Sophocle – Œdipe Roi – 24

Et voici le discours que choisit alors Sophocle.

Jocaste a compris – personne ne peut pas ne pas avoir compris – et après la réaction du Coryphée à son départ (comme Œdipe, il ne comprend pas), il imagine alors un autre délire d’Œdipe. Voici l’une et l’autre :

Le Coryphée : Pourquoi ton épouse est-elle partie, comme frappée par une douleur épouvantable ? Je crains que de ce silence n’éclate un malheur.

Œdipe : Qu’éclatent tous les malheurs qui le veulent ! Moi, quelque humble que soit mon origine, je voudrai en voir l’origine. Elle, sans doute, en tant qu’elle est une femme d’un rang élevé a honte de ma basse naissance. Moi, je me considère comme un enfant de la déesse Fortune, la déesse qui donne avec bienveillance, et je n’en serai pas déshonoré. Oui, je suis né d’elle ; les mois nés avec moi m’ont rendu petit et grand. Voilà d’où je viens et je ne pourrais pas être né autre, de sorte que je ne renoncerai pas à savoir quelle est mon origine. »  (1073 ->1085)

C’est donc un vrai délire – le déni suppose un minimum de vraisemblance psychologique – un propos d’enfant, qui, dans un autre contexte, serait comique (cf. la « reconnaissance » à la fin des comédies).

Ce qu’indique ainsi Sophocle, c’est une nouvelle fois l’absence de lien entre la réalité de l’oracle et le réel humain. Autrement dit, il n’y a pas de rapport possible entre oracle et adulte pensant, et vouloir en chercher un conduit au délire, à l’enfantillage.

C’est ce qu’illustre le Chœur qui, dans une strophe et une antistrophe qu’on imagine agitées, et avec un accompagnement tout aussi agité du hautbois, déclare que le mont Cithéron est le père d’Œdipe, et sa mère une nymphe, choisie par Pan ou Apollon ou Hermès ou…  et là, Sophocle change de registre en ramenant le spectateur dans le cadre festif des Grandes Dionysies où est jouée la pièce… choisie par « le dieu animé de transports bacchiques* qui habite les sommets des montagnes et qui t’aurait reçu en présent d’une des Nymphes de l’Hélicon avec lesquelles il joue la plupart du temps. »

*Telle la traduction exacte de l’expression (Baccheios theos), que les traducteurs ne comprennent pas en la réduisant à Bacchos ou à divin Bacchos, alors que Sophocle suggère à dessein les représentations rituelles attachées à cette divinité, évoquant ainsi les Ménades (= folles, délirantes) qui l’accompagnent dans ses transports (d’où l’importance de la traduction) … peut-être pour rappeler que Bacchos qui préside à ce concours de tragédies n’est pas Apollon, le dieu de l’oracle.

L’épisode se termine avec le questionnement du berger qui vient d’être amené de sa campagne et qu’Œdipe est obligé de menacer pour qu’il parle. Il finit par raconter que l’enfant aux pieds percés était le fils de Laïos et de Jocaste et que c’est elle qui le lui avait confié…

Œdipe : Pour quel usage ?

Le Berger : Que je le tue.

Œdipe : Ayant enfanté, elle était malheureuse ?

Le berger : Par la crainte de malheurs annoncés par les dieux.

Œdipe : Quels malheurs ?

Le berger : Il tuerait ceux qui l’avaient mis au monde, c’était le discours (logos). (1174 -> 1176)

Est-ce que, cette fois, le délire n’est pas chez les dieux ?

A moins qu’il ne soit dans la parole : Sophocle ne précise pas qui émet le logos en l’occurrence inexact.

L’épisode se termine sur cette déploration d’Œdipe :

«  Iou ! Iou ! Tout serait arrivé à terme de manière évidente. Ô lumière, que je te voie maintenant pour la dernière fois, moi qui me révèle être né de ceux dont il ne fallait pas que je naisse, avec lesquels il ne fallait pas que j’aie des relations et que je ne devais pas tuer » (1181>1185)

C’est, à lettre, un non-sens.

La question qui se pose est donc celle de la nature de l’aveuglement que Sophocle va infliger à Œdipe.

(à suivre)

Sophocle – Œdipe Roi – 23

La suite est une lente découverte de la vérité de l’oracle par un questionnement obstiné d’Œdipe qui commence par ce qui ressemble à une aporie (= blocage dans un raisonnement) : en lui annonçant la mort de Polybe censé être son père, le messager de Corinthe lui a révélé la vanité de l’oracle, et il s’en est réjoui, mais il dit demeurer dans l’inquiétude parce que sa mère est vivante [l’oracle a dit qu’il l’épouserait], ce qui, de son point de vue,  équivaut à dire que l’oracle n’est pas vain, mais s’il n’est pas vain, il a tué Polybe, ce qui, toujours de son point de vue, est absurde.

