Le casseur

Le casseur (« vrai » ou pas, manipulé ou pas, peu importe) signifie du fait de son existence même qu’il n’y a pas d’autre « ordre » de vie sociale envisageable en-dehors de celui qui est contesté par « la manifestation » de ces dernières années.

Il est un symptôme analogue, d’un degré de violence évidemment tout autre, à celui du chahut de la contestation dans l’école : le « discours scolaire » ne convient pas ou plus, aucun autre n’est perçu comme envisageable, d’où le chaos, relatif et limité à la salle de classe, du rejet brut.

Les manifestations syndicales sont faiblement suivies et elles ne sont plus unitaires. Les manifestations des partis politiques ont disparu.

La contestation majeure, aujourd’hui, transversale  et non structurée (cf. articles : gilets jaunes – 13/11/2019 / L’article 24 – 19/11/2020), vise, plus ou moins confusément,  un mode de société perçu sans solution alternative. L’écologie en tant qu’elle est constituée en partis n’en est pas une.

Le casseur – il est là pour nous rappeler l’absence de perspective, autrement dit l’impasse – n’existait pas dans les manifestations syndicales et politiques (avant la fin des années 80) dont le service de l’ « ordre » – assuré par les organisateurs –  était aussi la métaphore d’un nouvel « ordre » possible.

Son message de chaos s’apparente au nihilisme d’une forme de l’anarchie du 19ème/début 20èmesiècles qui produisait, à la marge, un extrémisme meurtrier plus ou moins aveugle, et à celui d’aujourd’hui (fin 20ème/début 21ème siècles) dont le recours antinomique avec la religion encore associée au pouvoir (islam) peut être compris comme le signe de  l’obsolescence de la réponse religieuse.

L’inacceptable, la honte et l’exemplarité d’E. Macron

« Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. Elles nous font honte. La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme », a écrit Emmanuel Macron, vendredi 27 novembre, sur Facebook. Le président de la République réclame « une police exemplaire avec les Français, des Français exemplaires avec les forces de l’ordre comme avec tous les représentants de l’autorité publique ». (Le Monde du 28 novembre)

1- L’inacceptable 

Pour moi, simple citoyen, ce ne sont pas les images de l’agression qui sont inacceptables, mais l’agression qu’elles montrent.

Parce que, dit le lapsus, si ce sont les images qui sont inacceptables, il suffit de les supprimer, autrement dit d’interdire la caméra, bref, d’écrire un article 24.

2- La honte

C’est un sentiment commode qui transforme la faute en petit nuage éthéré.

Nous ? Un pluriel de majesté ? La collectivité ?

Dans ses discours  E. Macron n’emploie pas ce pluriel de majesté, il dit « Je veux ».

Quelle « faute » avons-nous donc commise ? demande encore le lapsus.

3 – La France ne doit jamais…

Qui est La France ?

Quel est le principe moral sur lequel s’appuie cette injonction ?

Quelle est la pulsion à laquelle est-elle censée s’opposer ?

Là, c’est la République qui pose les questions.

4 – Exemplarité

Pour la France, ses citoyens, les dépositaires de l’autorité, je n’ai pas d’autres critères que « Liberté, Egalité, Fraternité », dit encore la République qui ne se reconnaît pas dans la morale de l’accommodement.

Ce que ne montre pas la vidéo

1 – Très peu sérieusement… encore que… :

Michel Zecler, un producteur de musique, a donc été interpellé il y a quelques jours à Paris par trois policiers. L’événement a été filmé par une caméra de surveillance installée dans l’entrée de son studio. La vidéo est visible sur Internet. Une bonne dizaine de minutes d’images très nettes.

On voit en effet très nettement :

– qu’il s’agit d’un homme à la peau noire – mais, comme je ne cesse de  le rappeler chaque fois que des policiers tapent, ici, comme ailleurs,  sur un homme à la peau noire, ça n’a aucun rapport,

– que les trois policiers ont avec lui une relation qui témoigne en même temps d’une grande proximité et d’une grande énergie.

