Journal 92 – le réel de B. Netanyahou – (29/09/2024)

Ce matin, j’ai relu Journal 91 écrit hier, avant de le publier. Il paraît donc aujourd’hui, le 29, avec la date du 28.  Il peut arriver qu’entre l’écrit du soir et la lecture du lendemain matin… Bon.  Et puis j’avais eu l’intention de le compléter par ce qui suit et j’ai finalement décidé d’attendre pour laisser retomber la pression.

Donc, hier, je voulais écouter le discours de B. Netanyahou à l’ONU. Le début de son intervention fut à la fois sidérante et insupportable.

Voici ce qu’il déclare – une partie des délégations étrangères avait quitté la salle en signe de protestation – alors que l’armée israélienne continue la destruction de Gaza et le bombardement du Liban :

 « Et voilà la vérité : Israël veut la paix, Israël appelle la paix, Israël a déjà fait la paix et refera la paix et pourtant nous sommes confronté à des ennemis sauvages qui ne veulent que nous détruire, nous devons nous défendre contre ces assassins sauvages, nos ennemis ne cherchent pas seulement à nous détruire mais aussi à détruire notre civilisation commune, à nous envoyer à l’âge sombre de la tyrannie de la terreur… »

L’effet de sidération passé – une soirée avec des amis, un vin sympathique – je me suis endormi avec cette question : comment un tel discours est-il possible ? Comment cet homme – d’une manière générale « un homme » – peut-il prononcer des paroles qui se heurtent à un réel qui les contredit ? Comment peut-il ?

S’il peut, c’est qu’il y a un réel autre.

Pour convaincre de son choix de la paix, il se réfèrera à Moïse – la caution religieuse du « peuple élu » – et invoque sa démarche pour l’établissement de relations avec l’Arabie saoudite, bloquée par le massacre du 7 octobre.

Comment peut-il, en l’occurrence, révéler ainsi qu’il nie l’existence des Palestiniens dont la reconnaissance d’un Etat est au cœur de la problématique de la paix ?

Les accords avec l’Arabie sont d’abord dictés par l’économie ( « Je vous le dis, quelle bénédiction une telle paix avec l’Arabie saoudite apporterait – elle serait une aubaine pour la sécurité et l’économie de nos deux pays, elle stimulerait le commerce et le tourisme dans toute la région, elle aiderait à transformer le Moyen-Orient en un géant mondial ») alors que le problème de la paix dans son rapport avec les Palestiniens est d’ordre existentiel.

Il sait que les auditeurs – ceux qui sont restés – savent, il sait que personne n’est dupe, mais il peut.

Ce réel autre dans lequel peut fonctionner ce discours est celui que construit un système de références qui se présente comme l’expression du seul vrai, un absolu excluant la dialectique qui en révélerait la contingence : « Et voilà la vérité », dit-il en introduction de la mystification.

Autrement dit :  comme ses prédécesseurs, il dénie la responsabilité de l’Etat israélien dans l’émergence du Hezbollah (fondé en 1982, après l’invasion du sud Liban par l’armée israélienne) et du Hamas (fondé en1987, après la 1ère intifada – les pierres du désespoir contre les tanks), d’une manière dans toutes les formes de protestation et de refus de sa politique de domination.

La reconnaître impliquerait une redéfinition de ce système de références, donc la reconnaissance que l’absolu prétendu ne l’est pas.

De ce point de vue, B. Netanyahou ne s’exprime pas seulement en tant qu’Israélien investi du pouvoir, mais en tant que porte-parole de « l’occident » qui le soutient, soit directement en lui fournissant les armes (USA) soit indirectement en refusant de lui appliquer – traitement des Palestiniens, colonisation, Gaza et Liban – le qualificatif « terroriste » qu’il réserve aux forces antagonistes qu’il a contribué à faire émerger.

Ce réel autre est celui de l’équation capitaliste confusément contestée par le vecteur religieux auquel s’accrochent encore les peuples historiquement dominés et exploités, directement ou pas, par la puissance occidentale. Il faut relire l’histoire récente de l’Iran (depuis la seconde guerre mondiale) pour comprendre comment a pu émerger l’espérance dans les ayatollah – y compris, en Europe, chez ceux qui dénonçaient la politique répressive du Shah.

