Ce que ne montre pas la vidéo

1 – Très peu sérieusement… encore que… :

Michel Zecler, un producteur de musique, a donc été interpellé il y a quelques jours à Paris par trois policiers. L’événement a été filmé par une caméra de surveillance installée dans l’entrée de son studio. La vidéo est visible sur Internet. Une bonne dizaine de minutes d’images très nettes.

On voit en effet très nettement :

– qu’il s’agit d’un homme à la peau noire – mais, comme je ne cesse de  le rappeler chaque fois que des policiers tapent, ici, comme ailleurs,  sur un homme à la peau noire, ça n’a aucun rapport,

– que les trois policiers ont avec lui une relation qui témoigne en même temps d’une grande proximité et d’une grande énergie.

Ces trois policiers (il paraît qu’il y en a un quatrième, qui ne serait pas entré, peut-être un timide) ont très bien expliqué et avec une belle unanimité quelle avait été l’attitude agressive de cet homme qui les a attirés malgré eux dans son studio, les a frappés et a tenté de prendre leurs armes à lui tout seul parce qu’il est très fort.

J’ai donc très attentivement regardé la vidéo.

Eh bien, je pense qu’est évidente l‘intentionnalité de nuire de la vidéo, puisqu’elle ne montre pas, non seulement la violence toute bestiale de Michel Zecler, mais surtout qu’il tire la langue aux policiers ! En ne révélant pas ce geste d’agression qu’on ne voit absolument pas, la vidéo porte atteinte à leur intégrité physique et psychique, ce qui permet de comprendre leurs tentatives, certes un peu brouillonnes, de prendre appui, certes de manière un peu appuyée, là où  ils peuvent – mais quelle idée aussi d’avoir une entrée de studio aussi exiguë qui ne permet même pas la distanciation sanitaire ! –  pour récupérer cette intégrité mise à mal par ce coup de langue invisible, donc sciemment dissimulé par la caméra.

Cette situation de grave mise en danger de gardiens de la paix* (non, on ne rit pas) n’aurait pas existé si l’article 24 de la loi dite de sécurité globale avait été voté, ce qui aurait conduit à débrancher la caméra pour éviter toute atteinte à une intégrité psychique et physique policière.

* Ce qui prouve qu’ils le sont, c’est qu’ils n’ont même pas pensé à lever la tête pour repérer une éventuelle caméra ! Vous voyez bien que c’est le signe de l’angélisme le plus pur. Ah ? Ça pourrait signifier aussi un sentiment d’impunité ? Ah, bon ?  Quelle idée !

2- Nettement plus sérieusement :

Le problème, aigu aujourd’hui, relatif aux libertés et au maintien de l’ordre, en principe républicain, est abordé par le président sous l’angle de la stratégie électorale avec le procédé bien connu de la dualité bon, gentil/brute, méchant.  

 L’humanisme sensible affiché d’E. Macron, la brutalité provocante de G. Darmanin (il disait, il n’y  pas si longtemps je m’étouffe quand j’entends parler de violences policières),  – peu importe le degré de sincérité de l’un et l’autre – vise à présenter le premier comme le bon qui hélas doit supporter le méchant pour la raison de grand bon sens qu’on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs, qu’il faut mettre les mains dans le cambouis, aller au charbon…

C’est lui qui a choisi cet adepte de N. Sarkozy, comme Dieu choisit le diable pour se faire valoir. G. Darmanin n’a peut-être pas connu Paul Ricœur.

Les électeurs de droite et d’extrême-droite que le président  cherche à capter en donnant des gages à certains syndicats de police (la majorité des policiers vote pour le RN/FN) sont sensibles, plus ou moins confusément, à une idéologie, profonde et latente,  qui sous-tend les  slogans réducteurs et populistes que l’on connaît.

La stratégie, elle, joue non sur les idées mais sur l’écume émotionnelle des opinions à l’emporte-pièce, et elle  peut  être efficace par météo (relativement) calme.

C’est ce qu’a réussi N. Sarkozy en 2007. Seulement, lui, revendiquait une idéologie de droite disons musclée (cf. la racaille et le Kärcher) de sorte que le pas à franchir pour l’électorat encore plus à droite n’était pas grand et ne demandait pas de reniement.

La frange électorale de droite et un peu d’extrême-droite que vise E. Macron est aux antipodes du discours des Lumières qui émaille ses discours destinés à rappeler sa culture humaniste surtout à ceux qui sont aux deux centres, droit et gauche.

L’électorat que doit fixer le ministre de l’intérieur peut très bien se laisser aller à « préférer l’original à la copie », comme disait quelqu’un qui connaît, lui aussi, la rhétorique.

A l’opposé, il est possible que certains de ceux qui ont voté par défaut pour E. Macron en 2017 éprouvent de la lassitude à continuer à faire semblant de ne pas écouter ce qu’il veut leur faire entendre.  

Et puis, il est difficile de prévoir la météo deux ans à l’avance.

3- Maintenant, la question.

L’humour du 1 n’est pas vraiment une nouveauté, le sérieux du 2 constituerait, si j’ai bien entendu le journal de France Culture, pendant la pause de midi, le fond de l’éditorial du Financial Times de ce jour, en d’autres termes, l’objet de cet article ne peut pas ne pas être une préoccupation du Président et de ses conseillers qui, s’ils sont très occupés par l’électoralisme, pensent, et lisent forcément la presse, même étrangère.

Alors ?

De deux choses, l’une : soit la stratégie va fonctionner et mon article est vain, soit, compte tenu de la contradiction sans résolution apparente entre le discours présidentiel humaniste d’une part, ce que signifient les agressions policières et le projet de loi dit de « sécurité globale » qui, entre autres, tend à en évacuer les preuves d’autre part, nous arrivons au terme d’un processus politique.

En entassant, pour ceux qui le peuvent et selon les moyens dont ils disposent, les petites pierres de laïcité, de République, de démocratie, de liberté, d’égalité et de fraternité les unes sur les autres, peut-être parviendrons-nous à temps à construire une digue de conscience politique suffisante pour empêcher un tsunami ?

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