Ces trois policiers (il paraît qu’il y en a un quatrième, qui ne serait pas entré, peut-être un timide) ont très bien expliqué et avec une belle unanimité quelle avait été l’attitude agressive de cet homme qui les a attirés malgré eux dans son studio, les a frappés et a tenté de prendre leurs armes à lui tout seul parce qu’il est très fort.

J’ai donc très attentivement regardé la vidéo.

Eh bien, je pense qu’est évidente l‘intentionnalité de nuire de la vidéo, puisqu’elle ne montre pas, non seulement la violence toute bestiale de Michel Zecler, mais surtout qu’il tire la langue aux policiers ! En ne révélant pas ce geste d’agression linguale qu’on ne voit absolument pas, la vidéo porte atteinte à leur intégrité physique et psychique, ce qui permet de comprendre leurs tentatives, certes un peu brouillonnes, de prendre appui, certes de manière un peu appuyée, là où  ils peuvent – mais quelle idée aussi d’avoir une entrée de studio aussi exiguë qui ne permet même pas la distanciation sanitaire ! –  pour récupérer cette intégrité mise à mal par ce coup de langue invisible, donc sciemment dissimulé par la caméra.

Cette situation de grave mise en danger de gardiens de la paix* (mais non, on ne rit pas) n’aurait pas existé si l’article 24 de la loi dite de sécurité globale avait été voté, ce qui aurait conduit à débrancher la caméra pour éviter toute atteinte à une intégrité psychique et physique policière.

* Ce qui prouve qu’ils le sont, c’est qu’ils n’ont même pas pensé à lever la tête pour repérer une éventuelle caméra ! Vous voyez bien que c’est le signe de l’angélisme le plus pur. Ah ? Ça pourrait signifier aussi un sentiment d’impunité ? Ah, bon ?  Quelle idée !

2- Nettement plus sérieusement :

Le problème, aigu aujourd’hui, relatif aux libertés et au maintien de l’ordre, en principe républicain, est abordé par le président sous l’angle de la stratégie électorale avec le procédé bien connu de la dualité bon, gentil/brute, méchant.  

 L’humanisme sensible affiché d’E. Macron, la brutalité provocante de G. Darmanin (il disait, il n’y  pas si longtemps je m’étouffe quand j’entends parler de violences policières),  – peu importe le degré de sincérité de l’un et l’autre – vise à présenter le premier comme le bon qui hélas doit supporter le méchant pour la raison de grand bon sens qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, qu’il faut mettre les mains dans le cambouis, aller au charbon…

C’est lui qui a choisi cet adepte de N. Sarkozy, comme Dieu choisit le diable pour se faire valoir. G. Darmanin n’a peut-être pas connu Paul Ricœur.

Les électeurs de droite et d’extrême-droite que le président  cherche à capter en donnant des gages à certains syndicats de police (la majorité des policiers vote pour le RN/FN) sont sensibles, plus ou moins confusément, à une idéologie, profonde et latente,  qui sous-tend les  slogans réducteurs et populistes que l’on connaît.

La stratégie, elle, joue non sur les idées mais sur l’écume émotionnelle des opinions à l’emporte-pièce, et elle  peut  être efficace par météo (relativement) calme.

C’est ce qu’a réussi N. Sarkozy en 2007. Seulement, lui, revendiquait une idéologie de droite disons musclée (cf. la racaille et le Kärcher) de sorte que le pas à franchir pour l’électorat encore plus à droite n’était pas grand et ne demandait pas de reniement.

La frange électorale de droite et un peu d’extrême-droite que vise E. Macron est aux antipodes du discours des Lumières qui émaille ses discours destinés à rappeler sa culture humaniste surtout à ceux qui sont aux deux centres, droit et gauche.

L’électorat que doit fixer le ministre de l’intérieur peut très bien se laisser aller à « préférer l’original à la copie », comme disait quelqu’un qui connaît, lui aussi, la rhétorique.