Dans l’expression hyperbolique par les armes et les mots de cette violence démesurée, Israël est peut-être le signe le plus explicite du chaos de destruction qui s’amplifie.

  • Pour adoucir, la couleur des couteaux sur une assiette au bord de l’étang de Thau.

Journal 91 – Gisèle et Philippine – (28/09/2024)

L’article du Monde relatant le procès de Mazan met l’accent sur le soutien apporté par le public à Gisèle, l’ex-épouse de D. Pélicot jugé pour viol en même temps qu’une cinquantaine d’hommes. Plusieurs contributions ont rapproché cette affaire de celle de Philippine (cf. Journal 90).

 J’ai envoyé celle-ci :

« Gisèle et Philippine. La première violée pendant dix ans par des dizaines d’hommes, à l’initiative de son mari, lui-même violeur, la seconde violée et assassinée par un homme déjà condamné et emprisonné pour viol. Et là, alors que la justice est à l’œuvre et qu’elle n’a pas publié ses attendus ni ses verdicts, je fais quoi ?  Je précise la couleur des peaux, les nationalités, les situations particulières ? Ou bien je ne précise pas, et je dis que si les hommes violent les femmes et pas l’inverse, ou alors si exceptionnellement que la règle en devient presque un absolu, si ce sont eux qui tuent le plus souvent, c’est qu’il y a sans doute, et quelle que puisse être la diversité des situations un dénominateur commun entre tous les violeurs et assassins de femmes, et que c’est cela qui doit être l’objet du dialogue. »

Journal 90 – Mr. Smith et Philippine – (27/09/2024)

Jefferson Smith est un naïf idéaliste américain qui arrive au Sénat où il va siéger pour la première fois, absolument convaincu que les sénateurs sont comme lui, désintéressés et exclusivement préoccupés par le bien commun.

Il est le personnage principal du film de Frank Capra Mr. Smith goes to Washington – 1939 – ( => Mr. Smith au Sénat) rediffusé hier soir et que nous avons re-re-revu, donc pour la énième fois,  après avoir re-re-revu, donc toujours pour la énième fois, Mr. Deeds goes to town – 1936 –   ( => l’Extravagant Mr. Deeds)  du même Frank Capra.

James Stewart dans le premier et Gary Cooper dans le second sont les interprètes de deux hommes « purs », étrangers à l’équation capitaliste, et ils gagnent à la fin contre les méchants calculateurs capitalistes.

Tout cela est complètement irréel, oui, mais Frank Capra était fils d’immigrés siciliens et il avait quelque chose d’un naïf idéaliste.

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L’homme qui a violé et tué Philippine dont le corps a été retrouvé dans le bois de Boulogne, est immigré,  marocain, en situation irrégulière, déjà condamné pour viol, emprisonné puis libéré alors qu’il était sous le coup d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) qui n’avait pas été immédiatement appliquée.

J’ai envoyé ces deux contribuions au Monde :

Hier :

« Ce qui a dysfonctionné, c’est – outre la problématique du viol (cf. le procès de Mazan et les mises en cause de la victime par la défense) quant à la 1ère condamnation et au suivi du violeur – l’appréciation du juge dans le cadre d’une procédure dont l’application dépend en partie du pays de renvoi ( en l’occurrence, le Maroc). Il est tentant de préconiser la solution radicale :  OQTF et renvoi immédiat. Il faut préciser que l’OQTF (la France est le pays européen qui en prend le plus grand nombre : plus de 130000 en 2022 ) concerne des situations très diverses (la délinquance à des niveaux divers de gravité variable  : entre 2000 et 5000). Le problème (moins de 10% sont appliquées) est dû pour l’essentiel à ce recours systématique (choix politique de G. Darmanin qui a provoqué un engorgement administratif non sans conséquence dans la chaine d’exécution des décisions qui relèvent des préfets) et aux LPC (laissez-passer consulaire), notamment pour des raisons de rapports politiques bilatéraux conflictuels. »

Aujourd’hui, dans le cadre de la polémique qui oppose un discours « féministe » et l’extrême-droite sournoisement soutenue par un discours du président de la République en visite au Canada  :

« Est-il violeur et meurtrier parce qu’il est étranger en situation irrégulière ou parce qu’il est marocain ou parce qu’il est un homme (mâle) dans une situation particulière ? Faut-il « protéger les Français » – comme le dit le président sans la moindre arrière-pensée – ou les femmes dont plus d’une centaine ont été tuées en 2023 – la moitié par leur conjoint (mâle) qui n’est ni marocain ni en situation irrégulière ? »

Journal 89 – les points d’appui – (25/09/2024)

Pour le corps, ça va, on sait :  les deux pieds au bout des jambes, l’œil scrutateur et les bras comme des balanciers.