La seule manière qu’il a de s’en sortir est d’envisager la seule hypothèse possible : Polybe n’est pas son père.

En résolvant l’énigme de la Sphinge, il a montré ses capacités d’intelligence, d’intuition, mais il ne va pas formuler l’hypothèse qui découle logiquement du faisceau d’indices. Ce sont le messager de Corinthe et le berger qu’on est allé chercher dans sa campagne qui lui imposeront la vérité.

Je mets ce choix de Sophocle en rapport avec une réplique du dialogue entre les deux hommes.

Le Corinthien auquel Œdipe vient d’expliquer pourquoi il a quitté Corinthe depuis longtemps lui demande :

– « Est-ce que c’est à cause de cette crainte [prédictions de l’oracle] que tu t’es exilé ?

Je ne désirais* pas être le meurtrier de mon père. » (1001,1002)

* Budé traduit par « je ne voulais pas » alors que le verbe zètein signifie le besoin la nécessité, le désir.

Autrement dit, le crime majeur qu’est le parricide, ici théâtral, n’est pas le fait d’un désir, d’un besoin, mais d’une décision divine arbitraire : je vois dans cette précision un autre questionnement proposé par Sophocle à ses concitoyens.

Le Corinthien lui révèle donc que Polybe n’est pas son père (1016) et – le scénariste fait bien les choses –   que c’est lui qui l’a trouvé dans la montagne du Cithéron (1026).

–  De quelle douleur souffrais-je quand dans mon malheur tu m’as pris dans tes mains ?

– Les articulations de tes pieds pourraient en témoigner. » (1031,1032)

Il est donc tout à fait invraisemblable que Jocaste n’ait pas été intriguée depuis le début par les cicatrices*d’Œdipe et qu’elle ait pu lui raconter sans le faire réagir comment Laïos avait lié les articulations des pieds de son fils (718).

* Sophocle tient à en préciser l’importance, comme l’indique la suite du dialogue :

« Ah ! pourquoi parles-tu de cet ancien malheur ?

– Mais c’est moi qui ai délié tes deux pieds transpercés

Quel terrible sujet de honte ai-je emporté de mes langes !

Si bien que tu dois ton nom à ce qui t’est arrivé. » (1033 -> 1036)

Et malgré toutes ces précisions (Polybe n’est pas son père, Laïos a percé les pieds de son fils pour les lier et l’abandonner, Œdipe a des cicatrices aux pieds) il ne comprend toujours pas.

Le Corinthien lui dit alors l’avoir reçu d’un berger qui était au service de Laïos. Œdipe demande si quelqu’un du chœur sait où il est. Le Coryphée lui répond qu’il pense qu’il s’agit du berger qu’on est allé chercher dans sa campagne (le serviteur rescapé du massacre du carrefour où a été tué Laïos) et que Jocaste doit le savoir.

Elle déclare alors : « Qu’importe de qui il parle ? Ne t’en préoccupe en rien ; ce qu’on t’a dit, veuille ne pas t’en souvenir, c’est inutile. » (1057)

Si elle sait, lui ne comprend toujours pas (il imagine même qu’il pourrait être fils d’esclave !) et comme il n’écoute plus ce qu’elle lui dit, Jocaste quitte (définitivement) la scène sur ces mots : « Malheur ! Malheur ! (en grec : iou iou), Infortuné ! c’est le seul nom dont je peux t’appeler et il n’y en aura jamais un autre après. » (1071,1072)

(à suivre)

Sophocle – Œdipe Roi – 22

Immédiatement après la dernière phrase du chœur « Les choses divines tombent en ruine », Jocaste sort du palais – début du 3ème épisode – annonce qu’elle va porter des guirlandes et des parfums dans les temples des dieux, déplore la fragilité d’Œdipe, puis s’adresse à Apollon Lycien (autre surnom du dieu) pour lui demander une solution favorable. 

Sophocle lui fait commencer son discours par l’apostrophe « choras anaktes » (= chefs/puissants du pays), alors qu’il n’y a aucun chef/puissant sur la scène du théâtre et qu’elle demande le remède à celui qui est à l’origine du mal – ce qui était effectivement une des nombreuses attributions d’Apollon : ce n’est donc pas tout à fait encore le crépuscule des dieux, même si celle qui les invoque s’est plutôt fait remarquer jusqu’ici par son scepticisme. J’ai évoqué la prudence de Sophocle et aussi son goût pour l’humour (voir juste en-dessous).

Retour immédiat du récit avec l’arrivée inattendue d’un étranger qui demande à voir Œdipe. Le Coryphée lui montre Jocaste en lui indiquant qu’elle est la mère de ses enfants.

L’étranger répond : « Eh bien, qu’elle soit toujours heureuse avec des heureux (comprendre : ses enfants – en répétant le mot heureux Sophocle ajoute une touche soit d’humour, soit dramatique, au choix), étant son épouse parfaite (id). »  (929,930)

L’éclairagiste enverrait de la lumière noire.

