« Vous protéger », dit-il.

Une fois encore, le discours d’E. Macron (02.03.2022) est celui de l’adulte à l’enfant.  Une fois encore – après l’invasion virale, l’invasion russe – le jeu de l’infantilisation qui distingue celui – lui – qui sait et qui peut, de ceux – nous – qui n’ont pas besoin de savoir parce qu’ils ne peuvent rien, parce qu’ils ont la faiblesse de l’enfant qu’il faut protéger.

Il lit donc sur le prompteur en faisant semblant de nous regarder le texte écrit qu’il fait semblant de ne pas lire et auquel il essaie de donner la tonalité du discours vivant.   

Se rend-il compte du contraste, signifié et forcément perçu, entre l’homme jeune qu’il est et le vieux personnage qu’il interprète, entre la modernité actuelle du langage et l’archaïsme de sa communication ? Entre la gravité de l’événement et l’artifice du procédé ?

Ou alors croit-il que la peur qu’il vise à apaiser  anesthésie la perception du côté suranné du discours ?

S’imagine-t-il que l’inquiétude qui a produit les gilets jaunes a disparu ?

Tout aussi irresponsable est son discours sur l’indépendance et l’autonomie économiques, la défense et les armes ouest-européennes :  appuyé sur une conjoncture (l’invasion russe et ce qui la sous-tend), il oublie la dimension planétaire de la crise que traverse l’humanité et dont le processus (pas seulement européen), qui aboutit à l’événement ukrainien, n’est qu’un signe.

Plus responsable aurait été d’intégrer les mesures rendues nécessaires par la démesure russe dans une analyse de la situation actuelle de l’homme sur sa planète, de rappeler le sens du commun humain et l’indispensable solidarité internationale.

Mais un tel discours suppose une conception de la démocratie fondée sur une philosophie politique qui distingue le peuple de la population.

Quant au tournant que nous serions en train de vivre et qui justifie les mesures annoncées, est-il celui que dessine l’invasion de l’Ukraine (quelle différence essentielle avec celle de la Crimée ou de la Géorgie ?), ou bien n’est-il qu’une manière d’occulter le processus (un mot apparemment ignoré d’E. Macron) mis en route il y a trente ans par la continuation d’une politique de rapport de force que l’implosion soviétique rendait sans objet,  et qui a peu à peu conduit au pouvoir en Russie un chef de plus en plus autocratique ?

La menace nucléaire est-elle plus importante qu’au moment de la crise des missiles de Cuba (1962) et des euromissiles (1977-1987) ?

S’il est une menace grave, c’est bien celle de la crise existentielle née à la fin des années 80, couplée à celle de la mutation climatique dont les causes premières ne sont toujours pas objet de discussion.

Personne ne sait exactement quelles formes nouvelles peuvent prendre les fuites en avant dont sont capables les individus et les sociétés, jusqu’à creuser un abîme où pouvoir se jeter de peur d’y tomber.

Je ne vois pas d’autre solution que de poser la question du capitalisme.

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