….

Ma contribution envoyée au Monde – dont le compte-rendu est, comme celui de la cérémonie d’ouverture, dithyrambique – vous raconte la suite :

« Il a manqué aux multiples récits/tableaux de la cérémonie d’ouverture et aux nombreuses images/photos de celle de clôture, un « discours », autrement dit, une problématique qui évite l’enfermement de cette période dans une parenthèse que l’état du monde – Gaza, Ukraine, Soudan, nationalismes, climat…. –  rend nécessairement surréaliste : la gravité et l’urgence empêchent désormais de faire comme si on ne voyait et on n’entendait pas. La Marseillaise, si bien dépouillée de son rythme et de son harmonisation martiaux habituels,  était pourtant une belle introduction à ce qui aurait pu être la finale d’une cérémonie unissant dans ce rassemblement planétaire unique, les multiples couleurs des drapeaux, des vêtements et des peaux dans un « discours »  d’ utopie universaliste, mis en scène, par exemple, à partir du spectre de l’arc-en-ciel, visible partout et par tous, et qui se rit des  frontières et des différences. »

Journal 75 – Irlande 9 – une crêpe irlandaise, un crime anglais, des JO et une femme française grosse (07/07/2024)

Ça ressemble à un catalogue à la Prévert. Je précise tout de suite que c’est tout à fait exprès. Je garde le raton laveur pour la fin.

La crêpe irlandaise, ce fut hier, à Roundstone, un petit port, toujours dans le sud du Connemara, non loin de Clifden (au bout du  bout). Il y a cinq ou six ans – avant l’épisode covid – nous avions loué un appartement dans ce petit port. Le dimanche, il y avait un marché juste à côté, dans ce marché une petite caravane jaune et dans cette caravane une crêpière française – je parle de la personne qui les fabrique. J’aime les crêpes parce qu’elles sont faites avec de la pâte et que j’aime les pâtes, toutes les pâtes et sous toutes les formes. C’est dire !  (Je ne sais pas quoi ni de quoi, mais je le dis quand même parce que). La crêpière et moi avions parlé pendant qu’elle étalait la pâte. Elle était originaire d’Ariège, avait épousé un Irlandais et proposait ses crêpes sur les marchés. Elle aimait l’Irlande, même en automne et en hiver.

Hier, ce n’était pas dimanche, mais mardi, et j’eus la surprise de découvrir la petite caravane. – le circuit proposé de la Bog road (route des tourbières, que nous avions découverte alors, spectaculaire) créait une certaine animation. C’était la même crêpière, toujours aussi souriante et heureuse de l’Irlande. Nous renouâmes la discussion. Elle était contente de cette nouvelle rencontre, moi aussi,  et elle m’offrit la crête que je lui commandai.   

Jusque-là, tout va bien.

Pour le reste, mes trois contributions au Monde. La première pour le meurtre de Southport et les émeutes suscitées par l’extrême-droite anglaise, la seconde pour l’article – un peu particulier – relatant la 4ème place de la coureuse française du 3000 steeple, la dernière pour Barbara Butch – aux antipodes de la représentation féminine habituelle – qui fut un des personnages du « tableau » de la cérémonie d’ouverture des JO qui suscite toujours la polémique.

1° Un tel acte, de l’ordre de l’absurde, est un exemple parmi une infinité d’autres de la démesure dont seul, de toutes les espèces, est capable l’être humain, même quand il est adolescent.  L’enquête dira pourquoi ce garçon de 17 ans a tué trois petites filles à coup de couteau, apparemment au hasard d’une rencontre, Réduire la ou les causes de ce crime au fait migratoire vise à évacuer cette spécificité en fournissant la « rationalité rassurante » constitutive de la théorie du bouc émissaire dont se nourrit l’idéologie d’extrême-droite. En Angleterre, en France, partout, elle est l’expression, non politique, des peurs et de l’angoisse humaines  qui peuvent devenir une pathologie collective dont cette idéologie devient alors l’expression électorale du déni. Nous y sommes.

2° Les Africaines des hauts plateaux… la Française de Montbéliard…. Huit contre une… Afrique… Europe… Hum… Manquent seulement les couleurs.