D’autant que le messager – il dit qu’il arrive de Corinthe – assure que l’information qu’il vient annoncer sera bonne pour la famille et pour Œdipe, et qu’elle pourrait bien être réjouissante et attristante en même temps : Œdipe est réclamé à Corinthe pour être roi parce que le roi Polybe vient de mourir.

Jocaste pourrait alors remercier le dieu qui lui apporte sur un plateau la réponse libératrice – Polybe est censé être le père d’Œdipe.

Sophocle la fait réagir ainsi : « Ô réponses oraculaires des dieux, où êtes-vous ? L’homme qu’Œdipe apeuré a fui depuis longtemps de peur de le tuer, cet homme est mort par le sort et non par lui ! » (946 -> 949)

J’insiste sur le jeu de Sophocle entre humour (noir) et drame : les décalages ainsi construits pour le public – il y aurait évidemment d’autres écritures possibles – sont une manière de signifier la distanciation avec au moins la valeur de l’oracle et sa consultation.

Pour éviter toute ambiguïté, il prend soin d’éliminer l’explication par « la femme », en ce sens que si Jocaste présente le « problème » sans ambiguïté – on peut imaginer le ton qu’elle emploie  (« Ecoute ce que dit cet homme, et examine en l’écoutant où en sont les augustes prédictions divines. »  – 552,553), c’est Œdipe qui interprète l’information non seulement en réagissant de la même manière irrévérencieuse, mais en élargissant la critique aux présages et sur le ton de la dérision indiquée par les deux interjections répétées (feu, feu)  : [« Oh ! Oh ! pour quoi donc alors, femme, aurait-on recours au foyer de l’oracle pythique [=Delphes], ou encore à des oiseaux poussant des cris au-dessus de nous ? (…) » (964 -> 966)

Et là, en contrepoint de cette double dérision, Sophocle soumet aux spectateurs une double réflexion par la bouche des deux personnages :

– Œdipe d’abord qui poursuit ainsi sa critique : « (…)   Indicateurs [les oracles, les oiseaux] selon lesquels j’étais destiné à tuer mon père ; mais il est mort et gît sous terre intact de mon arme….  et il ajoute… à moins qu’il n’ait dépéri à cause de mon absence ; ainsi il serait mort à cause de moi. » (966 -> 970)

– puis, Jocaste répond ainsi à sa crainte [« Mais comment ne me faut-il pas craindre le lit de ma mère ? » (976)] : « Que devrait craindre l’être humain auquel commande le destin, alors qu’un oracle n’est en rien digne de confiance ? Ce qui serait le mieux, c’est de vivre comme on pourrait. Mais toi, ne crains pas le mariage avec ta mère. En effet, beaucoup de mortels dans leurs rêves se sont déjà unis à leur mère ; eh bien,  celui pour qui ces choses ne sont rien, porte la charge de sa vie avec calme. » (978-> 983)

L’hypothèse d’Œdipe que j’ai soulignée contient une double vérité qui finalement n’en est qu’une : in fine, si Laïos est mort, c’est bien parce qu’Œdipe était absent, et il est possible d’être, sans le savoir, cause d’un dommage.

Quant au discours de Jocaste – si cher à Freud – il comprend deux parties : la première concerne l’être humain (anthropos – il n’est pas dans la pièce, mais sur les gradins), la seconde (su de = mais toi) concerne le personnage de théâtre confronté à ce qui donc « n’est en rien digne de confiance » : et la phrase qui a interpellé Freud est peut-être seulement le moyen par lequel Sophocle fait le lien entre théâtre et réel, à savoir qu’il crée de toutes pièces un supposé réel onirique (est-ce que les Grecs qui entendirent avaient l’impression d’être concernés ? Le sommes-nous, aujourd’hui, je parle de nous les homes-mâles ?) qu’il rattache ainsi à la fiction du théâtre pour que les spectateurs comprennent que la dernière phrase leur est destinée : moins vous vous préoccuperez des oracles, mieux vous supporterez la vie… et pour vous en convaincre, attendez de voir la suite.

Marthe Robin

Je viens de lire un des articles que consacre Le Monde à cette personne.

Je ne sais quelle pièce elle aurait pu inspirer à Sophocle, mais je ne vois pas de différence essentielle entre cette histoire et celle d’Œdipe Roi que j’explique dans le blog.

Le besoin de croire au surnaturel, quoi qu’il en coûte à la pensée, tel est le point commun des deux ; l’une et l’autre font intervenir la divinité (les dieux de la mythologie et le Dieu chrétien) pour des scénarios fondés sur un réel analogue, celui du discours, pour ceux qui croyaient et croient ce que racontait Marthe Robin, et pour ceux des Grecs qui croyaient aux oracles.

