Radicalité… suite

« Election présidentielle 2022 : investi sur le fil par les écologistes, Yannick Jadot veut rassembler à gauche. L’eurodéputé l’a emporté d’un peu plus de 2 000 voix face à Sandrine Rousseau. (…) Les écologistes réputés les plus endurcis lui ont souvent reproché de sembler vouloir compromettre une écologie pure et dure pour parvenir coûte que coûte à l’Elysée. Yannick Jadot a toujours rétorqué qu’il « ne pratiquait pas une écologie moins radicale », mais qu’il fallait « agréger les forces écologiques et progressistes » pour la porter au pouvoir. (…) Sandrine Rousseau, mais aussi la députée des Deux-Sèvres Delphine Batho, avaient fait le choix d’assumer un positionnement bien plus tranché, l’une avec un discours « clivant » et « écoféministe », l’autre avec une « décroissance » loin de susciter l’unanimité. » (A la Une du Monde – 29.09.2021)

La contribution du lecteur « Le sceptique » :

« L’histoire politique moderne des gauches a été celle d’une radicalisation : il y a eu les libéraux (qui étaient à gauche au départ par rapport aux monarchistes), puis les radicaux, puis les socialistes, puis les communistes. A chaque fois, la nouvelle offre disait que les autres n’étaient que des bourgeois vendus au capitalisme et au parti de l’ordre. Au bout du bout, les trotskistes sont devenus la secte gauchiste la plus radicale, celle qui cherchait la moindre cause pour en faire un sujet politique révolutionnaire.  Mais cette course à la radicalité a cogné sur le réel au 20e siècle : les idées de gauche ne marchent pas bien quand elles sont pures (comme la plupart des idées pures), les plus radicales finissent par en appeler à la violence d’Etat car elles sont rejetées. En France, une frange non négligeable des universitaires, médias et politiques reste curieusement fascinée par la radicalité. Rousseau et le buzz Rousseau l’illustraient bien. »

Ma réponse :

La radicalité « universitaire » vous la trouvez, en amont, chez Rabelais, Montaigne, Descartes, Spinoza, Diderot, Rousseau (Jean-Jacques) pour ne citer que quelques-uns de ceux qui furent censurés, poursuivis, contraints à l’exil, condamnés, emprisonnés pour les motifs que vous évoquez. Autrement dit, le radicalisme est une notion au contenu relatif. Peut-être serait-il intéressant de savoir quelles sont précisément ces « racines » que cherche à atteindre celui que l’on qualifie ou qui se qualifie lui-même de radical.

Sa réponse :

« Jean-Pierre Peyrard : en effet, la radicalité est relative, d’ailleurs l’histoire des idées politiques le montre, les « radicaux » sont désormais… un parti centriste. Mais ce n’est pas une règle garantie, comme si la radicalité d’hier était forcément la norme de de demain. Par exemple, jamais les communistes ne sont devenus une norme centrale, leurs idées ont raté et elles sont réprouvées comme échec et comme danger. Les fascistes aussi ne sont pas devenus la norme, ni les intégristes religieux, etc. Aussi faut-il aller plus loin : de quoi est-on le radical? Quelle est la morale, quelle est la logique dont on veut pousser l’application à un niveau radical? Par exemple Rousseau (Sandrine) exposait que sa grille est dominant-dominé, elle voulait une lutte radicale contre la domination.

Et ma réponse :

Je crains que vous n’ayez vu que j’applique le relativisme à l’objet de la radicalité, du moins telle que vous la concevez. Dans le droit fil de votre critique, vous devriez alors parler « des » radicalités dans la mise en cause (cf. votre « curieusement ») de certains universitaires qui semble concerner le concept lui-même, comme si, a priori et en soi, la radicalité était une démesure. Ou alors, vous courez le risque d’être vous-même taxé de la radicalité  que vous dénoncez. Cela dit, je pense que vous contournez le problème en introduisant la notion de « norme ». La recherche de la racine ne vise pas une règle, une ou des  lois, mais un essentiel humain ; et c’est dans ce rapport que diffèrent les radicalités dont certaines sont dictées par la peur/angoisse caractéristique de cet essentiel. Ainsi,  le nazisme est une radicalité du refus de l’affronter. Un exorcisme mortifère. Le fiasco de l’expérimentation communiste est autre : une erreur sur la définition du commun.

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