L’esprit, lui, n’a ni jambes ni pieds, seulement un cerveau avec une centaine de milliards de neurones qui passent leur temps à se connecter à la recherche de points d’appui. Cent milliards de neurones pour un seul cerveau, c’est déjà beaucoup, mais quand vous multipliez par le nombre d’habitants sur la planète et que vous pensez aux milliards de milliards de milliards de combinaisons différentes qui se réalisent à chaque seconde, vous comprenez pourquoi les petites machines individuelle et la grande machinerie globale ont des ratés.

L’ONU en est la caisse de résonance. Dans son principe, cette organisation est le point d’appui de la raison commune contre les déraisons particulières. En particulier son Assemblée générale où s’expriment actuellement les chefs d’Etat… sauf celui de la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de cette organisation, envahisseur de l’Ukraine, et contre lequel a été émis un mandat d’arrêt par la Cour pénale internationale pour crime de guerre.

Celui des Etats-Unis y a tenu son dernier discours. Comme il le fait régulièrement, il incite Israël à la modération tout en continuant de lui livrer des armes utilisées pour détruire l’enclave de Gaza (quarante mille morts) et éliminer le Hamas, attaquer maintenant le Liban (cinq cents personnes tuées par un récent bombardement) pour éliminer le Hezbollah, deux organisations religieuses extrémistes que la politique israélienne de colonisation et d’occupation célébrée et promue par des extrémistes religieux associés au gouvernement a contribué à créer.

Là, dans cette région du monde, où que vous vous appuyiez, les points d’appui lâchent.

Chez nous, le premier ministre téléphone à la chef du RN pour s’excuser des propos d’un de ses ministres qui rappelait que le RN ne fait partie de l’arc républicain. Il sait que son gouvernement est à la merci d’un vote du RN pour une motion de censure déposée par la gauche… arrivée en tête au second tour des législatives en grande partie au nom de l’arc républicain et à laquelle le président de la République a refusé la formation d’un gouvernement.

Il y a le chaos de la mythologie grecque, créateur de la structure du monde, mais le sens que nous lui donnons ordinairement est plutôt le contraire.

Restent nos petites machines particulières.

Je vous donne deux points d’appui.

La chorégraphie de Maurice Béjart (un diffusion hier sur Mezzo) pour accompagner la 9ème de Beethoven – en particulier, les deux premiers mouvements : la perfection des points d’appui des corps selon le rythme de la musique – et les symphonies de Bruckner – souvent diffusées sur la même chaine. J’ai déjà dû en parler. Les cuivres (cors, trombones, tuba) et les basses (contrebasses, timbales) pour des « chœurs » harmoniques qui vous remettent d’aplomb au cas où vous en auriez besoin. En particulier, la 4ème dirigée par S. Célibidache.

Journal 88 – cohérence politique – (22/09/2024)

« Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous » chantait Georges Brassens sans préciser l’année de la rupture amoureuse qui sert de support au thème de la chanson.

J’ai écouté ce matin, donc 22 septembre 2024, les réactions à la composition du gouvernement. Les plus fortes sont celles du NFP (Nouveau Front Populaire) qui constitue le groupe parlementaire majoritaire de l’Assemblée nationale.

Si elles expriment une hostilité, elle dénoncent surtout l’invraisemblable incohérence qui produit un gouvernement de droite – très à droite – alors que les élections législatives ont donné une majorité – relative – à l’union des partis de gauche.

La cohérence voulait que le président choisisse une personne de cette gauche unie – en l’occurrence Lucie Castets.

Il a au contraire choisi Michel Barnier membre d’un parti devenu minoritaire à l’Assemblée mais majoritaire au Sénat et dont la réputation est celle d’un habile négociateur (cf. le Brexit).

Cohérence ou incohérence ?