A l’opposé, il est possible que certains de ceux qui ont voté par défaut pour E. Macron en 2017 éprouvent de la lassitude à continuer à faire semblant de ne pas écouter ce qu’il veut leur faire entendre.  

Et puis, il est difficile de prévoir la météo deux ans à l’avance.

3- Maintenant, la question.

L’humour du 1 n’est pas vraiment une nouveauté, le sérieux du 2 constituerait, si j’ai bien entendu le journal de France Culture, pendant la pause de midi, le fond de l’éditorial du Financial Times de ce jour, en d’autres termes, l’objet de cet article ne peut pas ne pas être une préoccupation du Président et de ses conseillers qui, s’ils sont très occupés par l’électoralisme, pensent, et lisent forcément la presse, même étrangère.

Alors ?

De deux choses, l’une : soit la stratégie va fonctionner et mon article est vain, soit, compte tenu de la contradiction sans résolution apparente entre le discours présidentiel humaniste d’une part, ce que signifient les agressions policières et le projet de loi dit de « sécurité globale » qui, entre autres, tend à en évacuer les preuves d’autre part, nous arrivons au terme d’un processus politique.

En entassant, pour ceux qui le peuvent et selon les moyens dont ils disposent, les petites pierres de laïcité, de République, de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité les unes sur les autres, peut-être parviendrons-nous à temps à construire une digue de conscience politique suffisante pour empêcher un tsunami ?

Le football et Maradona

La dérision de nombreux commentaires dans les réseaux sociaux est une arme à manier avec prudence. Surtout quand elle vise, à travers l’itinéraire du héros, le seul jeu collectif qui connaisse un engouement planétaire.

Qu’on l’apprécie ou pas, il est le signe d’un enjeu important.

Sinon ?

D’abord, la question de l’engouement planétaire pour le football et les passions qu’il suscite sur le terrain et dans les tribunes. Nul autre sport collectif n’atteint de telles dimensions.

Ensuite, le besoin, vieux comme l’humanité, du héros (celui qui s’approche des dieux) et ce qui le rend possible. Ici, le jeu du football, qui peut paraître dérisoire comme est dérisoire toute manifestation dès lors qu’on s’en distancie, mais qui est l’expression – sur le mode ludique – d’un enjeu évidemment tout autre.

Sinon ?

Enfin, il y a la vie de l’homme qui n’est le demi-dieu que dans les représentations de ceux qui en ont besoin. Au quotidien, il n’est que comme nous.

Ici, la dérision a ceci de commode qu’elle évite le questionnement. Une manière de… botter en touche. Mais ça, c’est plutôt le rugby. Un sport collectif qui propose une autre facette de la problématique illustrée, sur le mode qui lui est propre, par le jeu du football qui consiste à propulser un objet dans un réceptacle.

Une catharsis ?

* Le football oppose deux équipes dont la masculinité ou la féminité (symbolique) n’est déterminée que par le résultat. Historiquement, la problématique (la part de « masculin » et de « féminin » dans tout être) concerne plus les hommes que les femmes.

Monteverdi – Vespro della beata Vergine

En ces temps de demi-mesure qui hésitent entre confinement qui n’en est pas un et déconfinement qui ne l’est pas davantage, autant se référer à des valeurs sûres, même si « valeur » est souvent utilisé de manière discutable.

Là, il s’agit d’une vraie valeur sûre.

En deux mots.

J’écoutais, sur la même page Arte.tv (cf. article Angela Hewitt et les Variations Goldberg) l’interprétation donnée à Brême (c’était au temps où l’on ne portait pas de masque, et on voit donc les interprètes et les spectateurs en entier, c’est très curieux) l’interprétation du Magnificat de J-S Bach.