Dans les deux cas, comme dans tous les autres du même ordre, aucun recours à la pensée ne peut fonctionner puisque c’est précisément pour la fuir qu’a été fait le choix de croire.

Croire qu’Apollon ou Zeus écrirait notre vie ou, entre autres étrangetés, qu’une hostie consacrée serait une nourriture suffisante, témoigne, à en lire Sophocle ou les études faites sur le cas de Marthe Robin, de la grande misère de l’homme avec Dieu.

Sophocle – Œdipe Roi – 21

Jocaste et Œdipe ont quitté la scène et sont rentrés dans le palais. Le déroulement de l’action théâtrale est donc suspendu.

Le chœur, demeuré seul, va prononcer devant le public le discours collectif de la panique, un cran au-dessus du désarroi de ses prestations antérieures.

>> Je garde pour la conclusion l’analyse du rapport de cette situation théâtrale avec la situation de la cité d’Athènes à cette époque (420 avant notre ère).

Pour résumer d’un mot ce qui se passe sur la scène du théâtre : rien ne tient plus debout, ni pour les personnages, ni pour le public confronté à une histoire dont les tenants et les aboutissants ressortissent à l’absurde et au chaos.

>> Nous – je parle de l’humanité, aujourd’hui – sommes dans une configuration comparable : dans le cadre du changement climatique de plus en plus manifeste et anxiogène non seulement par ses effets mais aussi et surtout pour ses causes, les événements qui se déroulent sur la scène internationale (USA, Russie, Ukraine, Palestine, Israël, Iran, Afghanistan, Soudan…), la réécriture de l’histoire dans le contexte du nouveau développement de l’idéologie d’extrême-droite et ses succès électoraux sont les symptômes d’une pathologie collective grave, celle que produit la destruction des repères qui permettaient de construire un sens à la vie et au monde.

En quoi la prestation du chœur peut-elle nous aider ?

Il est nécessaire de rappeler que son discours – une psalmodie très accentuée accompagnée d’un hautbois aux sonorités aiguës et fortes – n’est pas seulement prononcé par la bouche des choreutes, mais par leurs corps, serrés, groupés de manière à former une entité qui va d’un côté puis de l’autre selon le mode qui s’apparente à une errance en même temps physique et psychique.

Voici comment Sophocle organise l’expression théâtrale de cette panique dans la répétition du couple strophe / antistrophe.

Je rends compte de l’essentiel.

I :

strophe 1 (863->871): « Ah, si je pouvais rester pur et chaste dans mes paroles et mes actes » dans le respect des lois « aux pieds élevés (upsipodes) ! »

antistrophe 1(872->881) : « La démesure engendre le tyran », elle conduit à la chute et le pied (podi) n’est plus un appui. « Je ne cesserai jamais d’avoir dieu comme défenseur ».

II :

strophe 2 (882->896): celui dont les paroles et les actes sont impies, qu’un sort malheureux lui soit réservé. Sinon, à quoi bon constituer ce chœur ?

antistrophe 2 (897->910) : Je n’irai plus dans les sanctuaires si tous les hommes ne sont pas d’accord pour condamner les paroles et les actes d’impiété. « Considérées comme désuètes, les prédictions faites à Laïos sont mises de côté et Apollon n’est plus manifestement honoré ? Les choses divines tombent en ruine. »

Je parlais des « bornes » du traducteur de Budé dans les commentaires qu’il fait de ce passage : il ne comprend pas ce qu’il se passe parce qu’il cherche une explication psychologique au comportement du chœur, en oubliant qu’il s’agit du discours de Sophocle.

Ainsi, pour la strophe 2 : « On s’étonne un peu (!) d’entendre ici définir la démesure par des traits qui semblent n’avoir aucun rapport avec Œdipe. Mais cela est peut-être voulu. ( !) » Autrement dit :  il y a des maladresses, des invraisemblances… Peut mieux faire.  « Le portrait du tyran est volontairement élargi et « chargé » de manière à mieux préparer l’excuse que mérite l’indignation du chœur et à ne pas paraître désigner trop expressément Œdipe. »

S’il reconnaît quand même la maîtrise de l’auteur sur son texte (volontairement) il s’emberlificote dans d’une explication toujours psychologique pour le moins confuse. (l’excuse que mérite l’indignation du chœur à ne pas paraître désigner...)

Ce que ne veut pas ou ne peut pas voir le traducteur, c’est que le discours du chœur est et est seulement le mode d’expression théâtral propre à ce « personnage » pour signifier non le discours du chœur, qui n’existe pas, sur une histoire qui, comme lui, n’existe pas en dehors du théâtre, mais de Sophocle sur un réel existant en dehors de ce théâtre.

La description du tyran et de sa démesure qui ne correspond en rien à Œdipe, est l’expression évidente d’un hors-sujet, d’une incohérence – les deux « pieds » de la strophe 1 en sont deux soulignements – qui font écho à l’absurdité du scénario concocté par les dieux. Or, c’est ce hors-sujet, cette incohérence de plus en plus manifestes qui servent de socle à la proclamation de foi du chœur dans ces mêmes dieux.