Incohérence formelle, relativement aux résultats électoraux.

Cohérence essentielle,  d’un point de vue politique.

La gauche n’est pas unie sur un programme de remplacement du système comme elle a pu l’être dans les années 70, mais sur un catalogue de mesures, et son succès électoral s’explique en grande partie par le barrage contre le RN.

Autrement dit, le choix d’un gouvernement de droite correspond à la réalité politique sclérosée par l’absence du discours de gauche.

L’incohérence de certaines nominations ministérielles (Education Nationale, surtout) sont les signes de l’absurdité d’un monde perdu, sans perspectives.

En témoigne aussi la faiblesse des manifestations de protestation organisées hier un peu partout.

« Et c’est triste de n’être plus triste sans vous », conclut Brassens.

Journal 87 – l’abbé, les talibans, le mari – (20/09/2024)

L’abbé Pierre, les talibans d’Afghanistan, le procès de Mazan (D. Pélicot – cf. 03/09/2024))

« Saint », disait-« on » de l’abbé Pierre. Le latin sanctus vient d’un verbe (sancire) qui signifie « rendre inviolable par un acte religieux ». Appliqué à l’abbé, je dirais que c’est pour le moins ambigu. Le comportement de cet homme et des autres prêtres/religieux coupables de violences/crimes sexuels est présenté sous l’angle de la contradiction dans le sens où le rapport au corps (dont la sexualité) est considéré comme un problème qui se pose dans et à l’église. La sexualité des prêtres/religieux est donc perçue comme une anomalie surtout quand elle est criminelle. Il en va tout autrement si on considère au contraire que l’église est un problème qui se pose dans la problématique du rapport au corps. Autrement dit, l’institution ecclésiastique est l’expression d’un déni du corps et de la sexualité qui ne peut plus s’exprimer que par la transgression d’interdits d’autant plus ambivalents qu’ils sont sacrés. Bref, l’anomalie n’est pas dans l’église, elle est l’église elle-même, et « sainteté » est un des outils de la transgression.  Certains qui ont approché l’abbé disaient qu’il était Dieu. Ce que fait Dieu ne peut pas être de l’ordre de la transgression.

Les talibans – ils viennent de réduire encore l’exercice de la liberté pour les femmes – en offrent un autre exemple religieux extrême et sidérant en ce sens qu’il est d’Etat. Leurs interdits – jusqu’au droit de chanter – seraient considérés comme inconcevables dans une fiction.

L’affaire Pélicot en est l’expression profane et la manière dont est conduit le procès – à la demande même de Gisèle Pélicot qui a refusé le huis-clos– constitue un problème : les vidéos prises par le mari  (elles montrent les rapports sexuels des « clients» et du mari lui-même avec son épouse inconsciente) sont diffusées dans l’enceinte du tribunal comme preuves de culpabilité des accusés.

Ma contribution au Monde sur cet aspect du procès :

« Le problème posé par les vidéos ainsi diffusées est celui de la réduction de G. Pélicot à l’objet qu’en a fait son époux, alors qu’elle est là en tant que sujet, qu’elle regarde et qu’elle est regardée en train de regarder. Autrement dit, une dissociation et un voyeurisme caractéristiques de certaines pathologies et qui peuvent entraîner des conséquences imprévisibles. Dans un procès criminel « ordinaire » est-ce que les preuves de culpabilité obtenues par les enquêteurs sont exposées devant la cour ou seulement devant le juge d’instruction ? »

Deux lecteurs ont répondu que les preuves sont fournies à la cour.

Ce qui m’a conduit à compléter par cette question :

« Quelle intimité reste-t-il à G. Pélicot dont le corps est vu utilisé comme dans un film pornographique ? Qu’il ait été tourné à son insu n’élimine ni le traumatisme ni les fantasmes. »

J’ajoute : la meilleure aide pour la victime, qui restera victime, est celle qui lui permette de comprendre comment elle a pu aimer, épouser et vivre avec cet homme pendant 50 ans, sans en percevoir la face sombre. Idem pour sa fille, ses proches et ses voisins.  Dans quelle mesure les scènes de viol montrées au public peuvent-elles y participer ?