Dieu sait (si j’ose dire…) que j’aime la musique de Bach. Mais, en écoutant son Magnificat, je pensais à celui des Vêpres de Claudio Monteverdi… et là, vois-tu Jean-Sébastien… je suis vraiment désolé, mais, Claudio, à côté,  tu sais, c’est, comment dire… Ah ? La quintessence ? Oui, c’est ça, tu as raison, tu en connais un bout.

J’ai donc sélectionné le moteur Google, j’ai tapé Vêpres de Monteverdi et découvert une proposition Dailymotion et trois de Youtube.

Ma préférence va à l’interprétation de John Eliot Gardiner : Youtube propose d’abord deux extraits avant l’œuvre intégrale.

La première de Dailymotion (oubliez les deux autres) propose celle de Raphaël Pichon qui dirige l’ensemble Pygmalion. Il aime bien ajouter aux œuvres qu’il interprète quelques compositions étrangères, j’en ai fait l’expérience au festival de musique baroque de Beaune. C’est un peu surprenant. Là, il commence (et il réitère de temps en temps) par quelque chose de liturgique, qui n’est pas dans les Vêpres – ça ne dure pas longtemps – mais qui a l’avantage de révéler la dimension des Vêpres (id. pour La passion selon Saint-Matthieu de Bach) : l’exaltation de l’être dans le dialogue corps/esprit, tel qu’il est découvert et magnifié au tout début du 17ème siècle en Italie.

Oubliez, avant de commencer l’écoute, la connotation de vêpres (prières de soirée), oubliez la dimension liturgique. Et si vous avez oublié d’oublier, Claudio Monteverdi s’en charge.

Ainsi, après le « deus in adjutorium meum intende » (Dieu, viens à mon aide) lancé par le ténor, écoutez bien, derrière le « Domine ad adjuvandum me festina, (hâte-toi de me secourir) gloria patri et filio (gloire au père et au fils…) etc. » chanté par le chœur, la symphonie joyeuse des trompettes baroques.

Et puis, à suivre, l’alternance des voix seules, des chœurs, les changements de rythme…

On en viendrait presque à souhaiter que le confinement se prolonge…

Repérages de trois « sommets » parmi d’autres :

  • « nisi dominus  » de 36′ 53 à 41’25
  • « lauda » de 50’13 à 59,50
  • « magnificat » de 1’10 à la fin

Le croche-pied

La police est venue, place de la République, non pour arrêter les migrants mais pour les déloger.

La vidéo est sans ambiguïté : on voit un immigré se lever, prendre son sac et courir pour s’éloigner. Il passe alors entre deux policiers dont l’un tend la jambe au moment où il passe. L’homme tombe, le policier le regarde se relever, reprendre son sac et repartir.

Comme le croche-pied n’a pas pour but l’arrestation de l’homme, que  signifie-t-il ?

Il est le geste du gamin dans la cour de l’école qui fait tomber pour la jouissance de maîtriser l’autre par l’arrêt du mouvement. Geste primaire comparable à celui du chat jouant à tenter d’arrêter tout ce qui bouge.

Venant d’un adulte, à plus forte raison d’un policier dont la mission est celle de maintenir un ordre qui contient la liberté de mouvement, il est, au minimum, le signe de l’irresponsabilité.

Seulement, l’enfant de la cour de récréation a un œil en direction du maître qui surveille et il ne fait le croche-pied que s’il se sait hors-de-vue.

Ici, le policier n’émet pas le moindre signe d’une inquiétude liée au regard d’une autorité.

Il fait tomber l’homme et le regarde se relever. Un geste qui semble spontané.

Le premier problème concerne l’autorisation de porter l’uniforme de maintien de l’ordre public donnée à quelqu’un qui ne sait pas maintenir son propre « ordre personnel ».

Le second, l’absence d’inquiétude. L’homme, délogé de sa tente, qui se relève et qui court parce qu’il se sent en danger, est, parce qu’il est un migrant, réductible au mouvement. Run, nigger, run ! C’est en quoi la spontanéité du geste n’est qu’une apparence. Il est déterminé en amont par un discours idéologique.

