J’annonçais que la réaction d’Œdipe au discours censé être apaisant de Jocaste sera le contraire de ce qu’elle escomptait : « T’ayant entendue, femme, me saisissent l’égarement de mon âme et l’émotion de ma pensée. » (726,727)
Donc, la panique. Ce qui la déclenche, ce n’est pas « L’enfant étant né, trois jours n’étaient pas passés, Laïos ayant attaché ensemble les articulations de ses pieds… » (718 cf. article 17), une information qui, normalement, aurait dû l’intriguer (Œdipe = pieds gonflés), mais le lieu où Laïos a été tué : « au croisement de deux chemins » (716, id.)
Un indice pour signifier où se situe la responsabilité : non dans le cadre de l’oracle où a été conçue la procédure de son abandon, mais dans l’acte qu’il a commis en-dehors de l’intention oraculaire.
Jocaste lui fournit les précisions qu’il demande (la localisation du carrefour, la date de l’événement et la description de Laïos), dont « Son aspect n’était pas très différent du tien » (743) est comme l’écho (innocent) de la malignité divine qui déresponsabilise et que souligne le cri « Ô Zeus [origine première de tout oracle], que veux-tu faire de moi ? » (738)
Le personnage de Jocaste est ici le signe de l’équivoque, en ce sens que ce qu’elle dit lui échappe – rien ne justifie une explication par la perversion – et que plus elle informe, plus Œdipe s’effondre, non plus cette fois dans le délire du complot, mais dans ce qui est encore le champ de l’oracle.
C’est pourquoi elle ne peut pas réaliser la portée de ce qu’elle répond à ce qui lui est demandé. D’où sa réaction en face de la panique : « Comment parles-tu ? [Et non « que dis-tu ? » (Budé)] J’éprouve de la crainte, t’ayant observé à distance*, puissant Œdipe ». (746)
* aposcopein : observer de loin, à distance. La distance n’étant pas d’ordre physique – ils sont l’un à côté de l’autre – elle ne peut exprimer qu’une distanciation par rapport au cadre dans lequel se situe encore Œdipe : « Je crains terriblement que le devin n’ait vu. » (747)
La dernière information qu’il obtient de Jocaste (le nombre des accompagnateurs de Laïos) confirme ce qu’il a compris… mais ce n’est pas suffisant pour que le problème change de cadre : c’est un double témoignage humain qui permettra de quitter celui de l’oracle pour celui de la responsabilité.
(à suivre)
L’eau en mouvement :