Journal 86 – l’absurde – (19/06/2024)

Hier, sur mon vélo, je gravissais à mon rythme, donc lentement, la route en lacets qui monte jusqu’à Saint-Maurice-de-Navacelles (il y a un peu plus loin un cirque permanent) quand je fus doublé par trois cyclistes d’à peu près mon âge qui pédalaient allègrement sans essoufflement apparent, comme s’ils étaient en terrain plat ou comme s’ils faisaient du vélo d’appartement. L’un d’eux me confia, en passant, qu’il était équipé d’une assistance électrique – le moteur est repérable à l’épaisseur d’une partie du cadre – et… la modestie m’interdit de répéter les mots d’immense admiration qu’il m’adressa.

L’absurde suppose ce que j’appellerai une anomalie de référence : vous faites un quelque chose qui est supposé avoir un sens, et puis vous vous rendez compte que ce sens n’a aucun sens. Enfin, quelque chose comme ça. Camus explique ça beaucoup mieux que moi dans L’étranger. Tiens. Un sujet intéressant.  

Bon.

Hier, je grimpais la route en lacets. Dans le même temps, au Liban, après les bipeurs, les talkies-walkies des membres du Hezbollah explosaient, piégés par les services secrets israéliens, apparemment pas dans le contexte prévu. Toujours dans le même temps, D. Pélicot reconnaissait les faits de viol dont il est accusé (cf. article du 03/09/2024) et le journaliste qui rendait compte de l’ audience écrivait : « Simone de Beauvoir a dû se retourner dans sa tombe lorsque Dominique Pelicot a lancé : « On ne naît pas pervers, on le devient. » Ce matin, G. Erner donnait la parole sans contradicteur adéquat à un ancien responsable politique israélien, et à aucun moment ne fut évoquée la responsabilité israélienne dans le processus d’affrontement avec les Palestiniens. Un discours univoque proprement scandaleux sinon indécent, sur une chaîne du service public.

L’absurde naît de l’établissement d’un rapport qu’il suffit de ne pas chercher à établir.

Quand même…

Le contresens effarant du journaliste du Monde (S. de Beauvoir ne se retourne pas dans sa tombe, elle approuve), l’utilisation d’outils domestiques comme engins de guerre, le traitement partisan, sinon admiratif, sur France Culture, d’actes qui seraient considérés comme « terroristes » s’ils étaient commis par le Hamas ou le Hezbollah…

D’un côté, ces deux organisations dont le fondamentalisme obscurantiste est aux antipodes des principes hérités des Lumières qui fondent notre vie commune, de l’autre, le même fondamentalisme obscurantiste associé au pouvoir israélien qui se présente comme l’attaqué par ceux dont il a favorisé l’émergence, qui ne tient aucun compte du droit international et pour qui la coresponsabilité n’existe pas…

L’absurde naît du rapport de ces discours de mort avec ce qui permet de gravir paisiblement à bicyclette une route en lacets dans les Cévennes, avec ou sans assistance électrique.

Journal 85 – vendanges / vent mauvais – (16/09/2024)

Vent mauvais, parce que je viens de constater que 3200 personnes ont lu l’article Littérature 3 (Rutebeuf-Verlaine) publié le 7 juin 2020 – ce qui pour moi reste une énigme – , et que je pense à Chanson d’automne.

Vendanges, vent mauvais… Bon. Il n’y a pas de quoi éclater de rire, non, mais quand même, un jeu avec les sonorités des mots, de temps en temps…

D’autant qu’il y avait beaucoup de vent, des rafales impressionnantes, hier, dimanche du côté d’Uzès dans la parcelle de raisin blanc que le couple ami viticulteur/vigneron avait réservée aux sécateurs de leurs amis pour une matinée de vendange et de fête.

Ceux qui aiment le vin comprendront qu’il ne s’agit pas seulement de couper des grappes de raisin. Comme tailler la vigne – en hiver – n’a rien à voir avec couper du bois.

Le vent mauvais ne souffle pas seulement dans la poésie de Rutebeuf et de Verlaine. Il n’est pas non plus seulement météorologique.

Keir Starmer, le nouveau premier ministre britannique, travailliste, donc théoriquement « à gauche », est en visite à Rome pour étudier la recette anti-immigration imaginée par la néo-fasciste Georgia Meloni – transferts de migrants en Albanie.