La transe de type dionysiaque qui entoure ce discours fera passer sa conclusion « les choses divines [il faut garder le sens indéfini] tombent en ruine » comme l’expression d’une crise seulement théâtrale, mais la dialectique qu’elle contient peut aussi, plus tard, après l’épisode puissamment psalmodié, à la maison, solliciter la pensée.

Sophocle – Œdipe Roi – 20

Il y a donc ce berger témoin qu’il faut aller chercher au fond de sa campagne où, après son retour du carrefour sanglant, il a supplié Jocaste de le renvoyer pour garder ses moutons.

Œdipe explique à Jocaste que s’il redit devant lui que ce sont des brigands qui ont tué Laïos, il est sauvé, mais que si, au contraire, il dit que l’agresseur est un homme seul, il est perdu.

Seulement, voilà : tout le monde, dans les gradins, sait qu’il est celui qui a tué Laïos, tout le monde sait qu’il le sait lui-même au moins depuis que Jocaste a évoqué la ressemblance des deux hommes [« Ah, c’est évident… » (cf. article 19)], et tout le monde a également bien compris que la supplication du berger n’était pas innocente.

Depuis le début, la parole divine – oracle, Tirésias – est mise en cause dans le cadre du théâtre, les discours de Jocaste et du chœur en ont fait aussi un sujet de questionnement pour les spectateurs, la parole de Créon-messager-d’oracle a rendu inaudible celle de Créon-beau-frère, bref, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes oraculaires possibles.

A partir du moment où Œdipe a compris, la tragédie quitte la sphère dans laquelle la parole ambiguë du dieu fait croire aux hommes qu’ils sont irresponsables, pour une horizontalité où lui sera désormais substituée – dans le cadre du théâtre et de manière prudente, très prudente – la parole de l’homme responsable.

Pour commencer, et dans le cadre de l’enquête, la parole de deux hommes : d’abord celle, inattendue, d’un messager de Corinthe, puis celle, attendue, du berger-témoin que Sophocle fait arriver juste après – comme on dit, « il a du métier ».  

Ce sera le début du troisième épisode.

Le second se clôt sur une double déclaration de Jocaste :  une nouvelle fois, elle critique la fiabilité de l’oracle, puis, après annoncé qu’elle envoyait chercher le berger, elle déclare à Œdipe : « Entrons chez nous. Il n’est rien qui soit aimé de toi que je ne sois prête à faire. » (862)

Est-ce que les spectateurs s’interrogent du regard pour savoir ce qu’elle entend par là ?

Le chœur intervient alors dans une double suite de strophes et d’antistrophes aussi intéressantes que sont significatifs d’un esprit académique borné (dans le sens premier de borne : pierre qui sert à marquer les limites, qui sert de repère) les commentaires du traducteur de Budé.

(à suivre)

Sophocle – Œdipe Roi – 19

Rappel : les réponses de Jocaste convainquent Œdipe qu’il est celui qui a tué Laïos : « Ah ! désormais, c’est évident (…) »… oui, pour lui, c’est évident, pour les spectateurs aussi, évidemment, mais pas encore pour Jocaste, parce que Sophocle a d’abord besoin d’un témoignage humain… donc : « (…) mais qui vous a raconté ça*, femme ? » (754,755) [* le fait que Laïos était accompagné de quatre personnes et qu’il était sur un char à quatre roues]

« Un serviteur, le seul qui soit revenu sain et sauf » répond Jocaste qui, et toujours à la demande d’Œdipe, précise qu’il n’est plus au palais : « Dès qu’il fut de retour et qu’il te vit détenant le pouvoir et Laïos mort », il a supplié d’être renvoyé à la campagne (« le plus loin possible de la ville » – 760 -> 762)

A ce moment-là, il paraît qu’on aurait surpris dans les gradins cet échange à la fois bref et vif :

 « N’importe quoi ! Comment Œdipe aurait pu arriver à Thèbes, résoudre l’énigme de la Sphinge et être investi du pouvoir avant l’arrivée du serviteur échappé du massacre ? / Ben, c’est tout simple ! Le serviteur n’est pas fier d’avoir fui et il a la trouille de rentrer. / Mais non ! C’est tout le contraire ! Comme il va prétendre qu’ils ont été attaqués par une troupe de brigands, il n’a aucune raison de traîner, au contraire ! Alors, il devrait arriver bien avant Œdipe, échevelé, livide, à bout de souffle, et annoncer la mort du roi ! C’est bien du n’importe quoi ! / Eh ! Oh ! Vous, là ! Œdipe, vous avez vu qui c’est le bonhomme ? Il en tue quatre à lui tout seul ! Alors, c’est  pas le genre à lambiner, plutôt le genre à courir ! Et puis, sur la route, quelqu’un lui a sûrement dit qu’à Thèbes, il y a un monstre qui pose des devinettes, et les devinettes, Œdipe, il aime ça, parce que – l’index tapote légèrement la tête – y en a là-dedans ! »  

Il paraît aussi qu’un spectateur fort âgé, barbu et souriant, se serait alors retourné pour leur rappeler gentiment qu’il s’agissait d’un conte, et un « chut » général aurait redirigé l’attention vers la scène où Œdipe demande si on peut faire revenir au plus vite le serviteur rescapé du massacre.

