Une figure sympathique du capitalisme

Elle a pour nom Anne-Laure Kiechel et elle est économiste. Après des années passées dans les banques Lehman Brothers et Rothschild, elle crée  en 2019 une structure indépendante (Global Sovereign Advisory) qui obtient en un an une vingtaine de mandats de différents gouvernements. Le Monde la nomme « La Française qui murmure à l’oreille des puissants ».

Le 12 janvier 2021, elle était l’invitée de La grande table des idées (13 h 00 > 13 h 30 sur France Culture), pour parler de la dette.

Elle est la personnification parfaite de l’évidence axiomatique qu’il n’y a pas d’autre système possible que le capitalisme : son discours critique vise des erreurs qu’elle présente de manière implicite comme extrinsèque du système que du reste elle ne nomme jamais.

Ce qui la rend sympathique, vraiment, c’est un langage simple, qui donne l’impression d’être inspiré par le bon sens, ici mobilisé pour les victimes du système – elle est considérée comme une économiste de gauche. L’image à la fois paisible et assurée qu’elle présente d’une femme émancipée, dirigeante, y contribue.

La cause des erreurs : « Les temps de raisonnement ne sont pas assez appropriés, c’est comme ça qu’on arrive à ne pas avoir assez de médecins, On n’a pas prévu tout ça vu que quand on imposait des quotas, quand on imposait des numerus clausus, ça pouvait ensuite poser des questions, on n’a pas vu que dans les campagnes ou dans des zones plus reculées on n’avait moins de médecins… »

« Le temps de raisonnement pas assez approprié » laisse supposer que ce « on » qui a décidé de limiter le nombre d’étudiants en médecine n’aurait pas vraiment réfléchi. Mais pourquoi ? Et pourquoi ce « on » n’a-t-il  pas « vu » l’évidence des conséquences que certains annonçaient déjà au moment de la décision ?

A-L Kiechel ne le dit pas, laissant ainsi entendre par défaut qu’il s’agit d’un déficit composite d’intelligence, de sens commun, bref que les raisons sont psychologiques ou bureaucratiques, comme vous voudrez selon l’incarnation de ce « on », mais en aucun cas, bien sûr, en rapport avec la logique du système.

Elle ajoute : « … en tous les cas c’est une expérience vécue rapportée par les citoyens mais qui n’est pas mesurée de manière forte  et suffisamment en amont pour qu’on puisse dire comment se réorganise-t-on puisque ce sont des situations inacceptables. »

Autrement dit, on n’écoute pas assez les citoyens, ce qui, une nouvelle fois, renvoie à la responsabilité d’un « on », qui comme « on » le sait est un pronom indéfini.

Et quand la journaliste lui demande : « Où est-ce que vous avez appris tout ça, est-ce que c’est sur le terrain, est-ce que c’est à HEC cette idée qu’il faut penser en plusieurs temps à plusieurs échelles… ? »

Elle répond : « Sur le terrain. Il n’y a pas d’apprentissage meilleur que sur le terrain ; on a bien sûr une connaissance théorique, et ensuite confronté à la réalité des choix, ce qui s’impose c’est la nécessité  de la cohérence. »

Son « terrain » est celui des états en difficulté financière et sa renommée internationale est due à sa capacité à gérer ce type de difficultés.  

Ainsi, elle a été conseillère du second gouvernement d’Alexis Tsipras, en Grèce.  Le résultat positif qu’elle annonce : une situation fiscale saine. Pour le reste : « des fragilités béantes, le départ de plus de 500 000 jeunes diplômés, un salaire minimum de 650€, une situation pas au niveau de ce qu’on peut souhaiter. » Elle ne précise toujours pas qui est ce « on » ni ce qu’est le niveau souhaitable ni les causes qui empêchent d’y parvenir.

Sa réussite tient dans sa capacité à actualiser les paramètres financiers du système. Ainsi critique-t-elle les critères qui, il y a quelques décennies, servaient à déterminer la dette publique, à savoir entre 60 et 80% du PIB (produit intérieur brut = richesses d’un pays en une année). Aujourd’hui, la dette dépasse les 100% voire les 120%.

Ce qu’elle ne dit pas, c’est que les critères anciens étaient déterminés par une macroéconomie et que cette macroéconomie a changé. Dans quelques décennies, de nouveaux économistes feront la critique du ratio de la dette actuelle en invoquant peut-être « un temps de raisonnement inapproprié »…

Le mot qui revient le plus souvent dans son discours est « intéressant ». Est intéressant ce qui suscite de l’intérêt. Un lapsus ?

La sympathie qu’elle suscite tient au fait que l’eau dans laquelle elle donne l’impression d’évoluer si bien n’est jamais présentée comme celle, possible après tout, d’un aquarium.

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