3° Imaginez, par pure hypothèse d’école, que le canon de l’élégance féminine soit la longue jeune femme si mince qu’elle semble souffrir d’anorexie et qui marche comme une mécanique à ressors. Oui, c’est tout à fait invraisemblable, mais ce n’est qu’une supposition. Eh bien, dans ce cas, il y aurait sans doute des jeunes filles qui se mettraient en danger pour leur ressembler, et d’autres qui, parce qu’elles sont le modèle exactement inverse, s’attireraient des remarques désobligeantes.  Ce n’est toujours qu’une hypothèse. Et le jour où une femme qui n’est ni élancée ni maigre s’exposerait pour dire « je suis une femme, moi aussi », il y aurait comme un effet de sidération.

Et, comme raton laveur, 22000 tablettes vieilles de 4000 ans découvertes en Assyrie,  indiquant un « semblant de démocratie » (dit l’article du Monde) quinze siècles avant la démocratie pour de vrai d’Athènes qui condamna à mort et exécuta démocratiquement Socrate au motif qu’il ne croyait pas comme il faut croire, autrement dit parce qu’il pensait.

Journal 74 – Irlande 8 – oxygène et protoxyde d’azote (06/08/2024)

J’ai raconté je ne sais plus où ma rencontre d’une dame âgée, allemande, fredonnant l’Internationale dans le couloir d’un Hôtel de haut standing du sud du Connemara.  Cette vieille dame était la maman d’Ursula, la patronne de l’hôtel en question qui nous avait reçu avec beaucoup de gentillesse, il y a quelques années, pour une simple soupe de midi alors que la salle du restaurant était occupée par un groupe de chasseurs. Elle nous avait fait dresser deux couverts dans un petit salon, nous avions discuté – elle parle le français couramment – et nous avait expliqué que son mari était le chef cuisinier et qu’il était français.

Pour ceux qui n’ont pas lu l’histoire :  nous y sommes retournés l’année suivante, toujours pour la soupe de midi. Nous étions dans la salle de restaurant (les chasseurs étaient repartis) quand j’ai entendu ce que je rappelle au début de l’article. Je suis allé dans le couloir et j’ai vu cette dame, frêle, qui tenait serrée contre elle un bouquet de fleurs qu’elle répartissait dans des vases. Ce qu’elle fredonnait était bien l’Internationale. Nous avons parlé – en anglais. Elle m’a expliqué qu’elle et son mari – passionné par la pêche en haute mer – avaient acheté il y a longtemps cet hôtel, situé dans une baie de la presqu’île de Carna, que géraient maintenant sa fille et son gendre. Elle entrecoupait sont récit par de pathétiques « Plus jamais la guerre, plus jamais la guerre ! » sur un ton et avec un regard qui disaient les souffrances et le malheur vécus.

Ursula nous avait confié que sa maman souffrait des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer.

Cette dame est morte, en Allemagne, il y a trois jours, et nous l’avons appris hier en nous arrêtant à l’hôtel pour le rituel du la homemade soup et du scone en dessert. J’ai envoyé un message à Ursula pour lui témoigner de notre sympathie et lui rappeler cet événement émouvant.

L’oxygène, c’est le souvenir toujours vif de ce moment de densité humaine et la la route de la presqu’île offrant le spectacle contrasté de la mer, des îlots, du ciel bleu, et, au loin, celui des montagnes ennuagées vers lesquelles nous dirigions pour rejoindre Letterfrack.

Il est aussi celui des rires, des plaisirs, des bonheurs partagés, des rencontres, sur les terrasses, dans les rues, que décrivent certains contributeurs du Monde, parisiens ou venus à Paris pour les JO, répondant à d’autres qui voient plutôt un défoulement plutôt problématique ou qui prédisent un réveil difficile.

Le protoxyde d’azote – qu’on appelle « gaz hilarant » – est ce à quoi me fait penser non seulement l’hystérie patriotique du public des tribunes telle qu’elle est décrite par les articles du Monde, mais la tonalité même dithyrambique de ces articles. France Culture dont la ligne éditoriale ignore habituellement les résultats sportifs donne régulièrement le nombre de médailles obtenues par La France dont Le Monde précise par ailleurs qu’elle n’est pas la même, que l’on considère la capitale effervescente des JO ou la province plutôt atone.  La polémique à propos de la cérémonie d’ouverture n’est pas close, rappellent le journal et la chaine de radio. Je dirais qu’elle couve, comme un incendie mal maîtrisé.