Et à Jocaste qui cherche à comprendre, il raconte que son père ên = était*[et non pas « est » comme traduit Budé] Polybe, de Corinthe, et sa mère Mérope. * Etait, oui, jusqu’à ce moment où il est en train de réaliser que l’homme qu’il a tué est Laïos, mais surtout, il y a ceci qu’il révèle pour la première fois : à Corinthe, un homme qui avait trop bu « au cours du vin » (on le buvait, mélangé d’eau, à la fin du repas, après avoir mangé) l’a appelé « enfant substitué », une manière de dire qu’il n’était pas le fils de Polybe et Mérope. Très perturbé, il est allé les questionner, ils ont protesté contre ces propos, mais ça n’a pas suffi à le convaincre et il a décidé d’aller consulter Apollon à Delphes.

« Phoibos (= le brillant, un des qualificatifs d’Apollon) m’a renvoyé m’ayant méprisé pour ce pour quoi j’étais venu (= il a refusé de me répondre), mais il a prédit au misérable que j’étais que je m’unirais à ma mère, que je ferais voir aux hommes une descendance intolérable et que je serais le meurtrier du père qui m’avait engendré. » (788 -> 794) D’où sa décision de ne pas retourner à Corinthe, sa rencontre des cinq hommes au carrefour des deux routes etc.

S’il a bien conscience du caractère dramatique de sa situation  [ « Je souille dans mes mains l’épouse de l’homme, mains par lesquelles je l’ai tué. Ne suis-je pas mauvais de nature ? Ne suis-je pas tout entier impur ? (…) Est-ce que cela ne vient pas d’un dieu cruel, pourrait-on penser et dire à juste titre à propos de cet homme [moi] ? »], il ne parvient pas encore à se décider à établir le lien entre « père » et Laïos, « mère » et Jocaste : même s’il sait que ce n’est plus vrai, son père était encore Polybe et sa mère Mérope.

Donc, Apollon ne lui a pas répondu – il a traité la question par le mépris – et il faut vraiment imaginer une divinité cruelle pour concevoir un tel scénario…

Est-ce qu’on est seulement dans un conte ?

Le spectateur fort âgé et barbu qui a entendu, balance la tête, mais comme je le vois de dos et qu’il ne se retourne pas, je ne peux que deviner l’esquisse de son sourire tandis qu’il tend un doigt en direction du Coryphée qui déclare alors :  « Cela nous effraie, puissant Œdipe, mais tant que tu n’as pas obtenu de renseignement du témoin, garde espoir ».

(à suivre)

Une autre spécialité bretonne.

Sophocle – Œdipe Roi – 18

J’annonçais que la réaction d’Œdipe au discours censé être apaisant de Jocaste sera le contraire de ce qu’elle escomptait : « T’ayant entendue, femme, me saisissent l’égarement de mon âme et l’émotion de ma pensée. » (726,727)

Donc, la panique. Ce qui la déclenche, ce n’est pas « L’enfant étant né, trois jours n’étaient pas passés, Laïos ayant attaché ensemble les articulations de ses pieds… » (718 cf. article 17), une information qui, normalement, aurait dû l’intriguer (Œdipe = pieds gonflés), mais le lieu où Laïos a été tué :  « au croisement de deux chemins » (716, id.)

Un indice pour signifier où se situe la responsabilité : non dans le cadre de l’oracle où a été conçue la procédure de son abandon, mais dans l’acte qu’il a commis en-dehors de l’intention oraculaire.

Jocaste lui fournit les précisions qu’il demande (la localisation du carrefour, la date de l’événement et la description de Laïos), dont « Son aspect n’était pas très différent du tien » (743) est comme l’écho (innocent) de la malignité divine qui déresponsabilise et que souligne le cri « Ô Zeus [origine première de tout oracle], que veux-tu faire de moi ? » (738)  

Le personnage de Jocaste est ici le signe de l’équivoque, en ce sens que ce qu’elle dit lui échappe – rien ne justifie une explication par la perversion – et que plus elle informe, plus Œdipe s’effondre, non plus cette fois dans le délire du complot, mais dans ce qui est encore le champ de l’oracle.