Sans la vidéo – elle  montre le visage du policier –  l’événement serait inconnu.

Intervention policière, place de la République à Paris

Hier, lundi 23 novembre, place de la République, à Paris, la police a procédé, avec une violence qui a conduit le ministre de l’intérieur à demander une enquête interne, au démantèlement d’un camp de fortune abritant 500 immigrés, dont la plupart viennent d’Afghanistan.

L’article du Monde qui rend compte de l’intervention policière est suivi d’un grand nombre de commentaires de lecteurs.

Voici le mien, qui a été publié.

« Le phénomène d’immigration n’est jamais abordé par le pouvoir politique dans un discours d’explication du processus dans lequel nous sommes engagés. L’événement de la place de la République n’est qu’un symptôme, parmi d’autres, d’un problème global dont nous sommes, en partie responsables.
Ainsi, il y a actuellement une situation explosive au Yémen, un pays en guerre depuis des années et dans lequel plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Nous, la France, vendons des armes, notamment à l’Arabie Saoudite qui intervient dans ce conflit. Ces armes, dont la provenance est maintenant avérée et connue des Yéménites eux-mêmes, tuent des civils.
Ceux qui le peuvent fuient leur pays. Certains viendront peut-être en Europe, peut-être en France pour tenter de survivre. Et il est possible que certains de ceux-là n’aient pas, dans un futur plus ou moins lointain, nécessairement une attitude bienveillante à notre égard.
Un processus, c’est ça. »

La dérive politique du projet de loi « sécurité globale »

A la Une du Monde du 23 novembre.

«  Affaire Théo : la démonstration implacable d’une lourde série de manquements policier.

Après trois ans d’enquête, la Défenseure des droits publie une « décision » que « Le Monde » a pu consulter. La liste des manquements et des comportements contraires à la déontologie des forces de sécurité, à tous les niveaux de la hiérarchie, est longue. »

La lecture de l’article est sidérante. Si ce qui est expliqué décrit le réel (les vidéos-témoins, entre autres, ont en tout cas convaincu la Défenseure des droits publics), alors, il ne s’agit pas de comportements contraires à la déontologie, mais d’un acharnement d’un groupe de policiers contre un homme – oui, il est noir de peau, mais ça n’a rien à voir– qui ne présente aucune menace. Quelque chose comme un massacre à la matraque télescopique violemment enfoncée dans l’anus. Manquement à la déontologie ? Les séquelles, gravissimes, sont à vie.

Au-delà du fait lui-même, il y a le comportement de la hiérarchie qui, si ce qui est expliqué décrit toujours le réel, a couvert l’agression policière et en est donc complice.

Ce n’est certes pas nouveau.

Ce qui l’est ou le redevient, c’est que l’événement que constituent l’acte et sa couverture hiérarchique s’inscrit dans un projet de loi qui vise à interdire de manière sournoise les vidéos… sans lesquelles nous n’aurions pas la connaissance de cette affaire. Combien d’affaires semblables ignorées ?

Autrement dit, la démarche politique de « sécurité globale » du gouvernement dont l’objectif est d’occulter de tels actes d’agression en empêchant les témoignages pour ne donner crédit qu’à la parole policière, revient à permettre de légaliser l’illégal.

Et cet illégal n’est pas seulement l’agression contre un homme (non, j’ai déjà indiqué que le fait qu’il soit noir de peau n’a aucun rapport), mais la discrimination souterraine, insidieuse, rampante, nauséeuse, qui aboutit un jour à la désignation officielle de boucs-émissaires.

Ce jour-là est le signe du « trop tard ».

Bis repetita… L’intitulé « sécurité globale » est du registre du langage totalitaire. (cf. « article 24 »)

Cet article, comme l’autre, est ma pierre apportée à la protestation contre ce projet de loi et la dérive politique dont il témoigne.

Bison, vison, veau

Le virus a pour effet inattendu de révéler l’existence et l’importance des élevages de visons : environ 17 millions au Danemark, quelques milliers en France dans quatre élevages.