En France, la fête de l’Huma a servi de vitrine aux désaccords entre des personnalités du Nouveau Front Populaire, arrivé en tête aux législatives et qui ne formera pas le nouveau gouvernement dirigé au contraire par une personnalité de droite membre d’un parti minoritaire.

Le Monde et les contributeurs mettent la focale sur ces désaccords, les stratégies et tactiques électorales.

Ma contribution rame à contre-courant.

« Les divergences entre les personnes – un phénomène – sont le signe de l’impasse où se trouve la gauche depuis la mort de l’utopie socialiste/communiste à la fin des années 80 comme alternative au capitalisme. Ce qu’on appelle « terrorisme » et le retour de l’idéologie d’extrême-droite sont les expressions du désarroi planétaire qui en résulte dont la tentation pathologique du repli sur soi. Le RN qui se fonde sur le mythe de l’identité nationale gravée dans le marbre et son corollaire de préférence nationale, n’est pas un parti politique mais l’expression électorale de cette pathologie à terme mortifère.  Ce qui fonde la gauche, c’est l’importance accordée au « commun » inhérent à toute vie sociale avec cette particularité que l’homme ne parvient pas au « satisfaisant » des sociétés animales. La définition erronée de ce commun spécifique de l’espèce humaine constitue la faille du marxisme. Il nous reste à le définir. Et c’est urgent. »

Et je m’en vais / Au vent mauvais / Qui m’emporte // Deçà delà / Pareil à la / Feuille morte/

Journal 84 – Violence et dialogue – (11/09/2024)

La violence, c’est celle des bombes envoyées dans la nuit de lundi à mardi par l’armée israélienne sur une zone de refuge qu’elle avait décrétée protégée et le témoignage (journal de 7 h00 – France Culture) de survivants enterrés sous le sable, sauvés de justesse. Une quarantaine d’hommes, femmes et enfants ne l’ont pas été.

Jusqu’à quel degré de destruction massive et quel type de répliques ?

Le dialogue, paisible, a pour objet une autre violence, celle de F. Pélicot contre sa femme.(cf. journal 79)

Ma contribution était une réponse à celles, nombreuses, des « incompréhensibles » et des jugements. Elle a suscité une réaction de « Robert » et un échange (limité par les quotas imposés par le journal) avec « Yannick ». Je les publie dans l’ordre chronologique.

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Comment non seulement comprendre mais admettre ce qui, selon les critères du « raisonnable » (au sens premier) est incompréhensible et inadmissible ? Il y a un fait et, sauf à tenter de contourner le problème avec le jeu des étiquettes « monstre, inhumain etc. », son existence têtue, non modifiable, oblige à reconsidérer ces critères. D. Pélicot est un être humain qui nous révèle ce dont peut être capable, seule parmi toutes les autres espèces, l’espèce humaine. Il n’est ni le premier ni le dernier. Cet été, France Culture a proposé une série d’émissions sur la Saint-Barthélemy.  Parmi toutes les figures « remarquables », celle d’un orfèvre, qui a tué à lui seul, de ses mains, plus de cinq cents protestants, dont ses voisins.  Il avait « de bonnes raisons ». D. Pélicot en avait, lui aussi.

Yannick : Un exemple terrible est le génocide au RWANDA à l’encontre des TUTSIS où votre voisin se transformait en tueur , violeur, tortionnaire avec une désinhibition totale révélant toute la cruauté, le sadisme, la perversité, la violence qu’un être humain lambda est capable d’exprimer en passant aux actes :l’inhumanité de l’humanité. A contrario dans ce même génocide ,certains humains eurent des actes de protections pour des personnes ne relevant pas de leur ethnie…

Ma réponse : Je voudrais attirer votre attention sur « l’inhumanité de l’humanité » – j’en comprends l’esprit – qui laisse penser qu’un homme pourrait commettre un acte qui ne serait pas humain. Tout acte commis par un être humain ne peut être qu’humain. Ce réel difficile à admettre explique  « crime contre l’humanité » qui n’est en réalité qu’un crime « de » l’humanité. Le reconnaître invite à identifier ce qui nous différencie radicalement des autres espèces vivantes.

Robert :  Pélicot ne pouvait pas se dire que le führer ou le roi Charles IX ou le pape ou les autorités Hutus approuvaient ses actes horribles. Il agissait pour son propre compte.