C’est pourquoi elle ne peut pas réaliser la portée de ce qu’elle répond à ce qui lui est demandé. D’où sa réaction en face de la panique : « Comment parles-tu ? [Et non « que dis-tu ? » (Budé)] J’éprouve de la crainte, t’ayant observé à distance*, puissant Œdipe ». (746)

* aposcopein : observer de loin, à distance.  La distance n’étant pas d’ordre physique – ils sont l’un à côté de l’autre – elle ne peut exprimer qu’une distanciation par rapport au cadre dans lequel se situe encore Œdipe : « Je crains terriblement que le devin n’ait vu. » (747)

La dernière information qu’il obtient de Jocaste (le nombre des accompagnateurs de Laïos) confirme ce qu’il a compris… mais ce n’est pas suffisant pour que le problème change de cadre : c’est un double témoignage humain qui permettra de quitter celui de l’oracle pour celui de la responsabilité.

(à suivre)

L’eau en mouvement :

Sophocle – Œdipe Roi – 17

Rappel : Œdipe vient de dire à Jocaste que, dans le cadre d’un complot politique (on sait qu’il s’agit d’un délire), Créon l’accuse du meurtre de Laïos et qu’il a envoyé le devin, son complice, pour l’en informer. (cf. article 16)

Jocaste commence alors le discours équivoque – dans le sens où va être sollicitée la pensée du spectateur, comme on va le voir dans cette première phrase dont les traducteurs ne tendent pas exactement compte, une fois de plus.

« Eh bien, libère-toi des choses dont tu parles, prête-moi attention, et sache que pour toi* un mortel ne possède en rien l’art de la divination. » (707->709)

* le vers 708 se termine par soi, pronom de la seconde personne du singulier sous la forme (un datif, pour ceux qui connaissent) qui se traduit par « pour toi ».  Les trois traducteurs évacuent le pronom et donnent donc à l’affirmation une portée générale. Budé, par exemple : « Tu verras que jamais créature humaine ne posséda rien de l’art de prédire ».

Si, au bout du compte, on aboutit au même sens, les traducteurs ne respectent pas la démarche de Sophocle qui consiste à inviter le spectateur à sortir du conte pour formuler lui-même la conclusion (= ce que je dis pour Œdipe de la vanité de l’oracle, vous pourrez par vous-mêmes en faire une vérité générale) et ils semblent oublier que mettre en cause directement la fonction oraculaire n’est pas sans risques, même par la bouche d’un personnage, d’autant qu’il est associé au pouvoir (cf. Précédemment : Créon  : « Tu gouvernes partageant le pouvoir également avec elle ? » Œdipe : « Tout ce qu’elle désire, elle l’obtient de moi » 579,580).

En quoi le discours est-il équivoque, et en quoi cette équivocité incite-t-elle à penser ?

La réalité du récit que connaît le spectateur tend à prouver le contraire de ce que vient d’affirmer Jocaste puisque, dans le conte, en effet, Œdipe tue son père comme l’avait prédit l’oracle – tel qu’il est rapporté, il ne fait pas mention de la relation avec la mère.

Voici la preuve que Jocaste apporte à ce qu’elle vient de dire : « En effet, un oracle arriva jadis à Laïos, je ne dirai pas de Phoibos (autre nom d’Apollon) lui-même, mais de ses serviteurs, à savoir que son sort serait de mourir de la main d’un fils qui naîtrait de moi et de lui. Or, ce qu’on dit, c’est que ce sont des bandits étrangers qui l’ont tué au carrefour de deux chemins. » (711 -> 716)

Le réel des oracles, dont celui d’Apollon à Delphes, les Athéniens le connaissent très bien – je l’ai rappelé dans les premiers articles : une prêtresse débite un discours incompréhensible que traduisent des prêtres.

L’indice que sème Sophocle est cette restriction « je ne dirai pas de Phoibos lui-même, mais de ses serviteurs » qui ne peut qu’être un déclencheur de la pensée, puisque, dans le réel de la vie des Grecs, l’oracle ne peut être connu que par les serviteurs (prêtres) d’Apollon = si donc l’oracle est faux en tant qu’il a été interprété par les prêtres, comme tout oracle ne peut être qu’interprété par des prêtres… :  telle est la réflexion sollicitée qui découle de cette première partie du discours… dont l’équivoque est développée dans la suite de la narration : « L’enfant étant né, trois jours n’étaient pas passés, Laïos ayant attaché ensemble les articulations de ses pieds, l’abandonna à des mains étrangères [pour qu’il soit déposé] dans une montagne inaccessibleLà aussi, Apollon ne put faire qu’il devienne le meurtrier de son père*, ni que Laïos, c’était la chose effrayante qu’il redoutait, meure de la main de son fils*. » (717 ->722)

Equivoque développée dans le « jeu » sollicité de la pensée entre le conte et le réel : Jocaste affirme prouver l’impuissance d’Apollon – ce qui est évidemment inacceptable dans le réel – mais c’est pour ce qui concerne Laïos, c’est dans le cadre d’un conte, et dans un moment du scénario où ce qu’elle croit être sa force est, dans la réalité de ce que sait le public, sa faiblesse.