Ce n’est pas la question d’élever un animal pour le tuer qui constitue la problématique mais élever et tuer pour quoi ?

En Amérique du Nord, avant l’arrivée des Européens,  les bisons des Grandes Plaines (leur reproduction était naturelle) étaient un élément de la chaîne alimentaire qui permettaient aux Amérindiens de vivre.

Les Européens ont pratiquement exterminé les troupeaux pour des raisons liées à l’implantation coloniale et au commerce.

Autrement dit, pour les Amérindiens, et jusqu’à l’arrivée des colons, tuer le bison était une nécessité pour être. Il y avait une quasi-confusion d’être et avoir.

Les colons ont apporté dans leurs bagages la discrimination entre les deux termes et  l’équation du capitalisme être = avoir plus.

Le rapport du veau de boucherie (emblème, ici, de tous les animaux dont nous nous nourrissons) avec le vison est le même que celui du bison des Amérindiens avec celui des commanditaires de Buffalo Bill – un héros, comme l’on sait, du Far West mythique.

Elever et tuer des animaux – et des plantes – pour se nourrir fait partie de la chaîne alimentaire.

Elever et tuer des visons s’inscrit dans l’équation du capitalisme, comme  les conditions d’élevage et d’abattage des veaux et des autres animaux.

Angela Hewitt et les Variations Goldberg

Sur Arte.tv est disponible jusqu’au 15 février 2021 l’interprétation des Variations Goldberg (composées vers 1740 par Bach pour un clavecin à deux claviers) de la pianiste canadienne Angela Hewitt.  

L’enregistrement – sans public – a eu lieu dans l’église Saint-Thomas de Leipzig  où elle a reçu la médaille Bach que la ville  décerne chaque année  à un interprète du compositeur.

Il est une excellente illustration de la problématique de la musique : un dialogue entre les deux composants (corps et esprit) de ce que nous sommes.

Le piano exige à la fois une force (percussion – verticalité) et une agilité (virtuosité – horizontalité)  dont la combinaison est en soi un mode d’expression de cette dualité.

On peut, dans une première approche, considérer que la main droite, qui évolue sur la moitié supérieure (les aigus) du clavier, est, dans la mesure où elle dit le « chant de la tête », plutôt l’outil du spirituel,  alors que la gauche qui évolue sur la moitié inférieure (les graves) et qui dit la « résonance organique», est plutôt l’outil du corporel. L’orchestre symphonique, dans la diversité de ses instruments, en est une illustration plus manifeste.

La distinction n’est évidemment jamais aussi simple. Mais il suffit de voir le sourire de l’interprète dans le lancement du chant des variations les plus spirituelles, comme la 13ème, comparée par exemple à la  5ème (à la 12ème minute) au début de laquelle le « chant d’échos »  est donné par la main gauche qui va et vient au-dessus la droite comme pour lui dire « je suis là », avant que les deux ne se rejoignent dans une union retrouvée, techniquement éblouissante – certaines des variations, dont celle-ci, écrites pour les deux claviers du clavecin, demandent une grande virtuosité pour l’interprétation pianistique.

La spécificité de cette œuvre tient à mon sens à ce qu’elle est –  outre la combinaison du spirituel et du corporel dans le jeu dont le visage et les mains de l’interprète sont la partie la plus visible –  le discours-même de cette combinaison, l’acte et l’idée de l’acte : ce que dit, donne à voir et à entendre cette œuvre, plus généralement l’œuvre entière de Bach, c’est l’imbrication du spirituel et du corporel.

De ce point de vue, sa musique n’est pas une musique de transcendance religieuse –  elle n’est pas, malgré l’apparence, destinée à la liturgie –  mais d’immanence.

C’est en tout cas une explication possible de la manière dont elle a été reçue après la disparition du compositeur, du caractère universel qu’elle a pris ensuite et qu’elle a, peut-être plus encore, aujourd’hui.