Rencontre cévenole en mode absurde… encore que (4)

Et voilà quelle fut la rencontre dont j’ai dit qu’elle a changé bien des choses… Hum…Tiens… comme c’est curieux… le fait de dire que ça s’est passé comme ça me suscite soudain un doute… comme c’est curieux…

Je ne suis donc plus du tout certain que la première rencontre soit celle-là.… Hum… Une seconde… Je veux dire une seconde de réflexion…. Oui, ou plutôt non, elle n’a pas du tout eu lieu sur un chemin des Cévennes où JiPé X aurait heurté un caillou, mais autour d’un feu de bois au-dessus duquel, mijotait, accroché au bout d’une chaine, un goulasch !  

Voilà.

A ceux qui m’objecteront vivement et avec un haussement d’épaules qu’il y a quand même, enfin quoi ! de notables et sensibles différences entre un chemin caillouteux des Cévennes et un goulasch mijotant au-dessus d’un feu de bois, donc que la confusion entre ces deux objets est quand même très étrange, je répondrai calmement et sans hausser les épaules que la mémoire, savez-vous, opère en faisant des choix qui, en dépit de ou plutôt à cause de leur étrangeté, sont des signes. Des signes de quoi ? Telle est la nouvelle et bonne question qui s’ajoute aux précédentes.

Voici.

Une amie hongroise retrouvée [non qu’elle eût été perdue dans le sens d’égarée comme on égare un objet, non, mais, et en tant qu’objet opposé à sujet, perdue de vue puisqu’elle voit très bien], une amie hongroise disais-je,qui réside aussi parfois en Suisse [la frontière est une convention administrative soumise aux aléas de l’Histoire et « Heureux qui sait habiter l’un et l’autre côté de la ligne aléatoire et contingente ! », c’est un cri lyrique qui jaillit spontanément]… cette amie hongroise retrouvée, disais-je, (je ne trouve pas indispensable de redire qu’elle réside aussi parfois en Suisse) nous avait invités à dîner, FRA et moi, nous prévenant avec de grandes précautions qu’il y aurait parmi les commensaux un couple de Belges de Bruxelles.  

Tout à la fois conscients et fiers de représenter la France dans cette rencontre dinatoire internationale, nous nous y étions préparés avec soin : pendant une quinzaine de jours nous avions écouté les chansons de Jacques Brel et d’Annie Cordy, appris la musique et les douces paroles de la Brabançonne [Noble Belgique! Ô Mère chérie! A toi nos cœurs à toi nos bras, etc.], relu les aventures de Tintin, mangé des frites avec les doigts en buvant de la bière, réécouté les sketches de Raymond Devos, par exemple celui du Belge venu voir la mer et qui se désole de ne savoir la voir quand il apprend qu’elle est démontée. Tiens… Je me rappelle… une fois – dans le sens français – j’étais allé à Paris pour voir une exposition dans un musée et j’avais été aussi très désolé quand j’avais appris en arrivant qu’elle venait d’être démontée. Bon. Cela dit, il peut être très dangereux d’aller voir la mer quand elle est démontée. Mais bon.

Le jour venu, nous étions fins prêts pour cette aventure au centre de laquelle se trouva donc le goulasch évoqué plus haut, mijotant dans une gamelle suspendue sous un trépied au-dessus d’un feu de bois.

Voilà.

Encore que… ça y est ! voilà que ça recommence ! Comme c’est curieux !… Il revient maintenant à ma mémoire que le goulasch fut l’épicentre… de la seconde rencontre !

Ah, la mémoire !

Voici.

La première rencontre, tout aussi internationale, se déroula non sur un chemin caillouteux ni autour d’un goulash, mais autour d’un poulet rôti au four… hum… plutôt deux poulets… je me souviens en effet qu’il y avait quatre ailes et quatre cuisses (je divise vite fait par quatre et je multiplie par deux et j’obtiens bien deux poulets) et avec des pommes de terre… étaient-elles également rôties au four… ? Et puis, les bretelles de Georges Van AA n’étaient pas violettes-impériales, mais d’un beau beige belge.

Voilà.

Tout cela [le caillou du chemin des Cévennes, le goulash mijotant et les deux poulets rôtis] ne vaudrait même pas la peine d’être mentionné, si, lors d’une des nombreuses rencontres qui suivirent au Café de la Bourse – quant à savoir pourquoi c’est ce café qui l’emporta et non l’autre… parce qu’il n’y a pas plus de bourse à côté de celui-là que de bureau de poste ou de relais de poste à côté de celui-ci… il faudra que je creuse la question – GE ne m’avait glissé dans la main une demi-feuille de papier pliée en quatre en me murmurant :

– C’est la petite c. dont je t’ai une fois parlé la dernière fois.

Cette petite c. fut la grande cause.

Voici.

Cette dernière fois en effet, alors que MA et FRA parlaient de choses et d’autres [et voilà qu’une fois encore, le concept autre vient interférer dans le récit !], GE m’avait glissé dans l’oreille :

– Dis donc, JE, est-ce que tu serais partant pour une petite c. ?

Il avait prononcé le mot en entier (un synonyme de bêtise, si vous voyez ce que je veux dire) en le susurrant, ce que je ne saurais faire ici … tiens voilà que je me mets à utiliser le savoir belge !… puisque l’écrit est incapable de susurration.

Intrigué, j’avais tenté quelques questions qui n’avaient obtenu qu’un sourire énigmatique en guise de réponses.

Oui , c’est alors que tout a réellement commencé.

Commencé ? Hum… Il me faut encore interrompre le récit par un petit morceau de discours. Si je dis « Au commencement », se pose inévitablement la question du « bon, et avant ? ». En effet, pour qu’un quelque chose commence, il faut bien qu’il y ait un autre quelque chose qui le fasse commencer… Encore que…  Est-ce qu’un quelque chose ne pourrait pas commencer de lui-même, sans qu’il y ait un autre quelque chose avant ? Voyons… Mais là, je m’enfonce dans un chemin de digression scientifico-philosophique liminaire et transversal…

Tout en réfléchissant à l’apport de cette pensée dans le discours global, je rebrousse lentement vers le chemin principal du récit.

Ainsi, la petite c. de GE dont le descriptif tenant sur la moitié d’une feuille de format A4 indiquait qu’il ne s’agissait pas d’une grosse c. – par exemple, cambrioler une chocolaterie, une friterie ou une brasserie – ne commença certes pas au moment précis où il me tendit la feuille pliée en quatre, non, ni au moment de sa susurration dans mon oreille, mais bien avant. Quand exactement ? Il n’y a que GE qui sache le savoir, puisqu’il est belge, et pour autant qu’il le sache ! Que sait-on savoir en effet précisément de ce qui remue dans notre tréfonds et qui, un jour, fait éclore une petite c. ?

Petite… Avant d’en révéler le contenu, il n’est pas inutile de préciser que l’adjectif ne qualifie pas essentiellement la dimension matérielle de la c., mais qu’il a la même signification sensible et affective que dans « je vais boire un petit café… ou, selon l’heure, un petit blanc –  rouge étant la couleur que prend le vin à partir de 18 h 30, la preuve en est qu’on ne dit pas jamais « petit rouge » ni « gros blanc » mais bien « gros rouge » ; « petit » a ici la connotation du plaisir, de l’agréable, du doux, et même beaucoup plus, comme dans « petit(e) ami(e) » qui peut tout aussi bien désigner des personnes d’un mètre quatre-vingts. Ou plus.

Laissons passer quelques longues secondes pour nous remettre de ces considérations sémantiques et vineuses.

(à suivre)

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