Ma réponse : In fine, on agit toujours pour son propre compte.

Yannick :  Pour les animaux ,je serais pas si affirmatif , pour la raison que l’humain est un animal doté d’un organe hypertrophié ,son cerveau qui lui donne des spécificités comportementales. Mais les comportements innés demeurent : l’altruisme pour son espèce est observée des insectes aux mammifères, à contrario la violence gratuite( différente de l’agressivité) ,le harcellement gratuit, voire le « sadisme » par jeu existe aussi : mon chat qui joue avec la musaraigne, les dauphins qui harcèlent puis tuent les marsouins pour le fun en bandes qui  » kinappent » une femelle pour la  » violer » sous menaces et blessures , la meute de loups qui a toujours un individu défouloire .Difficile d’être dans leurs esprits et savoir le degré de plaisir , eux par contre n’ont pas le plaisir d’enfeindre la loi : summum du sadisme…

Ma réponse :  La question que posent vos exemples – et que vous évoquez vous-même – est celle du sens que nous donnons à ces comportements.  Est-ce que le chat se plaît à faire souffrir la musaraigne ou bien est-ce qu’il essaie de maîtriser un mouvement (il joue de la même façon avec un bouchon ou une bille) ? Pour m’en tenir à un exemple extrême, les animaux ne construisent pas de théories qui conduisent à construire des camps d’extermination. Je dirais que ce qui nous caractérise, en tant qu’espèce, est, au sens littéral, l’insatisfaction qui n’est évidemment pas une cause en soi, mais le produit d’autre chose. A mon sens, le type de conscience que nous avons de notre fin (discours biologique – comme les autres espèces – et, ce qui nous est spécifique, discours conscient depuis l’âge de 3 ou 4 ans). Avec ce constat : la mort est le seul réel qui ne soit pas enseigné et qui ouvre les portes du « croire » avec ses dérives de tous ordres.

Journal 83 – Marx (Karl) – (10/09/2024)

Dans Les matins de France Culture, le débat avait pour intitulé : La gauche a-t-elle laissé passer sa chance ?

Je n’insiste pas sur l’aspect benêt de l’expression. Il y a des chances qui passent, là, comme ça, et la gauche l’a laissée passer… comme l’enfant sur le manège laisse passer le pompon. Quelle maladroite, cette gauche !

L’invitée était Stéphanie Roza, chargée de recherches au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française et auteur de Marx contre les gafam (Google, Apple, Facebook et Microsoft).

En revanche, j’insiste sur l’anachronisme du titre qui est à mon sens l’expression du désarroi général, objet de nombreux articles du blog.

Comme « on » ne sait pas à quel saint se vouer pour tenter de comprendre pourquoi on n’a plus de solution de rechange,  ce qu’est ce monde qui va dans le mur, qui n’en finit pas de se massacrer un peu partout, « on » va chercher Marx qui – en dépit du fiasco de l’expérimentation communiste – demeure une valeur sûre en ce sens qu’il propose une description du réel social, économique, politique tel qu’il est, c’est-à-dire en-dehors de toute morale et de toute idéologie. Si je devais résumer : comment ça marche.

La difficulté tient à l’application qui en a été faite et qui conduit à chercher dans les textes moins connus des éléments nouveaux qui contribuent à occulter le point faible, la faille du marxisme dont Marx lui-même avait l’intuition et qui le conduisit à dire qu’il n’était pas marxiste.

Ce qui aboutit à s’intéresser aux nouvelles formes que peut prendre le capitalisme – dont les gafam – et créer l’illusion qu’on découvre du nouveau en en décrivant les effets.

Mais, du point de vue marxiste, il n’y a pas de différence essentielle entre le principe qui constitue la manufacture textile anglaise du 19ème siècle et celui qui constitue les gafam ou quelque autre forme moderne que ce soit.

La question que pose le fiasco de l’expérimentation communiste, est celle que Marx a évacuée de son discours – il l’a refoulée – à savoir le rapport à l’objet et ce qu’il signifie du sujet humain.

Pour ceux que le problème intéresse : les séries d’articles « Etat des lieux – essai sur ce que nous sommes » (à partir du 02.09/2020) / « Commun » (à partir du 12/05/2022).