Mais voilà : le public sait qu’Œdipe n’a effectivement pas tué son père, comme le prédisait Apollon et que Laïos n’a effectivement pas été tué par son fils. Tuant pour se défendre, Œdipe ne sait pas que l’homme qui l’a agressé est son père, et Laïos ne sait pas qu’il est tué par son fils. Alors si ni l’un ni l’autre ne sait ce qui constitue l’essentiel de l’oracle, que vaut l’oracle ?

* Sophocle prend soin de préciser les deux subjectivités pour dire : si Œdipe, parce qu’il est vivant, va être confronté à un réel ignoré qu’il va découvrir, Laïos, puisqu’il est mort, ne peut pas le connaître : alors, un oracle valable à moitié ?

Voici la fin du discours de Jocaste qui enfonce le clou de l’équivoque : « Voilà ce que les paroles prophétiques déclarèrent, mais dont tu ne dois te préoccuper en rien ; car ce dont le dieu recherche la nécessité (= ce qui doit arriver), il le manifestera lui-même facilement*. » (723,724)

*Ce qui renvoie au problème de la manifestation divine par l’oracle et souligne encore l’équivocité = un ensemble de signes à décrypter.

La réaction d’Œdipe sera l’exact contraire de ce qu’elle recherchait.

(à suivre)

Sophocle – Œdipe Roi – 16

La sortie de Créon est précédée d’une strophe – mouvement du chœur sur un côté de l’orchestra – où, à la suite de Jocaste, les choreutes et le Coryphée tentent de fléchir Œdipe qui se résout donc à laisser partir son beau-frère, et elle est suivie d’une antistrophe – mouvement sur l’autre côté – où est établie la coresponsabilité de Créon et d’Œdipe quant à la dispute qui les a opposés.

C’est à la suite de ce double mouvement dialogué du chœur que Sophocle expose l’élément central de la problématique de la pièce : les problèmes sont humains et, comme celui qui est posé dans le cadre d’un conte, ils ne sont pas du ressort de l’oracle, mais des hommes. Problématique très délicate à présenter puisque la pratique de l’oracle n’est pas du domaine du conte, mais du réel.

Voici comment il s’y prend.

Le chœur termine ainsi l’antistrophe : « Puissant Œdipe, je l’ai dit et pas seulement une seule fois, sache que je me révélerais sans pensée* et sans accès à une pensée* si je m’éloignais de toi, toi qui as poussé mon pays que j’aime avec un vent favorable quand il était dans la tourmente. Aujourd’hui, sois, si tu le peux, celui qui le conduit avec bonheur. » (689 -> 696)

*dans ce même vers (690) : deux mots composés à partir de phrèn ( =la pensée), une nouvelle fois la référence au sauvetage de la cité par la pensée – il n’est pas inutile de le rappeler, Œdipe a bien précisé qu’il ne sait rien de la divination – et, de nouveau la sollicitation pour un sauvetage analogue.

C’est le personnage de Jocaste que Sophocle va utiliser pour exposer son discours.

En préambule, il lui fait commencer son dialogue avec Œdipe par un salutaire « Au nom des dieux ! » (698). Comprendre : je me couvre.

L’évacuation de l’oracle commence par quelque chose qui est de l’ordre du clin d’œil adressé aux spectateurs.

Jocaste demande à Œdipe (et le libellé de la question est très intéressant) – je traduis toujours au plus près : « Parle, [de manière qu’on se rende compte] si tu parleras clairement* accusant quant à la querelle. » = si tu diras clairement quelle est la cause de la querelle.

* la précision est importante : il ne s’agit pas seulement pour Œdipe de dire quelle est l’origine de la querelle, mais de dire clairement ce qui l’a opposé à Créon.

Et il répond : « Il déclare avoir établi que je suis le meurtrier de Laïos » (703)

C’est clair, oui, mais c’est faux : le spectateur se rappelle très bien que c’est Tirésias, et non Créon, qui a accusé Œdipe.

Ce que signifie Sophocle par cette « erreur » (du point de vue psychologique, elle se justifierait par l’animosité… même si à ce moment-là, Œdipe n’est plus dans l’orgè), c’est l’évacuation de Tirésias. Et elle est encore plus radicale quand, à la question de Jocaste [« Il (Créon) l’a appris de lui-même ou l’a-t-il appris d’un autre ? » 704], Œdipe répond : « Il a envoyé un devin malfaisant » (705)

Le devin qui a disparu physiquement de la scène est désormais disqualifié (manipulé par Créon) et moralement exclu (il est mauvais).

Le préambule finit sur cette exclusion totale.

Commence alors le discours de Jocaste qui, je le disais, expose la problématique.

(à suivre)