Election américaine

Depuis Kennedy et jusqu’en 2016, le jeu politique télévisé oscillait entre tragédie et comédie. A l’exception de l’acteur professionnel Ronald Reagan, les acteurs politiques étaient des hommes d’une cinquantaine d’années. Ils évoluaient avec les masques tragiques ou comiques, selon les scènes qu’ils jouaient, avec un maquillage plus ou moins réussi, des slogans plus ou moins bien choisis. Les conventions républicaines et démocrates brillaient comme les lumières de Broadway.

Depuis 2016, le seul masque employé est celui de la dérision plaqué sur du déni.

Un déni signifié, en particulier, par l’incapacité du parti démocrate à pouvoir désigner d’autre candidat qu’un vieil homme, fragile, de 78 ans.

Le candidat républicain qui n’a que quatre ans de moins, a les cheveux teints, une femme très jeune, hiératique, parle avec une voix de fausset, esquisse sur scène des mouvements de boxe, de danse. Il est parvenu à faire croire à suffisamment d’Américains qui avaient besoin de le croire,  qu’il a réussi avec ses seules forces qui permettront d’être « great again ! ».

Ce matin, un électeur qui avait voté pour Trump en 2016 et encore hier disait que lui, Trump, à la différence des autres, faisait ce qu’il disait, qu’il était brut, pas gentil, violent même, mais un milliardaire qui s’intéressait aux petites gens. Le journaliste n’a pas pensé à lui faire remarquer qu’il ne pouvait vraiment le savoir en 2016 et que le motif de son premier vote était donc autre.

Le vote pour Trump (majoritairement celui de ceux qui n’ont pas fait d’études universitaires – environ 70% de la population – , des « petits blancs » des classes moyennes, des banlieues ouvrières) est l’expression de ce qu’on nomme habituellement « le pays profond ».

En réalité, le pays de la peur profondément enfouie qui a besoin d’une scène et d’un comédien pour se donner l’illusion qu’elle n’est pas une peur réelle.

Biden, sans fard, n’a pu être entendu que par ceux qui peuvent voir, derrière lui, Kamala Harris sans la réduire à une ombre.

Trump, valorisé par une femme-objet muette dont le rôle ne peut être que celui de l’ombre, auréolé de sa victoire sur le virus, joue le personnage de trompe-la-mort.

A cette heure – 12 h 30 en France  –  du mercredi 4 octobre, le résultat du jeu électoral n’est pas connu.

Le plus probable, selon que Trump ou Biden gagne selon la règle d’un processus électoral qui donne une résonance déterminante au « pays profond », c’est qu’il ouvrira une période de dépression ou de haine.

2 commentaires sur « Election américaine »

  1. Je sais que je ne peux pas compter sur un président Biden pour me guérir de ma dépression de l’ère Trump. S’il gagne, cela représentera simplement un retour à la « normalité » privilégiée par les démocrates et au mensonge de l’unité américaine. Une présidence Biden ne nous infligerait pas le niveau d’incompétence et de terreur que nous subissons sous l’administration Trump. Mais sans un programme visant à transformer radicalement (ou dans certains cas à éliminer complètement) les institutions qui ont causé tant de dégâts depuis des décennies, le mieux que nous puissions espérer, ce sont quatre années de compromis entre démocrates et républicains qui en fin de compte nous laisserons face aux mêmes défis en ouvrant la porte à un autre Trump. A ce stade des résultats et quand je vois les boutiques de mon quartier barricadées depuis hier matin j’ai bien peur que nous assistions en direct à la mort de la démocratie américaine avec son cortège de violence et de guerre civile …

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